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instants philosophie

Le résumé, l’articulation brutale du réel

11 Décembre 2016, 13:19pm

Publié par pascal doyelle

 

On a vu donc que l’on a créé des mondes particuliers ; il fallait être né au-dedans pour parler le langage, percevoir selon le groupe, interpréter selon la religion ou mythologie, échanger selon telle symbolisation. Ça ne s’improvise pas, il était impératif d’identifier spontanément le regard aux échanges, la conscience à la parole, le monde au groupe, etc.

Autour de la méditerranée s’invente « soudainement » une rupture, dite ontologique (et elle est nommée « ontologique », d’en inventer à ce moment là le mot lui-même, puisque la rupture, le décalage qui apparait dans le monde est extrêmement difficile à identifier, à désigner de ce que précisément il n’est pas du monde, mais se constitue du Bord du monde, ce que l’on a nommé la pensée, le Un, le Bien, etc) ; du fait de la profusion de mondes, de peuples, de cultures, en une localisation restreinte mais aussi en tant que ramenant au fur et à mesure toutes les influences, de l’orient à l’Afrique, de l’Egypte, et ainsi de suite,

ramenant donc il surgit une autre structure ou la même structure mais en tant que prenant conscience de son activisme de conscience ; on n’intentionnalise plus un monde, on Sait que l’on intentionnalise, ce qui change tout, et les grecs sont éberlués de comprendre qu’il est possible de programmer ou mieux de pré-programmer la représentation et cette fois donc cette représentation se nommera « pensée » (la pensée est la pré-disposition qui s’en prend à la représentation qui auparavant était « seulement » partagée entre tous dans tel ou tel monde particulier) et se développe une discipline spécifique qui a à charge d’étudier cet activisme, de transformer la spontanéité précédente en volonté explicite (ce que de tous temps, par la suite, on regrettera fort ; qu’il faille produire des représentations volontairement et non plus suivre une spontanéité ancienne manière).

Mais de même l’esthétique, l’éthique, la politique, l’idéel (la connaissance objective), l’humanisation et une partie de personnalisation (bien que non au même sens d’individualité qui viendra ensuite) se développent en et pour eux-mêmes (séparément de la religion du groupe, de la parole partagée, du monde donné immédiat, au sens de immédiatement perçu-parlé-échangé-imaginé ensemble dans le Même groupe). Ainsi il est une dimension totale et non pas seulement philosophique (qui est toute à son objet, à sa question ; qu’est-ce qui se passe ? qu’est-ce qui investi à ce point, à ce degré de distinction, l’espèce humaine ? pourquoi, au lieu de parler, entre soi, pense-t-on ?).

Ce faisant il faut comprendre la pensée non comme attachée à son objet, mais comme déploiement et invention de quantité d’intentionnalisations qui vont se créer en plus, en plus de tout monde humain, de tout langage, de tout détermination ; autrement dit lorsque la philosophie installe l’être, cette drôle d’idée absolue, sans doute aucun elle veut circonscrire la totalité de ce qui est, en une fois accessible en une seule pensée, susceptible d’être dépliée et absolument claire et donc intégralement présente ; ce qui veut dire, en sous main, que l’être est intégralement « là », il n’y a pas de double monde, et il faut être grec pour aimer le monde à ce point ultime, ça n’est pas rien, c’est tout, tout le désir élevé au-delà de lui-même pour le monde et la vie, l’apparence et la beauté accouplée à la vérité totale, et que si l’être est intégralement « là », et qu’il soit donc susceptible d’être pensé (puisque si il manque un élément on ne peut pas penser adéquatement le donné), si il est intégralement « là », c’est que l’être est parfait, absolument réalisé et totalement accessible à la pensée de l’homme.

Cet idéal est et demeure, mais entretemps on s’est aperçu que la pensée n’est pas, bien qu’étant le seul moyen adéquat de tout déploiement de l’intentionnalisation, n’est pas l’origine ; l’origine est le dit « sujet » désigné cartésien, puisque Descartes est celui qui eut l’intuition de la structure précédant la pensée, engageant plus tard Kant, Hegel (et Fichte, qu’il ne faut surtout pas oublier), Husserl et ce jusque Lacan. Découvrir la structure qui antérieurement à la pensée permet qu’il y ait pensée, intentionnalisation, et donc invention d’intentionnalisations nouvelles, autres, qui se distinguent en elles-mêmes, comme intentionnalisations (recollection que mènera formidablement Hegel), et outre cette distinctivité de l’intentionnalisation qui crée dans et au-delà du langage, se produisent des différenciations (dans le monde et la réalité et l’humanisation).

L’ensemble de l’acculturation qui en résulte manifeste dans le donné, non plus qu’il se produise un monde humain particulier (cad qui apparait particulier au regard du monde donné « là », unique et universel depuis la méditerranée), mais qu’il s’y actualise une articulation.

L’articulation en question fut d’abord entreprise très haut, de la pensée, de dieu (qui, rappelons, étant le Un tout-Autre interrompt absolument, cad formellement, la réalité, le monde et nous libère de ce poids du monde), très élevée donc mais qui s’est propagée jusqu’au plus près ; à savoir jusqu’au corps même et ce depuis que l’humanisation (qui fut fondée dans et par l’universel) s’est transmuée en personnalisation (on n’imagine pas qu’il y ait humanisation universelle sans qu’elle se poursuive par une personnalisation, extrêmement gaspilleuse mais qui aurait dû se réguler, s’auto réguler, puisque c’est le principe même de la démocratisation personnalisée, on a obtenu par contre la consommation personnalisée, pour faire court).

L’articulation qui s’est imposée comme principe, comme logique du monde prit, il est vrai, une expression fixée ; dieu, la pensée, le sujet, l’universel, l’humanisation, la raison, la naturalité, le moi humain et la « nature humaine » ; mais usant de ces fixités, elle les a déplacés et  qui plus est, l’articulation les a inventé et nommé afin de les déplacer.  Ce qui ne répudie absolument pas dieu, la pensée, le sujet, l‘universel, etc ; l’articulation les a créés, ça n’est pas pour rien. Mais l’articulation n’est pas « dans » ces signifiés ; par ex le christique (ce que l’on connait le mieux) intime l’ordre ici et maintenant de basculer ; ce qui bascule c’est l’arc, l’articulation que chacun existe, par laquelle la conversion est libération (des intérêts du monde qui séparent les individus et alimentent la ligne de mort du monde, doublement par la mort, réelle, physiologique et violente, horrible, de tous contre tous) et renaissance ; puisqu’au principe du christique il est outre le retournement du monde, grec, le renouvellement de notre attention à exister (ce dont toute notre acculturation relancera mille fois).

Bref. L’articulation est ce qui vient à apparaitre et comme elle ne le peut pas, elle va s’attacher à analyser et remonter l’intentionnel ; l’intentionnel de l’articulation qu’elle est, et ce mouvement antérieur est possible puisque ça n’est pas un « être » ce qu’elle est, mais c’est un mouvement ; qui dit mouvement dit point de départ et point d’arrivée, distincts et dans cette distinction absolue (parce que formelle) s’introduit précisément la possibilité de l’intentionnel ; qui ne perçoit donc pas un autre être mais le même être étant entendu que cet être est déjà autre structurellement.

Si cette articulation est autre constitutivement (non pas un être qui serait séparé ensuite, mais une séparation qui se déplace comme mouvement et engendre des effets entretemps), elle peut percevoir structurellement son activisme propre, sa propre confrontation (que ce qui n’existe que dans l’arc de conscience puisse ne pas saisir qu’elle soit un arc … serait plutôt curieux, à moins de nier que la conscience soit un arc, cad une conscience de soi comme conscience, ce qui est absurde et alors dans cette absurdité remplacer cet-être de conscience par ce que l’on voudra ; le langage, la société, la physiologie, ce uqi n’expliquerait rien, seulement les causes mondaines d’un être qui tient au rapport qu’il existe avec lui-même). Qu’elle puisse percevoir cet activisme c’est ce qui des grecs à Sartre (et a contrario Lacan) s’est passé, via St Augustin, Descartes, Nietzsche, etc. L’accès, l’excès de la « conscience occidentale » ou européenne ou comme le dit ici méditerranéenne est cet intuitionnel structurel.  La suréminence de l’arc sur ses contenus.

Et lorsque la raison, naturaliste et réaliste, l’humanisme et le moi, croient être en mesure de ramener cet arc (qui se situe sur le Bord du monde) à telle ou telle partie du monde non seulement c’est peine perdue mais cela risque fort d’étouffer l’activisme lui-même et de nous enfoncer dans une historicité fixée, figée, gelée ; qui se contente de se prendre pour la raison, l’objectivisme, le donné là prétendument « naturelle » et de même de délaisser les mois, comme si ils n’étaient que des corps-langage, des subjectivités, du subjectivisme, alors que la philosophie montre, absolument, que ce qu’elle désigne dans le réel est précisément une structure hyper objective.

Cette dimension permet, enfin (après tous les reniements de soi de notre historicité), de considérer objectivement (ou hyper objectivement) l’ensemble des explorations, des avancées, des aventures, des excès, des orientations et désorientations (qui n’ont plus aucune raison de s’enfermer ; le rationalisme ou l’humanisme peuvent refouler les désorientations, les psychologiser, mais si notre être n’est absolument le conscient mais l’arc de conscience les désorientations seront encore plus essentielles et pour tout dire fondatrices autant que les orientations, qui en apparence flatte notre ego mais qui en fait s’imposent comme hyper exigeantes ; dieu, le christique, le sujet, l’altérité de Nietzsche et Heidegger, le démontage de Sartre et Lacan exigent un tel investissement et une telle rigueur qu’il suffit de se cacher les yeux.

Il faut prendre au sérieux Rimbaud ou Artaud, Kafka ou Nietzsche et manifester à nouveau l’entièreté et la difficulté extrême, rigoureuse de leurs explorations. On existe dans le réel et c’est le réel qui avance, et rien, absolument rien ne s’effectue, dans la rigueur de ces consciences, au hasard.

Pas plus que la gigantomachie de Led Zeppelin, qui nous manifeste les densités architectoniques, le tellurique, les sons originels ; la structure est absolument et formellement précise et s’avance jusque là. Toute densité suffisante (cad œuvrée, éprouvée, dans le corps même) possède sa réelle raison, sa  causalité structurelle, qui apparait au jour lorsque tel ou tel arc de conscience est possédé de son articulation.  

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