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instants philosophie

Noeud du réel

14 Décembre 2016, 12:21pm

Publié par pascal doyelle

Pensée et analytique de l’altérité brute

Si l’on observe la totalité, la totalité, des images, des signes, des directions qui abreuvent le moi, la personnalisation comme processus qui prend la suite de l’humanisation et de l’universel, on s’aperçoit du gouffre de l’indéfini en lequel chacun est précipité. L’indéfini est l’ensemble des finalités basses et mortes par lesquelles le moi croit être en mesure de se tirer du mauvais pas. Mais le pas est acté et il glisse.

On a renié l’infini pour l’indéfini. Seul l’infini et la compréhension exacte de la structure de notre être aurait pu nous maintenir dans la réalité ; parce que la réalité s’articule en et par le réel (au sens où n’existe le réel, cad le présent, et qu’abandonner l’infini et le réel et le présent purement actif c’est entrer dans le fantasme, de remplacement de la réalité). Ce qui est infini (c’est un adjectif pas un être) c’est le présent ; l’infini est absolument proche et même antérieur (à toute réalité) ; l’infini est l’articulation qu’est le présent qui distribue continument (de là que l’on ne peut pas mesurer ni l’espace, ni le temps ; parce que l’on ne peut pas mesurer l’exister des choses mais seulement les choses).

On a vu que dieu, la pensée, le sujet, puis l’altérité ontologique (Nietzsche, Heidegger) ou enfin l’analytique ontologique (Sartre et Lacan) tenaient ferme le réel et décrivaient la structure de notre être, ce qui veut dire non de ce bricolage du donné, de cette composition de réalité, mais décrivaient l’arc de conscience arcbouté au réel même.

Mais le monde de l’humanisation, et suivant de la personnalisation, ont crû être en capacité de définir le réel par la réalité, et d’approuver, tous en chœur, que le donné puisse expliquer seul le donné, et le désir et ses objets, et la volonté et son monde, et le langage la pensée, etc. Tout cela est faux.

Pour accepter le réel il eut fallu admettre l’étrange et incompréhensible Un qu’est l’exister, sous sa forme structurelle,  celui qui est sans visage, sans détermination, sans prise d’aucune sorte et continuer d’élaborer ce que la philosophie et puis Descartes et Kant et Husserl et Sartre et Lacan continuèrent chacun pour sa part ; en fait dès que l’on entrait en réflexion, on basculait dans la réflexivité, soit le gyroscope ; non pas la réflexivité qui prendrait comme substrat une identité (le moi-sujet, dieu monolithique, la pensée massive ou le Un qui serait Tout), mais la réflexivité qui n’a plus de repérage et nait de son re-tour même, lequel bien que non déterminé est structure ; celle-là même qui occupe absolument la pensée mouvante, de retournement grec, de renouvellement christique, d’analyse impossible du sujet et de l’altérité ; celui qui n’a pas de repère, qui est miraculeusement, son propre repère et son seul réel, mais splitté, coupé, brisé, séparé, pur arc de tension extrêmement brutal, dont la division est l’exister même et non dont la division diviserait quelque chose de précédant, la précédence est l’explosion même, effroyablement hors de proportion, c’est elle qui mesure (aussi brutal que l’univers est d’une effarante violence interne et externe, l’arc de conscience est le digne fils de son père en somme ; la filiation est directe, devant l’impératif de non pas maitriser mais d’orienter la violence ontologique absolue, sans répit et sans recours aucun, nous nous sommes effondrés, peut-être sommes-nous trop gentils ; forts avec les faibles, les autres êtres humains, et faible, excessivement faible face au tout-puissant, au gigantesque réel ; on préfère se déchiqueter les uns les autres plutôt que d’affronter, c’est-à-dire haïr, l’univers, pourtant l’univers veut bien effectivement nous anéantir et accessoirement tuer chacun d’entre nous ; un par un il viendra nous chercher).

Apparaissent donc le Un du dieu (le Un tout-Autre), le Un de la pensée, et celui du sujet, et celui de l’altérité, et en ce cas, contrairement à la négation qui anime Nietzsche ou Lacan (le Un est l’altérité même, pas étonnant qu’il se contredise absolument ; il est capable de tout, capable du tout de la réalisation), en ce cas donc de la pensée de l’altérité et de l’analytique de l’altérité,  le Un est si étrangement au plus près de lui-même … énormément arraché, tranché, absolument divergent ; c’est parce que le Un est la divergence pure et formelle qu’il y a une réalité … sans cela aucune ne serait possible ; le Un n’est absolument pas ce qui réunit la réalité ou la réunira, ça ce sont des rêves, des rêveries, des imaginations, et pour le moi et le monde des mois, du fantasme ; si il existe(era) un dieu ou « équivalent » il sera en-plus de la réalité, en plus de l’être et tellement autre que notre pauvre imagination s’est contentée de visualiser son image, visage au semblable du connu, mais il sera presque quasiment terrifiant, au sens de sidérant, de l’absolue puissance qui s’extrait d’elle-même, c’est à cela ou qui y ressemble autant qu’on le puisse, qu’est destinée une « conscience de (soi) » ; dont l’homme n’est qu’un exemple ; il est clair, si l’on peut dire, que le (soi) en question est très exactement entre parenthèses parce que nous n’en entrevoyons que le début du commencement du petit bout (d’autres races que la nôtre y parviendront sans doute) ; l’être, dieu, le sujet, affirmation de l’altérité (l’auto affirmation nietzschéenne comme trajet tout aussi hyper-objectif que fut celui de Kant ou Husserl, du devenir de l’arc) étaient des sortes de mitoyenneté, de compromis, par lequel on tentait de saisir un peu le mouvement tournant du total gyroscope, incandescent, et on y est parvenu plus ou moins, à l’extrémité des pensées apparemment obscures et apparemment incertaines ; elles n’avaient rien d’incertain du tout ; on ne l’a juste pas vu, pas perçu, pas intégré, pas ré-organisé suffisamment.

Pour ré-organiser le Un tel qu’il a pu ici et là avec d’épouvantables douleurs structurelles, des torsions incompréhensibles selon le monde, le moi, ou le corps, torsions du gyroscope, hors vie, hors sol, sans repère et avançant dans le vide formel, le tourment structurel, tel qu’il a pu nous apparaitre, vaguement, il y eut fallu le restructurer et donc acquérir l’arc de conscience mais bien bâti sur lui-même, sur l’impossibilité (sinon ça ne serait pas amusant, le Un ne s’y amuserait pas ; c’est son taf de s’extraire de lui-même, à quoi servirait cet univers délirant et gaspilleur, incroyablement gaspilleur et débile,  sinon d’inventer, dans sa dispersion effroyable, des petits « un », un par un ; à charge qu’ils se mettent en chasse du Un impérieux et par-dessus toute cette réalité statistique).

Autrement dit on ne peut pas acquérir le Un, poursuivre le Un, s’amener au plus près du Un inhumain, hors sol, hors champ, hors détermination, sans se pourvoir. Sans se prédisposer, comme disait Heidegger (qui n’était pas le plus sot, bien qu’il se soit pourri dans un « idéal » imbuvable, comme chacun sait, et dont malgré toute la pensée vise à établir une perspective étrange et autre et montrer comment nous serions déjà « pris » dans le point unique et totalitaire, il faut le dire, de l’Etre ; il a tort de croire que « cela se ferait sans nous » … instrumentalisant une sorte d’hyper dimension incompréhensible, surhumaine, réellement cruelle ; ça c’était de la rêverie ; l’articulation de l’arc de conscience et du réel est un mécanisme impitoyable mais technologique, l’arc de conscience dans une cervelle est une technologie inventée par le donné là, est une technologie inventée dans le vivant mais hors-de, et articulée elle-même à la machinerie qu’est le présent). La prédisposition, le mécanisme, en nous, c’est ce que recherchent Platon ou Descartes ou Kant ou Sartre ; comment doit-on « se tenir » pour rendre son arc de conscience suffisamment orchestré et qu’il puisse supporter (et ce corps-çi comme vu) supporter la tension qui se tire d’elle-même ?

Via le corps, donc : on voit qu’il n’est pas seulement question de la philosophie (la philosophie pense en seconde manière l’articulation telle qu’elle peut être analysable en se rembobinant elle-même et ce faisant elle pense et montre cet arc, cette articulation de l’acte de conscience et du réel, mais aussi comme on ne peut pas toucher à cet arc sans le modifier, bien sûr la philosophie a elle-même créé de l’Arc), via le corps on voit parfaitement que l’éthique, la politique, l’idéel et l’esthétique n’existèrent pas pour rien ; il s’agissait d’élaborer la nouvelle surface du corps, ou la surface du corps-autre. Empli de telle œuvre, quelle qu’elle soit, ce mouvement intégralement externe devait nous inculquer l’interne, la structure interne de la surface du nouveau corps (c’est très clair par Rimbaud ; c’est cela qu’il dit, son impossibilité de se couvrir le corps par l’autre-corps, et probablement en tous les sens de l’évocation…

Il faut bien faire la part des choses ; ceux qui veulent vous guérir, veulent vous affadir. Ce sont ceux qui ne pardonnent rien qui vous disent la vérité, le réel, l’actualité présente la plus difficile. Dès que ceci ou cela se plie et s’affaisse, dès que ça part en couilles, pour ainsi dire, c’est du mensonge, du compromis. Mais la mort ou la froideur insane de l’univers ne sont pas des compromis. Il n’y a rien, absolument rien dans la réalité, ou le vécu, qui soit un compromis. Le Un est scrutateur et  sans recours, sinon le Un.

On est bien en peine de définir le Un, le contraire serait étonnant. C’est quand même cela qui s’avance en-deçà de toutes les proportions et peut-être au-delà. Mais le Un, et, si l’on a suivi, notre arc de conscience, à chacun, un par un (on n’a jamais vu de « conscience universelle » c’est du vague à l’âme cela, de même qu’il n’y aura pas de réunion de tous et de tout en un seul Grand Tout, ce sera tout à fait autrement et autre chose que ces faibles imaginations ; le Un sera en plus absolument et rigoureusement Autre, puisque c’est, depuis le début, cela qu’il crée : l’Altérité, la plus titanesque distinctivité qui se puisse) chaque arc donc en est le rejeton ;  et si l‘ensemble des modulations de notre arc de conscience prend un apparaitre aussi difficile et extrême (de l’hindouisme à Lacan, si l’on agrandit le cercle structurel, de "cela qui nous accompagne" et en vérité nous précède depuis le début, qui était avant même le début de l’humain, puisque l’humain est l’effet de cet arc de structure qui s’arcboute dans le réel, par le présent brut, actualisant toute la possibilité possible) c’est qu’il faut avancer techniquement dans la technologie hyper-objective qu’est le réel, et dont la méditerranée, puis l’Europe ont commencé l’analyse, point par point, avançant.

Mais par ailleurs cela signifie ceci ; chaque arc est intimement ou extimement comme dit l’autre, (celui qui est fondamentalement notre autre, historiquement ; Lacan ; Sartre et Lacan analyse l'articulation qui nous précède), l’intuition non d’un contenu déterminé électif (l’humain, le moi, le désir et son objet, toutes les sortes de compostions, qui se donnent pour « vraiment réelles » mais sont seulement des signifiants d’un signifié de l’impossibilité même, qu’est le présent réel) mais l’intuition de la structure par elle-même ; étant un rapport, elle ne peut pas ne pas (se) saisir.

Et ce qui passe dans l’auto-intuition (qui ne désigne pas du tout une identité mais un mouvement pur, le mouvement originel qu’est l’exister) est inanalysable (ce que pourtant on rend possible par l’effort, depuis que les français ont mis les pieds dans le plat (ne râlez pas, c’est comme ça) avec Descartes, Rousseau et la révolution, Sartre ou Lacan ; nous y sommes allés fort… pas sûr que l’humain, ni nous-mêmes, en soyons capables) ; l’inanalysable intuition est la foudre structurelle frappant, se frappant elle-même en retour, qu’elle transmute en re-tour, un nouveau tour, nouvellement joué et nouvellement joué à chaque fois, par chaque présent suffisant de densité mentale, et évidemment joué en et par chaque arc, un par un.

C’est ce que veut signifier Nietzsche (et raison pour laquelle il fait florès) ; Nietzsche est le maniement du un que l’on est, par lui-même, et il cherche la prédisposition du gyroscope ; c’est pour cela qu’il invente ce procédé stupéfiant que la volonté en nous ne soit pas la nôtre … en un sens structurel c’est vrai ; l’humain est l’effet d’une structure, ontologique, l’arc de conscience, forme parfaitement indéterminée et vide, mais forme et structurelle réelle ; on n’explique pas la « conscience » en définissant ceci ou cela dont elle est « la » conscience ; c’est ceci ou cela qui appartient à la forme-conscience, forme-tension, forme attention ; ça n’est pas « ma » conscience, c’est moi qui appartient à cet acte, cet arc… mais il n’empêche absolument pas que cet acte soit un, et un par un, rigoureusement et parfaitement, puisque la perfection est « ce qui est formel », sans composition, et capable de composer avec toute détermination ; il est donc, comme le connaissent les grecs en lançant l’être, instantanément réel ici même, une perfection du réel, mais elle n’est pas humaine, ni inhumaine (au tort de Heidegger et de Nietzsche) mais mécanique et logique ; le Un n’est pas encore, il sera et c’est ce potentiel qui attire toute réalité.  

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