Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

Le sujet dessous le moi

11 Janvier 2017, 10:38am

Publié par pascal doyelle

Il n’y a pas de sujet, parce qu’il est impossible ; mais c’est parce qu’il est impossible qu’il y a un sujet ; sinon il serait déterminé et partie du monde ; le sujet est de fait une structure impossible.

Il est effectivement des mois, c’est certain, mais composé, et qui se rêve, s'imagine un ; il se rêve parce que par l'avers il est selon le sujet, et c’est le sujet qui se propulse comme moi ; le moi croit ou imagine qu’il est, alors qu’en fait il ex-siste comme sujet. Impossible cependant de pousser le sujet dans le monde ; le sujet expose au-devant le moi, le monde et tout le reste, mais n’apparait pas. Or le sujet ne projette pas le moi au-devant de lui-même ; la cause est inversée ;  le sujet attire le moi à partir du réel ; le sujet, impossible, existe dans le réel et étire le moi vers le réel, à l'inverse du sujet kantien (quoi que l'on ne sait pas trop puisque si l'unité de l'entendement est une fonction, le sujet pratique est un noumène et on ignore "où" est le nouménal).

Or donc le moi est, et il est plein de parties, composé donc, et n’existe pas et les parties tiennent de ce que le sujet étire le moi. Grosso modo. Le sujet est impossible et n'existe qu'en acte, cad au présent.

La philosophie a créé la pensée pour prendre au piège le Bord du monde, mais ça glisse, ça prend la tangente ; de sorte que les systèmes de la pensée (des grecs à Descartes) prennent chacun telle ou telle tangente (et ce de manière structurée, pas n’importe comment et progressivement, mais pour l’instant nous sommes dans le passage de la pensée à l’origine de la pensée, soit le sujet, la structure, celle qui n’est pas et qui existe). Toutes les pensées et les systèmes pèchent par un coin. C’est par le coin que le réel entre dans la pensée ; chaque système (chaque système conséquent, cad qui assume jusqu’au bout et suffisamment achevé en sa profondeur de limite, de Bord) se retourne à la fin ou au début ou même au milieu, et c’est le Bord du monde qui pointe son nez ; il crève l’écran. De sorte que l’écran crevé, ce ne sont plus les images qui se montrent mais le miroir qui se relève d’un cran.

Il est faux de prétendre que la philosophie a voulu boucher le trou, enfin oui c’est ce qu’elle a voulu parfois, mais sa structure est telle qu’elle ne peut que, malgré les auteurs, creuser le gouffre structurel ; la pensée, dieu, le sujet, l’altérité, tout ce que l’on voudra, sont des opérateurs qui creusent le trou du réel brut. La pensée est divine, dieu est hyper exigeant, le sujet est un tourment et l’altérité une horreur. L’altérité est partout prononcée.

Le passage du monde, du composé, des images vers le miroir, dans la tangente prise, du Bord du monde est aussi le Bord du moi… ce qui est quand même beaucoup plus concernant. On est au Bord. Chaque moi est au Bord, et de son sujet, impossible, il souffre. Il souffre d’abord parce que ça fait mal, on verra, et parce que le sujet étant impossible, il ne sera jamais satisfait et que l’on est obligé de passer à autre structure de finalisation que la satisfaction, et ainsi de rompre la finalisation habituelle qui plie les intentionnalités vers le corps, et le corps n’est plus le repère que l’on pensait, et l’on n’a plus, du coup, de repère du tout, et enfin parce que le moi tend à interpréter la volition (on ne sait comment dire) interpréter la volition du sujet comme il en a l’habitude, selon le monde, le vécu ou le corps, mais c’est tout à fait autre chose que veut le sujet ; le moi est dans une profonde, profonde incompréhension. Depuis le début qu’il est, le moi n’y comprends strictement rien. Il fait semblant.

La structure du sujet est toute petite, minuscule, un rien du tout ; c’est seulement la passation de la cervelle vers le réel. Et ça fout le bazar. Une cervelle aime enregistrer ce qu’elle sait déjà. Pas la structure du sujet, pas l’arc de conscience tendu au réel. Tant que l’arc se contente de sa fonction d’enregistrement en la cervelle, ça fait, elle fait semblant. Mais l’arc est nourri d’une passion sans borne pour son activité, son activisme ; il peut très bien vouloir plus et autrement, et s’en éprendre (dans le monde des mois on appelle cela l’amour, ou l’angoisse ou des affects qui prennent tout le corps, qui glissent ou prennent la tangente du corps habituel ; il invente tellement de tangentes, des malheurs, des obsessions, des tortures que l’on n’en est plus maitre du tout, c’est sa passion absolue, cad formelle ; sa passion est formelle et non du monde ou du corps donné).

Passion sans borne parce que l’arc est sur le Bord, mieux il est le Bord lui-même ; rappelons que l’arc de conscience part de la cervelle, revient et re-vient du monde (parce que lorsqu’il revient c’est comme si il venait tout court ; il surgit nu, il revient vêtu) et que dans ce retour, c’est un nouveau tour, un re-tour, sur la surface du corps, ou plutôt créant, comme ça, de toute pièce, d’une seule pièce presque parfois, la nouvelle surface du corps, voire l’autre surface de peut-être l’autre corps (sait-on jamais). Donc ça fait mal, et mal en un sens très bizarre et incompréhensible, qui n’a aucune référence en rien dans ce monde ; on n’y est pas, dans ce monde, on le sait bien. Un pied de ce côté-çi et un autre pied on ne sait sur quel plan.

Si ça n’était pas une toute petite structure de rien du tout (au sens propre : qui n’est pas du Tout) ce serait une énorme structure déterminée (qui contiendrait la pensée du monde, ce qui est non seulement inimaginable, mais surtout absurde ; il n’y a pas de Tout dans la réalité, et donc encore moins de Tout pensé de ce tout de la réalité qui n’existe pas). Et cette structure énorme ne pourrait pas se mouvoir : or l’arc de conscience est justement cela qui se meut, ce qui se meut au plus vite, le plus rapide moyen qui soit (que l’on connaisse, ailleurs on ne sait pas) ; parce que cet arc est minuscule, sans rien, pure forme structurelle, et rigoureusement souple et agile. Pour se mouvoir il faudrait que cette énorme structure se modifie entièrement à chaque fois ; ce qui n’est pas faux non plus ; puisqu’il faut pour enregistrer une modification changer les connexions (toutes sortes de connexions, neuronales, inconscientes, conscientes, relationnelles, culturelles, etc), mais outre cette énormité de la cervelle, on dispose d’un rapport neutre, vide et formel ; l’acte de l’arc au présent. Un mécanisme minuscule, arc-ticulé au réel. Un arc-boutant.

(Une conscience ça sert à cela ; apercevoir ce que la cervelle ne perçoit que déjà mémorisé, cad ne perçoit pas, et donc la conscience, cette technologie, s’utilise à reprogrammer, hyper rapidement, la cervelle qui est un gros bœuf très mou du genou).

Et d’autant plus souple et agile, qu’il est, cet arc, à la limite, ce qui veut dire sur le Bord ; sur le Bord du monde, sur le présent ; l’arc est arc-ticulé sur le Bord, dans et par le présent ; pour cela il disposera toujours d’un avant sur la cervelle ; il existe avant la cervelle (et de ce qu’elle contient) parce qu’il revient, lui, du Bord, du présent, du réel.

Le moi pourra espérer être autant qu’il veut, non seulement ça n’arrivera pas, mais ça n’a même aucun sens dans le réel ; ça n’est pas fait pour cela ; le moi est un moyen pour le sujet lequel n’est pas mais existe.Il sera toujours ouvert par un coin, ouvert, nu et torturé par le coin.

Il est tout à fait vrai et effectif qu’il y a des mois, dans la réalité, la vie, le monde ; que l’on suppose avant le moi (dans l’avant ontologique et non chronologique, causal, puisque le sujet qui est impossible n’est pas selon le temps, le temps est une construction dans le moi ou l’humain ; on parle là de la temporalité non du temps physique ; de même on a beau changé on est toujours le Même, parce que l'on est le même sujet impossible) que l’on suppose, avant le moi, un sujet ne veut pas dire que celui-ci viendrait prendre la place du moi, ce serait idiot. Comme le soupçonne Descartes c’est un dispositif de dispositif, et le clou des dispositifs est ce mécanisme, l’arc de conscience, qui sort de la cervelle et du corps et du langage et du monde humain et se tient arcbouté au réel. Au réel seulement. Mais on ne voyait pas bien à cette époque comment un tel décalage pouvait se passer de toute substantialité, essence, détermination, serait-ce de détermination universalisée (Kant appelle cela le « sujet », mais tellement happé par l’universel que le sujet-universel-kantien n’est qu’une ébauche du sujet qui suivra ; créé de Stirner à Lacan, en passant par tous les sujets et grands sujets qui suivront le long des deux siècles, qui s’arracheront les tripes et la mentalité à qui mieux mieux).

Or un moi lorsqu’il pense à lui-même ou aux objets ou aux autres, etc, cible un contenu ; l’arc s’oublie dans son contenu ; le contenu seul vaut, seul est déterminé. Et donc seul le moi est. Sauf qu’il est perçu, décidé, voulu, désiré, etc, par un point qui n’est pas ; le sujet. Ce sujet a deux faces ; celle de la psychanalyse et celle de la philosophie.

Il n’y a pas lieu de choisir entre les deux, c’est le même ; il n’y en a qu’un, la difficulté est que le sujet ne rentre pas dans le monde, la détermination ; il est toujours déjà en dehors, sur le Bord. Or pourtant c’est certes dans les démêlés du monde, de la détermination que l’on nomme et désigne mais tout cela est perçu (au sens large) à partir du Bord unique (il y a quantité de parties du monde, du moi, de la cervelle, mais il n’y a qu’un Bord, le non nommé, non perçu, non pas négativement parce que positivement ce à partir de quoi on perçoit ; on n'imagine pas de positivité plus subtile et affirmative que celle du Bord impossible).

Il ne rentre pas dans la réalité mais se tient du réel (philosophie) et du corps (psychanalyse) ; c’est pour cela que c’est le même ; évidemment il ne s’utilise pas de même manière. La philosophie cherche à situer très exactement le Bord du monde, la psychanalyse le Bord du corps, ce qui veut dire de ce-corps-ci, d’aucun autre ; chaque arc est effectivement réel en tel corps, à chaque fois autre et un, unique, puisqu’il est, l’arc, accroché par un corps (par quoi d’autre ?) au réel ; et quel réel, qui est seulement le Bord, sinon du monde donné là, du vécu pour un moi ? Et donc totalement particulier, un signifiant, un signe, cad un rapport ; quoi d’autre puisque l’arc n’est pas un contenu mais un rapport, arc-ticulé, un retour sur le corps par lequel il se crée une surface-autre de corps.

Le Bord qui cloue le moi à son corps est dans le monde, vécu, et même perçu, et retenu dans le filet de lalangue, un rapport ineffable, non dicible ; lalangue parce que le langage est rapports (signes ; le langage n'est pas substantiel, mais relations) rapports dans le rapport d’arc de conscience ; un arc de conscience, ça crée des rapports, ça crée des langages ; étant lui-même formel, il ne crée pas des « substantialités » ; et l’accrochage de l’arc au réel dans un corps est si extraordinairement structuré qu’il ne faut pas moins que Lacan pour dépatouiller un peu ce dont il est question. Manifestant que l’arc de conscience est arcbouté non pas à la pensée (ou à l’idée image de soi comme moi) mais est un corps, revenant du monde, le corps pris dans le retour. 

Mais la psychanalyse, ça n’aura échappé à personne, vient après, bien après, la philosophie … Après Sartre pour Lacan et après Descartes et après Platon tout autant ; c’est parce qu’il y eut la positon du sujet (très bizarre ; le sujet cartésien ou kantien sont très bizarres, c’est le moins qu’on puisque dire, et ça veut dire quelque chose, quelque Bord) qu’à partir de cette position du sujet qui est inamovible parce qu’unique (il n’y en a qu’une) que l’on se perçoit un « inconscient ». C’est même le sujet qui se montre à lui-même « holala comme je suis déterminé ! ». Pareillement le moi se dit « oh comme je suis malheureux !».

On peut nommer ce sujet qui observe "sujet-objectif", rien n’y fait, si il y a un sujet objectif (Descartes annulé, restant comme sujet pas même vide mais absenté, comme si il n’y avait pas, plus de regard même, alors que de toute évidence il y a bien quelqu’Un qui regarde), c’est qu’il y a un sujet tout court.

Et croire que le dit sujet est défini par la philosophie comme « sujet massif », comme contenu, c’est vrai en partie mais c’est alors seulement opérer un seul tour. Or la philosophie est un re-tour, et retors qui plus est, qui se joue de ce qu'elle pose (très hégéliennement). De même que l’on a utilisé dieu ou « la-pensée » comme d’un moyen, on a utilisé le-sujet comme d’un outil, comme d’un opérateur d’efficacité ; on en a creusé le réel et c’est de là que non seulement on parle philosophiquement mais que l’on montre. C’est par le-sujet, pseudo massif, que l’on a structuré la vision que l'on a du sujet impossible. ON a reconstitué le sujet, la structure non-étante, ex-sistante.

Descartes ne définit pas le sujet (sinon comme énoncé relatif au dispositif complet dans le discours second) il le montre ; il montre comme il est impossible (cad en sa topique, infini) ; raison pour laquelle ça se présente comme cela, comme discours de la méthode, comme monstration du pas avancé. Il montre le Bord. Il nous glisse sur le Bord ; c’est pour cela qu’on ne peut pas l’oublier.

Suivre les tangentes de la philosophie, qui est la discipline chargée d’analyser « ce qui est arrivé à l’humain » autour de la méditerranée, c’est s’engager sur le Bord du monde, et ceci en se coulant dans les textes même qui s’avancent sur la ligne du miroir ; c’est donc dessiner le miroir, ce qui se rend réel sur la surface, la peau elle-même. Un corps extraordinaire, tout parcouru et tout vivant de la sorte de vie qu'est le structurel. C’est donc prendre absolument au sérieux tout ce qui est arrivé depuis 25 ou 30 siècles ; ça ne s’est pas rendu réel pour rien ; ce ne sont pas de vagues ou compliquées « compostions » de parties du monde,  des systèmes de bric et de broc, ou des réflexivités absconses ou subjectivistes, mais une ligne traversant effectivement la réalité à partir du Bord. Ni Sartre ni Lacan n’arrivent pas hasard. En fait rien n’arrive pas hasard.

Mais pour parcourir le réseau de lignes, il faut outrepasser les images vers, pour le miroir même ; systèmes de la pensée comme machines extrayant l’articulation surintentionnalisatrice du monde (créant des distinctions en pensées, en idées, en rapports intentionnalisateurs qui sont ou seront des différenciations du monde, du corps, dans la perception ou l’éprouvé) ; embrayages réflexifs qui se retournent sur la structure qui origine ces pensées et ces représentations et ces esthétiques, et ces politiques, et qui opèrent ces réflexivités des re-tours, de nouveaux tours dans le réal et la réalité même ; expulsions hors du monde en quête de l’altérité de l’Etre, de l’exogène Volonté ou analytiques de la structure même de notre arc de conscience, sartrien ou lacanien.

L’expérimentation de l’arc de conscience est ainsi éprouvé au contact même et nécessite pour chacun d’élaborer, de son vivant (ça ne se reçoit pas en héritage, ça n’est ni spontanément nous-mêmes, ni naturel, ça n’est inscrit nulle part tout-fait et ça doit être éprouvé au vif, dans l’actualité du présent brut), d’élaborer le hors-champ de la vision ; celle qui n’appartient pas au donné.

On est loin alors, très loin, de la sorte d’immanence et de platitude du monde donné en lequel nous serions tenus d’être « heureux » et « satisfaits » ; le changement est complet qui renverse les finalisations immédiates  et qui convertit en antériorité activiste, antériorité structurelle qui veut se réaliser, qui pousse à l’exister, mais qui pousse par l'attirance. Parce que la structure, l’arc de conscience ne contient pas un « programme » ; c’est la structure qui est le programme, et en ceci nous y sommes absolument, formellement concernés, investis, par-devers, ou selon l'avers de notre moi. Structure activiste infiniment souple et accélérative, qui est instantanément le Bord, qui s’ex-siste comme Bord, à partir duquel le reste (l’humain, le moi) se déroule, littéralement ; elle ne contient rien, elle rebroie et elle crée les, la tangente ; la tangente est ce à quoi sert le monde, et à quoi servent les mois. Le moi est à usage de son sujet (et il n’y en a qu’un seul, à chaque fois, un par corps ; le corps est bien plus étendu que la pensée ou que le langage ; il est étiré par l’arc qui pointe à partir du réel, il est attiré structurellement).

Commenter cet article