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instants philosophie

Méta-machinerie

7 Janvier 2017, 10:36am

Publié par pascal doyelle

 

Ce qui origine la pensée

Les grecs ont raisonné, mais beaucoup ont raisonné auparavant, d’un discours qui se voulait clair et expose nettement ce qu’il dit. Ce qui change c’est que les grecs précisent que le contenu sera ici et maintenant, dans le monde, explicite ; que donc il sera l’objet d’une constatation, que ce qui est dit est constatable par quiconque et d’autre part cohérent ; sans cohérence  certains de ses éléments seraient hors de portée (imaginaires ou supposés au-delà du monde, de l’expérience) et on ne peut plus recevoir l’énoncé.

La cohérence suppose que tout l’énoncé est ici même complet, et que le raisonnement est lui-même du constaté intégral. Tout dépend alors de ce que l’on va placer dans le cercle des éléments constatables ; les grecs considèrent que la pensée est elle-même par elle-même constatée et de toute manière si il n’y avait pas « pensée » il n’y aurait pas de discours du tout ; ce qui est très bien, sauf que lorsque la pensée veut rendre compte d’elle-même, elle se heurte à son incapacité de se manifester si intégralement que la « pensée » puisse être pour elle-même explicite ; sinon de pétitionner de principe que la pensée est la pensée et qu’elle pense tout, mais ne récupère aucune raison d’être de son existence. Il faut alors considérer que la pensée est le sommet total et absolu, et se figer en cette supposée hyper évidence (le Un serait le Tout).  

(Mais, plus inquiétant, même en récupérant une « raison d’être » … ça ne suffit pas. En vérité rien ne suffit, il existe toujours et encore un écart, décalage ontologique, une distance relevant d’une dimension, et une horreur. Le bien, le bonheur, le monde, la vérité, tout cela c’est bien beau mais ça ne suffit pas.) 

La raison remplaçant la pensée. On peut tout à fait postuler que la pensée est la raison et que la raison est seulement le décryptage du donné et qu’il n’y a rien de plus à rechercher. On ne juge ni du statut de la pensée, ni de pourquoi il y a une pensée, ni du pourquoi il y a un monde, c’est juste « là », de fait. Peut-être en attendant de remonter à partir du « comment le monde s’est formé », mais le comment ne nous donnera pas le pourquoi ; on trouvera peut-être une ou mille causes, et encore faudra-t-il expliquer ces causes du monde, etc.

Le fait même est hors de portée de tout système de causes. Excepté pour dieu qui est, a priori, cause de soi, tout le reste est une affirmation unilatérale d’un donné non explicable. Et si dieu est auto explicable, c’est qu’il a la forme non d’une pensée mais d’une conscience. Ce qui veut dire de la liberté même de se causer soi ; mais on passe alors des grecs au monothéisme, par quoi se montre que le mono atteint une plus grande cohérence, bien qu’elle cesse d’être rationnelle au sens passif ; il s’agit d’une cohérence activiste.  

(Pour outrepasser ce genre de remontée des causes passives, il faut comprendre que le donné « là » est précisément lui-même sa propre mécanique ; activiste. Sous conditions, sous les conditions précises.)

On peut admettre que la pensée est une unité et on ne peut la dériver de rien ; il y a la pensée et puis c’est tout et en admettant dans le cercle de la pensée que la pensée se justifie elle-même, cad qu’elle dérive d’elle-même ; ce qui est plutôt compliqué et comme précédemment on ne voit pas pourquoi il y aurait, en plus de la pensée, un « monde » et encore moins pourquoi ce monde est « matériel » et qui ne peut être expliqué, dérivé de la pensée, puisque visiblement la matérialité du monde est autre en soi, n’est pas « de la pensée ».

Ce par quoi il faut saisir que la « pensée » est un tissage, de rapports, par des signes, et qu’il y a un tissage parce qu’il y a une structure qui tisse les signes (le signe étant lui-même une relation, une mise en relation et que pas du tout l’idée ne tient « toute seule ») ; cette structure est elle-même le rapport, unique, qui crée des rapports, c’est son travail,  sa logique, son activisme ; le langage est un tissage (passif) de relations dans et par l’unique rapport (activiste). 

Aussi passe-t-on à un second niveau ; la pensée dérive ; elle dérive d’un être spécifique et si il est dit spécifique c’est qu’il est étrange et il est étrange non seulement lui seul, mais le réel, là où l’on est, est étrange. Le réel est au présent ; il y a un présent, qui apparemment dévore toutes les réalités, et il n’y a aucune raison pour qu’il ne dévore pas la pensée elle-même. La pensée s’origine, se cause en et par un être spécifique qui est un préalable à la pensée, à savoir un être qui a conscience.

L’arc de conscience est une structure vide et formelle, qui lorsqu’elle se dégage ou commence de se dégager de ses contenus, en se surintentionnalisant, par la philosophie qui réutilise langage par exemple ou l’esthétique et les signes ou le politique, qui, gagnent leur indépendance (par rapport au groupe) tels les grecs, cet arc impose que la forme prenne le pas sur le contenu ; les grecs surinvestissent l’actualisation intentionnalisatrice, l’idée, et amène toute l’intentionnalisation en machines hyper-actives, les systèmes.

Mais revenons ; il était intenable que l’on se contente de la pensée (qui n’était dérivable de rien et gardait son unité absolue incompréhensible) ni de la raison (dont on ne pose plus même la question de sa dérivabilité, sinon accidentelle et dont on ne reconnaissait pas l’unité), aussi a-t-on en un sens repoussé le problème en admettant que la pensée se cause d’un être spécifique ; la structure de conscience. Sauf que ce ne fut pas un détour, ni de repousser le problème en un subjectivisme ; la pensée s’origine effectivement dans une structure antérieure et celle-ci hérite de la cohérence ontologique. Et du poids ontologique.

L’exploration de la structure antérieure à la pensée monte en qualification et s’impose comme LA structure réelle et univoque : unilatérale. La philosophie devient la réflexivité réelle sur un être réel et effectivement agissant (très remarquablement situé par Fichte, mais qui cible, finalise encore l’articulation selon un « idéalisme » ; la structure s’y re-expose continuellement (la reprise constante qu’il effectue par ses Doctrines de la science) ; et non dans le sens inverse d’une structure organisée dans le donné même.

C’est cette hypothèse qui émergera bon gré mal gré au travers des élaborations ; lors même que l’on visera l’idéalisme ou la Volonté ou l’Etre, la structure ne manquera pas d’apparaitre au travers et malgré l’énoncé manifeste ; jusqu’à ce que Sartre atteigne l’ontos, l’os, et que Lacan, bien arcbouté sur Sartre, déroute à nouveau l’actualisation de cette structure dans-un-corps.

Ce qui du reste permet tout autant d’admettre que l’esthétique, l’éthique, la politique, l’idéel et l’acculturation, la personnalisation ne peuvent passer par la pensée régulée comme universel, mais que universellement il n’est dans le réel que des singuliers. Et que esthétiquement par ex quelque Un crée et crée pour quelque autre Un ;  éthique, politique, mais aussi esthétique et poétique doivent mettre en forme chaque structure de chaque arc formel ; c’est leur utilité , absolue, formelle dans l’historicité ; rendre accessible la structure en forme de Un vers chaque arc ; modifier la perception, le corps, le vécu, le relationnel ;  et esthétique et poétique s’imprègneront d’une formulation de plus en plus singulière (de celui qui relève son moi, et son humanité, vers le Un formel ontologique ici même en chaque arc ; ce qui peut s’approcher par une théorie de l’image, l’imaginal si l’on veut, la forme d’image que l’on se donne, qui nous vient sur la surface du corps, de l’autre-corps, le corps travaillé par l’arc structurel) ; que l’éthique est un rapport à soi élevé fois deux ; que la politique signifie la liberté, dont on n’a pas fini de ramener le rayon ; et que l’acculturation et la personnalisation, de manière générale, ont pour finalité de rendre possible un corps capable d’opérer quantité de réalisations, d’inventions, de créations. En bref esthétique et politique aboutissent à activer chaque arc de conscience (ce que la mass et micro médiation réalisent dans l’historicité, la nôtre depuis plus d’un siècle).

(Que se produise en chaque arc, par lui-même, un corps capable de supporter cet arc formel de conscience, ce qui n’est pas évident du tout. Ou plus difficile encore, que cet arc soit capable de se supporter lui-même, de se savoir et puis connaitre et agir en sa pré-disposition, en quoi consiste l’éthique ontologique recherchée partout.)

Esthétique ou éthique ou politique ou acculturation relèvent non pas de la « pensée » mais d’un être spécifique ; la structure  de conscience inscrite en un corps lequel existe dans un monde. De sorte que cet arc seul perçoit le réel et le présent, et si les idées de dieu, du sujet et du monde sont hors de portée de la raison raisonnable, c’est normal ; ce sont les configurations limites qui tenaient le Bord, mais l’attention à la structure de conscience est devenue la frontière-autre, la limite d’altérité ; c’est que qui s’opère depuis Kant.  

Ou alors si l’on suit l’ampleur de ce qui est en jeu on appelle « pensée » non plus seulement le discours auto-cohérent, mais le discours qui tient compte du constatable (à savoir tout cela sus nommé) : donc non pas la pensée toute seule (ou la raison  qui n’interroge même plus sa place, son lieu) mais la pensée comme pensée de notre-être/dans l’être ; ce que les grecs avaient bien compris (ils n’animaient pas la « raison », mais le monde par la pensée et la position de celle-ci, cad le retour sur soi de cette pensée, sa position dans et par l’être). Et si tout en conservant l’articulation grecque de notre-être/dans l’être, on déplace l’origine comme antérieure à la pensée, il faut admettre la structure, l’arc/dans le réel (que celui-ci soit l’étendue, le monde, l’altérité, le donné, l’existentiel, ou le présent).

Suite à la pensée on a nommé « raison » ce qui prît la place de la pensée ; sous condition que l’on ait inventé, créé le sujet, lequel pouvait alors aisément utiliser la pensée comme raison, dans le circuit sujet-objet, et intériorité-extériorité comme subjectivité-objectivité, sous condition donc qu’il cesse de se présenter lui-même dans le discours, qu’il s’oublie et s’annule et s’absente, ou se dramatise comme subjectivité (ou comme maladie, psychique, puisque le poids ontologique de l’arc en chacun est effarant) ; on a donc abandonné, par la raison, toute la verticalité, ne conservant que l’horizontalité, le monde donné là, le corps, le moi, l’humain. Ce qui est tout à fait excellent mais absolument partiel (voire partial, et formant à soi-même une idéologie, non péjorativement ; l’idéologie réaliste naturaliste humaniste). Ayant créé le sujet on a pu poser « le donné expliquant le donné » soit l’objet face à un sujet (rendu absent, absenté), mais aussi le moi doté d’une unité propre (inscrite comme citoyen par ex, mais plus généralement comme sujet de l’acculturation, de l’esthétique, du poétique, du récit, etc).

Si l’on reprend la pensée au sens initial, grec, de notre-être/dans l’être (et non plus de cet être coupé de lui-même et réduit à une partie du monde, ce que de toute évidence il n’est pas, puisque déjà il s’interroge, se penche sur le monde, autre) alors penser équivaut à réflexivité ; soit retour sur l’être, le là du monde (et si pour les grecs il s’agissait de l’amour du monde, pour nous il s’offre comme altérité effarante) et retour sur cet être que l’on est dans ou sur le monde (la structure) et retour de manière générale, sur le Fait, absolu, que le réel existe (et qu’il existe comme présent).  

Réflexivité n’est pas le retour du contenu sur lui-même, mais qu’il y ait un être, spécifique, qui soit capable, d’élaborer une pensée (des séries de relations dans et par le rapport qu’il est), de créer des esthétiques, de lancer des éthiques, de prévoir des politiques, de se diviser comme sujet-objet, d’éprouver la surface de son corps et qu’il est un moi. La structure est ainsi bien plus cohérente en sa description, en ceci que cette description tient compte, simplement, du donné là (et non pas postule idéologiquement qu’il n’est que le donné objectivistement conçu) ; et le départ en est Descartes qui montre, de fait, dans le Fait même, qu’il y a un tel arc effectivement réel.

De sorte que la vision se déplace (elle se déplace elle-même, elle est gyroscopique, n’a pas de point fixe, elle est le point-qui-se-déplace et c’est la théorie de ce point sans fixité qui est l’objet philosophique même, si l’on peut encore parler d’objet, c’est uniquement une analogie) ; ce qui travaille Descartes, Kant, Fichte, Hegel, Husserl, (Nietzsche, Heidegger), Sartre, Lacan c’est la mise à jour, patiente, de la structure de cet-être. Il ne doit pas être conçu que cette enquête, l’examen de cet-être, cet arc de conscience, soit comme le préalable, la subjectivité qui attendrait la pensée, la raison ou l’universel, mais en tant que cette structure est avant-tout, antérieure ; et que donc la pensée (qui garde absolument toute sa qualification, qui est universelle, qui est vraie en ces idées et systèmes (sous les conditions que l’on verra), et raison s’adonnant au monde et droit s’agissant de la structure des libertés dans la société humaine etc) que la pensée, donc, est moyen, moyen de cette structure ; la structure emploie tous ces moyens afin de déployer son entière capacité.

Ce qui veut dire sa possibilité ; l’arc formel de conscience est la technologie, ce mécanisme de l’arc de conscience, qu’a créé le réel (en tant qu’il est la machine qu’est le présent), et ce apparemment afin de produire dans le monde, dans le donné, dans le présent un autre accès ; ce qui veut dire un autre excès ; l’arc de conscience (le réel est un excès qui s’ouvre par un autre excès, on ne sait en quel sens).

Soit donc le rapport à (soi) en lequel rapport le dit « soi » est le rapport lui-même, et non telle ou telle identité ou détermination ; ou si l’on veut parmi toutes les choses qui sont, identiques à elles-mêmes, il existe un être qui a rapport à soi et qui (est) ce rapport qu’il (a) ; l’être se déplace dans le (a) ; ce qui est rigoureusement insensé et impossible, et pourtant réel (donc le réel est l’accès à l’excès, pour le dire ; ou le plus petit est le plus grand ; dans l’infini du réel il y a un ou des infinis).

(Remarquons ; le rapport que la structure est, n’est pas le Moi fichtéen ; en ceci qu’il n’a pas de contenu, et qu’il n’y a pas lieu de jongler avec la déduction d’un contenu substantiel, qui doit se diviser ou s’auto diviser, Moi/non-Moi, comme si la « pensée » était un être en soi ou comme si cela engendrait une Pensée qui se sait elle-même, hégélienne, au travers des consciences-subjectives ; il s’agit ici d’une structure effective et réelle, non d’une idée ; sitôt que l’on pose la pensée comme « pensée qui se sait » on n’en sort plus ; il devient impossible de montrer l’altérité du donné, ni l’effarement radical d’exister, ou qu’il y ait un présent par ex, et on n’atteint pas la capacité détendre la réflexivité à l’exister même, à ce splittage fabuleux et inhumain du réel, dont on ne sait pas de où il se produit, ni vers « quoi » il avance ; ce que le mécanisme de conscience dans la machine du présent « veut » ; dans l’hypothèse d’une pensée qui pense on aboutit à une grosse tautologie qui ne signifie rien ; par quoi se remarque que forcément et quelque que soit la séquentialité que l’on adopte, il faut y introduire l’altérité et si on introduit l’altérité, quoi que l’on fasse, l’altérité est le réel même, elle dévore tout, ou fait tout ex-sister).

Comme c’est un rapport, on ne peut pas dire qu’il « est », on le nomme donc ex-sister. L’analytique de cet ex-sister est tout l’enjeu. Et il ne fallut pas attendre Sartre ou Heidegger ; depuis le début l’articulation, le rapport arc/exister, est ciblé, sous différentes et distinctives formulations dont aucune n’est à négliger ; il faut remonter intégralement le devenir depuis la méditerranée (et plus loin évidemment) pour réintégrer la structure de cet arc que l’on est, de réactualiser toute la possibilité du Bord du monde.  

A savoir que le monde a un Bord parce qu’il devient, et il devient parce que le présent est le « lieu » unique de la production, effarante, du Un, du Un en un sens spécifique ; du Un comme altérité (du donné monde dispersément Autre) et comme méta altérité (des arcs de consciences indéfiniment ouvert et autres), libre ensuite de supposer une hyper-méta-altérité (à la suite des métas) ; une méta-hyper-machinerie incrustée dans la machine réel, au-dessus du réel, plus réelle que le réel. Bref celle que l’on voudra, parce que de cela on ne sait rien.

Mais cette processualité indique que si hyper altérité il y a , aura, a été, sera, méta existante, sur-existante (une sorte de « méta hyper structure », qui serait l’infini par-dessus et dans et par l’infini du monde donné là ; bref un « être hyper monstrueux invraisemblable » mais diablement passionnant à penser, engendré par le donné splitté lui-même monstrueusement) c’est que la logique du réel est quand même bien insensée … Il n’est pas un être-là-donné, passivement écrasée sous son propre poids (tout monde déterminé est destiné, apparemment, à disparaitre) mais est un être actif et donc non plus un être donné mais un activisme, une machine, un mécanisme ; raison pour laquelle il y a un présent. Le présent, ce qui nous est si proche, au point de nous précéder partout, est l’activisme même.

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