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instants philosophie

Se tenir au bout du réel

14 Janvier 2017, 13:30pm

Publié par pascal doyelle

On nomme cette précédence de la structure « conscience » ; ce que l’on sait depuis des temps immémoriaux ; sauf que l’on remplissait cette conscience par un contenu et que l’on croyait qu’il s’agissait de la conscience que ce contenu avait de lui-même ; ainsi « j’ai conscience de moi » parait supposer que le moi existe avant la conscience et qu’elle y est utilisée par une identité ; alors que c’est l’inverse ; l’arc crée le moi comme il crée le langage (on sait bine que chacun reçoit le langage, qui est créé collectivement, mais c’est l’arc qui génère le langage, qui est rapports, par la cause qu’il est lui-même, arc de conscience, le rapport unique), comme il crée la perception ou les désirs. Il faut toujours constamment un point d’attirance hors du champ, par lequel tout ceci se met en branle.

Si cet arc, cette structure d’attirance est dite précédant, c’est qu’ontologiquement elle est première bien qu’elle vienne après tout le reste (cad l’univers, ce monde vivant, cette société humaine, ce langage, ce corps, ce vécu, etc) ; elle est ce par quoi tout cela s’installe, au sens ontologique, au sens qu’il faut un arc tendu vers le « là » du donné (le réel de la réalité, le réel hors-cervelle, hors mémorisation) ; autant dire que la structure de sa verticalité (qui est purement formelle, sans rien) est horizontalement enfoncée dans le donné humain ; elle soulève déjà depuis toujours n’importe quelle société humaine, de même qu’elle expose dès la racine tout vécu et tout corps individuel ; tandis qu’auparavant le collectif faisait office de vérité et de réalité, étant entendu que depuis la révolution chacun est délaissé, seul, unique, de par son corps, cet arc est extrêmement tendu et concentré en chaque personnalisation ; il se déclenche après l’enfance lorsque l’on parvient à se positionner « soi hors de soi », ce qui est une manœuvre éprouvante et fondamentalement complexe, et que l’on n’est plus le soi que l’on était, on devient le point-autre (on tombe amoureux par ex) ; bien que l’on éprouve l’impossibilité d’être ce point-autre (celui par lequel on (se) perçoit), puisque c’est « soi » que l’on perçoit … n’y étant plus. Ce chassé, ce glissement et l’impossibilité de rejoindre le point à partir duquel on perçoit, oblige à se considérer soi, comme si le dit point n‘existait pas ; or pourtant c’est ce point-autre qui existe et non pas le moi. Le contenu prend toute la place, il bouche le champ, mais en vérité c’est l’arc et le point-autre qui existe. De sorte que, en vue de l’éthique ontologique (qui décidera ou plutôt qui permettra d’orienter notre être, la structure de notre être, son exister), c’est l’élaboration de ce point-autre que dessine la philosophie (discipline la plus claire et transparente, mais éthique ontologique qui parcourt toutes les articulations, esthétiques éthiques, politiques, etc).

Et ce qui vient de ce point est toujours absolument autre ; parce que ce qui reglisse dans le conscient, dans la perception, dans la représentation et l’image, laisse le point-autre encore et toujours autre ; tout ce qui est intentionnalisé est situé, positionné sur et par l’horizon et l’horizon s’échappe puisqu’il ex-pose.

Il faut donc une intuition et perception absolument hors norme, puisque ce qui est a-perçu excède, est autre et soupçonné d’être ce à partir de quoi « il est perçu ». Il est perçu de la réalité et du réel. Et ce à partir de quoi on se perçoit. Et cependant on sait bien que l’on se perçoit… et que c’est sans fond. C’est ainsi une terrifiante articulation que l’on soit perçu par « soi-même » qui n’est pas du tout ce moi. Et c’est en ceci que l’atteinte est terrifiante, par exemple comme rapport à dieu ; « il nous regarde », il est le regard-dedans. Si l’on se demande à quoi correspond, pour ceux qui ne croient pas (et ici on ne présuppose pas du tout la croyance), à quoi correspond « dieu », c’est que le dit Regard absolument Autre toujours déjà impérativement Autre, est le point-aveugle même de chaque arc de conscience ; le point-aveugle qui-voit.

Ce qui nous est effectivement devenu presque, pour beaucoup en tout cas, insupportable ; on ne comprend même plus cela ; parce que l’on sait depuis la révolution (et la raison du 18éme, et le droit et la constitutionnalité, mais aussi surtout depuis l’acculturation et les esthétiques-poétiques, etc) que « mon » regard m’appartient ; sans cette intériorité le sujet se supprime et ça n’est pas acceptable, tout traversé et transpercé qu’il serait, qu’il était, par dieu et son observation externe, et dépouillé de son « moi-même » ; ça ne respecte pas du tout la construction structurelle ; si un dieu me supprime, il n’est pas dieu. Et de ce fait on pensera bien ceci ; que si pour nous dieu nous dilapide et que nous réclamons une intériorité, c’est qu’auparavant ce dieu transperçant créait, constituait cette intériorité, grand soulagement de devenir enfin l’individualité, sous l’exemplarité christique,  l’intériorité de ceux qui ne disposaient pas de la révolution et de leur statut d’acculturation individuelle, et que enfin vient la psychanalyse qui nous dépiaute si intégralement qu’encore le Regard, un regard encore plus étrange que celui de dieu, nous possède ; l’in-conscient.

Mais ce regard m’appartient-il ? Non qu’il soit possédé ailleurs, bien qu’on le signale des autres, à tout bout de champ ; ce serait pire si ce regard m’appartenait pas justement. C’est parce qu’il ne m’appartient pas et qu’il n’appartient à rien ni à personne que je, le Je et le moi, nous sommes libres, délivrés, de toute appartenance ; Bout du bout ou Bout du Bord, excentré et Autre. Forme sans rien ni personne, mais une et strictement individuée, tellement individuée qu’elle n’a pas même besoin de raisons, de causes, de déterminations, de contenus, d’identité pour s’exister individuée. Chaque arc est juste et rien que le Un lui-même, le rebours du pur et brut, voire brutal présent.

Lorsque l’on dit que l’arc de conscience est autre que le moi, on ne sous-entend pas du tout qu’il appartienne à quiconque ; on veut dire par ‘arc de conscience’ qu’il n’appartient à rien ni à personne, qu’il n’appartient pas même au moi et c’est tant mieux parce qu’alors l’arc est l’individué pur et brut. Non seulement cet arc ne supprime pas qu’il y ait un moi, langage ou humanisation, mais il montre par où cela s’en va. Ça s’en va par le bout. Le bout par lequel ça ex-siste. Et le bout nous transporte, nous pousse soudainement au Bord. C’est bien ce que les récits et pensées existentielles (ou mystiques ou ontologiques ou les expériences à vif telles qu’elles furent, toutes) ressentent, en renversant le centre, dans le décentrement complet de celui qui se perçoit abruptement de l’extérieur. Ou plus exactement (en quoi il faut un vocabulaire approprié, adéquat à son « objet », absolu, cad formel), qui se perçoit de l’externe, de la structure.

Se tenir au bout du réel

En somme on se tient du bout. On est toujours déjà au bout. Celui par lequel tout s’en va et celui par lequel tout survient. Et comme c’est strictement impossible d’y être, d’y être un tel ou d’y être ceci ou cela, que l’on n’y est pas, alors on y ex-siste. Ce qui est, est déterminé, et il n’est que le déterminé, mais l’exister est en-deçà ou au-dessous ou par-dessus, bref pas à sa place du tout, et signifie, indique, montre, du doigt, là où cela (n’importe quoi, tout, et plus) existe. C’est toujours du niveau d’en dessous que l’on est, ou de par-delà, comme jadis, que l’on intentionnalise, que l’on décide ou désire (et la psychanalyse en fait ses choux gras, et ce sans elle-même parvenir au bout du bout, parce que c’est impossible) ; Kant nommait cela nouménal, l’en-deçà, et y incluant l’étrange liberté ; ça vient de « là », disait-il. C’est le Bord sur lequel on se trouve perché depuis Descartes ; la Volonté nietzschéenne est dite comme cette volonté-autre (celle qui nous-veut, et qui veut selon le plus ou le moins) mais c’est une semblable délimitation ; on peut tenter mille approximations du même Bord.

Il n’est pas lieu, ou plus exactement il est effectivement lieu, de distinguer l’in-conscient et l’arc de conscience ; l’un comme l’autre n’entre pas dans le conscient. On ne dit pas « inconsciences », mais in-conscient ; or l’arc de conscience qui est arcbouté au réel ; son horizon formel, à partir de sa verticalité vide et stricte ; l’arc n’est pas le conscient mais le pose en re-venant du bout du monde, du vécu et du corps. Lorsqu’il re-vient, il revient mais comme il ne (se) voit pas, c’est comme si il venait tout court, vers nous, constituant ce nous, ce moi (et on remarquera l’arc de chacun est aussi l’arc de tous ; il n’existe que des uns, qui reviennent avec lelangage, par ex, le monde humanisé). L’in-conscient est et n’est pas l’arc de conscience ; l’échappée inconsidérée, considérable ; et si la psychanalyse démontre, lacaniennement, la structure in vivo, démontant le moi, la philosophie a supposé, expérimenté, explosé le conscient (qu’elle a quasiment tout élaboré dans le même temps, dans le même mouvement), et explosé el conscient sur la verticalité aberrante de la structure (du Bien par-dessus les idées, du dieu tout autre, du sujet impossible, de l’altérité de tout ce qui est). La description psychanalytique s’ajoute à, aux descriptions excentrées de la structure, de l’exigence, de la dureté de la limite externe-interne de notre être, qui tient justement dans l’altérité du point-autre, toujours en-dehors puisqu’il re-pose n’importe quel donné.

Mais la logique est la même ; l’altérité crée la réalité, et l’altérité est la racine même de ce en quoi nous sommes jetés ; il nous revient donc, puisque l’on n’entend pas se laisser faire, de nous saisir à notre tour de la racine ; soit d’abord de nous y pré-disposer, et en fait, au fond, de se nouer au Bord structurel de tout monde donné, de tout monde humain, de tout corps. La prédisposition consiste à ramener en nous toutes les explorations, toutes les illuminations, et les débordements, telles qu’elles se permirent effectivement d’être conduites de l’arc de conscience (l’altérité est à cette fin : déborder ; si le Bord était le Un monolithique, ça ne bougerait pas et ne s’engendrait aucune réalité, pour qu’il et puisqu’il est une réalité, c’est que le Un est l’altérité elle-même, que le Un provoque infernalement qu’il y ait réalité, parce que dire réalité signifie dire réalités, de ce qu’il y ait réalité, il y en a nécessairement plusieurs et qui dit plusieurs dit indéfiniment). Et le nouage du réel afin de pénétrer dans l’inépaisseur du Bord, dans le rouage de la machine absolue qu’est le réel.

Puisque c’est ceci qui compte, qui est recherché ; accorder notre être à ce qui est ; or il faut pour cela que l’être puisse comporter la distinction, le déchirement, l’altérité, et qu’il supporte une structure sans frein, libre avec force et puissance, potentialité, et si le réel supporte une telle structure c’est qu’elle lui est native ; la même logique qui imprime un être structurel en plein décalage ontologique, c’est la même logique qui origine la réalité. C’est par timidité que l’on cherchait par l’universel et la réconciliation ; la vérité est la brutalité du réel ; machine étincelante et violente. Se rendre violent et étincelant, mais non pas entre soi, non pas via à vis des autres consciences ; violent et étincelant et assumer la brutalité du réel, pour la convertir, convertir la plus effrayante brutalité, la rage et la violence, puisque l’on n’est pas de l’altérité native sans péril et sans périr : l’être qui surgira du dedans du réel, ce seront les dieux étranges et tous ensembles si distincts et si furieux, les dieux, les méta-machines structurelles qui existeront hors proportion et ajouteront la réelle dimension du monde. Celle qui n’existe pas. C’est l’impossible qui se cherche bruyamment dans les myriades de réalités, au travers de toutes les races, de tous les mondes ; ici ou là certaines y parviendront, pour les autres l’effacement, des mondes entiers oublié.

La machine du réel est impitoyable (mais l’est-elle vraiment ? on ne sait pas) D’une brutalité effroyable, et une monstruosité, une horreur, ça n’est pas l’Ordre qui préside, c’est le possible. Et pour qu’il y ait « réalité » il faut qu’il y ait la Possibilité. Et pour que dans cette réalité il y ait un être qui se tienne de lui-même, il faut qu’il y ait arc de conscience, ce qui veut dire « rapport à soi du rapport » (parce que si il s’agissait d’un rapport à soi d’un être déterminé, ce serait un être déterminé et non un rapport à soi, et il serait alors dépourvu du possible, de l’indétermination). Et si cet être doit s’accorder à son indétermination c’est afin qu’il réalise non plus une réalité déterminée, mais encore plus grand que la réalité ; le réel comme possible pur. C’est cela le sens de ce non sens, de cet insensé effroyable ; que dans la possibilité de la réalité, il surgisse un Possible plus grand. Ce qui est strictement impossible et constitue l’enjeu absolument radical, à la racine, la racine qui n’existe pas encore, qui commence d’exister depuis le tout début du réel.

Le réel est ce qui rend possible un plus grand possible encore. Croit-on que l’on obtiendra le réel plus grand que lui-même (étant entendu que le réel est absolument tout ce qui est, qu’il n’existe rien d ‘autre en dehors) sans déchirement, et admettre le déchirement non pas comme subi par « ce qui est », mais le déchirement à la source même, comme structure antérieure à tout ce qui est ? Sans l’effroyable déchirement, la distinction, la distinctivité poussée bien au-delà du possible, et n’est-ce pas à cette fin que dans la possibilité de la réalité, pousse à s’extirper plus grand que soi, le réel, et plus grand que le plus grand encore ? La structure est lancée, et elle ne s’éteint pas, elle ajoute. Créer de l’infini dans l’infini, et encore plus d’infini, et cela requiert ceci ; que la réalité, à la base splittée d »jà depuis toujours, soit elle-même infinie, qu’elle possède l’énergie infinie afin que d’innombrables infinités surgissent et créent, chacun, leurs cheminements, leurs élaborations en-plus.  

Et on voudrait que cette machinerie infernale puisse être supportée par un corps ? Par un moi ? Par une personne humaine ? C’est bien qu’il est requis de passer à autre chose que ce bricolage de déterminations, un moi ça ne peut ou ne veut que se lover, ça gémit et ça se rassure. Le sujet impossible est l’autre âme, l’autre corps, l’autre surface du monde.

Et plutôt que de se sustenter aux mamelles de l’universel, comme autrefois (ce qui permit la révolution et autres gigantismes, quand même), cette fois voici le sujet bien nanti et presque assuré de sa structure ; structure qui plonge, par Sartre et Lacan, jusqu’au Bord. Et entendons jusqu’au Bord du corps. Que va-t-on savoir en faire ? Il convient que nous ayons les cartes en main, puisque dorénavant nous sommes parvenus au Bord, et qu’il nous est acquis qu’il ne s’agit jamais, nulle part, en aucun sens, d’un contenu quelconque à agiter, mais de la structure de cet arc, en tant que surgeon de toute l’altérité qu’est le réel, et qu’ainsi c’est du maniement de la structure par elle-même dont il est question et non plus des innombrables colifichets qui animent prétendument nos vies.

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