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instants philosophie

Si ça devient c’est pas pour rien

25 Janvier 2017, 11:10am

Publié par pascal doyelle

 

Rien n’a donc marché comme prévu ; on a aimé dieu, on a créé la pensée et puis on s’est converti au christique et instancié le sujet et dilaté dans toute l’altérité (heideggérienne et nietzschéenne), ou plus historiquement la révolution, qui fut un tel rêve, ontologique mais tout aussi bien celui du bonheur libéral que communiste. Rien n’a donc marché comme prévu, c’est donc que ça n’est pas terminé. Ça vient.

Tout ceci est très bien et permît de telles quantités de réalisations qu’il est inutile d’y insister. Et tout cela est vrai et réel, rien à en retirer, que l’on retrouve tout et ce sera bien.

Mais il ne s’agissait pas de seulement faire fructifier la nature humaine, la raison et autres. Du reste toute cette historicité fut passablement violente ou extrêmement pénible, et cela prît quelque temps, quand même, pour que l’on ébauche un semblant d’organisation collective et d’organisation individuelle, dedans la tête (l’un ne va pas sans l’autre, et élever le collectif c’est devenu la capacité de complexité individuelle, sinon c’est foutu).  

Revenons aux bases ; le donné là, la nature, l’univers, la détermination, la réalité (comme on veut) invente un mécanisme ultra-super délicat et d’une souplesse effarante ; non seulement des cervelles mais sortant de ces cervelles (sorte de gros enregistreurs, de mémorisateurs à tout va) sortant de ces cervelles, et de chacune qui plus est, un arc de conscience ; la capacité d’enregistrer ou plus exactement de surenregistrer telle information, inattendue, n’ayant pas encore de mémorisation dans la masse cervicale, et dont ayant la possibilité de remodeler, en partie, tel ou tel secteur de l’enregistré ; et ce par un accès hyper rapide et sans autre contrôle que celui-ci ; l’actualité de cette information effectivement constatée, lorsque l’on chasse et pêche ou lorsque l’on bavarde sur l’agora ou lorsque l’on regarde la télé (là ce n’est pas sûr … parce que l’information par chez nous fonctionne, étonnamment, comme redite et s’adresse peut-être plus à la cervelle et son recyclage qu’à l’acte de conscience original, originel, mais ici et là des flèches tracent les horizons).

Surenregistrer implique le système adéquat capable de subvenir aux informations non cataloguées. Autrement dit dont l’origine se situe dans le monde. Par un point d’attirance. Un acte, un arc de conscience qui sort de la cervelle vers le monde. Et qui détient son propre centre, mais dont le centre ne soit pas un empêchement pour acquérir et qui donc est, existe, formellement, comme un rapport à, capable de tisser des rapports dans la tension qu’il entretient. Qui sinon, si il était une information close, ne serait pas en mesure d’accéder à l’inattendu même ; c’est donc une forme, sans rien dedans, tel un pli sur la réalité, une tangente qui repère les échappées du donné, du vécu, du corps.    

Tout le jeu va consister à accélérer ou non cet accès ultra rapide. Les grecs  ou les juifs ou les chrétiens ou les philosophes ou les créateurs de toute espèce passent maitres dans la possibilité d’accélération de l’acte de conscience permettant d’enregistrer et d’élaborer une sur-mémorisation. Qui de ce fait ne doit pas être défini comme mémorisation.

Mais aussi, outre les pensées et les créateurs, les mois sont de telles petites machines qui captent instantanément le nouveau, ça les frappe. Ils sont faits pour cela ; de petites machines hyper ultra intentionnalisatrices.

Remarquons bien ; on n’imagine pas du tout qu’il y ait eu cervelle et puis conscience comme mécanisme hyper actif ; mais bien qu’il y a eu cervelle (grosse mémorisation énormisée) parce qu’il y eut acte de conscience permettant d’engrammer telle et telle information localisée et actuelle, et un ou des systèmes de répercussions de ces in-formations mentales et donc partagées et mémorisées dans un groupe humain. Evidemment c’est l’un par l’autre, mais on ne voit pas bien l’utilité d’une super mémorisation si il n’existe pas un arc tendu sur, vers l’information volatile et inattendue ayant à être enregistrée et traitée au vif. Ce que l’on nomme « culture », acculturation est l’activation d’un système d’enregistrement et donc de partage ; soit un groupe humain. De là à se demander si le « groupe humain » fameux n’est en fait qu’une machine à tenir, activées, les informations du monde … celles qui n’entrent pas dans la cervelle mais doivent s’actualiser continuemement.

On pourrait se limiter à cette description et considérer que la raison est l’apogée du traitement de l’information et couper net toute tête qui dépasse et qui prétendrait déduire quoi que ce soit de cet état de fait interrompu, de cette interruption qu’un arc de conscience produit ; et considérer que la raison est le donné expliquant le donné, dans un enregistrement plus contraint qu’à l’habitude et contrôlé et partagé et rendant possible mille et une actions sur le monde.

Or quelques-uns eurent une intuition stupéfiante, à moins que ce soit une envie ou encore simplement une motivation supplémentaire, en s’interrogeant sur la bizarrerie d’un monde, d’un monde naturel ou d’un donné là, qui puisse inventer un tel mécanisme étrange dont l’un des étonnements les plus apparents (mais non le seul) tient quand même à ce que le dit mécanisme d’enregistrement ultra rapide du donné apparescent, crée un être qui se sait. Il se sait lui-même, il sait qu’il existe et que le monde existe et que cette anfractuosité dans la réalité est une étrangeté.

Or ceci complote avec la seconde extase étrange ; qu’il y ait un présent, comme ça, qui nous suit constamment, qui ne nous décolle pas, est un fait aberrant et singulier. On a beau faire comme si le monde tel quel, ce donné là, comme si il était tellement naturel et raisonnable qu’il n’y ait pas lieu sinon de s’émerveiller, mais il arrive que l’on s’angoisse bien plus qu’on se réjouisse.

L’intuition de la soudaine anfractuosité de la réalité, comme ne contenant pas le réel, mais bien l’inverse : que la réalité soit un exemplaire, relatif, limité, du réel. Du RéEL. Que le réel est bien plus extensif que cette variante donnée telle que là, et que Je soit plus étendu que le moi si mal fagoté. Ce qui est encore plus considérablement parlant. Et qui nous soumet à la torture ; si il existe un mécanisme bizarre de conscience, et que le monde soit une réalité partielle, se peut-il que le dit mécanisme de conscience, qui excède son train de vie, soit précisément ce qui, dans la réalité, est chargé de percevoir, éprouver, imaginer, imager et penser plus loin que le donné ?!? Et que donc ce mécanisme, soient justement l’instruction, l’ajout dans la réalité qui tient à ce qui sera et non à ce qui est ?

Ce qui sera. C’est précisément de ce « ce qui sera » qu’il existerait un présent. Mais on ne sait pas quoi.

Sinon. Sinon nous voici renvoyé au retour ; il y a un « il y a » … parce que c’est comme ça. Point. Ça se peut, ça se tient. Mais l’équation est-elle respectée ? Ou donc, peut-on tenir l’équation d’un présent, d’une anfractuosité innommable, d’un mécanisme de conscience bizarre dans un monde aberrant et ce de façon adéquate, conforme à ces données de base, et le comprendre, si l’on admet béatement que c’est comme ça et pas autrement et qu’il n’est aucune question à se poser supplémentaire, alors que visiblement notre être est tout entier sustendu par le supplémentaire, justement ?  Et si notre être est sustendu au supplémentaire, n’est-ce pas parce que la réalité est suspendue au réel, c’est-à-dire au présent ? Qu’il y ait un présent veut dire nommément et littéralement et en tous sens que cela devient. Si ça devient c’est pas pour rien. Si ça devient alors que cela devienne est l’essence même de la réalité. C’est mathématique.

Pénétrer dans le mouvement de ce qui passe et se transforme, voire de ce qui se transmute, est l’objet même la philosophie ; démonter le passage, la passation du temps par le présent (on disait l’éternité jadis ou des choses dans le genre).

Il n’y a pas de raison de préjuger que le mécanisme de production du présent, ne serait-ce que via notre être bizarre de conscience-de ne soit pas démontable, analysable. Et puisque cet être est effectivement un être, cad qu’il existe de fait, dans le réel, pas idéalement ou abstraitement mais comme mécanisme agissant et ayant effets (et même un nombre incalculable d’effets), alors cet être dans sa construction réelle montre et indique l’articulation sur laquelle et par-dessus laquelle il se heurte (au réel) ; à savoir que l’être existe et que la pensée est l’interface qui expose, explicite, déplie le décalage qu’est notre être certes, mais aussi et c’est là le plus divinement inquiétant, le décalage qu’est la réalité elle-même en tant qu’elle est instanciée du réel, comme présent. Le décalage bizarre prend toute la réalité, et c’est le plus proche, le plus intimement antérieur à toute chose, tout être, là quelque part, re-caché, le grand externe, tendu, tranchant de la coupe du présent « celui qui distingue tout ce qui est ».

Aussi la pensée n’est-elle pas un discours tout-fait et clos, comme l’on entend ici ou là l’interpréter (faut-il pas être ignorant quand même ) mais un étirement a-temporel, qui permet d’expérimenter le décalage du temps, lequel ne consiste pas en une sorte d’éternité à proprement parler, bien qu’il puisse se percevoir comme tel ; de même que l’on ne peut pas observer du dehors (lequel alors ?) le déroulement de la pensée, tout indifférent, mais que l’on en est engagé si absolument que l’on pourrait annoncer que l’on y est étiré antérieurement à soi-même, le re-tour très présent d’y exister avant d’être, antérieurement à son moi, ce qui rend la philosophie si difficile, si cruelle, si outrancière et vraie ; le réel, le vrai, est une outrancière et excessive monstruosité. C’est le but du jeu, cet étirement, cet allongement de l’arc de conscience, son sommet, son horizon retiré : c’est le je.

Je suis un-tel, on voit bien un-tel mais qui est « je » ?  C’est le sujet étrange cartésien, aucun doute là dessus. C’est l’anfractuosité de la réalité côté réel, le non-temps, l’altérité, le premier laps, le re-tour, la possibilité antérieure. C’est aussi le sujet psychanalytique ; celui qui ouvre instamment toute l’intentionnalisation mais qui n’appartient pas à l’intentionnalisation, l’étranger, ni au conscient, ni à quoi que ce soit en fait, inutile de chercher ; c’est le miroir autour des images, des mots, des constructions, et se tient en retrait de l’être, qui se tient tout au bout du bout. Sauf que le bout est au-devant, en-avant. C’est de là que ça vient, de là que tout vient, par devant, en plus, parce que le réel est plus grand que lui-même, c’est ça le truc.

Mais on ne sait toujours pas à quoi ça sert.

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