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instants philosophie

Élaborer le Bord de la réalité et du corps

11 Mars 2017, 09:40am

Publié par pascal doyelle

Tant que l’on croira maitriser l’arc de conscience via ses contenus on échouera ; pour commencer de saisir il faut en être saisi et comme passer par en-dessous (comme jadis on croyait être en mesure de passer par au-delà) ; l’arc est antérieur à tout, et cela même qui rend possible tous les effets, et constamment l’arc réfère tout contenu, quel qu’il soit, même celui-ci, au réel donné tel que « là ». Aussi ce sera succomber à sa toute puissance que d’avouer notre impuissance et commencer enfin de non pas le contrôler mais de commencer d’absorber son point-de-vue et cela ne se peut que de s’y absorber. Le point qui existe est évidemment totalement là-au-devant ; c’est pour cela qu’il existe un présent ; le présent est la paroi absolue qui étire, tracte toutes les réalités et ce qui, en nous, s’effectue selon le présent c’est l’arc de conscience qui rétribue, redistribue les contenus, tous les contenus.

Il ne sert à rien, en un sens et pour simplifier voire caricaturer, de chercher dans le monde, le vécu ou le corps, ce qui existe au-devant ; ce qui se tient intégré dans la paroir du présent ; il faut pour saisir ce qui est structure (cad ce qui est présent pur et brut, qui n’est pas un vide « vide » mais un vide formel, ayant « forme ») une connaissance adéquate et c’est cette connaissance qui est ourdie depuis le début ;  non seulement depuis les grecs et le christique (et le mono) mais depuis les hauteurs de chaque civilisation, culture, ayant suffisamment travaillé à se saisir du présent (de l’absolu, de l’éternité, de la conscience au sens spirituelle ou pas, etc). Il n’est aucune raison de ne pas tenir compte, tenir le compte un par un et tenir le compte courant, si l’on peut dire, de ces expérimentations qui s’effectuent du dedans de la paroi du présent ; puisque cette paroi n’est pas une « intériorité », techniquement parlant, mais est justement, ce Dedans, le dehors même ; le Grand Dehors, l’exposition de la réalité qui ne cache rien ; toute la réalité est de fait, structuralement, exposée, une réalité non exposée n’a aucun sens ; le « réel » c’est de fait et par définition, et structurellement ce qui est exhibé, ce qui existe là devant.

Ce qui s’effectue comme pli dans le réel (l’arc de conscience) est pour nous, être humain, un re-pli, une vague au-devant qui par son flux réorganise le vécu, le corps (on a vu que tomber amoureux qui est le phénomène majeur pour un moi, le comble de son aventure, est un  tel re/flux qui comme on le devine à la fois crée une avenue et réinstalle une décision de soi interne à la structure, on croit se trouver comme si on se retrouvait).

Et puisque paroi du présent et entièrement exposée, le présent est précisément ce qui est intuitionné ; intuitionné au même sens que l’on saisit l’intuition esthétique, perceptive de tel ou tel objet ; autrement dit on voit le présent, on le perçoit (on ne perçoit même d’abord que cela, c’est en ceci que le présent arrive à la fin). Il apparait donc que l’exister, le présent fait fonction d’éternité, prend la forme de l’absolu, on a pu croire qu’il consistait en la spiritualisation ou à tout le moins en une dématérialisation, et ce pour une très bonne raison ; l’exister, le présent est l’origine même. Il est le retour du Même qui n’es jamais parti mais recouvert par l’être, la détermination.

Amené ce qui est perçu, mais impossiblement représentable, dans la vision même c’est donc manifester l’architecture de ce qui est au-devant ; et ce en usant de représentations évidemment, mais des représentations telles qu’elles ne sont accessibles que si l’on modifie le régime du regard ; que si l’on détourne l’habituelle conscience de ses contenus, en une conscience sans contenus. Si on ne comprend pas immédiatement la philosophie, c’est que l’on ne permute pas l’immédiateté dans la médiateté en ceci que la médiateté est la forme de la réalité ; tout est non immédiat et c’est seulement dans la médiateté qu’est notre arc de conscience que l’on place, imagine, situe des immédiatetés, supposées « massives », compactes, solides ; c’est que l’on ne remplace pas sa structure de conscience, emplie de contenus, par la structure de conscience évidée, neutre, sans rien, formelle.

Grosso modo et bien que tout cet ensemble se soit donné, présenté comme pensée, dieu, christique, sujet, raison, altérité, connaissance ou universel, ce qui est arrivé c’est la soudaine prééminence de la structure sur ce qui est structuré. Et du reste la pensée, dieu, le christique, le sujet, l’altérité sont intégralement et structurellement de la médiateté, manifestant le signe du report vers et par l’exigence, l’altérité ; si bien que lorsque l’on évoque le Un on crée à chaque fois une machinerie qui convoque l’altérité. Le Bord du monde s’est découvert lui-même et il a cru qu’il était « la pensée » (ou dieu, ou le christ, ou un tel et un tel ou ceci ou cela, de suffisamment énormissime pour figurer le Bord ; par ex la Volonté nietzschéenne est une telle énormité ou l’Etre de Heidegger ou l’Esprit de Hegel, etc) ; cette croyance structurelle le surmotivait et fonctionnait comme accélérateur d’intentionnalisation ; extensive pour les grecs, intensive pour le mono et le christique, et de matérialisation et d’incorporation enfin ; la structure s’incrustant au fur et à mesure encore plus avant dans la réalité via l’archi-tecture du réel, aboutissant donc pour nous, les mois, à une archi-texture du corps, une difficulté invraisemblable à être le moi que l’on est).  

On l’a dit ; on ne sait pas ce que c’est que la structure. Parce le réel est non clos, il est inimaginable et impensable que la « réalité » soit quelque chose de clos, mais il est pensable que la réalité soit le réel en tant que formel, parce que la pensée est l’extension de l’arc qui se rend adéquat à ce qui existe. La pensée n’est pas l’image dans le miroir qui soit conforme au miroir, mais est l’image qui reconduit tout arc à sa structure comme miroir ; il n’est aucune autre porte d’accès (au réel, cad au possible) que chaque arc, un par un ; aucun ne peut se substituer à aucun autre. Parce que la structure est formelle, cad activiste dans et par le présent (en lequel elle veut non seulement acquérir mais relancer, ce qui signifie re-Créer, relancer le Créé en plus de l’être) et se crée au fur et à mesure d’une part et parce que le présent est cela seul qui existe (et tout le reste ce sont des effets du présent, les réalités sont les effets du réel formel, arc-de-conscience/présent-exister), et comme chacun sait le présent n’est pas fini… par définition et de fait.

L’être, cad le résultat de l’exister, est le moyen de l’exister, et la finalité du réel n’est pas l’être, mais le déploiement de la forme (de l’arc de conscience, autant que l’on sache, et du présent, partout hyper actif), et le devenir de la forme, n’étant pas tenu par la détermination mais traversant toute détermination, n’est pas une réalisation univoque ; il est, ce devenir, les formulations possibles de la forme (de même que Mozart n’a pas éteint Haydn, ou Lacan, Platon ; si il était question d’essences ce serait soit l’une soit l’autre, mais ce sont les structures qui se dessinent qui imperturbablement s’ étendent ; la totalité de toutes les structures possibles est in-définiment possible et le darwinisme que l’on pourrait appliquer sur les essences, soit l’une soit l’autre, ne vaut pas exactement sur les structures ; elles entrent en concurrences mais en tant qu’elles s’éclairent les unes les autres ; qu’il y ait une structure totale et unifié de toutes les structures-unes est absolument inimaginable et impensable, pour le moment ou pour nous, mais cela ne signifie pas qu’elle n’existe pas.

On essaie seulement, si l’on peut dire, depuis la méditerranée, de délimiter ici même, dans le présent, entièrement manifesté et manifestable et constatable et supposant sa radicale cohérence, si spéciale, spécifique même, de délimiter ici même et pour nous ici et maintenant (puisque les mois sont supportés du sujet impossible et que jamais on ne fut aussi porche structurellement du Bord du monde ou du Bord du corps, le moi étant ce corps-même, dans toutes ses horizontalités et verticalités, et surfaces autrement dit), de délimiter le Bord de ce qui est, raison pour laquelle nous avons ou sommes basculés (souvent malgré nous, qui désirons nous lover bien au chaud), nous sommes basculés dans l’exister, hors de l’être.

On a vu aussi comme la pensée lorsqu’on la sort de l’interprétation rationaliste (depuis le 18éme) qui lui est faite, contient elle également l’articulation ; sous la désignation de l’être, du Bien, du moteur, du Un, de Dieu, etc ; soit donc des notions, des idées ou super-idées si complexes qu’elles s’avèrent tordues, distordues, en tant que renvoyant comme un miroir absolu vers le regard nôtre, et s’affectant ainsi du mouvement tournant qui non pas revient à une tautologie parce qu’entretemps le pli fut déplié… le réel fut ramené au devant, lui qui était jusqu’alors enfoui sous les représentations diverses, les contenus, les peuples et cultures et mondes. Ramené au devant sous la forme de la métaphysique (qui confine à l’ontologie complexe du Un) et qui ensuite sous le coup cartésien, le nouveau tour joué, qui extrait l’ontologie de la métaphysique (du discours philosophique, de la pensée de dieu, de la part de dieu et sur dieu, à la fois), et dresse que je suis avant de penser. Ce que comprendra parfaitement Kant (mais il ne lui revient pas de référer cet être, cet exister).

Tous les regards se tournent alors vers le sujet non comme subjectivité ou subjectivisme ;  vers le sujet comme structure seule active qui tire à elle, à partir de son impossibilité, que toute la réalité, et la réalisation humaine soient suspendues à son Au-Devant, dans l’architecture du présent qui s’emboite dans l’archi-texture du corps. La structure du sujet (celui qui tenait la pensée, dieu, le sujet depuis Descartes, l’altérité nietzschéenne et heideggérienne, l’analytique sartrienne et lacanienne, en donc les mois, chaque moi un par un) est enfiché dans la paroi Au-Devant, celle qui n’est pas possible, puisque située hors du monde, du vécu, du corps, de la cervelle, de tout en fait, situé comme présent ; l’impossible, ce qui n’est pas, mais existe, étire, attire, tracte la réalisation. De là que tout notre réalisation est prise dans la forme de la structure ; elle se suppose du Bord du monde, qui est, pour nous, comme mois,  le Bord du corps (et ce au sens strict et propre ; sartrien et lacanien). 

Ceux qui traient de haut les élucubrations de Lacan ou renvoie Sartre à la vieillerie (même lorsqu’il annule, pense-t-il, la psychanalyse ; il Doit élaborer sa vision dans cette dialectique) sont sortis du réel, qui eut lieu depuis toujours-déjà, et n’ont pas les yeux en face des trous. Du trou du réel. De même ne pas examiner soigneusement les aventures mystiques ou les systématiques de religion c’est ne pas voir que l’articulation (qui eut lieu, a lieu, aura lieu , via les êtres humains ou d’autres) s’observe elle-même et avance, comme Cause Au-Devant ; qui nous prend en tant que présent mais présent qui se continue peut-être en tant que Dimension dont on ne sait rien, et qui n’existe peut-être pas, de la nature de laquelle on ne connait pas le prolongement, ni si prolongement il y a, mais la vision en est suffisamment jolie, une verticalité ou horizontalité qui traverserait toutes les réalités, tous les univers. On précise ainsi au long cours la nature de cette structure, ce qui ne se peut sans qu’elle se crée formellement en tant que Bord qui avance.   

Il est bien clair que cette élaboration du Bord si elle s’observe théoriquement et exclusivement philosophiquement (puisqu’il faut nommer, signifier, avec des signes, qu’il existe un tel Bord) est tout aussi bien vécu (par le moi, et son tomber-amoureux ou par la révolution-politique jadis lorsqu’il s’agissait d’une passion formidable), qu’esthétique et poétique et éthique et évidemment de religion ou de mystique et que le Bord affecte toute la surface accrochée à la paroi du présent. Puisque le Bord est ce qui a effets instantanément dans le monde.

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