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instants philosophie

L’autre Point, l’autre effort

23 Avril 2017, 09:17am

Publié par pascal doyelle

Autrement dit celui qui ne souscrit pas, au minimum, à l’universalité, et qui croit que l’intérêt est le seul pivot du monde, perd son âme. Que l’âme existe ou non, il la perd. Il perd l’âme qu’il n’est pas.

C’est très précisément l’enjeu. Exister ce que l’on n’est pas, ce qui n’est nulle part dans le monde. Ici comme ailleurs et en tout temps la possibilité se joue entre l’affluence du monde, du donné, du vécu, et la régulation, aurait dit Kant, de ce monde, du vécu et du corps ; sauf qu’il ne s’agit pas seulement de la régulation de ce qui est, de la loi interne et supposée intérieure (à l’être, à l’organisation universelle du monde et du vécu), mais qu’il s’agit de la possibilité ; de l’invention. Et que cette invention n'est pas une partie ajoutée au monde, mais se tient de la structure du réel.

Ce qui se nommait régulation pour Kant (en ces temps en lesquels il fallait trouver le sens unique de l’histoire, de l’humanisation, et validement), nous le connaissons, depuis, comme création du chemin lui-même. Et ce chemin, si l’on suit que la personnalisation a suivi et poursuivi l’humanisation, ce chemin se produit, effectivement, pour chacun comme moi. Et l’on voit tellement que le moi est lui-même non seulement ce vécu et ce corps, ce qui est déjà considérable, mais toujours relié et relié à toute la surface du monde, du (même) monde ; il était destiné que l’humanisation puisse affecter la totalité des corps, l’ensemble de tous les arcs de conscience sur toute la surface de la planète.

Ce qui veut dire qu’il ne se peut pas, ne se pouvait pas que ce ne soit pas chacun des corps, un par un, séparément, qui reçoive la vision, la Vision, de tout l’ensemble, indépendamment et hors de sa communauté, de sa nation, de son peuple, de sa culture, du groupe affecté, de son langage, de son monde particulier. Mais aussi de son intérêt. Que tout soit re-lié, par la mass et puis la micro médiatisation puis médiation. 

Rien ne pourra modifier le problème ; soit on en reste à son intérêt particulier, égocentré, localisé, qui tente bon an mal an de réguler l’immédiateté et de prendre cette immédiateté pour le tout, soit on admet un filtre universel qui puisse rejeter tous les intérêts négligeables et négateurs de l’universel, l’intérêt universel.

Remarquons ; le filtre général de l’universel ne signifie pas que l’on sacrifie l’individualité (en quelque sens qu’on la comprenne), mais bien inversement que sans l’universel l’individualité n’est qu’immédiate et signifie peu, ou finalement ne signifie rien (sinon l’indéfini détermination du donné, lequel est destiné à disparaitre, entièrement). Rimbaud, ou un autre, n’est pas un baragouinage individuel, si Rimbaud est fondamental c’est qu’il est l’individualité compte tenu de l’universel ; l’universel n’est pas le rouleau compresseur qui écrase ni le moi, ni l’individualité mais ce qui les rend possible (et ce envers et contre tous ceux qui bien au chaud dans l’universalisation, croient arguer de leur super moïté opposée à l’humanisation, ou d’une individualité sauvage ou spontanée ou originale en elle-même ; tout cela n’existe pas, il n’est que la soumission la construction pour qu’au bout et en plus de la construction advienne l’individualité ; c’est ce que l’on nomme singularité ; ça n’a rien du tout de naturel ou de facile).

Que l’individualité ne soit possible qu’en plus de l’universel, compte tenu de celle-ci, devrait interroger quand même la compréhension ; cela veut dire que le réel n’est nullement spontané ni naturel, mais construit (pour les psychologies etc) ou plus exactement élaboré ; que donc tout le réel est une élaboration ; la réalité est en fonction du réel, qui existe ; l’énergie et les atomes, le vivant et l’humain culturel (jusqu’à la méditerranée, qui institue le groupe, le langage, chaque monde humain particulier, les échanges réglés, etc, puis l’au-delà de tout groupe, tout peuple, tout monde particulier, soit donc le monde universel avec la méditerranée) et que tout cela est une élaboration.

C’est en ceci que Nietzsche et Heidegger, qui s’approchent si fort du Bord (de l’altérité comme constitutive de la réalité, en hypothèse présupposée et saisie intuitivement, selon l’intuition subtile du structurel, le structurel étant rapport articulé au présent s'intuitionne) s’en remettent finalement à un idéalisme, un idéalisme non humain, autre, bizarre, et même incompréhensible (personne ne sait ce que veulent dire la Volonté ou l’Etre, ce sont des signifiants, sans signifié mais qu'ils, malheureusement, emplissent d'un tel signifié abscons, par lesquels ils supposent une marque ontologique, l’introduction de l’ontologie, et selon l’altérité, dans le monde-humain-naturel-subjectif de la raison commune, du sujet libre renié, le déni de l’universel) ; mais idéalisme qui ne pense pas son objectif, sa finalité, mais l’imagine, le rêve, le fusionne, le visionne en mage créateur de mondes ou en prophète de la vérité qui remplacera celle du judaïsme ; l’Etre heideggérien est une sorte d’hypertrophie de la Volonté nietzschéenne, au sens où Heidegger cherche selon la même sorte de logique, qui partant d’intuition structurelle réelle s’égarent dans une signifiance qui se rêve pleine, authentique, profuse.

Au lieu que la vraie et réelle signifiance ne signifie rien ; elle fait retour, nouveau tour, sur la signifiance même, et la relance. Cependant on voit par là que la signifiance vide, formelle, prend effectivement le vide de l’Etre, est effectivement la Pensée, est inscrite par l’affect troublant du « là », l'angoisse,  et prend également l’intentionnalisation de la Volonté, par quoi ce qui veut en nous n’est pas le conscient, mais une plus grande et Autre cohérence. Nietzsche et Heidegger explorent véritablement l'altérité, c'est leur finalité même.

Sartre et Lacan entreprendront tout à l’inverse ; d’analyser, rigoureusement, l’articulation ; de ne pas succomber à quelque idéalisme ou imagination que ce soit (même Sartre qui ré-écrit une sorte de marxisme comme sens de l’historicité supposé ; sous condition de ré-intégralement interpréter le marxisme, par une tentative d’une autre dialectique ; mais comme Sartre ne peut pas installer l'acte de conscience autrement que vide, il doit emprunter au donné une praxis mondaine, matérialiste ; pour lui qui "conscience" signifie non pas rapport vide mais rapport comme Structure est imposible).

Descartes le premier sait placer le pion fondamental, juste un pion, rien d ‘autre ; la méthode n’est pas d’abord une manière de fonder la pensée, c’est la possibilité d’inventer, l’ingénierie en somme, l’inventivité ; le « revenir à l’évidence qui nous tient tel quel dans le donné « là ». Découper les consciences que l’on a, pour relancer la conscience que l’on acte. Quitte ensuite à remonter encore d’autres cogitos, tel ou tel, kantien ou stirnérien, il y en aura à vrai dire des tas. Le système « cogito » est une technique, et une technique qui lance chaque fois des évidences sur le « là » et si le « là » obtient tant et tant de versions, pour ainsi dire, c’est que le « là » est originel, Descartes montre l'originel, tout entièrement articulé ici même ; l’originel est « ce qui prélude à tout le reste », autrement dit la forme, et la forme permet, de par sa nature même, de multiples variations ; la forme est la variabilité de la même (difficile et antérieure) structure ; on ne l’épuisera pas de sitôt ; puisque la forme antérieure est le présent et que le présent devient comme entrainant tout à sa suite ; rien n’échappe au présent.

On y perd l’âme que l’on n’a pas, mais de ce fait on ne s’en rend même pas compte ; parce dans le monde la réalité est toujours complète ou complètement là. C’est uniquement du point Autre qu’il existe un en-plus de réel. Ne pas chercher le plus, l’ajout, est en un sens un bonheur ; on arrange ce qui est donné là, selon son intérêt.

Lorsque la raison remplace la pensée, la nature remplace dieu et le moi remplace le sujet, on suppose a priori que tout est là, le donné explique le donné et il n’y rien de plus ; on pourra éventuellement admettre la Volonté ou l’Etre comme des sortes de trucs qui ouvrent, a priori, le monde donné humain naturaliste (en simulant une autre sorte d’objectivité, le vitalisme ambigu de la volonté, de la force ou en substituant à la raison la Pensée prophétique de H, qui remonte jusqu’antérieurement à Platon), mais si tout est, dans le monde, donné, c’est tout entièrement la réalité qui se bouche, se ferme (elle peut se produire tant et plus et non plus s’idéaliser comme pensée ou sujet ou dieu, mais elle se ferme à tout repérage structurel convaincu d’illusion). Les mois sont destinés à être heureux, point.

Ce qui est manifestement très bien, mais en vérité on doit être heureux afin de passer aux choses sérieuses, pas de s’en contenter ; de toute manière on ne s’en satisfera pas ; on n’est pas destiné à se satisfaire de cette sorte, ça n’est pas le « bonheur » qui est la finalité, le bonheur comme tout ce qui fut, très justement, inventé par les lumières, sont des moyens, des moyens qui apparaissent comme tels si l’on se place, parvient à se situer du point de vue autre, ce dont N et H, par leurs philosophies très bizarres, et très inhumaines, ont bien appréhendé, mais la Volonté et l’Etre sont encore des signifiants supposant des signifiés magiques : pas les analyses de Sartre et Lacan.

La vérité est donc qu’une fois acquis le bonheur (et le reste), autre chose entre en jeu. Cela même qui travaille les mois en débordement d’eux-mêmes (qui deviennent fous, se dépriment, s'angoissent, etc, le moi invente plein de contre-bonheurs), et les échanges et le fantasme de réalité que la finalité, maintenue, de la satisfaction comme pseudo finalité conserve en pseudo sens de la vie. Le bonheur ou donc comme on s’est aperçu que le bonheur n’y suffisait pas, le désir, comme renouvellement perpétuel du pseudo sens, fonctionnent en tant que nuage de consistance ; le bonheur est continuellement remis au goût du jour, selon l’indéfinitude du monde.

Evidemment l’autre direction, celle à partir du Point supérieur qui n’est pas, qui se situe dans l’exister (et l’exister est en fait ce à partir de quoi on situe tout le reste), ce Point n’est absolument pas une facilité ; la facilité c’est de suivre le cours du monde (dit réaliste, naturaliste, égologique ; aussi compliqué et tortueux et indéfiniment miroitant de cent mille sons et couleurs la continuité du monde comme il va, s’impose naturellement).

En somme le gel de l’historicité qui eut lieu à partir de la révolution, qui aurait du continuer sa structuration, et qui a déroulé un monde humain englouti dans son propre donné, qui aurait du continuer l’universalisation et tenir une personnalisation qui aurait pu « savoir y faire avec la structure » (au lieu d’en subir le contrecoup en chaque moi, déjanté, perdu, mal à l’aise, ourdi d’une vague angoisse ou de ruptures de l’intentionnalité catastrophique, et ce jusqu’à ce que les foules elles-mêmes se perdent, se perdent dans l’historicité, laissent dévorer l’historicité, cad le Point qui se tient au-devant, par le monde immédiat), le gel de l’historicité a perdu le sens du Point autre et ce devant la difficulté même ; il faudrait pour cela élaborer la structure comme étant le réel ; maintenir l’universalisation et percevoir en plus au-dessus, au-delà de l’universalisation, ne pas enferrer les mois dans leur nasse, ne pas figer les institutions dans le marbre pseudo historique (quasi sens de Debord) et, donc, ce qui est inventé, et créé, ça n’est pas autre chose que la structure du présent, qui autrement s'échappe dans le fantasme, la pseudo réalité ; comment organiser, prévoir l‘intentionnalisation, l’attention qui s'attache à l’attirance du présent ?

Ce qui revient à ceci ; actualiser, au lieu de répéter le monde fantasmatiquement. La précision de la réponse au donné réel.  Non seulement actualiser l’activité, l’activisme structurel dans le donné historique et continuer la révolution, mais dresser le visage même de la structure, dont on peut ajouter qu’il fut au moins l’être grec, dieu, le christique, le sujet, ou le surdivin de Rimbaud, jusqu’à la structure analysée par Sartre et Lacan ; c’est le schéma qu’est l’arc de conscience, l'originel, cette technologie créée par le donné et le « là », qui se délimite, se dessine, se figure au fur et à mesure. Supposer que dessous Plotin ou Kant ou Lacan, activé par les esthétiques et les éthiques, toujours ontologiques, se précise une structure fondamentale, plutôt que d’aligner divers « contenus », succession d’époques, regard naturaliste, objectiviste, sans lien ni rapport, alors que notre être, cet arc, est et n’est lui-même que le Rapport strict au réel, de décalage ontologique de toute réalité, supporté donc comme tel par l’articulation au réel unique, en l’unique position. Tout varie sauf le Point, l’attirance du présent.    

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