Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

La politique n’existe pas, le bonheur non plus

5 Avril 2017, 09:13am

Publié par pascal doyelle

Nous n’avons pas su coordonner le réel, coincés dans le fantasme.

Du principe « tout ce qui n’est pas autorisé est interdit » nous sommes passés à « tout ce qui n’est pas interdit est autorisé », soit donc d’un Ordre global assigné par le haut et descendant dans les détails, à un minimum d’ordre entre soi, libérant toutes les activités, inventions, créations, associations, contrats, possibilités, corps, etc. Ceci avec divers aménagements selon les peuples et selon les époques et selon les personnalités, puisque la personnalisation est devenue au fur et à mesure … la mesure (il y eut les classes sociales, la nation, les luttes et libérations, les sexuations et la sexualité, les catégories diverses etc).

De sorte que tout l’ensemble s’organise ou s’inorganise à partir de la volonté décision intention, du non pas « tout est permis » (ce qui est une interprétation rétrograde) mais du tout est possible (qui ne contrevient pas au cadre de cette même possibilité ; essentiellement « ma liberté qui ne nie pas la liberté de l’autre », sinon le cadre de coordination se contredit et plus rien n’est possible).

Or qu’il y ait une coordination supérieure aux libertés, sans contredire celles-ci, veut dire que chacun doit surmonter son désir intention décision volonté qui tombe dans le monde, qui se plie aux finalités faciles, aux satisfactions immédiates, et que chacun soit capable de s’élever, de se rendre plus complexe et plus « détendu » pour ainsi dire … on disait « cool ». et ce afin que les finalités individuelles en s’enchevêtrant ou s’organisant, puissent élever l’ensemble et comme nous n’avons pas su monter en complexité et que les finalités individuelles sont écrasées par leur finalisation immédiate, le degré de complexité en est resté au minimum tandis que s’énormisait la dite finalisation basse et que se multipliait à tire-larigot les pauvres, si pauvres fins.

Il était impossible de décréter l’organisation, la coordination par-dessus les libertés, puisque l’on force une liberté mais on ne la convainc pas par la force ; la coordination devait venir des libertés elles-mêmes. Ce qui n’a pas eu lieu ; ou ce qui a fonctionné un temps mais pour s’effondrer dans la simple bassesse, la pauvreté des finalités. Rattrapés par le monde, les intérêts, les facilités, les possibilités aisément acquises.

Dans la mesure où tout le monde, chacun pouvait disposer au minimum d’assurer son quotidien, de survivre et de vivre un peu mieux, il pouvait s’imaginer que l’on puisse divertir une partie de sa richesse propre pour abonder la richesse collective et de sorte que chacun échappant à la rareté et la nécessité, plus ou moins, on puisse organiser afin que petit à petit chacun ait à cœur de se consacrer à l‘ensemble, purement, désintéressé, et désintéressé en un sens précis ; que le désintéressement, relatif, actuel donnerait un jour, dans un an, dix ans ou cents ans, donnerait au centuple… Soit donc non pas un désintéressement mais un intéressement intelligent.

Or non.

On a formulé un fantasme de réalité de telle sorte que chacun entre totalement en compétition en miroir vraiment délirant et inutile, parce que ça ne satisfait pas réellement les personnes. Ça les réduit, les concentre et les écrase. Parce que ça n’a pas de sens. On ne sera pas satisfait des finalités basses, immédiates. Et en vérité si il était bien question que chacun soit « heureux », ce qui veut dire plus ou moins satisfait, ça n’était pas une finalité… C’était un moyen ; que chacun soit, relativement  heureux, afin que chacun puisse s’intéresser à autre chose. Enfin.

Que chacun veille à son intérêt, on ne voit pas qu’il puisse en être autrement ; que par simplification et courte vue ce soit le seul intéressement, c’est juste de l’idiotie, au sens propre ; l’incapacité d’appliquer plusieurs logiques, parce que c’est plus court de ne penser qu’une seule fois plutôt que de penser pluriellement.

Autrefois on forçait les individus à penser pluriellement mais au prix d’inventer des formes bizarres d’organisations sociales (c’est le moins que l’on puisse dire, comme quoi le délire vient de loin et sans doute congénital), mais puisque l’on doit partir de l’individu (afin de libérer ses possibilités) il faut, pour se coordonner à peu près comme il faut et intégrer le désintéressément, que cette coordination soit décider, mise en forme, et ça on ne le peut pas ; on en est incapable ; on préfère inventer un délire de concurrence ou un mirage du bonheur total, qui n’existe pas, de réalisation de « soi » qui puisse se passer de complexité et n’ait qu’à se vautrer dans la facilité, délires continuels entre tous et lâcher la proie pour l’ombre.   

La politique n’existe donc pas, c’est juste une manière d’envisager ce qui eut lieu, le large et décisif mouvement de l’auto-organisation, autorisé de chacun par lui-même (chacun se référant à sa « raison », théoriquement, mais en fait chacun se référant à sa liberté nue et traduit et limité à son désir et ses facilitations), tandis que la méta-organisation qui devait permettre de coordonner, en conscience, ces libéralisations, aucune n’est saisissable par quelque bout que ce soit, les libéralisations auraient dû se transformer en méta organisation, plutôt que toutes ces possibilités se plient et tombent dans le monde donné (la vision communiste, qui consiste à écraser les libertés par une théorie universelle, par une méta inopérante, et qui évidemment est impossible, puisqu’aucune raison ne peut supplanter les libertés et qu’au contraire la véritable organisation serait que les libertés soient convaincues et créent de cette méta-organisation, laquelle sinon ne serait pas « méta » du tout).

Démocratie est l’intitulé d’un processus général ; et en l’occurrence l’individualisation qui sort du groupe et recommence la réalité à partir de soi, lequel soi devrait donc assumer la réalité et non pas se replier, individualisme qui est impératif mais non exclusif, ni terminal. Parce  que si l’individu est la fin de tout, se déclenche le réalisme et la naturalisme ; tout est « là », le monde est là et notre finalité n’est que d’être « heureux », pour soi même, sans plus de pensée, puisque tout est « là ». Or tout n’est pas « là ». Ou plus exactement le « là » est bien différent du donné béat et clos.

On aura beau vouloir « réformer » ou transformer la société, tant que l’on ne passera pas de l’auto organisation individuée au méta organisationnel, ça retombera dans l’individué seul, l’individué qui ne trouve pas le joint, la possibilité de se rendre plus complexe, et apte à intégrer le désintéressement, cad de se rendre intelligent. Et ce littéralement ; on ne trouve pas les orientations qui permettent d’enclencher le méta-structurel dans l’auto-structurel. La ligne de possibilité doit passer par réformes et transformations, mais encore faut-il disposer de cette ouverture intellectuelle, intelligente, opérative. Or on n’y comprend rien ; parce que lorsque l’on réfléchit on glisse d’une surface individuelle (acquise et que personne ne songerait à annuler) à une surface méta mais complètement incompétente et en vérité sans idée du tout ; soit elle copie une universalité abstraite soit elle retombe dans l’individué ; le communisme re-devient soit une hiérarchie soit une société libérale comme les autres, et les interfaces libérales sont, dès l’origine, absorbées, déjà, par leur facilité qui reviennent au même état des choses.

Ce qui manque c’est ainsi la représentation capable de créer et de gérer le méta ; soit donc de dériver l’auto (organisationnel individuel) par une vision de l’ensemble (qui n’est pas un Tout) et ce de telle sorte que chacun soit au fait de ce qui se passe et que chacun accepte et participe (de sa volonté propre) à la méta organisation ; que chacun ne soit pas absorbé par son seul projet individuel délirant dont le summum est idéalement le « bonheur », la satisfaction qui recule indéfiniment et rend fou ; et c’est cette limite qui est inacceptable pour tous les petits mois que nous sommes ; on ne comprend pas, pas du tout, ce que ça veut dire.

On peut bien en saisir l’idéalité abstraite, mais pas ce que ce mouvement impliquerait dans les faits. Dans l’épaisseur ; on est débordé par l’épaisseur du donné, des vies, des corps ; on ne maitrise rien du tout et on fait semblant d’ordonner la réalité, vécue, en faisant semblant d’être heureux (puisque c’est la destination « ontologique », de cette anti-ontologie généralisé, et obligée de tous et de chacun).Et plus on fait semblant plus on est écrasé (et d’autant plus de mois, d’individus s’écroulent dans le trente-sixième dessous, psychiquement, et bientôt des groupes entiers, d’effondrés, se soulèveront pour retrouver une pseudo solution imaginaire, encore plus délirante, puisque l’on délire beaucoup mieux à plusieurs, c’est certain).  

Et on est absorbé dans l’épaisseur du donné d’autant plus, donc, que le principe de bonheur est la finalité terminale ouverte (ce qui est bien) et exigée (mais alors tout se clôt par cet état de satisfaction supposée, cet imaginaire, par quoi l’on quitte l’intellection ontologique). Mais Nietzsche, Heidegger, Sartre et Lacan ne tombent pas dans le panneau, et certains en sacrifiant tout bonheur réel, ce qui est un excès absurde, voire sauvage et inhumain ou surhumain ou non humain, ce en quoi ils n’ont pas tort en logique mais tort dans la pratique ; la logique du réel n’est pourtant pas évidemment la satisfaction béate, mais se crée comme tension, et plutôt que d’attendre la résolution de cette tension, il faut la structurer ; structurer la tension ce qui est, pas moins, ce que ciblait Nietzsche ; puisque l’on ne peut pas échapper à la division c’est cette division qui doit être régulée (sans disparaitre puisque sans elle nous ne sommes pas, ,nous sommes la division, l’altérité, le décalage).

On veut saisir par l’auto-organisation, qui est le principe mis à jour par la/les révolutions, et qui a généré un idéal ou des idéaux qui supposément devaient combler le vide et la division (par quelques sortes d’idéalité que ce soit ; les images de bonheur ou de satisfaction qui se prennent pour le miroir, les images que nous ne cessons d’absorber pour calmer la douleur incompréhensible de la tension, du décalage),

saisir donc par la seule auto-organisation et sa mise sous pression constante, la culpabilisant et se haïssant elle-même de n’être pas capable d’atteindre cet épanouissement imaginaire,

saisir donc par la seule auto-organisation ce qui réclame en vérité une méta-organisation ; ce qui ne peut signifier rien d‘autre qu’une élévation que l’on dira, par défaut, « de complexité ». Or cela ne veut pas dire grand-chose actuellement, puisque nous ne comprenons pas ce qui est en cause … nous n’analysons pas ce qui est effectivement en cause et donc toute solution avancée ripe sur le réel.

Méta-organisation non seulement de la coordination collective, mais méta-organisation interne à chaque individualité ; l’image dans le miroir est ce qui commande les consommations et les productions. Le méta est la structure qui s’interpose à nouveau entre elle et elle-même, tout comme elle sût le faire autour de la méditerranée.

Or on a vu que le fantasme de réalité, l’irréalisme (qui se prend pour le donné même et le réalisme et le naturalisme et la rationalité plate), la substitution de la structure effective (qui ne se finalise pas par la satisfaction, qui n’est pas du donné, que l’on voudrait à toute force qu’elle le soit, qu’elle ré-imagine constamment de nouveaux subterfuges-images pour replacer, réimposer  la forme structurelle dans le monde, dans le vécu, dans le corps, dans le moi), ce fantasme est la pierre angulaire qui commande toutes les finalités tombantes, et ne permet pas de comprendre que la destination de structure est impérativement Autre ; le décalage est tourné non seulement vers le haut, mais s’existe en plus. Et comme il est en-plus, on ne le sait pas mais c’est par là que l’on se juge, que l’on se veut, on ne le sait pas mais le décalage nous sait.

Qu’il y ait un fantasme maximal, une matrice intérieure, un schématisme, qui préorganise pour ainsi dire les intentionnalités, des plus globales (qui précisément manquent, puisque ça ne pense pas) aux plus intimes (régulant les intentions des mois, des corps) n’est pas étonnant puisque la structure est intégralement arcboutée au réel, au donné là, au corps lui-même ; ce sont les rapports au monde qui génèrent le schéma.

Commenter cet article