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instants philosophie

Le surdivin

17 Avril 2017, 08:17am

Publié par pascal doyelle

L’accélération matérielle

Ce qui est décrit, philosophiquement, en tant que la philosophie est la discipline qui prend en charge ce qui est arrivé à l’humain autour de la méditerranée, depuis les juifs jusqu’au christique en passant par les grecs (la sortie dans le monde de la structure de l’arc de conscience qui se tenait sous les groupes humains, dans chaque monde particulier, et qui vient poindre dans le donné là, dans le « là » du donné, en créant des systèmes d’intentionnalisations, soit grecques soit christique et mono),

ce qui est décrit c’est ainsi le miroir.

Le miroir et non les images dans le miroir.

Comme il n’est aucun moyen de montrer le miroir lui-même, ou donc la structure de conscience, arcboutée au réel, (et, inutile de chercher plus loin, il est est arcbouté au présent, le présent là maintenant, chaque présent en témoigne et tout s’expose dans le présent, le présent comme origine de tout ce qui est, fut ou sera)

aucun moyen, alors la philosophie a pour finalité de susciter, en chacun, cet arc, cet arc lui-même tel que chacun l’existe déjà, mais recouvert, recouvert par telle ou telle identité, et bien il faut creuser et lever plus loin, dans l'individué.

Ce disant on croit comprendre que l’on aboutira à une sorte de sujet universel. Point du tout. C’est l’inverse. Rimbaud ne vous demande pas de lui ressembler ; qui pourrait ressembler à Rimbaud, qui même le voudrait ? Ce vers quoi vous envoie Rimbaud c’est votre propre position : l’articulation singulière, qu'indique, pour sa part, la part qu’il a prise, sa singularité ; dont cette singularité indique la tangente, qui est innombrable, puisque si une chose est une chose, la forme, le structurel est non fini.

Rimbaud se tient au Bord du monde, au Bord du corps, du corps de Rimbaud, et montre, du doigt, parce qu’il n’y a pas d’autre moyen, montre du doigt la logique du réel. La logique cela s’applique ici ou bien là, en tout point de la réalité ; c’est une logique et prendre la forme du texte, de cet ensemble de signes Enfer et Illuminations, de rapports qu’a tissé le voyant Rimbaud, qui est lui-même comme chaque arc un Rapport, c’est accéder non seulement à la position de celui-là (Arthur) mais c’est prendre le pas, la mesure de l’orientation du réel ; ni plus ni moins, c’est par là que ça va ; il est l’exemplarité mais qui force à apprendre l'exemplarité de l'orientation et désorientation du réel brut, se rendre compte que chaque arc est tendu à ce point, degré d’intensité là ; c’est par là que « cela » (on ne sait pas quoi) se passe, arrive, se montre, se propulse, se tracte, s’attire. On prend la forme du réel parce que Rimbaud s’est tenu tout au Bord et que c’est de cette extrémité qu’il montre du doigt. On ne saurait que prendre sur soi la forme qu'il (se) signe.

Sans Rimbaud ou Descartes ou jésus ou qui vous voulez, on n’éprouverait pas le degré de tension supportable, et on serait orphelin d’explorer la structure du Bord.

Que Rimbaud nomme Enfer et Illuminations (qui dirait béatitudes potentielles de puissance acquise de son mouvement propre) son Evangile veut tout dire (littéralement et dans tous les sens, puisqu’il ouvre la Somme, la Somme de toute sa position, rassemblant tout cela, les confluences de tous ses vécus, images, possibilités, en vrac ; cet homme est un démon ; Rimbaud crée le surdivin, non pas le dieu qui crée le monde, tout ce qui est, mais la sorte de dieu étrange qui nait du donné, du « là » de tous les mondes, rassemblés, de même que les Idées existent peut-être avant le monde mais c’est celui qui les pense qui ajoute sa surdivinité, et sans doute il est dieu dans le ciel mais c’est le christ qui est le surdivin, et oui il existe l’infini mais c’est le cogito qui ouvre la réalité en deux).

Remplacez  donc Rimbaud par Descartes ou Nietzsche ; les explorateurs de la faille.

Qui vous voulez, mais sans croire que celui-ci ou tel autre possèderait, résumerait à lui seul la vue intégrale de tout ; ça n’existe pas. Chaque arc est dans le formel, le non défini, l’accès invraisemblable. Chaque exploration déploie une facette du kaléidoscope, formel, qui se perçoit ou commence de se percevoir dans et au travers du présent, le mouvement en cours, qui est le présent même. En ceci le réel, cette dimension, est « ce qui se perçoit » ; raison pour laquelle il est un présent au sens où « il existe un présent » et « il est en tant que présent ».

Cette dimension existe en tant que présent et il n’existe que le présent et le présent perçoit « tout cela qui arrive », c’est ainsi qu’il se désire, pré-voit, il se voit se déroulant sans se savoir du tout ; il n’est aucun lieu de où il se saurait ; le présent est un tourment indéfiniment se structurant, structurant non pas un être qu’il serait mais structurant cela même qui le constitue, c’est la racine qui se refaçonne continument, il n’y a pas de reste qui ne serait pas le mouvement même ; c’est pour cela qu’il est intégralement, constitutivement mouvement ; il n’est rien qui ne soit pas ce-mouvement-même ; le réel comme présent est la faille unique continuelle, non la faille dans l’être (l’être lui-même se produit de la faille, comme divers effets). Et donc le réel existe en se réfléchissant, matériellement ; l'exister est ce réfléchi. Une seule faille gigantesque en mouvement indéfini.

Ça n’est pas la pensée ou le sujet ou quoi que ce soit qui assument exclusivement, subjectivement, le réfléchi ; c’est intégralement tout ce qui est ; l’objectivité est en réfléchi, c’est pour cela que le singulier est originairement l’hyper objectivité et il est le singulier parce qu’il y a le présent, parce qu’il y a l’altérité du Un, la distinctivité intégrale. Et c’est parce que l’on va se porter au sommet de toute sa réalité et que l’on va créé à partir de la faille originelle,  l’universel ou l’esthétique ou l’éthique ou le politique ou donc le langage ou tout monde humain ; on est toujours forcé d’exister au maximum, qu'on le veuille ou non mais il vaut mieux le vouloir, si l’on veut assumer le Fait, le Fait d’exister. Tout arc de conscience est déjà jeté dans la tension la plus exploratoire qui se puisse (on est déjà au Bord du monde, et au Bord de son corps, si l’on croit en dieu on est déjà eckartien, toujours, et si l’on est un moi, ce qui ne manque pas, on est au Bord du corps, fondamentalement, très lacaniennement), on s’en protège d’une part (en limitant Rimbaud à n’être qu’un « poète » par ex ou en croyant que l’on est seulement ce moi, un-tel, Pierre Dupond) mais d’autre part même Rimbaud n’y a pas accédé … on ne peut pas y atteindre, on garde seulement une pauvre intuition, très difficile, que l’on retient plus ou moins, longuement, dont on est saisi de morsure, et ce plus ou moins.

Sinon on reste dans l’immédiateté, ligoté dans tel signifié supposé du signifiant sans rien. Dans le monde tel que vécu, perçu, imagé ou imaginé à la petite semaine. Rien n’est accéder sans l’effort, c’est-à-dire sans l’attirance. Et selon la plus ou moindre capacité d’attirance (on retrouve Nietzsche en somme ; si on y perçoit un effort on ne voit pas l'attirance).

Il n’est rien qui ne soit pas le miroir mais le miroir n’est nulle part : c’est en lui que ça existe. Originellement, à la racine elle-même, est le re-tour, qui entame tous les nouveaux tours que l’on voudra, qui se puissent. Ce qui est aberrant. C’est comme si en croyant en dieu on réfugierait, on se protégerait, alors que de toute manière et en quelque sens que l’on prenne « dieu » ce fut, c'est, ce sera une éprouvante exigence, l’exigence maximale (et ce fut de fait pour les croyants structurellement l’Exigence même) ; il n’est aucun lieu de repos. On entre dans la forge ou alors on n’est pas du tout. Et prenant sur soi la forge épouvantable, Rimbaud assume au maximum l’exploration, et chacun assume dans son moi, dans sa personnalisation, de se tenir très exactement sur la limite même ; parce qu’il n’est rien d’autre et que cela suffit bien puisque c’est le Bord de tout.

Et comme le Bord est au-devant (puisque présent) on dira qu’il se tracte, qu’il s’attire, qu’il est pur mouvement, qu’il se bricole au fur et à mesure et dépendant de nos moindres décisions, orientations, possibilités, accès, admissions, excès, extrémistes ou pas (en tant que mouvement il ne sera jamais d’exister que comme mouvement, comme kaléidoscope, a-t-on dit, la structure mobile titanesque au-devant de tout : le regard qui crée de seulement percevoir ; on y comprendra ce que l’on veut ; rimbaud en saisit le surdivin).

Rimbaud active donc le Bord en chacun, mais Descartes ou Kant c’est plus compliqué. Il ne s’agit pas seulement, si l’on peut dire, d’être saisi par le Bord (en se ramenant jusqu’à tenter de se confondre au point, à la ligne « Rimbaud », en s’incorporant les signes), il faut délimiter le plus précisément possible le dit Bord.

En un sens Rimbaud est bien plus précis que Descartes ou que la philosophie ; précis en et par chaque signe et l’ensemble des ensembles de signes qu’il lance non comme les dès mais comme les flèches qui reviennent. En un autre on n’en est pas plus avancé (sinon de sentir l’intuition structurelle de ce qui un instant, qui est tout le présent, fut perçu au travers de Rimbaud : ce qui est considérable et qu'il se tient-avant, en avant de tout, il l'éprouve).

Par Kant ou Nietzsche ou Lacan, la pente est beaucoup plus ardue ; tous cependant, un par un, explorent les tangentes possibles ; tous sont requis, tous sont impératifs. Ce qui rend la problématique, les variations à propos de la Même Structure, encore plus épuisant. Mais c’est comme ça. Par éclairs absolus, par éclairs formels.

Puisque ce dont on part ça n’est pas un contenu qui serait composé et décomposé et recomposé, dont on bricolerait l’argumentation, mais d’une structure parfaitement identique en quiconque ; Descartes décrit le même arc que Kant ; il n’en existe qu’un ; instancié un par un et dûment individué non comme fondement sériel, numérique, mais parce que le singulier est l’originel lui-même ; la source ininterrompue dont c’est seulement notre fatigue, notre épuisement, notre lâcheté ou notre illusion qui  réduisent la source, la racine inattaquable, que Rimbaud nous impose ; sinon on n’aura tout simplement pas accès à ce qu’il dit, au sens de ce qu’il montre, signifie. On ne saisit pas ce qu’il dit, on peut seulement remonter jusqu’au point invraisemblable duquel il se tient ; de réinstaller ce point en nous. Sans doute Rimbaud (ou quiconque donc) est un signifiant, mais encore faut-il tenir la longueur du signifiant d’une part, et d’autre part le dit signifiant est au Bord de ce monde, de ce corps ; le signifiant se doit à tous les signifiés, au maximum de signifiés. C’est pour cela que ça n’est jamais un signifiant abstrait ; ni Descartes ni Rimbaud ne parlent dans l’abstraction ; c’est bien de soulever le monde, le donné, la perception, l’intuition, le corps, le vécu, la pensée et dieu même, l'étendue et le temps, tout.

La pensée, et la raison, et le christique et le corps, le sujet et l’altérité, le surhumain et le surdivin sont retrouvés ; on peut lire la pensée, des grecs, la vision christique, le sujet, et l’altérité puisque l’on y est parti chaque fois du Bord de toute réalité. C’est ce qu’opère Rimbaud, la recension intégrale. Il revient à chacun de remonter, physiquement, à contrecourant, le cours des choses, du temps, du corps, de l’humain, du vécu, du perçu. Pour retrouver cela même qui était déjà-là avant, qui est toujours le « là » du mouvement brutal.

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