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instants philosophie

Les grecs et le christique, l’enjeu

13 Avril 2017, 08:57am

Publié par pascal doyelle

L’aventure christique enchâsse intégralement l’exploration grecque. Nul ne songe à s’en étonner. Et l’enjeu du christique et des grecs est crucial ; selon ce que l’on en comprend tout se modifie, dans le kaléidoscope ontologique.

Pour cela il faut se hausser au niveau de l’élaboration qui se produisît. On présuppose habituellement, vaguement, qu’il est une sorte d’accumulation, l’un profitant de l’autre ou réciproquement, mais un tel arrangement ne rend absolument pas compte du réel qui eut lieu et qui devait transformer complètement l’anthropologisation. La vérité est plus extravagante, extrémiste, activiste, suréminente ; grec et christique participent d’un seul et même mouvement, intégral et intégrateur (de chaque corps). La méditerranée a inventé et découvert la structure antérieure à tout contenu et qui s’expose ainsi tout uniment au monde même (universel) via le seul corps vivant et humain, arc de constante ampleur. Un seul et même réel, et ce en suivant deux possibilités ; le monde, grec et le corps, christique.

Les grecs découvrent le monde, le christique invente le Corps, l’autre surface du corps. Celle qui fut toujours activée mais recouverte par les groupes humains divers et variés et qui se dé-couvre là, par un-seul, à nu, rejeté de tout monde humain, exilé mais universel et qui crée cette universalité en tant que parfaitement singulière ; se saisir du corps c'est admettre tout le potentiel, toute la puissance.

Monde et corps, il s’agit d’une seule et même structure originelle ; celle qui dé/borde vers le monde et celle qui renouvelle le corps, c’est-à-dire tout. C’est arrivé autour de la méditerranée et ce mouvement aurait pu surgir ailleurs et par d’autres (et il y eut effectivement des possibilités ailleurs et autrement, dont on ne peut se soustraire). Il se trouve que c’est apparu par le judaïsme, le christique et les grecs (et toutes les diverses influences que l’on peut admettre de la quantité de peuples, du Moyen-Orient à l’Afrique ; la méditerranée, rond-point des possibilités).   

Si l’on se contente de juxtaposer l’exploration grecque et l’aventure christique, on n’y comprend rien. On croit que, a priori, on pourrait plus ou moins dénicher une correspondance, un raccordement, un bricolage de notions, un rapport extérieur entre le monde grec et la dimension chrétienne. Or non. Dès que l’on s’engage dans la définissabilité on tourne en rond ; on est dans l’impossibilité de stabiliser la qualification, sinon à partir de quelques notions plus ou moins bricolées ; et plus généralement on ne peut pas déterminer objectivement, selon le mode d’un objet, cette existence qui se présente exclusivement comme Une, pensée-une, corps-un, et ne peut être reprise que dans la forme même de son propre Un, le Un de son arc de conscience ou le Un du présent comme structure originelle.  Pas de méga-contenu, l'exister même est une forme-méta, en-plus. 

Il est clair que le christique ouvre infiniment la possibilité du corps, du corps Créé, du corps-en-plus, de cette surface-autre ; du corps potentiel qui supporte les signes, le langage mais le langage utilisé dans et par une structure, dans un re-tour, un nouveau tour que celui-ci se doit à lui-même, par fidélité si il veut éprouver son exigence qui sans cesse dans le présent ré-instancie, renouvelle la surface potentielle (autrement dit le puissance d’éprouver, de percevoir, de décider) et non plus le langage au-sein-d’un-groupe. C’est le tour de force du christianisme d’avoir rendu possible que chacun s’acquiert soi et ce de par soi ; certes via un-seul-corps, le-seul-corps, et d’autre part la seule communauté, la communauté en esprit (en rapport à) et non selon le monde, puisque le monde divise (selon les intérêts mortifères) tandis que l’esprit unit chacun, ayant son esprit propre, chacun uni à tous et se reconnaissant les uns les autres ; ce qui s’effectue d’un seul-autre-regard. Le chacun sera creusé de plus en plus profondément sur l'inépaisseur du Bord du monde et du Bord du corps (de Descartes à Lacan).

Soit donc d’obtenir la surface-autre d’un corps susceptible d’admettre la pluralité des signes. De se constituer comme centralisation de l’information, de mener sa propre intentionnalisation et bien évidemment tout d’abord en fonction d’un-seul-corps, le corps du christ. Il ne faut pas se tromper ; le corps nietzschéen est second par rapport au christique ; c’est une variation. C’est bien parce qu’il y eut le christique et Descartes (le mouvement structurel dont témoignent le christique puis Descartes et suivants, en restructurant l'arc de conscience tel que présent au monde-étendue dans le moment suspendu du doute-cogito-infini-étendue) que les sujets sont en capacité de s’auto-affirmer (Nietzsche veut « briser l’histoire en deux » au nom de cette auto position, Nietzsche mais aussi tous les grands sujets et les petits sujets ; Rimbaud reconnait exceptionnellement cette dépendance ontologique, parce qu’il Voit bien, avec lucidité, qu’il et que chacun se tient de là, du christique Enfer et Illuminations comme évangiles accélérés de l'épreuve portée par le corps, et c’est une surhumanité, un divin sur-christique qui revient dans les illuminations, qui remplaceraient les béatitudes : le génie, l’autre-corps).

Chaque « arc de conscience » ne signifie pas « subjectivement ». L’arc de conscience est la structure antérieure, celle qui existe originellement, bien avant la pensée (métaphysique, jusqu’à Descartes) ou la raison (transduction de la pensée à l’usage du et à partir du 18éme), antérieure à la représentation, antérieure au langage et à tout groupe ou monde humain. Antérieur ontologiquement ; ce qui veut dire ; qui s’inscrit dans l’ontos, la structure du réel ; la même conscience, qui que l’on soit, quoi que l’on soit, issue de ce monde-çi ou aborigène d’Australie ou égyptien de – 1000 av JC : la structure commune et chaque fois une. Antérieure à tout corps, non en ceci qu’il y ait une éternité ou une extériorité de l’arc (ce dont on ne sait rien du tout) mais en cela que ontologiquement l’arc se produit et re-crée le corps, comme surface-autre (qui supporte les signes) à partir du point-Autre qu'est la position du réel comme Bord du monde ; en retour se crée la surface du corps, opérant le re-tour, le nouveau tour, le renouvellement.

La structure antérieure est non seulement universelle mais plus encore ; elle est singulière et manifeste que le réel, la dimension la plus hyper objective qui soit (à notre connaissance) se tient de la singularité pure et brute. L’arc de conscience est une structure réelle, effective, valant par elle-même et tout est relatif à cette structure qui ne l’est pas, relative. Un langage ne tient que par et dans la parole. Une œuvre n’apparait que dans et par une conscience ; et appelle la mise en forme de l’arc de chacun ; il faut se rendre capable de l’arc supposé par Rimbaud, et cet arc est hyper objectivement créé dans et par sa tension rendue active, extrême, poussée bien au-delà et insituable, puisque c'est elle qui place et déplace les lignes. Sinon Rimbaud n’apparait pas, et si on ne peut pas rendre objectivement compte de cet arc créé, ça n’est pas qu’il soit infra-rationnel ou supra-universel, auquel cas il faudrait supposer une détermination essentielle, idéelle, idéale, mais c’est bien que c’est d’objectivité dont il s’agit sous la forme du méta.

Renvoyer l’expérience Rimbaud à un contenu essentiel n’a aucun sens ; il est impossible de découvrir un méga contenu, parce que Rimbaud est une position, un point d'accès et point d'excès, et que dans le point-Rimbaud s’ouvre quantité de perspectives qui ne s’aperçoivent que de ce point. Croire que cela suppose un méga contenu, fut-il universel, c’est finalement désespérer, et croire que ce point est seulement subjectif, c’est désespérer. C’est ne pas comprendre que la structure du réel est en forme de structure et de point et que ce point loin d’être non objectif entame la dimension unique et exclusive et tout à fait Autre et qui ne sera épuisé par aucune totalisation, ça on le sait depuis Sartre, mais qui ne sera pas même épuisé par un seul méta point de vue qui les réunirait tous ; le point unique exclusif est fondamentalement plusieurs, pluriel, ce qui signifie, lui-même, qui engendre tous les devenirs, est aussi et également un devenir, un méta devenir. Il n’y a pas de méga (contenu, la pensée hégélienne n’existe pas, le mouvement de penser seul existe) mais il existe un Méta (la forme qui se dégage à partir des grecs, du christique et jusqu’à Lacan).

Ce à quoi on assiste ; anthropologisation - réalité tractée par le réel formel - arc de conscience supportée par le corps ;
et c'est de fait ce qui nous attire, d'attirance ontologique extrêmement précise ; Sartre et Lacan en formulent l'analytique ; tout moi crée un sujet, de même que nous avons su engendrer les esthétiques, poétiques, éthiques et évidemment politiques, renouvelant toute l’anthropologisation.
Nous y sommes activement engagés puisque l’on a découvert le Bord du monde et quoi que l’on fasse on en est situé (et qu’il n’y a rien en dehors du Bord, comme de juste)
et ce que l’on crée c’est la réalité saisie par le réel (dieu et la pensée, le sujet et l'altérité),

Ce point-de-structure, fondation de tout donné, est le point comme articulation du Bord, en déséquilibre sur le bord qu'est le réel (ça ne peut pas être un tout, pas une détermination, pas un contenu), et le point-de-structure est pour tout corps le point-de-rupture.

On assiste ainsi au devenir de ce point ; la réalité est dans la forme du réel et cette forme du réel devient et ce devenir est agi par tel ou tel corps. C’est ce devenir de la structure qui est désignée comme Méta. Méta : ce qui vient après, en plus, autrement, dans et par l’altérité qui est constitutive, de et antérieurement à ce qui est. Ce à partir de quoi le réel crée la perception et le réel la réalité (de même que, dans le monde, la perception du vivant s'inscrit dans sa génétique, les trajets de chaque arc tissent le réel). C’est en ceci que la désignation s’opère au plus réellement ; selon le présent et selon le corps, puisque le corps reçoit l’arc et sur lui pèse toute la structure.   

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