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instants philosophie

Mort de l’universalité

20 Avril 2017, 08:48am

Publié par pascal doyelle

Tout cela s’est vraiment déplacé au plus bas niveau de la réflexion ; comme on n’a pas tenu le choc de l’universel, de l’universalisation, qui consiste à supposer les questions, les débats dans le sens d’une plus grande vérité, d’une plus grande humanité, lorsque l’on abandonne le niveau, le degré de l’universalisation, les représentants de la réalité, les personnages politiques, les représentations diverses se caricaturent eux-mêmes, et la grande décomplexion généralisée autorise alors de mettre en avant les intérêts et les immédiatetés comme si il s’agissait de finalités et d’ordre et de sens ; et alors dans le travestissement complet ça cause le désordre, le non sens ou le sens débile, et une sorte de finalisation inversée qui étourdit tout le monde, qui tombe vers le bas et qui est pourtant affichée haut, une anti finalité ; la réflexion au lieu d’accrocher à l’universel ne coagule que des affects et des images et de pseudo symboles, et se plaint de ne plus être en mesure d’agir sur le réel, mais on ne peut pas agir sur le réel si on ne le régule et imagine pas selon un universel plus grand ; le repli mental est tout à fait effroyable en vérité.

Et qui dit repli mental signifie que non seulement ça se rétracte politiquement mais ça se fige et se restreint mentalement individuellement, les vies se réduisent et les moyens se réduisent parce que les finalités sont tordues vers le bas et ne perçoivent plus aucun avenir ; en quoi c’est on ne peut plus normal puisqu’il n’est aucun avenir dans un « système » (en fait un bricolage sans intelligence) qui dévore ses propres ressources (comme toutes les civilisations qui disparaissent, l’ennui étant qu’il s’agit de la civilisation mondiale et qu’il n’y en aura pas d’autre).

Repli mental qui atteint toutes les surfaces apparentes ; les représentations de l’humain par lui-même sont profondément détériorées par le retrait et le désinvestissement d'universalisation (psychique et relationnel et solidaire et collectif, d’organisation collective), et c’est d’autant plus absurde que le dit système (bricolage non pensé, non organisé, non régulé, livré à la bassesse des finalités immédiates) accumule une richesse invraisemblable, mais ne dispose aucunement de possibilités d’imaginer autrement le donné puisque pour lui, le nez dans le guidon, le donné est tout… il n’y a pas, par principe, pour ce genre de monde, de possibilité en-plus.

Pareillement les vies elles-mêmes subissent les effets de cette rétractation du possible ; non seulement des pauvres en plus, éjectés du monde qui en apparence s’étend mais en fait se rétrécit et qui finit par mimer son « développement », mais des psychologies cassées et abattues, comme des bêtes, psychiquement anéanties ; la représentation elle-même qui était intégratrice il y a 50 ans, devient sélective et expulse les personnalités humaines ; l’humanisation ne se maintient même plus et tombe indéfiniment dans les intéressements immédiats, lourds, schématiques, entrant dans des recyclages d’images, de fétiches.   

L’organisation à visée universelle implique l’invention non pas de telle ou telle technologie ou gadget, ni même de tel secteur nouveau d’industrie ou de service, mais la création de structures nouvelles ; ce que l’on avait réussi avec la révolution (la forme Etat-citoyen, humanisation universelle-personnalisation individuelle, objectivité-intentionnalité subjective).

Ce que l’on a nommé démocratie, depuis deux siècles, est ce développement interne à la structure acquise par la révolution et que Marx déclinait comme pseudo monde idéologique et pseudo production, non adéquate aux forces productives, autrement dit une sous organisation, bricolée, du potentiel humain négligé, en quoi il avait tort (puisqu'il simplifiait l'humain au besoin, ajoutons qu'alors le libéralisme était particulièrement brutal et lui-même une caricature) mais, on le comprend, raison à la fois.

Monde démocratique amplement justifié, à condition que se continue le processus d’universalisation (se doublant alors d’un processus de personnalisation ; le communisme pur voulût à tort annuler la personnalisation, et remplacer le désir, libéral, par le besoin, générique ; ce qui ne recouvrait pas du tout la réalité dans son ensemble ; l’apogée du libéralisme ce sont les années soixante, qui installe au maximum la personnalisation comme processus). On a tenté et réussi mille fois d’aménager la démocratie, acquise, par des libérations et des solidarités et la France, qui a inventé la révolution (cad le lien entre liberté et égalité, contrairement aux anglo-saxons, qui privilégient la liberté et s’accommodent de l’inégalité, pourvu qu’elle revienne, théoriquement, aux libertés) la France ne fut pas en reste ; de créer une organisation structurée comme liberté-égalité. La honte jetée et le déni de la « France » n’a pas d’autre but que de nous plier à un simplisme que l’arrogance française conchie. Et elle a raison.

Il ne s’agit pas seulement de rendre aux pauvres-bla-bla, mais de réorienter l’investissement ; si on se contente d’accorder aux accumulateurs (il n’y pas d’autre qualificatif) les lois des échanges, ce qui est un mot soit disant précis pour un accaparement de l’avenir possible entre les mains de quelques uns (ce qui en soi est déjà totalement absurde, sauf à supposer que la nature est tellement bien faite et tellement finalisée qu’elle a prévu une humanité gaspillant toutes les ressources pour produire des conneries sans intérêt),

si donc on se contente d’approuver l’organisation de l’investissement par quelques uns, quelques limités intérêts localisés et de fait égocentrés, alors effectivement il faut rentrer dans le rang et dodeliner de la tête à toutes les exigences de cette « règle » du jeu ; puisque la réalité est ainsi et qu’il n’y a pas à y échapper. Evidemment ça n’est pas une règle du tout, ça n’est pas pensé, pas régulé et de même que la succession des royautés se « réglait » par la descendance, ce qui est insensé, de même les pouvoirs incrustés dans la réalité échappent  à toute intelligence du réel.

Pour que la règle universelle organise la réalité immédiate qui s’enfonce dans ses mécanismes (et il n’est d’autre mécanisme que les violences, toute la gradation de la violence, la ligne de mort qui conduit le monde laissé à son jeu inhumain) il faut une coordination ; que l’on se mette d’accord de se plier aux intérêts supérieurs, qui montrent un autre horizon, et pour se mettre d’accord il faut penser, ensemble, que, « oui, cela est juste et bon » de promouvoir l’humain et cet horizon, plutôt que l’accumulation débile (remarquons qu’il ne faut pas être un génie pour le comprendre, ça donne une idée de la stupidité congénitale).

Mais la règle universelle veut dire que l’on impose à la réalité, comme elle va, une logique qui ne s’y trouve pas naturellement ; et c’est en cela que l’on invente structurellement dans l’humain ; sinon autant se contenter de s’enfermer dans les nécessités données, de les enluminer comme si elles étaient des libérations de « forces vives » et autres justifications secondaires, de pensée minimale, d’absence.

Sans règle universelle créée, l’esprit se perd dans le donné et prend les intérêts immédiats pour des finalités valides ; il ne voit, ne perçoit plus d’autre horizon que la succession des pauvretés mentales, et les personnalités même se pervertissent dans diverses sortes de corruptions (de représentations et de faits, illégaux) ; puisqu’aucun idéal, aucune possibilité ne s’impose pour relancer les esprits ; ça n’est pas le « pouvoir » qui pervertit, c’est la non affectation du pouvoir et des intérêts à un degré supérieur de régulation et de redistribution du possible.

Soit donc la réallocation de l’investissement,

qui doit ainsi échapper aux intérêts privés ou à tout le moins que ces intérêts privés fassent montre d’une créativité, mais ces privés ne peuvent pas échapper à leur intérêt, et « intérêt » cela désigne toujours un donné. Dans un cadre acquis (l’universel) on invente des possibilités privées, mais il faut remodeler le cadre universel pour renouveler les possibilités privées ; or on a juste profité civilisationnellement de l’invention du cadre acquis, mais on n’a pas déployé une structure nouvelle ; on a juste exploité jusqu’à l’os toute la viande en affirmant son caractère naturel, immédiat, et clôturant le réel possible par telle réalité d'intérêts, produite au petit bonheur et pliant ses finalités fort louables, au début, en d’ignobles imbécilités (dont le miroitement bigarrée, chatoyant aurait lassé n’importe quelle bestiole, mais qui, nous, nous fascine, nous enrobe), et lequel miroitement, comme toute réalité livrée à elle-même, s’enfonce dans l’indigence et la négligence, violence, toutes les violences et finalement la guerre. Ah non, pas « finalement » : parce que « finalement » ce sera la fin de l’espèce.
C’est qu’on ne le méritait pas, d’exister.   

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