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instants philosophie

L’être et l’exister – 2

27 Juin 2017, 10:19am

Publié par pascal doyelle

Le Bord du monde et du corps

Il faut donc imaginer la conscience comme un faisceau, posé sur la surface du réel et orienté par le devant et tel quel, ce qui veut dire sans qu’il n’y ait rien antérieurement ; la surface du réel est une seule surface dotée d’un seul côté ; il n’y a pas d’autre côté, un verso, pas de recto, une feuille juste d’un seul devant ; ça avance dans un seul sens, au-devant, et cette surface est, très justement, le présent.

La conscience est un faisceau qui instruit au-devant en suivant ou en devançant quelque peu le présent. Un soubresaut à la surface du réel, un énervement électrique, une tension, un court circuit, un circuit court, qui ramasse la surface en un point. Une virgule de reprise, reprise de la surface elle-même. Il faut obtenir la conscience qu’un réel il y a, que la réalité est Autre, que les gens en sont pas des marionnettes ou des images, mais des êtres réels, valant en et par eux-mêmes, qu’il va nous arriver des tas d’accidents, que l’on ne contrôle pas, qui ne sont pas « voulus », que donc on se saisit, soi, par le devant ; et ne pas être fou ou ne plus être enfant c’est la dureté que le réel est fondamentalement en-dehors et que l’on est soi-même un simple point posé là.

Dans cette reprise on imagine pourtant qui l’on est ; on croit que l’on est et effectivement on Est, on est quelque chose mais ce quelque chose est pris dans sa procession, à savoir que c’est une structure de conscience, un faisceau qui imagine que cette identité est consistante ; c’est l’imaginaire qui octroie à cette construction qu’elle soit consistante ; non pas qu’elle ne soit pas consistante (parce qu’elle est effectivement quelque chose de concret) mais bien que ce concret n’est pas le fondement, la substance, l’unité ; et que l’unité est la forme ; l’unité est le faisceau, celui qui fait être mais qui n’Est pas lui-même, qui est pur mouvement sans rien, signifiance qui imagine son « être », qui confère par l’imagination une densité, à ce qui est seulement effet.

Autrement dit ; on est ce moi, Pierre Dupond, mais ce qui va compter ce ne sera pas « qui » est Pierre mais ce que la structure de conscience en Pierre fera de cette concrétion qu’est Pierre Dupond ; en somme Pierre Dupond est un bricolage et non pas une solide substance ; sans doute Pierre veut faire-sens ; et c’est par là qu’il imagine qu’il Est (et cela lui est bien utile, et il croit que ce sera le bonheur, la satisfaction ; il ne va pas passer sa vie à recomposer Pierre Dupond selon le faisceau et la concrétion, ça n’en finirait pas, il doit admettre cette identité et faire-comme-si et l’embrayer en différents sens qu’il veut lui trouver ou retrouver ; de même il va croire que cet objet est désirable en lui-même, alors que c’est son faisceau qui admet « spontanément », qui construit le désirable de cet objet).

Il n’est rien de donné, d’authentique, de solide (c'est seulement de l'imaginé "comme solidement réel")  ; tout est pris dans le Pli. Seul le Pli existe, et le pli est d'une part le présent et d'autre part l'arc arcbouté par ce présent. Tout Est dans la construction, mais le pli lui-même est ce qui Existe,  et est donc ce qu’il faut penser, manifester, représenter, et comme l'exister ne passe pas « dans » la représentation, il sera signifié, signifiant renvoyant à cet exister comme mouvement ; signifié pour un arc qui seul va percevoir, structurellement, l’antériorité, le Bord, l’au-devant qui génère la réalité, le monde, le corps (en proposant un autre-corps qui sert à recevoir les signes). et comme un mouvement n'est pas un signifié solidement consistant, il faudra prendre la forme du mouvement ; il faudra ex-sister le Un de Plotin, le doute-cogito de Descartes, la volonté nietzschéenne, le pour-soi sartrien ; éprouver le mouvement est l'opération dite hyper-objective, qui se-sait en avançant (c'est pour cela qu'elle avance tout le temps, elle crée des archi-tectures qui sont des archi-textures du corps, la surface du corps-autre, scribouillée de signes, d'orientations dans la réalité, dans le monde, dans le vécu).

Or la surface ne quitte jamais ; elle est toujours constamment le présent et le présent est ce qui colle à même toute réalité ; la lame du présent pousse en avant tout l’être, tout le donné, toute la détermination, la lame du présent précède même toutes les réalités, si l’on veut. La détermination est comme les mémorisations qui s’accumulent et l’une chasse l’autre ; il se fabrique une réalisation de plus en plus fine, de plus en plus distincte, jusqu’à produire un être ayant sa propre surface, vivant donc, et que quelques-uns parmi ces vivants puissent devenir leur propre surface ; une inter-face.

Et tout ce qui passera alors au travers de cette interface sera littéralement décuplée. L’interface fait office d’accélérateur. Toute information qui transite est explosée, démultipliée.

L’interface peut bien croire, un temps, qu’elle est un quelque chose, (par ex la « pensée », quelle qu’elle soit, le bouddha ou le platonisme, qui recompose la réalité, le monde) mais l’interface est un mécanisme et qui plus est un mécanisme articulé au réel ; ce qui veut dire en clair au présent et qui veut que ici et maintenant le réel soit intégralement appelé ; une surface minuscule mais une dans son mouvement accroché à la surface du réel ; un pli ; une vague minuscule sur la vague du présent (de sorte que tout se meut, puisque le présent est cela seul qui existe et que l’être est l’ensemble de ses effets). Un mécanisme et un mécanisme ouvert ou béant ou brisé, ces qualificatifs sont tous justes, mais on préférera ici décalé.

Puisqu'aussi bien si le présent est cela seul qui existe, tout est dans le décalage intégral qui ne laisse rien en dehors de son mouvement.

Parce que le but c’est d’éclaircir cette anfractuosité. D’y mettre son nez et de commencer de remonter le long de la faille, de l’anfractuosité, du décalage. Et la description claire et nette autant qu’il se peut. Et il ne faut pas considérer que le décalage, dit ontologique, que l’interface puisse se remplir de quoi que ce soit et qu’elle génère une sorte d’identité (non plus Pierre qu'une Idée ou un divin quelconque, non pas dieu remarquons le ; parce que dieu, le Un tout-autre, est une intervention dans le monde, une rupture et non le rétablissement d’un Ordre mémorial). L’interface génère un mouvement, puisqu’elle est mouvement de part en part, mais pas une identité, pas une essence, ni même une image qui serait l’image qu’elle est ; une image est perçue et la question est alors « qui perçoit l’image ? », ce qui renverrait à une nouvelle difficulté dont on tient ici qu’elle n’aurait pas de solution ; il n’y a pas de partie du monde qui expliquerait la totalité du monde, pas de mini-monde en réduction dont le déploiement serait cet univers ; il n’est que des ensembles de réalisations (les molécules par rapport aux particules, les systèmes solaires ou les galaxies ou peut-être les univers) et ce qui garantit l’unité de ces ensembles est l’acte lui-même, l’exister qui fait-office de structure ; l’exister qui projette tout cela au devant, qui est l’attirance au-devant qui tracte les réalités.

Ce qui agit soudainement comme interruption de toutes les choses et de tous les êtres, comme dieu-pensée-sujet-altérité décrit cet acte, ce décalage lui-même, cet acte qui est un mouvement, et qui devient par dieu-pensée-sujet-altérité et qui attire dans le monde le faisceau sur la surface orienté d’un seul côté et sans rien de l’autre côté (dieu par ex est notablement d'un seul sens : vers l'avant).  Habituellement on taille des parties de monde contre d’autres parties de monde, mais à un moment il nous est venu qu'elle cesse toute partition de la réalité et tente de prendre tout à rebours par le Un débutant toutes les réalités,  par en-avant toute la réalité, et donc à partir du formel, du rien si l’on veut (et il faut cesser de caricaturer les immenses configurations dieu-pensée-sujet-altérité comme des "imaginations" ; ce sont des épreuves structurelles du réel, de l'hyper-objectivité), mais plus exactement il s'agit du Bord du monde qui n’est pas dans le monde puisqu’il est l’exister du monde, en lequel, sur lequel on ne sait comment dire, on avance en équilibriste  ;

et se dresse alors la cartographie de ce qui est effectivement agissant antérieurement au monde; on s'implante dans la structure antérieure de tout monde et ce depuis la méditerranée et dieu-pensée-sujet-altérité s'utilise à cette fin ;

et bien sur tel que cela nous est accessible de là où nous nous tenons … cad le rayon très limité sans doute de l’expérience que l’on peut en obtenir. Et on entend par expérience celle de dieu un tout-autre, de la pensée à partir de l’être (du « là » du donné là, de l'être du monde grec via l'universel), du sujet (qui origine la pensée et toute intentionnalité), de l’altérité (que le réel est bel et bien au-dehors et rigoureusement Autre que nous). Ces advenues structurelles sont si puissantes (parce qu’elles touchent à la structure de l’attention et chamboulent totalement « ce à quoi il faut faire attention », cad tout) qu’elles s’effectuent réellement comme expérience (et ce dans tous les domaines ; éthiques, esthétiques, politiques, etc, et créent une humanisation spécifique).

Dieu et le christique, la pensée, le sujet, l’altérité sont traités ici comme des systématiques, systématiques de l’intentionnalisation ; sur-intentionnalisation grecque par-dessus le langage, hyper intentionnalisation christique, méta-intentionnalisation cartésienne et anti-intentionnalisation des pensées de l’altérité (Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan) ; systématiques qui permettent de laisser se représenter le Bord du monde (ou du corps), de le représenter dans le monde donné, alors que le dit Bord ne peut pas prendre de signifié, de définition dans le monde ; ne peut pas être déterminé ; il reste donc certes représenté (par dieu, la pensée, le sujet, l’altérité) mais en tant qu’il signifie, sans qu’un signifié soit déterminé au dedans ; ce qu’il signifie est repérable uniquement par un faisceau de conscience qui pointe de cette sorte ce qu’elle « voit » de la structure du réel. et la perçoit par tout ce corps-autre bizarre qui se crée à la surface, aussi bien à la surface du présent.

Rappelons que le monde possède un Bord et que ce Bord est la forme du monde (le monde est la détermination, l’altérité qui se distingue de partout et constamment), et ce Bord n’est rien d’autre que le plus intime du monde à savoir le présent. Le présent est le Bord du monde (et du corps), et le présent est l’autre nom de l’exister ; l’exister est le fait d’exister qui impose, produit, génère l’être ; l’être est relatif à la vague du présent, l’actualisation, l’acte.
 

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