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instants philosophie

Le réel et la réalité

13 Juillet 2017, 11:00am

Publié par pascal doyelle

Hyper-objectivité philosophique

Les grecs certes nous parlent de l’être, mais ils en parlent … ce qui veut dire qu’ils ne sont pas l’être dont ils parlent ; ils se tiennent déjà ailleurs et autrement que l’être. Ils nous entretiennent de la vérité, mais ils sont déjà en dehors, cad en plus de la vérité, de toutes les vérités. Et ce qui s’énonce comme telle ou telle vérité s’utilise afin que le Bord, la limite de ce qui est se définit et non seulement produise sous nos yeux le Bord de la réalité (cad le réel), mais produise une représentation approchante de ce Bord (qui tel quel ne peut pas, en aucune manière passer dans le monde, la représentation ; de même que l’arc de conscience qui rend possible le langage n’est pas signifié dans le langage, mais en est le signifiant, ou plus exactement la signifiance en général, de sorte que les mots ou les signes sont des rapports qui renvoient à l’unique rapport ; il n’est nulle part de consistance, sinon dans la forme même qu’est le Rapport, de l’un-consistance si l’on veut).

On a donc structuré l’ensemble du Bord du monde, mine de rien, et, quels que soient les contenus, les systèmes philosophiques se maintiennent par logique interne à la forme « philosophie » sur ce Bord ; la formulation philosophique est la description, éprouvée, du Bord, de même que le christique est la survenue, incroyable, du Bord de chaque corps, produisant évidement ceux-ci comme autre-surface-du-corps.

Le christique vaut pour tout arc de conscience ; homme-femme (ou autres), riche ou pauvre, homme libre ou esclave ; l'arc est le fait de tel corps absolument parlant.

Cette distance, qui s’impose de fait lors de toute prise de conscience, revient sans cesse du point, du Bord à partir duquel elle se positionne. La pensée, dieu, le sujet (et christique à l’origine), l’altérité (la philosophie anti-philosophique) continuent de se produire du Bord et sous prétexte d’analyser le monde, l’humain, le corps, l’existence, etc, élaborent et constituent, augmentent l’inépaisseur du Bord.

Parce que si le monde est donné là, déterminé toujours, le Bord du monde, le « là » de tous les donnés est sans composition et sans épaisseur (il existe quelque chose plutôt que rien, mais le "il existe" qui compte et non d'abord le "quelque chose") ; mais le Bord étant formel, structurel, c’est lui qui se transforme le plus et qui distingue, splitte, feuillette sa dimension (en se clivant comme dieu, pensée, sujet, altérité). Et donc lorsque l’on nomme l’être, ou dieu, ou le sujet, ou l’altérité (comme Volonté ou Etre heideggérienne, ou le pour-soi sartrien ou le sujet lacanien) en réalité on suppose des différenciations, des distinctions, dans la forme elle-même ; dieu distingue et se distingue selon cette perspective, ce tracé sur le réel, le sujet comme ceci et la pensée comme cela.  

Et on a vu que cette forme est, pour nous (êtres humains), l’arc de conscience (on ne sait pas si il existe d’autres sortes de formes de l’articulation), et la philosophie dés le début examine, observe, tente, expérimente, poursuit, dessine, délimite, cartographie ce Bord ; l’acte de conscience se constitue lui-même, s’épaissit, se caractérise et cherche sa propre nature, son être spécifique, sa manière d’exister. Il s'épaissit en maintenant au plus haut, au plus précis, qu'il ne soit que formel et ne peut pas passer dans une figuration (on peut signifier le Bien ou le Un ou le sujet ou l'altérité, mais restreindre à tel ou tel système, à tel sujet romantique ou à la Volonté réduit la tension et ne permet plus de penser adéquatement le caractère Autre du Bord ; si le Bord était déterminé il serait dans le monde et donc ne serait pas la ligne du réel).

Ce que décrivent Plotin, Descartes, Kant, Sartre, Lacan (etc) ce sont des manières de suivre au plus près le Bord de la réalité, le Bord en tant qu’il est autre que toutes les réalités ; ou donc il y a de l’être et cet être existe et cet exister (de l’être) est, ex-siste la forme de toutes les sortes d’êtres (déterminés, tandis que l’exister est non déterminé, est purement formel).

Il y a de l’être, et si l’on veut on peut suivre la voie de l’être et chercher l’unité de toutes les sortes d’êtres, et cela a été tenté mille fois ; comment caractériser et penser l’être comme cette sorte de Gros Objet, supposément ; on le définit en quantité de sens mais le sens unique de tous les sens est insaisissable et expose à des tas de contradictions, intérieures ou extérieures à chaque système ; c’est que la réalité, les choses déterminées, est mouvante, non seulement elle est accédée par des mots qui sont des relations, des rapports, et qu’aucun rapport ne signifie tous les rapports (tous les rapports sont relatifs à une structure qui ne l'est pas, la forme de conscience, de là qu'il est requis une ontologie, formelle, de cet être dimensionnel spécifique), mais de plus la « réalité » est toujours composée et aucune composition, qui par ailleurs permet qu’ici et là existent des choses, partielles, localisées (serait-ce « le vivant » par ex), aucune composition ne peut prétendre à s’imposer comme unité ou totalité de la composition ; les rapports renvoient aux rapports et l'ensemble de tous est non existant.

La voie de l’être est ainsi barrée à jamais. On ne peut pas signifier en une fois la totalité des réalités pour la raison que cette unification n’existe pas, nulle part (sinon, entre autres ennuis,  ce serait une autre réalité en plus de celle-ci, ce qui n’a pas grand sens).

La possibilité de tout penser en une fois n’a pas été abandonnée par impuissance ; mais parce qu’une seconde voie s’est ouverte et bien qu’elle soit passée inaperçue à proprement parler ; lorsque Descartes, Kant et Hegel restructure la pensée (en assignant une origine à la pensée, le sujet cartésien ; en dépassant la pensée par le sujet transcendantal ; et en ramenant toute la pensée à une phénoménologie de la pensée-sujet), ce qui s’opère est un immense détournement qui rend non seulement impossible la pensée (et le rassemblement des réalités à l’être) mais qui rend cette croyance, cette illusion, ou plus rationnellement cette tentative et cette exploration de la pensée, qui rend cet ancien possible inutile ; c’est que l’hypothèse « sujet » se charge de montrer la structure même du réel tel qu’il s'existe et ceci sans qu’il soit en aucune façon question de subjectivisme.

La structure qui depuis Descartes est décrite comme hyper active, comme activiste est la même qui produisit la pensée (comme sur-intentionnalisation par dessus le langage, le monde commun, le donné, la perception) ; de là que Hegel puisse relier tous les fils de la logique dialectique de procession de toutes les expériences, ce qui veut dire les explorations du possible de cette structure. Structure qui s’entame dès la pensée grecque tout comme dès l’hypothèse du dieu Un tout-autre, qui sera suivi par le christique et le re-tour sur le corps même, devenant un corps-autre, un corps en plus, pour chacun, pour chaque arc de conscience.

Monde et corps, grec et christique, il s’agit là d’un seul et même mouvement qui expérimente l’ensemble des possibilités que créent l’émergence de la structure de conscience, rendue indépendante de tous les contenus ; que cela aboutisse au corps du christ, très fameux, ou à la pensée ne doit pas induire en erreur ; la pensée se révèle extraordinairement diverse, en de nombreux systèmes, et le corps christique illumine tous les sujets potentiels (chacun éprouvant sa propre capacité indépendamment de son sexe, de sa caste ou de son statut d’homme libre ou d’esclave) ; l’émergence de la structure de conscience provoque un océan de ruptures et de déliaisons tandis que chacun est alors amené à relancer de par son intentionnalité propre toute l’anthropologisation nouvelle. L'universel grec ou la conversion au sujet christique est un engagement, une potentialité, une possibilité voulue, décidée, orientée et non un "donné-là".

Mais de toute la diversité rendue possible on a peu remarqué l’extrême cohérence du mouvement (le christique reprend intégralement la philosophie grecque ou arabe, de même l'acculturation s'énormise de tous les apports) ; c’est que la structure mise au jour, manifestée dans le monde, si elle est vide, débarrassée de tous les contenus, est vide parce que formelle ; autrement dit on peut user de tous les systèmes philosophiques que l’on voudra, ou utiliser le christique en tel ou tel sens on ne peut pas rompre l’arc de conscience que l’on est devenu, parce que cet arc est un acte ; et que cet acte implique de par lui-même sa logique formelle qui est intransigeante puisque d’acte et d’arc de conscience il n’en est qu’une seule forme (tout arc est parfaitement identique à tout autre ; en deçà de tout langage, tout monde humain, toute personnalité il est une seule forme-de-conscience).

C’est ainsi une fondamentale poursuite du même mouvement qui nous permît de passer de la pensée, comme sur-intentionnalisation, à l’origine structurelle de cette intentionnalisation ; Descartes, Kant, Hegel. Descartes initiant le procédé nouveau (consistant à passer dessous la pensée, à faire retour encore plus loin antérieurement que ne pouvait l’opérer la pensée, serait-elle plotinienne), Kant le perfectionnant et Hegel ramassant la mise (cad la mise en forme de toutes les expérimentations et explorations intentionnalisatrices). Et dans les deux cas, pensée et sujet,  on se situe bien au-delà de l’objectivité simple (qui consiste à tenir son objet, toujours limité), et on utilise et on expose la structure même ; bien au-delà ou plus exactement bien en-deçà, dans l'inépaisseur même du la forme, du Bord, que l'on déplie au fur et à mesure ; c'est bien de travailler sur un réel exactement présent que le mouvement re-vient au Même Bord.

Structure agissante, constamment. Parce que ce qui est mouvement pur et brut (l’arc de conscience arcbouté au réel, intentionnalisant ici et maintenant tout ce qui est, et intentionnalisant l’exister même, arcbouté au présent comme actualisant l’ensemble de toute la Possibilité) est non pas fondamentalement mais structurellement agissant ; ce rapport que chaque arc existe, est activiste.

Ça n’est pas que l’on ait illusoirement substitué à l’objectivité une hypothétique construction, c’est que l’on a continué la même hyper objectivité qui prenant appui sur le Bord du monde, du donné et aussi bien du corps, prenant appui sur le Bord elle montre, expose, manifeste, explore et décrit toute la perspective de vision de la réalité offerte à partir de ce Bord, et d’autre part se saisit elle-même en tant que Bord ; de ceci que l’arc de conscience n’étant rien, de déterminé, est déjà-toujours pour lui-même foncièrement Autre et en mesure de signifier son réel ; non pas de faire passer ce réel dans les mots, mais de le signifier de telle sorte que cette signifiance puisse être répercutée par tout arc de conscience, selon son effort ; il serait plutôt étrange que cet être qui est de réflexivité, autre que ce dont il est la conscience, ne soit pas en mesure de se pointer lui-même, d’exister à distance de sa propre structure.

Tout le problème ne vient pas de la proximité de ce qui montre et de ce qui est montré (par quoi le rationalisme étroit confond le moi et le sujet, le conscient et la conscience en arc, la forme et les contenus, réduisant tout à l'object-ivité), le problème vient  de ce que la structure elle-même ne peut pas passer dans le monde ; qu’elle ne peut que se signifier, ce qui veut dire pour chacun qu’il est impératif que cet acte de conscience se signe lui-même, que la philosophie soit en tant que telle expérimentée et expérimentale. Et en ceci la philosophie n’inaugure pas pour rien ce qui ensuite deviendra l’objectivité des sciences, mais aussi l’objectivité du droit et de l’éthique, esthétique, politique, et de tout l’idéel ; parce qu’elle est de pied en cap hyper-objectivité éprouvée, la philosophie étant la discipline, ce qui prît ce nom, la discipline qui se charge d'expliciter "ce qui arrive à l'humain" autour de la méditerranée (à savoir que l'on abandonne tous les mondes, tous les contenus pour commencer d'élaborer la forme qui précède les mondes).

On se retrouve bien loin de la rationalité raisonnable, plate et convenue ; qui certes tient ses objets, mais qui sont tous localisés et limitatifs (non pas limités mais limitatifs de la procédure même qui les mît en place). On admet tous les circuits et les court-circuits qui s’initient à partir du Un, du Un comme Altérité ; le Un est la transcendance Autre qui est antérieure à toute réalité et à tout arc de conscience, sauf que tout arc est cet acte par lequel on s’instancie, par pure et brutale extase, à l’exister même ; l’activisme forcené qui ne cède sur rien, qui veut ici et maintenant le réel, et de fait le réel est. Il existe, au sens d’ex-sister. On ne cesse pas d’en venir, d’en sortir, il est mouvement brut. La transcendance est la brutale altérité qui produit, qui produit tout ce qui est et qui se produit elle-même de se réaccèder ; ce qui ne se peut sans créer.

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