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instants philosophie

Les sur-divins

14 Juillet 2017, 12:45pm

Publié par pascal doyelle

Science-fiction à propos du réel et du possible

Tout cela expliquant, somme toute, pourquoi la réalité, l’univers ou la vie déploient une telle brutalité et nous mènent une si désagréable expérience.

Tout cela n’a ni ordre (auquel cas toute réalité serait figée) ni sens (qui est une espèce d’ordre aménagé pour les besoins) ; c’est à l’inverse une machinerie gigantesque qui doit réaliser, produire, inventer, créer en son étendue telle ou telle sorte d’être ; aucun être n’est ou sera la totalité de toute la machinerie ; sauf peut-être qu’à la toute fin, il y aura des êtres au moins égaux à l’ensemble de tout ce qui est, et peut-être supérieurs à l’ensemble de tout ce qui est ; suivant le principe que « le réel est plus grand que lui-même ». Mais de tout cela nous n’avons aucune idée, image, intuition et il serait étonnant que l’espèce humaine puisse se rendre capable d’un tel devenir (étant entendu que nous ne parviendrons sans doute pas au-delà du 21éme siècle ; d’autres espèces, ailleurs, seront sans doute plus douées que nous ne le sommes).

Et c’est pour cela qu’il y a un Présent. il y a un présent parce que dans ce présent doit se produire un ou des êtres susceptibles de porter plus loin le réel ; ces êtres devront être libres, et décider d’eux-mêmes de leurs capacités et se motiver à cette fin ; puisque le réel est, à la racine, altérité pure et brute, cette altérité ne peut que se déléguer à une structure autonome, distincte, autre elle-même et donc autre qu'elle-même, qui s’offrira le luxe d’être plus grande qu’elle est, d’outrepasser le donné là ; étant entendu que le donné là, l’être réalisé, est seulement le dépôt, la mémorisation de la vague du présent, les effets donnés de la cause constamment avançante qu'est le présent ; le présent dépose des réalités et parmi ces réalités quelques unes sont en capacité de reprendre le réel et de le porter plus loin. Le présent est ainsi « ce qui peut prédisposer à un Possible qui n’est pas » ; un possible qui ex-sistera. Qui sortira de.

Ces êtres spécifiques imposent donc qu’ils existent pour eux-mêmes ; qu’ils soient une « auto-décision » pour ainsi dire, et trouvent en eux-mêmes les ressources et finalement la foi. La foi en quoi, on ne sait pas, mais en tous cas la certitude du possible ; que dans le présent de leurs réalisations, ils soient, ces êtres, susceptibles de promouvoir suffisamment de rigueur et de volonté, de désir orienté (et non désorienté comme les nôtres, qui perdent leur temps en n’importe quelle stupidité), de nourrir une forte intentionnalité à propos de ce qui, dans un présent, continuellement renouvelé, est possible. Il est un présent parce que l’on ne sait pas ce qui peut devenir ; le présent s’utilise (lui-même) afin de créer des possibilités qui ne sont absolument pas de toute éternité, et qui sont probablement plurielles, au sens où il existe probablement des différentes, de diverses sortes d’êtres aptes à Exister. Cette pluralité d’êtres sur-divins suit du reste la logique de l’altérité ; la réalité, le réel ne vont pas placer leurs possibilités en une seule sorte d’œufs.

On nomme sur-divins la catégorie de ces êtres (pluriels typologiquement) qui existeront, existent sans doute déjà (ici et là selon la dispersion qu’impose l’altérité du réel), en ceci qu’ils ne ressemblent pas, a priori, au type des « dieux » que nous nous sommes figurés ; ils n’ont pas créé la réalité, ils sont nés comme nous, ils ont su décidé plus ou moins adéquatement (pas comme nous) et su se projeter au-delà du donné plat et rabougri de leur monde donné ; ils ont produit, créé, dans le monde, la réalité, une valide et vivante structure de conscience (puisqu’il faut que ces êtres soient rapports à eux-mêmes, libres, autonomes, décidants) une structure qui s’ajoute et ajoute, ajoute en-plus, à tout ce qui est, et soit à même de continuer « que le réel soit plus grand que lui-même ».

Il se peut que à la toute fin il existe de tels êtres si absolument gigantesques, ayant su mener leur barque, qui soient semblables à « plus que des dieux » ; puisque si dieu est dieu, il ne l’a pas fait exprès, il est né comme ça, tandis que ces sur-êtres, ces sur-divins le voulurent. Le décidèrent. Eurent l’intelligence et la profondeur et la lucidité et la ferveur requises à cette fin : exister-en-plus de tout.

On n’a aucune idée de ce à quoi pourront s’employer ces êtres sur-divins une fois accompli leur sublime performance. Nous ne sommes que des rats.

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