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instants philosophie

L’historicité, le retournement de tout

12 Août 2017, 07:59am

Publié par pascal doyelle

On a cru découvrir la pensée (les grecs) mais peu à peu il fallut rétrograder ou rétrocéder, apparemment ; on en est passé à la structure du sujet (Descartes, Kant, les idéalistes allemands, Hegel, Husserl) et comme ça ne suffisait pas dans la remontée de la structure il fallut Nietzsche et Heidegger pour retourner encore plus antérieurement, et ils le savaient tellement qu’ils prétendirent ébranler ou mettre à bas tout l’édifice ;

mais Sartre et Lacan clouent le spectacle en entrant dans l’analyse de « cela » qui précède toutes les réalisations humaines (le sujet de structure ; la « conscience » sartrienne et le sujet lacanien très distordu) ; ils entrent dans l’analyse très pointue de la structure de notre être (qui n’est pas une essence, une chose, un donné là et ça n’est pas seulement que le cerveau est la chose la plus complexe que l’on connaisse, c’est que l’acte de « prendre conscience » est en lui-même un réel excessivement retors, distordu, relié, replacé sans cesse à partir d’un exister très difficilement accessible et pourtant celui-là même que nous vivons tous les jours ; pour cela Sartre et Lacan sont au plus près de la vie, de l'existence ; ils avancent dans la réalité, le vécu et le corps, et ça n’est pas en désarçonnant l’acte de conscience, qui se révèle tout à fait autrement et pour la première fois clair et net).

Certains lisent ce parcours comme un abandon (de la métaphysique de jadis), mais en vérité il faut admettre tous ces parcours comme une avancée dans la forme intime du réel ; on n’a pas déchu, on a progressé absolument dans ce regard, cette attention, cette volonté, ce désir,  dans ce miroir lui-même qui précède tous les mondes humains, les vécus, les corps, les pensées et représentations. On a avancé « comme à rebours » en remontant vers, dans, par la structure du réel tel que celui-ci se donne à nous ici même (en chaque ici même, chaque ici et maintenant ; la thèse en ce qui m’occupe est que le réel est strictement le présent seul comme origine de tout ce qui est ; le monde n’a pas pour résultat ce « présent » très bête, mais le présent est la forge qui produit tout ce qui est).
En gros on n’a pas pensé le sujet comme prélude ou prédisposition vite envisagée ou simple prolégomène, non universel et non universalisable, ou repli par défaut (faute de n’avoir pas pu conduire le savoir universel on inventorie le donné là qui prédispose dans le particulier ou l’illusion égotiste), mais à l’inverse il faut saisir que l’on a pensé le sujet comme originant toute pensée, représentation, images, vécus, corps, sociétés humaines, et on a pensé cet être étrange qu’est le sujet tel quel, en lui-même.

Ce sont les deux manières de prendre Kant par ex ; soit on retient qu’il marque l’échec de la métaphysique, et voila tout, soit on insiste de ce qu’il voulût, explicitement, élaborer toute la structure de notre être-au-monde et qu’il entendait, de cette philosophie de second niveau (critique) tenir une science (comme on disait alors).

Si il est un « sujet » antérieur à toute représentation on est entré depuis que Descartes dissout la pensée et dé-couvre cet être instantanément « là », on est entré dans, sur, par le Bord du monde, tandis que précédemment on pensait à partir de ce Bord (les grecs nommaient cela « l’être », il y avait le donné là, pour la première fois le « donné là du monde », unique - auparavant existait tel ou tel monde - et d’autre part le « là » du donné, de tout donné, nommément l’être). Et quand bien même ce sujet parait naitre après, en seconde part, il est antérieur ontologiquement et ce pour la raison que ce « sujet » n’est pas le moi, une identité ou une subjectivité, mais une structure ; et que l’on remonte à partir des productions de cette structure vers la forme elle-même et la forme n’a aucun contenu ; laquelle n’est pas née de l’universel mais au contraire cette structure a produit l’universel lorsque cette structure s’est extraite avec force du langage, du commun lui-même, du groupe, des mondes représentatifs, cycliques, et puisant dans l’empirie, le donné là sous l’égide du « là » du donné (de la position de l’être). Et c’est au travers de la pensée en jugeant de l’insuffisance de l’universel que se fait met au jour que cette structure existe ci-devant, comme une telle structure-sujet, qui ne se tient pas aux vérités énoncées, à la façon de Badiou, mais qui tient à l’articulation qu’elle lance sur le réel.  Arc structurel-réel, articulation qui contient ce qui se donnait comme pensée-réalité.

Descartes étend donc la réflexivité ; la réflexivité, pas la pensée (et donc alors la pensée reçoit ou devrait recevoir une autre solution ; Kant prévoira le criticisme, comme nouvelle science, et Hegel la dialectique, cad la phénoménologie générale qui contient le vécu et le savoir, en réarticulant constamment les actes de conscience, de la négativité). Ce qui se prête comme étendue par Descartes, reviendra à l’être-là tel l’en-soi sartrien, ou la chose en soi kantienne, et ce qui sera examiné ce sera très précisément (mais non encore suffisamment) le réel effectif (la durée bergsonienne, le réel lacanien, etc) ; l’ensemble de ces schémas qui se doublent de l’ensemble des schémas qui analysent notre structure, rassemblent les possibilités de compréhension de ce que chaque je est existant sur l’étendue de la réalité, sur la réalité comme étendue (et temporalité). Mais au fondement de l’espace et du temps, il n’existe qu’un seul point ; que tout l’ensemble soit chaque point d’exister.

Il s’agit donc d’avancer dans la structure de ce « sujet » (qui n’est pas un moi ou une subjectivité ou un corps-langage psy ou un prolétaire-histoire marxiste) et c’est ce à quoi on s’emploie depuis Descartes. Il faut avancer là où il n’y a pas de mots, d’images, de signes, d’indications de quoi que ce soit ; raison pour laquelle des tas de pensées sont incompréhensibles (mais Plotin ou st thomas ne l’étaient pas moins). Personne ne complique le réel à plaisir c’est le réel qui est compliqué et même plus que compliqué (qui se tiendrait là au-devant comme un objet complexe) et qu'il faut qualifier de distordu ; en ceci que notre être est en question dans le problème certes mais parce qu'il est un re-pli, autre que lui-même, autre que tout, et que bien plus loin encore le réel est un problème pour le réel lui-même et il faut voir là que précisément le réel se donne comme étant le présent et que l’on ignore. Et donc tout, tout ce qui est, là, maintenant, ignore, totalement, ce que veut, peut, attend, réalise, produit le présent… On ne sait pas où cela va et personne ni rien, nulle part, ne sait où cela avance (sinon dieu mais on ne peut pas intégrer ce qui n’est pas ici et maintenant présent et qui existe-ailleurs-peut-être : on ne peut pas entrer dans la foi et la croyance). Il y a donc, de cet ici même, une étrangeté structurelle du réel (et du monde, du vécu, du corps).

Dans le cœur de cette étrangeté qui est néanmoins structurelle (ce qui veut dire que le réel est étrange et non pas un être donné là bêtement ; le subjectif, l’inquiétude subjective n’est en vérité pas subjective du tout mais effectivement le réel même ; c’est objectivement ou donc hyper objectivement que le réel est Autre, et hyper objectivement puisqu’il s’agit de passer outre la simple constatation qu’une réalité il y a, et qu'au contraire il y a un réel en plus de la réalité,  tel qu’hyper-objectivement cela s’impose ; le réel/réalité est une structure, un mouvement, un rapport)

dans le cœur de cette étrangeté, donc, il est deux faits majeurs ; que l’on ne veut pas ce que l’on dit (ce que l’on dit que l’on veut) et que notre être est déposé « là » dans le réel. Ce qui parait vraiment l’antithèse de l’unité de l’être, ou de l’unification de l’être ; à savoir d’une part que le donné puisse se penser en une fois de telle sorte que ce qui est soit égal et également en notre pensée (au lieu de quoi l’être réel et la volonté réelle sont Autres, selon la Volonté de N et selon l’Etre de H) et d’autre part que notre activité, de conscience, soit en mesure d’unifier tout le donné et de faire sens ; puisque notre intentionnalisation (qui se regroupe, théoriquement, sur une notion, un concept, une idée, un être suréminent, une autre-intentionnalité (dieu, qui lui répond) cette intentionnalisation ne peut pas se clore sur un contenu (il faut ainsi penser, élaborer cette non clôture de notre-être/de la réalité/du réel) ; on ne peut pas trouver l’idée de l’être qui soit telle qu’elle s’impose unanimement à quiconque (pour la raison que la réalité n’est pas de l’ordre de la cohérence intellectuelle, intellective, et de par ce fait majeur et à vrai dire fondamental ; que le réel est en cours, il est ce présent qui ne sait pas « où » il va) et que donc si il n’est pas une unité de l’être ou une unification de l’être, c’est qu’il existe une autre sorte de cohérence ; remarquons que l’on ne baisse pas les bras, Nietzsche ou Heidegger ne baissent pas les bras ; ils avancent une unification et donc une cohérence qui n’est juste pas la cohérence de la pensée, de la pensée raison-universelle-humaniste ; autrement dit présenter l’Etre (Heidegger) ou la Volonté (Nietzsche), c’est contourner que l’intentionnalisation (humaine) ait un Sens ou un Ordre, et ce parce que … ça n’est pas l’intentionnalisation (ordonnée ou sensée) qui mène le jeu.

Le plus incompréhensible dans cette histoire c’est que malgré qu’ils imposent l’anti-intentionnalisation, c’est par l’intentionnalisation … D’où la difficulté technique pour ces deux là de proposer « ce qui doit être fait », de proposer une éthique ontologique (non pas une morale mais une éthique qui va chercher bien plus loin, dans l’épaisseur de la réalité, du réel, de l’être, sa consistance), parce que ce serait avouer qu'eux-mêmes se fondent sur une intentionnalisation. D’un type particulier et que donc effectivement on ne peut pas ne pas supposer la liberté et on ne peut pas annihiler la logique d’une cohérence, serait-elle Autre.

Mais en même temps ils ont raison de présupposer que le monde, la réalité, l’univers est Autre. Pare qu’il est Autre. Et ils ont raison de penser être en mesure de rivaliser, d’amener l’altérité en nous afin que l’on soit commensurable à l’altérité du donné a-humain, sans Ordre et sans Sens (présupposés jadis). De sorte qu’il faut en conclure que d’une part il est une cohérence mais elle est tout à fait différente de celle de l’ordre et du sens, et d’autre part il est vrai que nous sommes libres mais c’est très difficile, très impitoyable et tout à fait différent de ce que l’on a pu en penser.

Lorsque l’on croyait que l’universel résolvait la réalité, cohérence et liberté étaient identiques (et bien que l'idée de liberté ayant à se soumettre à l'universel et à la raison pour tout horizon n'était guère compréhensible ; que toute liberté admette l'universel, oui, mais qu'elle se poursuive en plus et au-delà de l'universel, Kant s'en approche et Sartre s'y épuise) ; mais on a imposé l’Etat et donc la possibilité pour chacun de se conduire lui-même, supposément en raison. Or ça n’est pas tout à fait ce qui s’est passé ; chacun s’est conduit, oui, mais selon la liberté et non selon sa raison seulement. Et par liberté on n’entend pas seulement la fantaisie, ou le "libre" jeu des désirs, mais réellement une structure ouverte à tous vents.  Parce que la liberté est une structure bien plus grande, plus étendue que la raison ; le seul qui ait investigué sur la liberté telle quelle, sans rien d ‘autre, c’est Sartre. Les pensées antérieures à la révolution régulaient la liberté par l’universel prochain ; une fois installée (par l’Etat et le statut de citoyen qui est aussi l’affirmation de toute l’acculturation humaniste des siècles antérieurs) installée dans l’historicité la liberté est lâchée et chacun commence de se réfléchir, plus loin que l’universel.

Jusques et y compris en niant l’universel ; ce qui est stupide parce que la liberté pense plus loin mais sous condition de conserver l’universel, sinon elle s’effondre (dans l’immédiateté et la facilité et croit vrai ou réel ou sensé ou ordonné des fantasmes, des réalités imaginées, montées en épingle ; la structure de conscience confère à des images des pouvoirs, de la « puissance » qui n’a pas lieu du tout, qui appartient à la structure non aux images ; de manière générale ce qui est acquis réflexivement, doit se préserver et se reprendre ; on ne peut pas délaisser l'universel ou abandonner Platon ; c'est impossible).

Sartre a pensé la liberté, certes, mais a commencé de penser la liberté ; parce que si la liberté est beaucoup plus étendue que la raison, c’est que par là on met en jeu notre être de façon extrêmement plus précise et actualisée ; en gros on peut juger immédiatement de tout. Au lieu que par la raison, il fallait réfléchir longtemps pour établir quoi que ce soit ; et encore était-ce douteux, toujours, de là que l’on se soit converti, tous, au libre même, et rien que le libre (au point donc de nier l’universel, ce qui nous tue). De là également que Nietzsche et Heidegger croient, à fond, détenir une sorte d’hyper déploiement de notre être ; même en niant la « liberté » ; peu importe le qualificatif, puisque de toute manière ils entendent « liberté » comme idéologie de l’universel, et non pas tentent de cumuler l'universel et le libre structurel, cad comme structure active et réfléchie certes, mais qui crée … et  ils lui substituent telle ou telle représentation ou présentation, qui est censée développer une presque semblable structure mais qui part dans le décor.

Ce qu’il faut c’est non pas créer (comme toute liberté structurelle en est capable) une « vision » (nietzschéenne ou heideggérienne) mais analyser cette structure, d’abord, et c’est ce que Sartre et Lacan lancent, propulsent, imposent. Ils analysent le réel de cette structure, qui est en plus de l’universel oui mais compte tenu de l’universel.

Et tout le reste en un sens s’effondre mais en réalité est restructuré à partir des acquis  ; Nietzsche ou Kant ou Platon  valent, et absolument, mais dans et par le cercle structurel dégagé par Sartre et Lacan ; autrement dit les autres sont sans force si l’arc de conscience sartrien ou l’anti-conscience lacanienne ne sont pas intégrés. Sartre n’annule pas Descartes ou Platon ; c’est juste que Platon et Descartes se sont bien trop rapidement avancés, juchés sur la structure, bien trop loin et en une fois ; il fallût revenir sur l’acquis ; retravailler et creuser plus antérieurement, et bien sur, depuis Descartes-Kant-Hegel-Husserl, si Sartre et Lacan s’y attachent c’est que ce retour sur cet être, qui s’est avancé trop vite, ce retour fut préparé par toutes les explorations précédentes.

En avançant il faut voir que Platon ou Descartes en même temps ne pouvaient pas ne pas re-venir sur la structure (Platon commence de vouloir expliciter le Bien comme Idée méta-organisatrice, jusque Plotin qui se produit fondamentalement au dedans de la procession du Un, on cherchera à découper dieu ou son discours et plus encore à être saisi, mystiquement, du dedans du Fond antérieur, maitre Eckhart ; cette mystique est une analyse fondamentale, hyper objective) ; la butée majeure est cartésienne, mais aussitôt Kant et Hegel, Husserl et à leur manière Nietzsche et Heidegger (qui ne sont absolument pas fantaisistes même si ils mènent une « vision » plutôt discutable, et profondément ambigüe, c’est le moins que l’on puisse dire) et enfin Sartre et Lacan continuent la re-prise du même être, du même être c'est-à-dire de la même structure.  

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