Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

L’orientation du miroir

5 Août 2017, 09:49am

Publié par pascal doyelle

Il faut donc clarifier la perception structurelle que l’on a, depuis toujours, du réel.

On a extrait un mécanisme très bizarre de tout contenu, mécanisme qui jusqu’alors créait les mondes humains, tous un par un, séparément, dotés de leur langage, perception, parole échangée entre tous, échanges ritualisés dans la parole et le sens, perception entremêlée de langage, corps marqué par le groupe et telle ou telle identité, les oiseux parlaient au fleuve et le sacré et le profane étalonnaient la réalité et le vécu, et le tout se préservait de toute atteinte, le langage ce trésor commun, et le temps s’enroulait selon les cycles revenant incessamment.

mais le mécanisme est autre que tous ces mondes, alors ayant acquis son indépendance, sa distance elle-même (ce par quoi précisément il se permettait de représenter des mondes), s'en ait pris au monde même, au donné tel que là, et au corps tel quel.

On a extrait le mécanisme plus qu'étrange. Au début on ne s’en rend pas vraiment compte ; mais on interrompt très violemment, métaphysiquement et ontologiquement, la réalité par l’irruption de dieu, de la pensée, du corps christique, du sujet et puis, pour nous, de l’altérité (que cet univers est horriblement Autre, que le réel n’est pas l’intention qu’on lui porte).

On a extrait le mécanisme bizarre et ce mécanisme n’ayant pas de représentation dans le monde, on épuise toutes les possibilités ; on invente l’historicité ; que l’extraction du mécanisme de conscience pure et brute, très brute, aussi brutale qu’est violent l’univers, que cette extraction aboutisse à une production incessante de représentations, d’acculturations, mais de telle sorte que ce qui fut extrait et déployé se conserve et s’accumule ; on ne renie rien des grecs, des juifs, des monothéistes mais pas plus des hindous, du christique, d’Aristote ou de Descartes ou de Kant, de la révolution ou de la théorie des quantas ou des soufis.

Parce que la certitude n’est nullement dans tel ou tel contenu mais dans le mouvement et dans le mouvement parce que ce qui fut extrait, isolé, délimité, détouré n’est pas une idée, un système, un contenu intentionnel, mais le procédé d’intentionnalisation lui-même ; les idées, grecques, sont des intentionnalisations qui reposent sur l’actualité de leur déploiement (on doit comprendre pour avancer, intégrer sans cesse de nouvelles intentionnalités dûment énoncées, effectivement perceptibles et réinstaurées par chaque arc de conscience dans son actualisme même).

Saisissant bien ce que Descartes, Kant et les idéalistes allemands, Hegel et puis ensuite Husserl manifestent, ça n’est absolument plus un contenu métaphysique mais l’attention scrupuleuse portée sur l‘intentionnalisation même ; Hegel ne rassemble pas seulement la phénoménologie de l’esprit du devenir de l’activité négatrice de la conscience, il rassemble tout autant l’activité d’intentionnalisation à propos de toute idée, de tout système et le savoir absolu (si il se prétend comme savoir réel) est le savoir de toutes les activités de la conscience dans le concept, cad la signifiance, qu’elle se forme du donné là et d’elle-même dans ce donné là.

L’occident c’est donc grandement trompé sur l’interprétation qu’il eut de sa propre pratique ; l’exhibition de la Vérité, sa montée en épingle tenue là au-devant, comme une fin en soi, était en fait, dans la structure, dans la motivation recherchée, un symptôme, un prétexte, non afin de définir un contenu super-vrai, mais afin de présenter, d’élaborer, d’architecturer le mécanisme découvert et extrait et déployé depuis la méditerranée, et pensées et idées, systèmes et estéhtiques, éthqiues et soudaines religions de la forme pure (dieu ou le christique) apportent dans le monde donné là unique l'unicité de la Même Structure en arc pointée au-devant de soi, gorgée d'altérité pure et brute ;

raison pour laquelle ce mécanisme revient autant aux juifs qu’aux musulmans, aux sectes et aux gnoses, aux esthétiques qui prennent leur indépendance (hors du groupe et du rituel et du cyclique) tout comme les éthiques, les politiques, les idées de connaissance etc. L’arc structurel n’appartient pas à la philosophie, la philosophie est la discipline qui se charge de montrer « cela qui agit » et se charge d’exprimer l’articulation au monde donné « là » qui s’est sorti de tout monde particulier et évidemment aboutit au monde universel et unique donné « là ». De même qu’en ce corps récupérant par ce moyen une surface-autre sur laquelle chaque-un peut inscrire les signes que ce chaque-un découvre dans le monde, dans son vécu, par son corps dans l'actualité du présent qui échappe à tout groupe et langage. Ouvrant fondamentalement le donné à son expérimentation, sans plus d’intermédiaire du groupe faisant office de vérité, et donc déblayant que là-devant il y ait une véridicité de l’activisme que chaque un ne manquera pas de créer. Il y eut profusion de l'expérimentation.

La mise en avant du mécanisme s’est effectuée en ayant dans la visibilité dieu, la pensée, le christique, le sujet, l’altérité ; rappelons que l’altérité c’est bien sur les pensées de l’altérité, les anti-intentionnelles philosophies (Nietzsche, Heidegger, ou analytiques anglo-saxonnes) mais aussi les sciences, le rationalisme, l’humanisme abstrait, qui localisent dans le monde toute la réalité certes, mais aussi partent du principe que tout est là, excluant qu’il y ait un « là », une position d’altérité effectivement absolue ; on transige donc alors pour une demi altérité (la nature, le réalisme, le donné, les neurones, l'économie, etc) et on refuse de basculer dans l’altérité pure (et brute) que le réel existe et est absolument Autre ; Nietzsche et Heidegger  imposent ainsi, pour contraindre l'humanisme et le réalisme faciles, que la volonté ou l’être absorbent toute l’intensité de réel, insistant qu’il existe une intensité, et imposent une vision ontologique, voire métaphysique (reconstituée par la pensée contre la raison, de là que H ait à redéfinir la Pensée).

Que l’intentionnalité soit relative non à un contenu (serait-ce un super contenu ou un idéalisme ou une identité) mais à une structure ‘en dur’, solidement établie physiologiquement, comme tension qui sort de la cervelle vers le réel, veut dire que cette tension, quels que soient les contenus, revient parfaitement identique à elle-même, constamment. Elle plie de la sorte, peu à peu, comme une entreprise statistique, qui se trompe et s'égare peut-être au début mais qui revient au donné tel que "là", elle plie  tous les contenus (les consciences engagées en ceci ou cela) vers le réel et même les intentionnalités signifiant la matérialité, immédiate et prégnante, sont des symptômes, des signes de l’arc réel structurel. L'arc de conscience tendu vers le réel est instantanément une lame souple, qui coupera au final ce qui doit être retranché, dont les signes et la danse signera sa Possibilité. Tout est indications pour le Bord du monde. La forme est antérieure et absolue puisque formelle et non composée.

Le mécanisme est situé sur le Bord du monde ; il n’est ni hors du monde (il n'y a rien hors du monde), ni dans le monde (il serait une chose comme les autres), et donc il faut présenter qu’il est situé sur le Bord … Il est la transcendance en tant que Bord de toute l’immanence ; non pas la transcendance de cette immanence, mais toute l’immanence est selon, dans, par la transcendance. Ou donc ; il n’existe que la transcendance et en celle-ci toute l’immanence (et possiblement plusieurs immanences, peu importe pour le moment). On ne va donc pas refuser toutes les expérimentations de la transcendance qui eurent lieu, puisqu'a priori et antérieurement il n'existe que la transcendance ; il n’y a aucune raison, aucune raison, de considérer Sankara ou Jésus comme des illusionnés ou des illusionnistes ; quelque chose du Bord se dit évidemment dans l'expérience de l'extrémité parce que le réel doit être considérer non comme une normalité bien fade mais comme un extrémisme, un redoutable activisme, qui a attiré à lui cet activisme de l’arc de conscience ; en ceci l'arc est réellement le fils de son père, aussi pur et brutal qu'une lame. Lame de présent, lame de l'arc de conscience.

Il faut donc (ce qui est tout à fait rationnel) admettre toutes les expérimentations (suffisamment élaborées) comme accès à la transcendance en tant que la transcendance est non seulement déjà là, mais que tout est déjà instantanément la transcendance même. Autrement dit lorsque l’on pense le réel, on ne le pense pas adéquatement et c’est cette adéquation qui est recherchée ; non pas imposer au monde notre « raison » mais mettre à jour, updater, notre arc de conscience au « là » du donné et c’est ce « là » du donné que la philosophie, l’occidentalisation entend préciser, rigoureusement.

On s'est aperçu, en somme, que le réel (l'être, dieu, l'existence de St Thomas ou de Molla Sadra, le sujet antérieur décrit cartésiennement, la Volonté ou le pour soi sartrien) est actuellement la transcendance et qu'il faut orienter le miroir dans le sens de l'avancée du temps. Ou, ce qui revient au même, que la cohérence est effectivement ici même, ici et maintenant, et qu’un arc de conscience est à cette fin : comprendre, prendre avec soi, l’activisme même non selon tel ou tel contenu quelconque (qui est toujours symptôme ou signe de) mais de présenter dans le monde l’architecture antérieure au monde.  

Et tout ceci expliquant pourquoi dans sa volonté de résoudre ici même l’articulation de notre être au réel, nous ne sommes tombés que sur un tourment qui ne s’explicite pas du tout dans la formule étale et morne de la raison (pas plus que des mondes particuliers ou des images ou des contenus figés) et en quoi il faut impérativement avoir recours à la pensée, et non à la raison ; mais dans le même temps c’est ici même que nous décidons de nous saisir du réel, et donc poussés à y élaborer la logique de ce qui s’existe de fait tel quel ; par quoi l’on est parti à l’assaut du Bord. Depuis le début. Et comme c’est l’arc même de conscience qui est l’activisme il s’exporte instantanément au Bord de tous les mondes et s’instancie ontologiquement sur cet autre acte du présent qui origine toute possibilité. Et en quoi donc il ne s’égare pas dans la fantaisie mais tient très durement la ligne du cercle ontologique en suivant la précision de son articulé au « là », prenant bien garde de ne pas égarer la forme dans les contenus, en élaborant les tangentes et en martelant le sol du monde, du vécu, et du corps. On a pris à rebours tout ce qui est, parce que l’on se tient antérieurement.

Comprenons bien ; il se peut que « quelque réel ou être » existe ailleurs, on ne juge pas de cela, parce que nous sommes ici, et c’est dans l’ici que l’on va dénicher et creuser l’articulation ; sans préjuger de ce qui par ailleurs peut être ou non ; on va démonter ce qui est ici même et ici même on aboutit au Bord tel quel, soit donc à l’articulation arc-présent et d’autre part à l’articulation qu’est la réalité elle-même sous la forme réalité-réel, monde-présent ; le monde résultant du présent actualisant tout. Ce qui se donne comme arc de conscience, cad décalage ontologique, qui consiste en la nature même de l’être, qu’il faut aussitôt renommer en Exister (l’être ou la détermination sont seconds ; de sorte que découpler être et exister revient à éclaircir le problème ; on ne peut plus rechercher un Etre unifié, ni même unificateur, qui résulterait par ex de notre activité ; notre activité avance par plus de distinction et non pas en une synthèse, et l’être, le un, dieu, le sujet s’utilisèrent afin de décupler les distinctions et non de les réduire).

Ce qui finalise notre activité, notre activisme c’est d’élaborer une conscience en acte qui détienne le plus possible de distinctions réelles ; aussi bien dans le monde mais surtout structurellement dans l’acte même de l'arc vers, vers, par le réel pur et brut ; de n’importe quel ceci ou cela, y compris de lui-même en tant qu’acte, activisme, ce qu’opérait Hegel par ex en ses deux phénoménologies qui exposent toutes les rives et dérives de l’actualisme de la conscience, ou ce que distingue Nietzsche, puisqu’affecter notre volonté de l’Autre Volonté c’est créer dans la distance que « nous ne sommes pas ce que nous disons que nous sommes » mais référer à une intention plus grande et autre. Cette duplication interne de la surface de conscience est le positionnement ontologique et l’orientation (comme l’on dit d’un miroir) du dispositif, de la structure.

Aussi doit-on suivre point par point Plotin, Descartes ou Nietzsche ; ça n’aboutit pas à une connaissance (qui serait objectivement là comme un objet inerte) mais réoriente l’attention, le regard et vous montre votre être en tant que surface du miroir. Réoriente dans la mesure de suivre les signes disposés sur telle ou telle nouvelle cartographie du réel.

De même il faut épouser Rimbaud, ou qui vous voulez, afin de polir et diriger l’acte même qui se montre en et par Rimbaud, pareillement Descartes va amplifier la surface réfléchissante elle-même, bien avant de vous montrer les images des choses ou les choses elles-mêmes, et votre surface prendra un certain pli à la surface du présent. L‘occidentalisation poursuit tout le travail entrepris partout, toujours, et elle décide seulement d’inscrire ici et maintenant que « cela » se réalise de fait ici même, et creuse cette instantanéité, puisque si le présent est l’origine des choses et des êtres, il est partout avant toute chose. De sorte que l’on a pénétré bel et bien dans le centre nerveux du réel depuis 2500 ou 3000 ans, lorsque l’on franchit la ligne et donc de se tenir sur le Bord ; peut-être les autres grandes expérimentations saisirent-elles l’absolu tout au-delà, mais ça ne nous concerne pour l’instant pas, puisque l’on a décidé de dénicher ici même la jonction ou disjonction, le décalage et le hiatus. Et les divers nihilismes ou le défaitisme, qui nous condamnerait à l’illusionnisme, à dénigrer les possibilités quant à l’atteinte ontologique du réel, sont une facilité qui interprète le décalage de notre regard comme une simple donnée du monde ; mais le monde n’est pas simple, ni un être-là donné pauvre et immanent ; il est déjà articulé, en torsion sur son acte. De ce qu’il existe justement un présent et qu’il est l’articulation elle-même.

Et c’est l’acte qui architecture sans cesse les Moyens (les Moyens sont l'ensemble des technologies, mentales, si l'on veut, qui permettent de ré-atteindre ce que l'on a jamais quitté mais que l'on ignore encore ; l'universel par ex, l'oeuvre, la révolution) ; ce qui est bien le projet nietzschéen, et de toutes les pensées suffisantes en élaboration en fait, mais là si il ne le nomme pas tel, il le signe ; il dit que l’acte c’est Nietzsche, c’est moi-même, dit-il ; il le signe du nom de Volonté, celle que l’on n’est pas, qui n’apparait pas dans le monde ou le vécu, qui est (apparemment) anti-intentionnelle mais qui en vérité révèle réellement l’intentionnalisation ; que l’intentionnel est plus grand que ce qu’il montre, que l’arc de conscience est plus grand que le conscient ; et Sartre et Lacan n’en disconviennent absolument pas, et Heidegger qui entend nous faire précéder d’un Etre si radicalement autre que l’on ne sait toujours pas ce qu’il veut ; l’articulation de conscience est plus grande que le conscient, le je est tout à fait autre que le moi, qui peut bien se tortiller dans tous les sens (au propre ou au figuré), le moi n’y arrivera pas. Et l’on est toujours bien plus loin que « soi ».

Commenter cet article