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instants philosophie

Pourquoi y-a-t-il des sujets ?

19 Août 2017, 09:24am

Publié par pascal doyelle

La perception différentielle

Pour raisonner sur l’exister, qui n’est ni l’être, ni l’existence, il faut plier la pensée à un fait intuitionnel : c’est évident.De là que le procédé puise être totalement discutable ; et de là qu’un tel système ait à se modeler sur une intuition non seulement du réel (perçu sous la forme de l’exister) mais de plus et bien plus en tant que totalité en mouvement.

On explique. Lorsque les grecs ciblent l’être, que l’on analyse ici d’une part comme donné là et en tant que « là » du donné, il faut entendre donné-là tel qu’il nous parvient par et pour l’universalisation, la raison en tant que pensée, et "là" du donné en tant que "là" de tout donné, de tous les donnés, le « là » qui est source de tous les autres. Mais cela ne dit rien en soi ; on n’a pas une « idée » d’un tel « là », ni même du donné tel quel ; c’est l’ensemble, la totalité des définissabilités (l’universel, cad la pensée, le monde, cad les essences des choses, leur apparescence, leur mode d’actualisation dans le monde, puissance et acte, etc) qui nous permettent de comprendre ce que les grecs visent en tant qu’être. Et l’être des grecs se délimite en tant que pensée ; le pensable c’est l’universalisable, mais c’est aussi l’actualité de cet être, sa présence immédiate remontant jusqu’à sa présence immuable, ou particulière remontant sur l’universalisable, ou la disposition hasardeuse jusqu’à la bonne disposition des choses et des êtres, l’idée de bien, le bon rapport dans tous les sens du concept.

Mais l’idée, le principe, ici, est que l’on n’est jamais séparé de son aperception absolue, donnée là, immédiate et instantanée. Autrement dit si l’on était chrétien du 1er siècle on absorberait instantanément toute la décision de se convertir, on serait même précédé de cette décision. Si l’on était un hippie des années soixante on serait déjà instantanément (préalablement) et immédiatement (dans le monde) tout ce que l’on pourrait être durant ces années là. Il n’y a aucune raison de ne pas comprendre que l’on est déjà totalement tout ce que l’on peut être et qu’un coup de pouce suffit pour accélérer la mouvance, la signifiance.

Si l’on est Sartre on sait déjà comme la racine de l’arbre noueuse et massive, existe ; on a déjà perçu cela.

Ça ne signifie pas que l’on n’est pas libre de percevoir ce que l’on veut ; cela veut dire que l’activisme, la structure sans maître,  libre, a déjà, en nous, perçu son réel, et que cette perception est différenciée (de toutes les autres) parce qu’elle est différentielle ; elle est agissante.  

Par contre si on se contente des signes extérieurs de banalité, on retrouvera très bêtement les signes adéquats, tout à fait partagés entre tous ; à la différentialité commune, qui est une répétition des circuits mémorisés, de la masse cervicale, des mémoires et de la sorte de rêve éternisé qu’est la cervelle, et non de l’acuité, de l’hyper intégration accélérée qu’est l’arc de conscience tendu vers le réel, puisque le réel n’est que actualisme pur et brut ; on pourra ainsi interpréter le 20éme comme une sorte de 19éme amélioré… ce qui est bien, mais très nettement insuffisant.

Lorsque Hegel déroule toute l’instantanéité de ses deux phénoménologies (celle de l’esprit, de la conscience  et celle du savoir absolu ; le savoir absolu hégélien est le déroulé de toutes les négativités dialectiques, autrement dit des intentionnalisations, de la conscience dans et par la pensée, en tant que cette conscience crée l’universel, l’universalisation), il est imprégné de toute l’historicité ; il en dresse le bilan et il en agit tout entièrement avec tout le Hegel, la perception, le corps hégélien, la possibilité du monde que tout immédiatement présente qu’il y ait, dans la réalité, un Etat moderne, jamais vu auparavant, nulle part.  

Il n’est donc pas question de remettre tel conscient déjà digéré, déjà digérant sur la table, mais de montrer ce que par-dessous l’arc de conscience (qui n’est pas le conscient, qui est bien plus grand que le conscient) sait déjà ; il le sait sous la forme qu’il le perçoit. C’est déjà son corps, son corps dans une certaine disposition.

On a extrait le mécanisme de conscience (comme technologie réelle, qui se couvrait auparavant dans des mondes humains séparés) et une fois sorti de tous ses contenus (de tous ces mondes), ce mécanisme travaille, torture, avance évidemment immédiatement dans le monde (le réel et la réalité seuls l’intéressent).

On a vu que l’on définissait la conscience comme un arc tendu vers le réel, tel que donné « là », qui sortait de la cervelle y échappant et tissant de ce fait de structure ses propres trames ; au fur et à mesure. Ça ne veut pas dire que l’arc peut tout, qu’il sait tout, etc ; mais qu’il garde toujours une prédominance de ceci qu’il est issu du « là » du donné ; si un guerrier de l’autre clan d’à-côté surgit dans la savane, ce mini système de rien du tout est capable d’embrayé tout autrement la mémorisation d’une cervelle et de court-circuiter celle-ci ; ni plus ni moins. On ne voit pas à quoi elle pourrait s’utiliser sinon de ce court-circuit. L’arc de conscience fonctionne dans l’actualité du danger, ou de l'inattendu, cad dans le présent. Déjà on y voit que le présent est le « lieu où cela se passe » et  activisme de tout ce qui se présente. Or la réalité, le monde est cela qui se présente, mais aussi le corps ou le moi.

En un sens on pourrait redéfinir l’arc de conscience comme pré-perception ; ce que ne manque pas Sartre. Et c’est effectivement ce qui se passe ; ce qui se passe c’est que le signe, le signifiant fonctionne comme pré-pensée, à la fois pensée et pas-pensée-du-tout. Pensée commencée et non terminée ; qui ne fait pas système. Il faut être possédé par le systématique, cad forcer le réel à la pensée définie, idéaliste scientiste ou dogmatique philosophique ou idéologique, pour ne pas voir que de système il n’y en a pas ; nulle part ; pas plus dans la pensée que dans le langage, et pas plus dans le réel ; si le réel était un système il n’existerait pas, il serait fixé, figé.

Pensée commencée et jamais terminée… ce qui permet qu’elle, outre sa non terminaison, se disjointe en toute la sensibilité ; autant selon l’ouïe ou le regard, esthétiques, le corps ou l’imagination, éthiques et récits, la peau et l’unité ou l’autre déjointement qui consiste à se parler et se signifier du point de l’autre conscience… Parce que cet acte prend instantanément qu’il se prononce du dehors, et tout autant à partir de tel autre arc, telle autre conscience.

Qu’ensuite telle préperception (cad en réalité signifiant, signifiance comme technologie adéquate à cet arc) se formule dans de la pensée très-convenue est une chose, et c'est ce qui arrive le plus communément) mais  la pré-perception est beaucoup plus étendue que l'énonciation. Et la coïncidence est impossible parce qu’alors « conscience de » n’aurait pas lieu d’être. Et si l’on décide de ramener soudainement l’ensemble de la préperception à peine signifiée telle que cette signifiance ultra immédiate (cad théoriquement instantanée) dans la réalité, cela consiste à modifier le conscient, la mémoire, le donné déjà là, en fonction du donné qui n’est pas là ; le danger, dans le monde, qui guette.

Si l’on se préperçoit selon dieu, ça n’est pas la même configuration que si l’on se préperçoit en tant que jésus, et pas non plus selon René Descartes ou si l’on se déplace mentalement comme Mozart, on se déplace tout entier comme Mozart ou se super visionne par Rimbaud. Il est, de fait et sans aucun doute, une avancée dans l’épaisseur du monde d’une part mais aussi et fondamentalement une avancée dans l’inépaisseur de la forme du monde.

Nous nous sommes avancés vraiment bien au-dedans de l’inépaisseur ; lorsque les existentialistes dénomment la forme même, soit l’exister des choses et des êtres, et perçoivent l’arc de conscience et la structure du réel comme tels, c’est la précipitation, l’accélération de la préperception qui les absorbe. Puisque l'on a pelé le monde et le corps comme des oignons.

Il s’agit donc de rejoindre ce que l’on perçoit mais ne nomme pas. Et lorsque l’on nomme enfin ce dont on est le lieu, alors reviennent toutes les préperceptions précédentes, parce que c’est toujours le même Arc et toujours le même réel, tel que « là », qui se montrent.

Ou donc ; la perception non dite, à demi dite, est consistante. Elle est non ce que l’on voit mais ce que l’on perçoit (au travers de tout les voirs qui eux reviennent au conscient). Et il ne faut pas craindre qu’exprimés ils se transforment de signes en mots, en mots du commun ; il faut faire un effort considérablement pour comprendre Platon et Haendel n’est pas moins difficile (et bien que les esthétiques s’utilisent pourtant parce qu’ils avancent instantanément et immédiatement dans la sensibilité même, sur le corps, sur la peau du corps, mais portent le corps dans le champ du retour, du nouveau tour). On ne peut pas transformer les signes (à partir de l’arc de signifiance qui entame le réel) en mots (du commun et qui résident, habitent dans les objets). Et malgré tous les efforts répétés de la rationalisation ou du sens commun pour réduire les arcs structurels, les tissages et les trames articulés ; c’est simple si on ne s’y met pas on ne comprend pas du tout Platon ou on s’entre pas dans le corps mozartien (et on ne comprend pas non plus Led Zep du dehors, mais comme ils s’existent dans la préperception actuelle, ils avancent instantanément dans le champ) ; ça n’est pas la complication qui est en jeu, c’est l’arc tissé sur le corps même dans la préperception ; le joli, le distrayant n’est pas l’esthétique, comprendre, prendre avec soi, veut dire que l’on est le je qui est externe au moi, hors de soi ; on se perçoit, on perçoit le monde et l’histoire de l'humain selon Rimbaud. Qui restera lui-même un des Bords du monde et du corps. Sinon on en reste au moi. Imbougé, intouchable, mort ou plus exactement empli de son tourment psychologique et non pas ayant accès au structurel, à la forme pro-active.

Cela veut dire ceci ; puisqu’ayant afflué dans tous les sens, l’occidentalisation permet à chacun non plus de n’avoir accès qu’à un seul modèle (dieu, le christ, tel saint ou tel idéal culturel, telle mythologie et non telle autre), mais permet de varier intégralement le point de structure du réel ; et le point de vue de chaque structure une par une et c’est ce mouvement la vraie cohérence ; non pas le subjectivisme ni d’imposer une vérité objective, mais de pourvoir en une forme exclusivisme et manier l’exclusivité elle-même comme structure du réel.

Autrement dit on vous largue dans le réel, nu, sans rien et sans parachute. Et prenant forme comme Rimbaud ou comme Descartes non seulement il y va de la pluralité des structures, mais de plus chaque structure est en elle-même une systématique, une machine, une possibilité, une perception, un corps. Puisque la cohérence élaborée est la plus resserrée possible ; la forme structurelle d’un être, d’un réel ; l’arc de conscience (qui porte le conscient, le langage, le vécu, les échanges, le corps, etc, qui est le point, le levier qui décuple toutes les perspectives). Et aussi varié en soit le sens, il s’agit toujours de la même structure qui obtempère constamment une cohérence, une pratique, une présence active et fouillée, une possibilité élaborée ; et l’ensemble forme l’architecture du possible de tous les points, de tout point à partir de la structure telle quelle, nue, sans rien, qui s’est extrait de tout monde parce que de tout contenu ; non pour adopter une sorte de modèle religieux ni même idéal, mais afin que l’arc dans le présent ouvre sans cesse le monde, le vécu, le corps. L’arc est, dénudé, comme les fils, à même sa préperception et ramène, rassemble cette pro-intentionnalisation dans le champ de l’intentionnalisation ; laquelle se divise en sur-intentionnalisation grecque,(par-dessus le langage et le commun d’un monde), hyper intentionnalisation christique (intensification du corps), méta intentionnalisation cartésienne et suivants (réflexivité, retour-sur cet-être tel que là sur l’étendue-monde, qui crée la révolution), anti-intentionnalisation (N et H), qui comprend enfin analytique de l’intentionnalisation même (Sartre et Lacan).

Et ce qui vaut pour l’ensemble de l’acculturation généralisée (soit donc la « culture » qui passe au-delà de la culture (qui est, elle, relative à un groupe dans son langage), la culture comme acculturation généralisée qui est soudainement décuplée par l’actualisme) – c'est aussi ce qui vaut en tant qu'embrayé pour chaque arc de conscience piégé dans un moi ; non que le moi soit en aucune manière répudié, tout au contraire ; c’est parce que l’on a élaboré des mois, des personnalisations, construits à partir de l’immense universalisation, l’humanisation-humanisme qui déployé la personnalisation, que l'arc s'est approché du corps individuel, l’on peut faire surgir une telle précision de l’architecture créée, en tant que le sujet n’est plus le sujet universel mais le sujet singulier formel (ce que le sujet comme dieu, pensée, christ ou sujet cartésien ou idéaliste allemand, fut toujours ; il vient à sa non plus vérité mais à son réel brut : un corps arc-bouté, ayant booté sur le réel, pris dans la vérité en tant non pas vérité idéale ou ,modèle de religiosité, mais en tant que vérité par le réel).

Mais le moi, dont tout, toute la forclusion naturelle qui ramène le corps à un donné bêtement là (ce qui veut dire bien pire qu’un animal qui n’est jamais « bêtement » là, il est absolument là), ce moi  dont tous les pouvoirs veulent nous convaincre qu’il est notre horizon dernier,puisque les pouvoirs nous observent de l'extérieur et nous prononcent, nous nomment, est un piège ; ça n’est pas là que l’on existe. Il y a une seconde vision, deuxième regard : dans le moi lui-même, le moi qui a un corps et qui voudrait que ce corps soit beau, aimable, adoré, adorable, imagé cent mille fois par jour dans la médiasphère (cad dans le regard embouti dans le monde), mais qui ne peut exister que si il prend le Pas, le pas gagné, sur toute la réalité ; de où trouvera-t-il cette possibilité ?

Non d’une intervention extérieure, dieu au plus haut, ou une quelconque secte ou interprétation qui au contraire de dieu qui transforme, sectes qui transmutent en choses bizarres, mais  moi qui se tient de ce que cette vision Autre est déjà, absolument, depuis toujours, la sienne, et qu’il ne le savait pas.  Et qu’elle est cohérente ; elle marche avec tous les autres, pas tous les autres idéaux et parfaits, mais les Autres tels que l’occidentalisation a pu créer, élaborer, architecturer le décuplement, le décuplement ; il n’y a pas de saints ou de perfections mais d’éprouvantes et éprouvées machines-sujets, parfois terrifiantes et se rendant horribles (puisqu’il s’agit de passer outre le moi, tout comme les grecs passent outre le langage et le groupe), et quasi toujours étranges, en plus, qui purent prendre l’aspect idéal, sortes de Robespierre esthétiques, éthiques, politiques, idéels, accrochant non ce qui est (et toute formulation du monde comme pouvoir, comme ordre, comme sens prévu, ou commun) mais approchant ce qui Ex-siste ; on peut se renouveler intégralement et continuellement depuis et par l’occidentalisation ; il en Ex-siste à foison, il Ex-siste quantité de sujets Autres.  

Les sujets de l’occidentalisation ont amené au plus proche, dans le monde, sur leur corps, la structure (au lieu de la situer tout là-haut, au-delà ou installée comme groupe humain dans son langage et son monde perçu cyclique, magique, révélateur) et fabriquent des possibilités de structure, et de structure de conscience, de structure du regard même ; non de voir ceci ou cela, mais qui entrent et modifient le regard même ; adossés donc au rien, au néant, (qui n’a aucune importance) puisque antérieurement au miroir il n’est rien du tout, c’est le Bord du monde et du corps qui augmente son attention et produit, invente, crée l’anfractuosité, en tant que dans l’acte, dans le présent doit se produire la possibilité.

Il est ainsi incohérent de prétendre que le réel n’a pas de sens ; il est le sens. Il n’a pas de sens ni d’ordre en cela qu’aucun ordre ou sens ne le précèdent ni ne le surdéterminent ; mais il est sens en ceci qu’un  présent est fait pour que l’on s’en serve et qu’alors le présent est livré à la décision des structures. C’est ce rapport qui est attendu dans le réel par les trajets et les tracés des sujets et par lesquels on approche du Bord.

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