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instants philosophie

L'Acte de présent brut

24 Décembre 2017, 14:41pm

Publié par pascal doyelle

Lorsque l’on voit, perçoit, ressent les couches d’aveuglement accumulées par ceux qui renient leur propre historicité, qui s’empressent de caricaturer la pensée, ou dieu ou le christique ou le sujet, on éprouve bien la barrière invisible qui fut dressée à partir du 18éme, 19éme ; ignorant les fondations de leur être spécifique, les dénégateurs croient réinventer le monde, le vécu et le corps ou plus exactement usent de leur liberté nouvellement acquise pour croire en ce monde, là, tel quel, donné, comme çi les yeux s’ouvraient pour la première fois et qu’il était possible de se réaliser dans le monde et qu’à partir de cette liberté il était possible de renier la totalité de toute la précédence.

Ce qui n’est pas faux, mais c’est parce qu’ils, les contempteurs, perçoivent, littéralement y compris, à partir du point acquis du sujet ; le sujet que Descartes représente, manifeste (il ne l’invente pas, il le décrit, il décrit une position qui est vécue, éprouvée, intentionnalisée partout et par tous ceux qui tentent de se tenir au plus près du Bord de la réalité). C’est parce qu’il y eut la précédence (dieu, la pensée, le sujet) qu’il y eut cet aboutissement : perchés sur le Bord du monde (qu’instancient dieu, la pensée, le sujet) on peut atterrir sur le sol du monde, la surface du corps, la densité de la réalité.

Parce qu’effectivement en un sens (vers l’en-avant) dieu, la pensée et le sujet freinent et cristallisent l’aboutissement au monde, sur le sol réel, mais ne un autre sens (rétroactif) l’aboutissement au monde resterait absolument impossible. Il faut comprendre :   dieu, la pensée, le sujet ne  nous tiennent pas à l’écart mais introduisent absolument (cad formellement) au monde et à la réalité parce que ces configurations saisissent la structure du réel de cette réalité ; c’est parce que le réel s’introduit dans l’humain via ces configurations que, ensuite, on peut se tenir du sujet libre et ouvrir sur le monde donné là. Et le sujet est libre parce qu’il est perçu à partir de dieu (ou de l’hypothèse de dieu), de la pensée et du sujet. Il est perçu et se perçoit lui-même via une telle médiation absolue, formelle ; lorsque l’on remplace cette forme par un contenu ou une partie du monde (qui ne nous est connue que via un contenu de conscience) on retombe dans le monde ; on coïncide (faussement) avec telle partie du monde ou telle représentation (humaine) qui se donne pour réelle, alors qu’elle est construite comme tout le reste, comme toute culture ou acculturation humaine.

Evidemment dieu, la pensée et le sujet sont également construits mais contiennent en leur formalisme la capacité d’accéder à l’intentionnalité ; dieu, l’être ou le sujet sont vides, ce qui veut dire formels, et ainsi permettent à chacun de faire retour sur sa propre activité sans a priori. Mais si vous vous définissez comme un corps, un vécu ou une identité, votre intentionnalité est liée. C’est ce qui s’est passé en substituant la nature à dieu, la raison à la pensée et le moi (l’humain) au sujet. La synthèse attendue, espérée, exigée, déceptive toujours est celle du bonheur ; tout ce qui est réalisable se réalisera ; votre désir (qui nait de et par le monde) est par hypothèse satisfaisable dans le monde le vécu, le corps ; si on n’y parvient pas, on ne comprend plus. Et on n’y parvient jamais.  

Donc on n’y comprend rien. On désire des choses, qui se réalisent ou non, mais on reste sur sa faim, parce que la structure utilise les désirs et les choses, mais ne peut se reconnaitre ni dans les choses ni dans les désirs ; et ce que l’on ne saisit plus c’est que le « désir » pour la pensée ou dieu ou le sujet ne ciblait pas la « satisfaction » et d’était pas un désir, du tout, mais les contempteurs qui tiennent mordicus à se réaliser ici dans ce monde, quand bien même tout leur identique qu’ils seront malheureux comme des pierres, soutiennent leurs désirs ; et ne veulent en vérité que se servir des prétextes afin de suivre leurs satisfactions et valider leur attachement et leur croyance qu’ici même l’idéal, ourdi par le 18éme et le bonheur, se rendra réel. 

Au contraire ces configurations permettaient de faire-avec-le-manque, le vide (que nous pouvons maintenant définir non plus comme manque ou vide mais comme forme et ce à la suite de Sartre et Lacan mais aussi de toutes les expérimentations et explorations élaborées depuis Descartes qui plante la forme de notre structure dans le sol du réel, du monde, du donné et permet de passer du métaphysique qui projetait dans l’être ou le un la réflexivité qui est à l’œuvre ici même et ici et maintenant ; c’est l’arc réflexe même du cartésien, poursuivit par Kant, Hegel, Husserl) ; et ce gigantesque mouvement en forme de boucle ouverte.

Rappelons : le réel est une surface (autant que l’on en juge de notre situation et il faut préciser que cette surface tient sur un seul point le présent pur et brut, l’Exister comme arc incandescent absolu, cad formel)
et sur cette surface se forment des boucles, les arcs structurels de conscience (formes en interne à cette forme-surface toute externe, de totale exposition de tout, ce qui se nomme « une réalité »),
et dans le présent de cette surface doit se créer un réel inattendu, un réel Autre (puisque tout réel est assujetti à l’altérité pure et brute), et qu’il y ait une telle attente dans la réalité même c’est la fonction même qu’il y ait un présent.  

Dans la forme indéterminée (du présent) il existe le commencement d’une forme dont la seule expérimentation que nous possédons est cet arc structurel de conscience (et dont on ne peut en aucune manière préjuger de son advenir, de son possible, de son réel futur ou a-temporel ; puisque le présent est « ce en quoi il se passe quelque chose » et qui tracte ou attire en avant ; tout ce qui est ou tout ce qui fut (en l’état de mémorisations que sont les choses ou de traces existentielles que sont les Signatures, les Œuvres, à tous les sens du mot)  est là tel que donné, mais ce qui Existe est en-avant, n’est pas encore, sera, sera au sens qu’il sera-déjà-encore-à nouveau dans la stase non-temporelle qu’est le présent, qui enveloppe de partout toutes les réalités. Ce qui est l’acte même du réel est infiniment proche de tout ce qui est ; qu’il y ait un présent qui est un Acte pur et brut devrait étonner tout le monde. Si le présent est un Acte, alors il est l’Acte unique. Pourquoi croyez-vous qu'il existe un Présent ? 

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