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instants philosophie

Le sur-divin, la catégorie

27 Janvier 2018, 09:06am

Publié par pascal doyelle

Le sur-divin consiste à cesser de croire en la réalité, comme borne fondamentale du réel, et donc de se surélever vers ce que l’on ne perçoit pas : le réel même. La réalité s’obtient d’un Bord, ce Bord est ce qui existe et ce Bord est le présent. L’être est effets (innombrables) de ce Bord. L’arc structurel de conscience, tension qui sort de la cervelle vers le donné là, et revient sur la surface du corps chargée de signes, réactive la tension que visiblement le présent impose à tout. Le surdivin est la manière de suractiver cette tension interne à tout l’externe du monde et du corps.

 

Ce que l’on ne perçoit pas c’est ce par quoi l’on perçoit ; on ne le voit pas mais on perçoit via l’intentionnalité et plus fondamental on perçoit dans et par un présent. L’hypothèse générale est que contrairement à ce qui peut sembler, la forme de la perception, la forme structurelle est précisément ce qui influe fondamentalement crée et soulève les réalités.

On ne perçoit pas l'être dans la pensée grecque, on perçoit le monde, le donné via l'idée-principe de l'être. On ne croit pas en Dieu ou en jésus mais on perçoit sa propre vie via le corps christique qui en nous regardant, ici même dans le monde, nous transmet le regard lui-même et crée que chacun (et chacune) ait une âme révélée (ou l'intention divine qui ne cesse d'intervenir dans le monde humain pour le monothéisme). On ne lit pas Descartes, on restructure instantanément en le lisant l'attention à tout ceci et cela, étalés dans l'étendue du monde, et on observe son être sur la surface du monde, boucle non finie articulée par l'infini de la volonté de l'Autre. On ne  reste pas le même moi en intensifiant notre présence mais restructurée techniquement, via Nietzsche, Heidegger, Sartre et Lacan qui analyse l'étrangeté du réel de ce monde et de ce vécu tout-autre. 

Cela veut dire que l’on ne cesse de se tromper et que l’on prend pour cause ce qui est effets et que remontant jusqu'à la cause formelle (cad absolue) on en désespère de la point saisir, alors qu'elle est ce par quoi on saisit, et négateur on croit ne rien percevoir du tout ; ou que s'imaginant penser le monde on admet telle partie du monde comme explicative du monde ; et si le "monde" n'est pas un concept , une totalité (kant), c'est que  l'on perçoit et pense à partir du Bord, qui n'est pas lui-même du monde. Et l’on se détourne de la forme du monde et on en revient au monde, au vécu, au corps en éprouvant leurs densité et donc croyant tenir le concret de ce qui est. Mais c’est faux. On en reviendra à nouveau, franchement désespéré ou comme on l’énonce actuellement déprimé. La dépression est très littéralement cela même qui atteint tout le monde puisque décrochant l'intentionnel de tout accès et d'abord de l'accès à lui-même ; il n’est plus rien qui soit désirable, décidable, imaginable, puisque l’arc de conscience intentionnel s’effondre.

Vouloir saisir la réalité comme étant « l’être » est une absurdité ; l’être n’existe nulle part, ça n’est pas l’être qui existe ; de même qu'aucune science ne peut instituer totale telle explication, vraie, de tel et tel objet et en répercuter les résultats à tous les objets non totalisables du monde ; le faisceau "science" est pris lui-même dans un autre faisceau, intentionnel, et c'est ce faisceau qui est réel ; personne ne niera que Rimbaud tient le point d'observation du monde le plus consistant qui soit ; c'est juste qu'il faut exister ce Point et que c'est cela l'hyper-objectivité (remplacez Rimbaud par qui vous sied). Et lorsque l’on tient la tension au maximum il s’avère que l’être est un acte ou que le Un est hors de la réalité ou que dieu est absolument Autre, et que le sujet est transcendantal (en différents sens, y compris sartrien). Bref que l’être est un mouvement pur et qu'alors il se nomme ex-sister. Et donc tout le contraire de l’être comme « chose ». Parce que s’il est un mouvement, il demande que nous soyons nous-mêmes activistes.

Si le réel est en cours, alors le réel, l’essence même de ce qui est, n’est pas décidé du tout. Il est en cours de décision ; et cela correspond absolument (formellement) à ce qui est perçu, partout, toujours, constamment.  A ce qui est perçu non comme datas, comme qualités perceptives, mais comme constatation de fait ; il existe un présent et n’existe que ce présent ce qui n’est constatable qu’en réflexion ; il faut activer la conscience que l’on en prend pour éprouver l’exister (et c’est bien ce qui fut manifesté au début du 20éme ; que le réel existe), pour le percevoir et donc pour le signifier ; on montre « voila c’est ceci ». Descartes ne fait rien d’autre ; il expose son mouvement et nous déplace en le signifiant.

C’est physiquement que le regard se déplace ; puisqu’il « perçoit » le présent, de même qu’il perçoit le un de son propre être formel (je suis « moi », même si il ne connait pas le dixième de ce moi la forme se-sait ; le se-savoir n'est pas la connaissance comme l'arc de conscience n'est pas le conscient, du tout) ou est saisi du un intentionnel de dieu ou du regard qu’est le christique qui instruit le regard du converti (et le crée comme sujet, relatif au christ mais un néanmoins; que chacun, chaque'un soit in-fini, aussi méprisé soit-il, ça n'est pas le héros grec ou l'intellect agent qui mérite la pensée ou la gloire ; l'in-fini de chaque'un christique est sans condition, c'est un fait de structure de chacun). Lire Descartes c’est instantanément modifier notre propre regard ; ça ne passera peut-être pas par Descartes, sans doute par la révolution, ou par telle poétique ou telle image ou tel héros, allez savoir, mais dans l’image existe déjà le regard, pareillement dans le déplacement du corps et de l’image du rock et de la pop, du cinéma et dans le récit ou la forme du regard qu’intègre le récit (de cela même qu’il y ait un tel « récit » dont la forme est étrange, individualisée). Autrement dit il est une aperception (transcendantale si l’on veut) du réel et perception qui ne se voit pas mais que l’on suppose structurellement. Et que par lubie ou faiblesse on abandonne au profit d'une satiété imaginée dans le monde. 

En somme le regard, l’intentionnalité se déplace au-dedans de la dimension que l’arc de conscience a ouverte ; de ce fait on aspire à s’extraire de ce faisceau qui nous emporte, absorbe, nous épuise, tire notre énergie et l’on tente de le recouvrir, l’alourdir par des masses et des choses du monde ; or il n’est pas d’autre sortie que d’assumer le gouffre, le gouffre formel qui n’étant pas déterminé n’appartient à rien, ni à personne et qui pour chacun d’une part s’impose comme unité impossible et pourtant exigeante, et d’autre part en tant qu’altérité de tout, absolument tout ce qui est ; c'est l'altérité du un qui distingue tout ce qui est via la forme de l'exister. Ce qui forme un Un (invisible) avec soi est autre que tout. Et il n’est pas même Un substantiellement avec lui-même ; on mesure par là l’effroyable distance qui nous paralyse, nous fige, nous terrifie. Que l’on soit face à « soi » et que ce soi n’ait aucun visage.

Remarquons ceci que l’arc n’en cesse pas moins de s’animer exclusivement individuellement ; il est un être individué ; l’universel dont on pourrait et croire qu’il s’oppose à l’individué, doit être lu inversement ; c’est ce par quoi l’individué se révèle comme capable de porter non seulement mais de vouloir, de créer l’universel ; ce à quoi s‘oppose l’universel c’est au moi en tant que le moi laisse résider son être dans le monde, mais non pas au sujet en tant que son être est structurel (cad n’est pas un être) et qu’alors le sujet est une structure sur-objective ; ce pour quoi et par quoi il est une universalisation et un moi et que ce corps ne coïncide pas avec lui-même mais se double d'une surface-autre ; lorsque l'on entre dans une esthétique, y compris les Rolling Stones,  on soulève la surface-autre.  

L’individué se constitue en plus du groupe en ceci que la pensée grecque pense en plus et hors du groupe et plie le langage (pour faire court) vers une expérimentation à laquelle seuls les individués ont accès ; et fait appelle non aux connaissances de la communauté mais à l’expérience de perception de chacun dans le monde donné là, et selon l’être qui signe l’altérité du monde donné. Il manquait que cet en-plus, cette astuce puisse se découvrir et s’appliquer également à l’individualité elle-même ; on gagne son individué, grec, par la pensée, mais sous condition de pensée ; tandis que l’on existe de fait cet individué par le christique sans condition aucune (le plus honni et délaissé c’est celui-là qui est crucifié, or ce corps-là supporte qu’il soit divin ; il est divin en plus, inattendu, impensable et fou, puisqu’il instancie une expérience qui n’est pas du monde ni du corps donné).

Ce qui ne manque pas de poser question ; qu’il ne puisse y avoir de conscience qu’individuelle c’est évident ; aucune connaissance, pensée ou « information » ne possède à elle-même d’être conscience de soi ; ce serait absurde (c’est ce qui se prétend pourtant régulièrement). Il y a conscience parce qu’il y a corps et donc corps vivant ; le vivant est déjà ce qui possède une indépendance par rapport au donné (par lequel corps il existe un milieu).  Et sur ce corps, indépendant, vient se tisser une image, une image de ce même corps ; une image composée de signes (puisque c’est l’arc de conscience qui surgit de la cervelle et revient chargé des signes perçus du monde, du donné, du vécu, du corps lui-même), qui donc se tient excessivement proche du miroir lui-même, qui est quasiment mais pas tout à fait le miroir même.

Remarquons que si l’arc qui revient chargé de signes parait n’utiliser que le langage pour signifier, en réalité, certes le langage (étant purs rapports) est fondamental, mais le cercle de signification est beaucoup plus étendu, son rayon use du langage et récupère ici et là tous les signes, perceptions, objets, images possibles ; cela forme une nasse, un filet qui « recouvre » le corps, ou si l’on veut qui récupère les possibilités du corps, et du corps tel qu’il « est perçu ». Et tel qu’il est perçu … du dehors ; on se voit voir. La raison en est que lorsque l’on énonce une signification, on ne sait absolument pas « où » est le faisceau intentionnel ; est-il dans l’énonciation, dans l’énoncé, dans l’audition de l’énoncé, dans la phrase même, dans ce qu’elle porte, comme symboles par ex, dans les images qu’elle provoque, en ce qu’elle retentit pour un autre, pour autrui, culturellement, pour notre propre vécu, notre corps ? On n’en sait rien : tout à la fois et vice versa. Le sujet (aussi bien le sujet de l’énoncé) on ignore « où » il est, puisqu’il est ce en quoi, par quoi « ça s’énonce », se signifie. Et c’est en en cela que le conscient est toujours-pris dans le faisceau que l'on ignore. On ne se connait pas puisque l’on s’ex-siste et que donc le connu, le conscient est toujours externe par rapport à cette structure interne (qui n’est en rien une intériorité ; l'interne du regard est un redoublement de l'externe, une boucle non fermée sur la surface).

Il est impossible que le miroir paraisse, dans le monde donné, or pourtant on ne voit que lui ; et reconnaitre ce fait exclusif, exclusif de tout, c’est – presque – sombrer dans la surface même (on ne peut pas coïncider avec ce mouvement que l’on existe, de même que l’on ne coïncide avec l’être ou sa propre identité que sur le mode de l’imaginé, en conférant à un signe, un mot une densité qui n’y existe pas du tout).

C’est bien en ceci que l’on ne sait pas si dieu, le divin existe ; mais on sait que le sur-divin est activement investi  et investigué dans ce monde et ce vécu. L’occidentalisation, la structuralité extrême ne se fonde que sur le constatable et il faut être absurde pour ne pas observer que nous sommes en décalage par rapport à quoi que ce soit du monde et de nous-même. Et que c’est ce décalage qui compte, qui engendre, autorise, ouvre (qu’il y ait un « monde », un « corps », une « vie »). On ne pourra pas coïncider avec ceci ou cela que l’on est ; il faut donc penser cette distance même comme super fondamentale et qui évidemment cause des effets (l’humain, le moi, le bonheur, ce que l’on voudra), en prenant garde de ne pas confondre les effets et la structure de ces effets. Personne n’a dit que ce serait facile.  

Or donc l’atteinte selon la surface du miroir, qui est inaccessible, est la ligne de fracture elle-même ; ce qui veut dire que le présent est déjà lui-même une (infinie) distance et que l’arc de conscience redouble cette distance ; ça n’est pas que l’être se briserait par le présent c’est que le présent est l’origine de tout ce qui est et qu’il garde sa prééminence ; que le sujet de la réalité est le présent, que donc la réalité est dans l’enveloppe qu’est le présent et qu’ainsi toutes les réalités manifestent cette distance même (c’est ce par quoi il est une réalité, qui autrement ne serait pas) ; et qui plus, et c’est le sens du sur-divin, ce qui viendra, dans le réel, dans la réalité, se crée de cette distance même et s’existera en plus ; ce qui viendra n’est pas encore là ; et en ce surplus le sur-divin sera lui-même pluriel et non pas unificateur. Le sens de ce qui est n’est pas de se réconcilier ou de s’unifier mais de produire en plus et plus grand que soi ; sa loi n’est pas l’unification mais la possibilité, le créé ; et il n’y aura pas qu’un seul créé. C’est bien par là que le Un prolifère. La destination du réel est de s’ajouter à lui-même et donc il ne sait pas « où » il va.

Et de même qu’il est une réalité intégralement créée d’altérité, de même le possible, la possibilité est une pluralité de réels ; une catégorie en elle-même, le sur-divin (et ce sans se poser la question d’un éventuel dieu unique créateur de tout et finalité potentielle des sur-divins (le sur-divin est opératoire ici même, ici bas) mais on ne désespère pas de jeter un coup d’œil dans cette direction, quitte à remodeler ce que par « dieu » on pourrait entendre).

Si cela vient en plus, c’est que le réel est plus grand que lui-même et que son processus est de s’ajouter ; il redouble en interne (et l’externe, la réalité est elle-même l’interne de l’exister ; en bref il n’y a pas d’intériorité, mais dans l’externe structurel des boucles d’externalisations ; externes dans l’externe de la réalité ; un surnuméraire, des possibilités dans la possibilité).

Il y en aura plusieurs, plusieurs absolus étant entendu que l’absolument est formel et se permet ainsi des possibilités en interne. C’est bien en ceci que le sur-divin est opératoire ; non seulement on peut alors penser qu’il y eut Rimbaud ou Artaud, Joyce ou Céline, mais surtout il permet, ce concept, de visualiser qu’il y aura plusieurs sortes de sur-divin. Que la nature même du sur-divin implique et ouvre sa propre profusion. Rappelons que l’on ignore totalement où cela mène ; il ne s’agit pas de parier sur ceci ou cela (par ex on ne sait pas si il est un dieu créateur de tout et vers qui tout retournera ou vers lequel tout est attiré, ni si dans l’hypothèse du surdivin il est un potentiel divin unique et qui « centraliserait » les surdivinités) ; il est seulement question d’analyser strictement le donné tel que là ; la pensée n’est pas de cibler l’être, mais de se servir de l’être pour explorer le bord du monde, admis en ce cas comme intentionnalisations (idées et systèmes), tandis que par Descartes le même Bord sera saisi comme réflexion sur cet-être-ci qui n’est pas un être mais une activité (le sujet) et que plus tard ce sera le réel comme Altérité (de Nietzsche à Lacan).      

Rappelons derechef que le surdivin est le dieu en plus, le dieu qui n’est pas, ou donc celui qui se crée à partir de sa propre volonté ou plus profondément de son intentionnalisation. Si dieu existe il est dans sa nature d’être ce qu’il est, tandis que le surdivin s’exécute de sa propre générosité, comme disait Descartes, de la volonté de volonté comme disait Nietzsche ; de se produire en plus de la réalité, du monde, du corps ; se-produire au sens de fabriquer et de se-produire au sens de survenir ; il dépend d’eux-mêmes, de leur volonté, de leur intention d’exister ou non que ceci paraisse. De tirer du présent le Possibilité de structure. C’est bien en cela que Rimbaud dépend intégralement de sa préséance, de sa suréminence et irremplaçable, unique, fondamentalement singulière en tant que dans cette singularité Rimbaud totalise l’ensemble du passé et du futur aussi loin que son effort puisse porter, et ce faisant il le crée. Il crée cet avenir et ce passé : sans ce point de singularité un pan du possible et de la mémorisation s’efface, n’existe pas, et on peut dire que la Possibilité, sur cette version acquise, serait annulée ; la réalité dépend du réel, de la structure ; sans la structure toute réalité s’effondre et se désagrège. De même d’un seul vécu, d’une seule vie, qui sans son intentionnalisation, qui se désagrègerait de continuer d’espérer réaliser l’être imaginé, alors qu’il s’agit d’articuler le sujet qui Ex-siste.

De même qu'auparavant il n'existait que des groupes humains, un par un, Il n’est que des mois et rien d’autre, sauf la structure, le sujet. Lorsque le moi prend sur lui-même d’être un sujet, il crée ce qui n’est pas mais existe ; il admet hyper-objectivement la situation réelle de sujet à tel ou tel point du réel ; impossible de remplacer Rimbaud ou Baudelaire. Aucune infra-explication ne peut rendre compte de cet ancrage dans le réel pur et brut et les existentialistes analyseront les affects de la structure de conscience à vif. Rimbaud ou Nietzsche ou Descartes sont imprenables ; il n’y a pas plus d’universel en pensée qui chapeauterait la position des sujets (dont on a vu qu’ils relèvent de la catégorie du surdivin qui autorise une pluralité de singuliers) que d’universel en raison (qui ramènerait les positions à des compostions de déterminations psychologiques ou sociologiques), sinon de réduire et d’écraser le point acquis, et donc de se réduire soi-même ; on peut seulement tenter d’acquérir les points précédents, puis dédoubler, déplier, replier, ajouter un nouveau point, plus ou moins égal dans le degré de structure.

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