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instants philosophie

Insatisfaction structurelle

10 Février 2018, 09:12am

Publié par pascal doyelle

Si l’on s’engage à dresser le procès intégral du capitalisme, cad à la base du libéralisme, on ne s’en sort pas, mais alors pas du tout. Parce que de révolution il n’y en a qu’une et elle comporte une potentielle infinité de variations mais en elle-même est une et indivisible ; idéalement sans doute, mais la démocratie libérale est une idéation et c’est pour cela qu’elle rend possible une multi-variété de possibilités dans le monde ; elle se tient hors du monde et crée des réalités, des réalisations ; communiste en universalisant l’Etat et la définition de l’homme comme besoins, ou libérale en admettant l’humain comme désirs et dans les deux cas comme « nature humaine » susceptible étant « du monde » de définition(s) certes mais aussi comme satisfactions ; réglée par le communisme, proliférant par le libéralisme.

Du reste si on oppose deux blocs on s’encastre dans l’idéologie et donc hors sol ; d’autant que remplacer ce monde par un autre imaginé ne mène à rien (sinon à une opposition vaine et réactionnelle) et qu’enfin en s’opposant on ne peut plus réformer, réguler la réalité telle quelle (on tombe déjà dans les « idées » et les images) ; on propose d’autres fondements, idéés, et on se dispense de créer les lois et les cadres qui permettraient réellement de contraindre ou favoriser la réalité. On se condamne à l’impuissance, voire à la pose, la belle âme ou la réactionnaire.  

Il est clair que le communisme n’a pas tenu le coup puisque la règle universelle du besoin (la définition générique de l’humain) ne peut pas assumer la réalité, indéfiniment complexe et proliférant, secouée par les coupures de chaque un : il est impliqué que chacun soit sa propre loi ; sous condition de ne pas nuire etc, reste à fixer ce que « nuire » signifie, ce que le libéralisme capitaliste et « mental », comportemental, eut énormément de difficulté à reconnaitre ; il ne veut pas soumettre la liberté à l’égalité, alors que la liberté sans la tension de l’égalité ou inversement est une absurdité, un affaissement, une retombée dans le monde de l’intérêt limité et pauvre ou de l’universel abstrait et dictatorial pour l’égalité (l’assujettissement à l’universel abstrait du besoin ou, au choix, l’indéfinité plus réjouissante des désirs, de soi, des autres, du sexe, des objets, etc).

D'une manière générale et pour rappel, suite à l'humanisation universelle de la révolution, il y eut personnalisation et on doit donc lire la suite comme la perception de "soi", du moi par lui-même, en tant que la structure de réflexion ne se veut plus seulement collective mais individuelle ; de là cette profusion d'objets, de signes, d'images, des mass puis micro médias (internet par ex) ; la structure déployée individuellement absorbe et dévore indéfiniment la réalité. Le jeu étant de passer de la médiatisation (représentation) à la médiation (re-présentation), de l'image reçue extérieurement à l'intégration de sa propre image et donc de se perfectionner selon et par la liberté de chaqu'un. 

Sans compter que liberté sans égalité ça ne peut pas et ne sera pas fraternité ; ce qui veut dire que non pas que l’on en juge par les sentiments ou l’empathie, mais cela imprime une torsion des finalités ; la « fraternité » ça n’est pas un idéalisme mais une stratégie qui permet de réguler et cette régulation n’est pas un durcissement moral mais un partage, ce qui veut dire une richesse ; autrement dit en oubliant l’égalité on distancie la fraternité et on peut alors troquer une richesse véritable pour une richesse facile et immédiate, et immédiate veut dire : qui disparait. Immédiate, qui lorsqu’elle tombe dans le monde, n’étant plus relevée par la finalité, fraternité, et oubliant l’égalité, pour la seule liberté, disparait, comme tout ce qui tombe dans le monde. Et elle n’est pas relevée parce qu’absorbée par la non-fraternité et elle ne dispose plus alors d’aucun autre possible qu’elle-même, cette pauvre richesse ; alors évidemment lorsqu’elle vous arrive dans les mains, vous êtes très content, mais cette facilité même est trompeuse et erronée. Et tout l’ensemble du mouvement séparateur laisse accroire que l’on peut simplifier la réalité et supprimer la fraternité et puis l’égalité et enfin il ne restera que le squelette de la liberté, emplie de tourments et hors du définissable, inaccessible à la stratégie et tournant en rond en quête de sa jouissance infinie, sa plénitude ; ce qui est l’enfer, délicat sans doute mais horrible.

Or si le libéralisme et sa version capitaliste voire capitalistique (en gros la financiarisation qui s’est imposée afin que le développement passe outre les Etats, les nations, les peuples et puisse coloniser toute la planète ; une telle quantité d’investissements était requise que seule la création ex nihilo de l’argent le rendait possible) si le développement reste possible et ce infiniment dans un monde aux ressources infinies (ce libéralisme est au moins possible et pourquoi pas souhaitable), par contre dans un monde aux ressources contraintes il est fort possible qu’une variante « communiste » devienne impérative ; si les richesses s’épuisent, il faudra rationner. Mais il ne faut pas rêver (si l’on peut dire). On peut tout à fait imaginer un communisme pour les pauvres, contraint et forcé, et un libéralisme pour les puissants. C’est probablement ce qui nous guette, c’est même ce qui est en cours. Lorsque la richesse est disponible, chacun peut librement organiser plus ou moins comme il veut et l’imagine ; contraint, la règle lui deviendra extérieure et pas naturelle du tout.

Idéologiquement, il est évident que la suite de l’homme naturel qui peut réaliser ses désirs (si nous sommes « naturellement » ce que nous sommes, cela trouvera dans la réalité sa satisfaction) produit en partie une vie réalisée, mais aussi une vie fantasmée et comme telle on tiendra, collera à son fantasme, à son image, en vérité plus qu’à sa propre vie … et plus qu’à sa propre survie elle-même ; parce que le fantasme plonge très loin dans l’irréalité, par définition, et peut tout à fait négliger la réalité même ; tout comme l’addiction détruit le corps par épuisement, lent ou violent. Aux satisfactions on a substitué déjà une imagination qui posséderait en elle-même la plénitude, le bonheur serait dû et pour ainsi dire chacun destiné à sa fatalité de bonheur ; ce qui est absolument faux (et nombre de mois ne s’en remettent jamais). Mais notre être n’est pas un être ; il est une structure et celle-ci est mouvement dans le mouvement du présent et ne peut en aucune partie du monde se satisfaire. Le présent ne s’arrête jamais à quelque réalisation que ce soit.

Idéologie du 18éme et depuis lors

Les accroches intérieures de l’image de nous-mêmes comme désirant, nous tire vers l’intériorité mais non pas élaborée par idéalisation, sublimation, élévation mais par accroche-au-corps, aux bienfaits, pour débuter, mais ensuite comme absorption dans les satisfactions et comme obnubilation d’une satisfaction rêvée ; parce que la naturalité 18émiste du corps (impliquée par le libéralisme et la frustration imposée par le communisme du reste) installe le corps comme juge et mesure de la satisfaction.

C’est bien en cela que les diverses réactions, les visions réactionnaires  crachent sur ce monde (et toutes les libertés, en particulier sexuelles), c’est parce qu’elles perçoivent que l’attachement à la vie, au vécu s’effectue non par sublimation et élévation mais par faiblesse et machinerie désirante mortelle, pour l’esprit et pour le corps.

Et si le corps est au fondement de la réalité fantasmée cela veut dire que toutes vos intentionnalités, vos intentions, se prétendraient-elles idéales, sont en réalité pliées vers le bas ; elles usent d’une idéalisation selon le monde, mais non pas de l’idéel, autrefois grecque ou classique ; le corps se jouera de vous, parce que tout naturellement, de par le fait, ce qui se tient du corps retourne au monde et tombe dans le monde et que tout ce qui est du monde disparait. Et la bigarrure du monde, les milles couleurs du vécu s’imposent comme déjà vraies, alors qu’elle est juste une parade, une monstration non pas mauvaise en soi (comme le jugent les réactions) mais limitée et affaiblissante. La poésie nian-nian n’est pas la poétique réelle qui eut lieu ; les mois ont créé leur monde des mois, caricatural et souvent ridicule. On peut aimer le monde (et la vie) mais n’aimer que le monde c’est d’une part se limiter mais aussi à terme supprimer le monde ; la passion naturaliste ou humaniste ou personnaliste pour le donné, sa densité, se focalise tout uniment, alors que tout cela n’apparait que par une structure séparée et autre. La logique du bonheur et du personnalisme généralisé a annulé une telle distance et ne comprend absolument qu’il ne soit pas « heureux » puisque cela lui est du si naturellement.

Et lorsque manque cette altérité, tout semble plaqué et étal, allongé et effiloché ; menant une simplification imbuvable. Alors que le réel, lui, structure les réalités, de par son altérité, et que faire l’impasse sur le réel et l’altérité ça nous manquera très durement, aussi bien en chaque moi-même que collectivement. On ne supportera plus que le fantasme, lequel ne dure pas (il est du monde) et augmente continuellement ses doses de réalités.    

On comprendra cependant « régulation par l’altérité » non seulement comme kantienne (ou selon dieu ou selon la pensée ou selon le sujet) mais aussi bien nietzschéenne, heideggérienne, sartrienne et lacanienne ; c’est le but, la finalité que ce retournement. L’ontos cartésien (ou plotinien ou christique, etc) est l’Exigence et non pas la facilité ; c’est le fantasmé qui est facilités. La réalité par suppression du réel.

De sorte qu’effectivement lorsque l’on fonde l’activité sur le corps, on permet que les humains souffrent moins, mais en même temps si l’on tombe dans la facilité du corps il se reproduit, il se déroule, indéfiniment en recherche de la satisfaction, qui, comme elle ne vient jamais, se multiplie en quantité de petites finalités et négligeant toute finalité stratégique et se contentant de tactiques à courtes vues. Ce qui parait à tout le monde sensé puisque l’on en juge selon le corps (et l’idéologie absolue du corps qu’est l’économisme) et que vraiment si l’idéel et l’altérité sont perdus de vue, par contre les satisfactions, acquises et réalisées, se perçoivent très bien et ont effets. Ont effets et donc dans le monde disparaissent (de sorte que les mois sont sous l’empire de la mort, leur angoisse irrépressible et la dissolution des objets de leurs désirs, de leurs rêves, ou images d’eux-mêmes ; pas suffisamment architecturés, sans colonne vertébrale interne, ayant répudié l’altérité).

En ce sens on a eut raison de privilégier les satisfactions à l’idéel, ou plutôt au structurel,  mais en fait, dans le fait brut du résultat c’était une version simplifiée et simpliste (de là que nos images vécues, et qu’elles soient société spectaculaire, paraissent réellement basses et pauvres et mensongères, bien qu’elles manifestent une réalisation et qu'elles demeurent aussi représentation de rapports sociaux, comme disait Debord, sauf que ça ne se dérivait pas seulement du capitalisme, mais d'un processus d'historisation générale) ; la simplification affectait tout aussi bien le libéralisme capitaliste et le communisme ; une version simplette de la réalité ; de même que de choisir la liberté plutôt que l’égalité ou vice versa.

Et c’est bien en ceci que le degré de satisfaction se situant de et par le corps, ce niveau s’affaisse et finit par ne plus ressembler à rien du tout ; c’est que dans le monde, les déterminations et les tactiques il n’est aucune mesure ; c’est juste un être là immédiat qui ne dispose d’aucun niveau de sélection interne ; l’activité de conscience s’est confiée, pieds et poings liés, au corps immédiat, mais immédiat supposément, comme si il était naturel (et donc de fait justifié), alors que c’est un corps fantasmé ; c’est bien le glissement d’un corps immédiat (littéralement impossible et jamais authentique) à un corps en réalité non immédiat et reconstitué et fallacieux dans sa structure même ; de là qu’ils, les mois, se perdent dans leurs fantasmagories qui n’ont pas de fin, qui sont littéralement infernales, l’enfer est par nature sans bornes, et les mois croient qu’il s’agit là de l’infini sous la logique, de fait cartésienne mais bifurquée, de leur infinie liberté, laquelle est déstructurée.

Remarquons que le simplisme ne signifie pas une moindre complication, mais une moindre « complexité » ou plus exactement une moindre réflexion, un moindre rapport, cousu de petitesse et de fil blanc ; les coutures se voient et veulent à toute force paraitre naturelles ou légitimes ou destinales ; parce que de se formuler selon le monde, du besoin-égalité ou des désirs-liberté, on s’engage indéfiniment dans l’indéfinition du monde, des choses, des mois ou des dictatures (les désirs n’en finissent pas et les dictatures non plus). Et c’est très compliqué. Mais pas complexe, pas réfléchi ; ça réfléchit petitement quantité de tactiques invraisemblables. Tandis que stratégie à l’inverse requiert un énorme effort intellectif (et plus que cela comme on verra) mais en un sens simplifie le réel (annulera la complication par une organisation plus structurelle et qui écarte l’indéfinition du monde) ; si par la révolution chacun est juge de soi-même, ça simplifie (de même que le dieu un unique et jaloux simplifie radicalement les dieux et toute la débauche de représentations compliquées ; de même que le christique réinstalle un degré en plus d’évidence qui annule la loi stricte par la foi infinie ici même dans un corps, cad dans chaque corps : ça réinstalle une autre logique). Ça simplifie et ça relance l’humanisation considérablement (en fait infiniment ; ce qui touche à la structure recrée le monde, le donné, le vécu, le corps, puisque tout cela est repris d’un point plus antérieur ; que l'on ne dise pas que cela ne se peut, c'est ce qui eut lieu effectivement cent fois, c'est l'historicité même de l'occidentalisation).

D’être descendu à ce point dans les satisfactions (dont La Satisfaction, ou le Bonheur, est un pur fantasme ontologisé) et d’admettre qu’il n’y eut qu’une seule révolution (dont toutes les autres sont des variantes et dont les réelles sont des variations en nombre indéfini), c’est supposé ou accepter que la réalité est telle qu’elle est ; que le libéralisme (qui s’est cristallisé dans le capitalisme ou la révolution universelle fixée dans le communisme) permet de déplacer le débat.

En bref : on a pu récupérer l’énergie suffisante et la technologie pour réaliser le monde tel qu’on désirait, mais une fois acquis on ne sait plus du tout quoi en faire. Il faut prendre la "fin de l’histoire" au sérieux ; mais en ceci qu’il nous est apparemment impossible de penser, d’imaginer, de projeter, de créer ou reconnaitre les finalités « supérieures » … On n’a jamais eu la capacité mentale de gérer tout ce débordement d’énergie et encore moins l’intelligence et la réflexion en mesure d’assigner à des fins réelles cette puissance. Et que pour nous « réel » ne signifiait que « monde et corps ».

Alors pour se donner le change on a continué de désirer, tout et n’importe quoi. On a rêvé de se libérer de ceci et de cela (ce qui est souhaitable), imaginant à chaque fois que ce serait la révélation de notre vraie nature , ce qui est faux, parce que le problème est que de nature on n’en a pas ; la volonté, l’intentionnalité sont notre « nature » et donc pas une nature du tout. Et intentionnalité qui était sinon signifiée du moins approchée par dieu, la pensée, le christique, le sujet, et ensuite relancée par Nietzsche, Heidegger, Sartre et Lacan (et Rimbadu, et esthétiques, et éthiques, etc). Mais ce ne sont que des proximités, et non le cœur du rapport, du rapport qu’est chaque arc de conscience et qu’est le présent, qu’ils ex-sistent. Et c’est cette possibilité là qui nous manque ; que l’on n’imagine absolument pas.  Pour emplir ce que « intentionnalité » signifie il faut réfléchir et mener une et des stratégies énormes, réflexives et non pas croire que l’immédiateté du corps ou du monde soit le sens de la vie, puisque le présent nie que tel soit le cas !

Le bonheur oui, mais pour avancer plus loin, vers quelque chose de plus intéressant, pas pour le consommer (puisqu’en définitive il n’échappera à personne que le bonheur aboutit à une absorption et non un rehaussement vers le réel),  puisqu’il ne signifie rien en lui-même pour la structure de l’arc qui revient sans cesse, en plus du bonheur et le délégitime de fait, mais pour cela il faut admettre que notre être, comme structure, ne s’adresse à rien qui soit dans le monde. Ce que le moi, l’humanisation, le rationalisme, la naturalité, l’étatisme et les sciences et même l’historicité ne peuvent pas entendre du tout. Et donc la structure réelle leur restera inaccessible.

Remonter dans la structure du présent et de l'arc, c’est considérer que chaque arc est infiniment proche du réel puisque le réel est le présent, le Bord du monde et le Bord du corps, le Bord devant s’entendre comme le mouvement même ; c’est bien pour cela qu’il est Bord, non de clore mais de maintenir ouvert et structurellement ouvert ; ça n’est pas un quelque chose qui serait, secondement, ouvert, c’est l’ouvert et le mouvement qui produisent tout quelque chose et c’est dans le mouvement même que l’on se tient, et duquel on tient notre ex-sister ; le mouvement est la structure-même antérieure à tout ; du corps restructuré par l’arc (et dont le moi mais aussi le conscient classique sont des replis seconds, des plis et replis de ce Bord). Et c’est bien pour et par ce mouvement que dieu, la pensée, le sujet, la révolution et donc l’humanisation puis le moi prennent leur appui, antérieurement à tout.

C’est parce que nous nous tenons antérieurement à tout que l’on est ni du monde, ni du corps, du donné ou du vécu, et que l’on est capable de bouleverser la totalité de toutes les déterminations (c’est un fait planétaire, mais qui toujours eut lieu, sinon que depuis la méditerranée ou la renaissance, on a pris d’encore plus avant cette antériorité et remué encore plus de déterminations). Dans l’antériorité cela veut dire éprouvant la puissance de la structure préalable à tout monde et tout vécu. Et la philosophie, les esthétiques (les vraies non les facilités du monde des mois), les poétiques, les politiques et les éthiques, et autrefois les religions,  exigeaient de re-venir selon le Bord interne à toutes les réalités jetées dans l’externe, le moi compris, exigeaient et introduisent à ce Point (par lequel apparaissent les philosophies, les esthétiques, les éthiques, les religions de structure, la révolution, la liberté de chaque'un).  Idées, systèmes et être, dieu, loi, christique et sujet, altérité et étrangeté et structure intentionnalisatrice de notre être, tout cela sont des accélérateurs structurels de l’arc de conscience.

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