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instants philosophie

Vu du réel

24 Mars 2018, 12:52pm

Publié par pascal doyelle

Des mondes particuliers, un par un, séparés, ayant inventé le langage et la représentation, la parole et les échanges, et globalement la mise en forme culturelle du monde, territorialisé, mythologisé.

Mises en forme culturelles qui seront outrepassées par la méditerranée, et son acculturation, sa ré-anthropologisation. La structure qui crée et élabore les contenus. 

Découverte que nous produisons les représentations, nécessité de penser cette capacité de création de contenus ; délimitation de cette capacité par dieu, la pensée, le sujet et enfin l’altérité.

Dieu et la pensée confluent dans le sujet, soit donc le christique (qui reprend intégralement toute la pensée grecque) ; puisqu’il n’existe plus de monde particulier, chacun se retrouve tel un corps (le christique) à la surface du monde (les grecs). Il n’est plus de mondes différents, et donc il n’est plus qu’un seul monde unique universel. Le corps n’appartient plus à une communauté mais est « à lui-même », ni homme ni femme, ni libre ni esclave, ni riche ni pauvre ; cela abat la totalité des catégories qui organisaient totalement l’ensemble de toutes les sociétés humaines ; il n’est plus que des individus à la surface du monde, soit donc des sujets sur l’étendue du donné (le tout commençant d’être décrit par Descartes, qui se continuera par Kant, Hegel, Husserl, Sartre et Lacan, entre mille autres versions et approfondissements, dont aucune ne doit, peut être exclus ou ignorée).

Les mondes particuliers créaient des synthèses du donné (et inventaient le langage, la représentation et ses symbolismes et la parole, etc) supposant (tout à fait logiquement en somme) qu’il y ait une unité de la représentation et du monde (on est maya parce que l’on nait maya, sinon on n’y comprend rien, et on n’y comprend rien dans son corps même, son regard, sa perception, etc),

Par contre on s’aperçoit autour de la méditerranée qu’il y a production de représentations ; et donc il faut prendre en compte et non plus seulement décrire ou représenter ou synthétiser le monde, la communauté, son symbolisme, il faut prendre en compte « cela » qui crée. Dieu, pensée ou sujet (christique d’abord cartésien ensuite) sont les manières de commencer de définir « cela » qui crée. Notons bien qu’il se peut que cela soit dieu ou encore la pensée, le logos, on ne sait pas. Par contre on est certain qu’il s’agisse de toute manière du sujet ; parce que le sujet existe ici et c’est cela que signifie et que signe Descartes ; ça n’est pas, pour nous ici bas, ailleurs que cela se produit d’abord, c’est ici qu’il existe une articulation.

C’est ce qu’opère Descartes ; non pas la fondation d’une vérité, d’un système, mais le retour sur cet-être disposé là sur la surface du monde et conséquemment il dé-couvre l’étendue : que tout-est-là, excepté l’articulation même qu’il réserve à dieu, mais à dieu en tant que notre-être est, potentiellement, sa trace ici-bas, ici même, ici et maintenant, trace du temps cartésien ; et que donc cette logique, cette articulation est ici-même observable ; et si elle existe-ici c’est précisément de l’analyser qui comptera. C’est donc la réflexivité qui non pas réfléchit sur un système, mais qui fait-retour, réfléchit, sur cet-être ici-même. Qui fait retour-sur et re-tour, nouveau tour, amplification soudaine du rayon de l’attention.

Kant augmentera le rayon de la réflexivité ; il détourera tout le donné sur-pris dans la structure transcendantale et Hegel dressera tout le panorama des deux phénoménologies ; phénoménologie de l’historicité de la négativité, de la conscience active, et phénoménologie du savoir (comment toutes les idées, les intentionnalisations nous viennent, à partir du point unique de l’esprit, lequel est littéralement vide sinon, sauf qu’il est empli de toutes ses possibilités actualisées au fur et à mesure).

Tout est ainsi retiré ; il ne reste rien, tout est dit des intentionnalisations qui eurent lieu ; reste donc à observer et analyser cette structure (le sujet cartésien, le sujet transcendantal, la négativité hégélienne) et insister sur sa volition tout à fait spécifique ; à savoir que ce ne sont pas les contenus qui créent les arcs de conscience, mais c’est l‘intentionnalité de cette structure qui engendre les idées, les images, les systèmes, les perceptions, etc.

Sauf qu’il reviendra à Sartre de séparer tout à fait et structurellement cette structure ; non tant de définir cette séparation que de montrer comme elle existe séparément (on verra pourquoi) ; l’intentionnalité n’est pas attachée à des contenus (ce qui finissait par tomber dans l’idéalité, l’idéalisme, ou présupposait l'idéalisme ou la finalité sensée, significative, en somme l'unité des réalités ou l'unification à venir) mais cette structure est attachée au corps, à l'individuel vivant ; à la structure de ce drôle de sujet dans le monde, parmi les autres, dans l'histoire, et du moi tel que disposée lui-même dans le donné-là et non pas relevant d'une intériorité ; que l’intentionnalité puisse intentionnaliser tout, potentiellement, partout, constamment et n’importe comment. Qu’elle ne soit pas du tout assignée à la raison, au beau, à la justice ou morale ; ce contre quoi bataillaient Nietzsche et Heidegger, qui voyaient bien l’excès du réel sur les régulations habituelles classiques, sur la réalité elle-même et que l'unité était ailleurs que dans le donné. Élévations classiques qui s’utilisaient pour augmenter (grecs) ou accélérer (christique) l’intentionnalité, la motiver, la mobiliser et que l’on puisse élaborer des systèmes intentionnalisateurs, ou un sujet christique organisé  ; seul ce qui est ordonné, organisé peut correspondre à notre intentionnalité, qui sinon d’éléments décousus ne sait rien faire, elle se perd ; le système, la systématique fut utilisée afin que l’intentionnalisation devienne notre capacité même.

Hors morale et hors raison et hors tout, et qu’elle soit instanciée en et comme corps ; pour les français rien ne remplace les corps, il n’y a pas de puissance ou de vérité en plus des corps, individuels, un par un ; c’est moi que je peins (Montaigne), je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple (Rousseau) ; je est un autre ; le vécu est insensément éprouvé, mais ne tombe pas dans le mystique ou la grandiloquence.

Et c’est bien ce qui distinguera qu’il n’y ait pas d’affects absolus pour Sartre ou Lacan (tel l’Etre heideggérien) ou de surpuissance (Nietzsche), en sorte que l’intentionnalisation, ce processus, ce procédé (inventé par un corps mais qui est reçu par ce corps comme une externalité et qui créera sur ce corps donné une autre-surface du corps, recevant les signes, non seulement le langage mais tout l’ensemble de la signifiance) en sorte que l‘intentionnalisation ne cherche jamais à remplacer sa forme par quelque contenu que ce soit (qui de toute façon serait faux ; de même que les idéalistes allemands s’acharnèrent à dénouer le sujet, vide, cartésien et crurent possible de substituer à la structure, au vif et en acte chez Descartes qui se désigne mais ne se nomme pas, une sorte de super-idée, qui permettrait de réintroduire dans le discours (un super-discours ; seul Hegel y parviendra, on a vu comment ; en ne supposant rien de l’esprit, seulement la reconduction de tout ce qu’il avait intentionnalisé, c’est bien pour cela que Hegel « invente » la phénoménologie : le rien de l’esprit est structurel, la totalité est l’externe plein à partir de cet interne vide), les idéalistes tentèrent de réintroduire la structure comme si elle était un mot ou une idée ; or elle n’est pas une idée (et on ne réalise pas le logos mais « cela » qui crée la pensée ou plus tard la raison).   

L’acceptation que la structure existe avant tout et que ce soit évidemment elle qui prédomine après tout, ne peut s’effectuer que si on parvient à définir ce que l’acte institue et comme il s’agit de l’acte même du réel, ce qu’il instancie. Et cet acte est d’une part l’arc de conscience (qui dispose de toute intentionnalisation, quelle que soit ses contenus, perceptions, idées, images, etc) et d’autre part le présent ; l’exister de tout ce qui est, est structurel, formel. Et cette forme accompagne toujours n’importe quelle part de la réalité, et de fait cette forme précède toutes les réalités ; aucune n’existe sans le présent, l’exister pur.

Ce qui revient à dire que certes on se représente, on use du langage, on est informé par des échanges, on est soutenu ou écrasé d’un vécu, d’un passé, d’un imaginaire, mais là au-devant existe le monde, la réalité et l’accès à la réalité est tendu par le point-de-réel qui vous divise, qui vous décentre. C’est pour cela que l’on n’est jamais « soi-même », l’identité est toujours une dynamique et non un  être, bien que le désir s’alimente toujours d’une complétude, qui n’existe pas, qui croit qu’elle est ou peut être, alors que notre « identité » étant structurelle est mouvement et possibilité, et donc pas une identité du tout ; toute la technologie, mentale, grecque, christique, sujet, altérité (y compris Nietzsche et Heidegger, bien que l’on voit comme ces deux là tendent à s’illusionner) consiste à organiser le mouvement, structurer la forme arc-de-conscience qui est un arc ouvert, une boucle sur la surface du réel, qui lui-même est une telle boucle ou vague gigantesque.

de la non relativité

C’est bien une vision restrictive du moi, installée à la suite du 18éme, que de croire que son être demeurera tel quel, intouchable, intouché, alors qu’il n’est qu’une formation concrète, certes et absolument essentielle, mais relative et relative non pas à un splittage (genre marxiste, structuraliste, scientiste, objectiviste, voire étatiste, cad vu de l’extérieur, observé d’un entomologiste) mais relative au sujet, à la structure décrite par Descartes (qui décrit seulement un être spécifique, pas un « être » donc, et en partie donc accélère son élaboration mais ne le crée pas, comme si cette structure (en dur) était une « idée » (malléable et idéologique ; c’est un Réel cette structure, pas une image molle). Et ce sujet est l’aboutissement de la réflexivité grecque et christique ; la fondation qui se retourne vers elle-même et se considère (afin de reconnaitre et connaitre « cela » qui crée des contenus, des dieux, du langage, de l’échange, puis dieu, et ensuite le monde et le corps) ; tout ce qui suivra analysera la structure en mouvement.

Non seulement Husserl, Sartre, Lacan, mais aussi Nietzsche et Heidegger (en sublimant et sans doute imaginairement) mais aussi les interprétations de science et de tentatives d’objectivité (langage, symbolique et anthropologie, bio et technologie etc) ; l’objectivité selon le monde et les choses est elle-même une pensée de l’altérité ; elle trempe notre être dans ses conditionnements et ses causalités.

Ce qu’il faut nier c’est seulement que ces descriptions de compositions, de déterminations de notre être (qui sont efficaces, c’est évident) ne peuvent pas emplir tout le champ ; le champ dans lequel sont les choses et les causes, la réalité donc, est plus grand, ontologiquement, et ce champ se nomme le réel et réclame un savoir valant en lui-même et autonome et autogéré ; pour la raison que ce savoir renvoie à l’appréciation et l’intégration en-conscience de chaque’un (et on n’y vient pas sans se modifier, modifier l’acte même qui préside à tout ; l’attention-à ; la conversion, qui consiste à ne plus considérer comme « naturel » ou authentique notre être et entrer dans l’élaboration intentionnelle).  

Ça n’est pas la pensée qui veut réduire la science (ce serait absurde) c’est la pensée qui insiste et affirme que le domaine du réel est plus grand que les réalités qu’il contient, puisqu’il n’est que des réalités et non pas une seule, et que la philosophie voulut un temps réunir toutes les réalités en une seule, ce fut toujours sous le regard du réel (l’être, dieu, le sujet, telle altérité, la Volonté par ex) elle fut en vérité constamment le savoir de la structure du réel et non de tel ou telle connaissance en particulier (une connaissance est toujours de son objet, particulier). Dire que ce dépliement de réflexivité est un échec ce serait comme d’affirmer que la révolution ou les droits de l’homme ne se réalisèrent pas ; c’est absurde et la révolution (liberté-égalité) est le fondement même ce qui humainement existe (la révolution ne solutionne pas tout, mais sans la révolution rien ne l’est). Pareillement la philosophie ; c’est uniquement en rétrogradant sur une attitude seconde (moraliste, scientiste, idéologique, intuitionnelle et déterminée, etc) que l’on croit détenir quelque chose du monde ; on ne vient pas du monde, on existe sur le Bord du monde (qui est également le Bout du corps, le Bout du Bord ou le Bord du Bout comme on veut).

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