Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
instants philosophie

La réalité suspendue

18 Avril 2018, 14:34pm

Publié par pascal doyelle

On a donc défini l’entreprise occidentale comme interface entre la réalité et le réel. Non pas que l’occidentalisation puisse définir la réalité, dieu, le divin, l’absolu, tout ce que l’on voudra du même genre, mais bien que l’occidentalisation est l’interface qui se glisse ici même, ici et maintenant, ici bas, dans le donné, afin d’observer comment cela existe ; observer, analyser et construire cette interface. Ça n’est pas que l’occidentalisation tienne cette articulation, comme lui appartenant, c’est que l’occidentalisation ne se définit que par là ; de l’observation de l’articulation elle dépend.  

C’est cette interface pensée/monde, conscience/intentionnalités, forme/contenus, réel/réalité qui est activée et mise en œuvre. Ensuite on croit à l’absolu que l’on veut, peu importe.

Enfin peu n’importe pas quand même… Parce que d’observer ce qui a lieu ici et maintenant, en tout ici et maintenant, crée une interface qui permet de penser, de distinguer dans l’articulation même et donc de supposer ou permettre de percevoir ce que, par ailleurs, on nomme divin, absolu ou réalité même ; le coin par lequel ça se distingue. Si le réel est distingué de la réalité, et la structure de cette articulation analysée, elle permet de jeter un œil vers l’éventuel ou supposé divin ou absolu ou réalité en-soi.

Que l’entreprise ainsi formée ait cru à dieu, la pensée, le christique, le sujet, l’altérité évidemment et on ne saurait prétendre à tort ; puisque l’on analyse un être qui est un structure et donc un mouvement, un rapport et que de fait on ignore, par hypothèse de travail (de 30 siècles), vers quoi se dirige ce mouvement ; non seulement de pourquoi notre être est non un être mais un ex-sister mais de ce que la réalité est un réel, le présent, qui va on ne sait où. Si tout est en mouvement, c’est vers quoi ?

Ce qui fut découvert, occidentalement, ne s’oppose nullement au divin ou à l’absolu, l’au-delà ou la réalité en-soi ; ce sont juste les prolégomènes, les conditions, l’exercice de notre être, de notre structure qui sont observés et décrits ; constatant une articulation, un hiatus, un décalage, ontologique, entre nous et la réalité, cela laisse la porte ouverte à toute croyance, mais en revanche permet de décrire cette articulation même, ce fracas, cette altérité qui nous origine.

On a dénivelé les conditions de l’articulation ; dieu, pensée, christique-sujet (Descartes clôt le christianisme et commence l’autre historicité : Kant, Hegel, Husserl), altérité (Nietzsche, Heidegger, Freud, Marx, les sciences et les causalités, etc), analyse (Sartre et Lacan).

Sans doute les systèmes de pensée n’occupent que les philosophes, mais ce qui s’impose partout et exemplairement puis unanimement c’est le sujet. Le sujet c’est ce à quoi se réfère la révolution, historique : on ne suppose pas que chacun ait la raison, le logos ou l’universel en partage, mais que chacun soit libre et que les libertés soient égales ; voilà ce qui structure universellement et non pas l’universel qui viendrait bâtir tout un chacun de l’extérieur. Le sujet est la structure même qui à la fois concentre et explose la pensée, qui n’était que seulement universelle, et ce par quoi le sujet n’est plus simplement le support conditionnel de l’universel mais existe en et par lui-même ; Kant et Hegel le reconnaissent très difficilement, mais qu’il y ait deux phénoménologies (de la conscience et du savoir absolu), il faut bien que celles-ci s’existent d’un sujet (le négatif et le dialectique), de même que Kant essaie, courageusement, tout en maintenant l’universel (sous la forme de la raison en plus de l’entendement), de supposer le dit sujet ; qui commence alors évidemment de n’être plus seulement subjectif. C’est effectivement, dans l’efficacité du kantisme, ce qui est ciblé. Les trois critiques amènent autant qu’elles le peuvent la montée du sujet comme structure.

Or cette structure n’est pas un coin planté dans l’universel, ni une hauteur dans l’humanisation, mais la racine, la source, l’origine, l’articulation a priori, cad antérieure, à tout ce qui est. Tout l’être, le monde, le donné, la perception, la détermination s’effectue dans et par non pas un sujet monolithique et substantiel, mais un sujet transcendantal et qui deviendra le sujet de la phénoménologie. Sauf que la phénoménologie suppose, sup-pose qu’il y aurait un contenu et tend à ramener l’intentionnalité dans le giron d’un savoir hypothétique ; sauf Sartre. Sartre abat d’un coup les cartes ; le sujet est dans un corps et est un faisceau dans un corps qui dès lors occupe la totalité du champ, du geste le plus immédiat, anodin, aux tactiques et stratégies les plus élevées ou lointaines. C’est une coupure tellement nette et insaisissable (puisqu’elle ouvre l’ensemble de toutes les intentionnalités du corps à la pensée, du particulier à l’universel), que c’est réellement Sartre qui a rendu impossible quelque retour en arrière que ce soit.

Aussi certains espérèrent-ils récupérer de leur pouvoir de penser (sans conscience, cad sans récupérer la position pourtant acquise d’un regard Autre sur tout ce qui est, et donc en prétendant que la réalité soit identifiable et non pas pur mouvement) en tirant la couverture heideggérienne, ou freudienne ou marxiste (du reste comme Sartre lui-même qui ne voyait pas du tout comment occuper l’horizon qui se dévoilait soudainement). La vérité est que la structure n’est pas acquise par hasard et que l’on puisse la renvoyer hors du champ ; elle est le champ lui-même (sur lequel tout apparait).

Le fait est donc que l’étendue du monde, de Descartes, est en parallèle de la structure du sujet ; si Hegel parcourt l’historicité et Kant le monde donné dans le « là » effarant du transcendantal, cela désigne, dessine le lieu lui-même de l’être, dont on voit bien qu’il n’est pas l’être, universel objet d’un discours qui serait la « philosophie ». Or on peut puiser sans hésitation dans cette philosophie parce que jamais l’être ne fut « l’être » figé et monolithique ; l’idée, l’être, le un sont des mouvements purs et bruts, et imposent une Possibilité absolue, ce qui veut dire non pas substantielle mais formelle et donc Autre ; autre que le donné, le monde, le corps, l’humain selon les groupes. C’est bien pour cela que les systèmes changent constamment.

Et que ça déborde. Ça déborde puisque ce qui est engagé, et dont la philosophie, seulement, se charge de représenter, c’est la racine ; la racine de la réalité humaine en tant qu’elle est articulée au réel même ; et le réel on a pu lui prêter diverses dénominations, croyant encore que l’on pourrait s'en saisir. Mais on en est saisi.

L’articulation, l’arc de conscience vers le réel, est saisie par le réel. C’est bien en cela que dieu, la pensée, le sujet et l’altérité manifestent un rien, une forme, un vide étourdissant et étincelant. Il est d’acier brut. Le présent est la lame coupante qui distingue. Il distingue et crée les mondes.

En venir au présent ça n’est pas écraser la réflexivité sur le sol, d’un simple donné là, c’est manifester que le réel est déjà en lui-même une hyper-méga articulation, absolument formelle (seul ce qui est formel est absolu et le présent est une forme, dont on ne sait en quelle dimension elle se loge). Le monde, tel que supposé ou la chose ou le donné déterminé, supposé et au fond imaginé, par le réalisme, rationalisme, naturalisme n’existe pas ; il est, mais il n’existe pas. Ce qui existe c'est le présent. L’exister est "avant tout" et donc encore et toujours "après tout"  ; tout est second, non pas secondaire, mais second par rapport à l’exister. Et on ne sait pas du tout « où » l’on existe. Inutile de se tromper et de mentir : le réel est cela même qui est en suspens. Et comme il est, lui, le réel, alors tout, absolument tout est formellement en suspension et Autre. C’est dans le temps de cette suspension que nous existons.

Commenter cet article