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instants philosophie

Plus sérieusement

2 Juin 2018, 08:39am

Publié par pascal doyelle

Beaucoup, tout à fait bien originellement intentionnés, ne comprennent pas ou malcomprennent les dérives et délires et aussi aperçus transcendants et parfois intuitions géniales et supra-naturelles qui eurent lieu depuis 2 siècles et s’égarant ils continuent de dresser les révoltes individuelles et parfois arbitraires contre la raison, le droit, l’universel, la vérité, l’humanisme, la liberté, la conscience et toutes ces vieilles lunes, sans lesquelles pourtant ils ne seraient pas, ne seraient pas du moindre petit bout de leurs personnes ou personnalisations. Parce que leur « personne » est une construction et qu’elle ne se serait pas produite sans une certaine historicité, à laquelle ils doivent tout, et sans laquelle ils sont perdus dans les limbes de la contradiction.

La contradiction qui au cœur de l’historicité prétend que de l’historicité il n’en est point, d'historicité, et que l’on invente toujours de nouvelles mises en œuvre si révolutionnaires alors que l’on creuse la même structure depuis 3000 ans.  Ils n’ont pas aboli la métaphysique et l’ontologique : ils ont voulu l’annuler, l’oublier, dans les marécages de la modernité et postmodernité, ou « post-vérité » (il n’y a qu’une sortie hors de la vérité ; le subjectivisme mais aussi la facilité ; on n’annule pas ce dont on fait la volonté). Le plus drôle est précisément que le présent est effectivement ce sur quoi toute la réalité se tient. Comme oubli de l’oubli de l’oubli on repassera. 

C’est l’articulation du présent absolu qui nous a donné ce monde ; comme le champ immédiat de nos ébats (désirants et technophiles). On n’a pas compris que le monde est seulement une occasion, une occasion en et par et pour une opération autrement redoutable et c’est cette opération qui était exposée par dieu, la pensée, le christique et le sujet, et ensuite l’altérité, sauf que dans l’altérité nous nous sommes pris les pieds dans le tapis. Cette altérité on commence de la percevoir à partir de Descartes ; si l’être est toute l’étendue du monde à quoi appartient le sujet ? Lui qui regarde, et donc n’est pas de ce monde. Et le monde n’est pas le monde et le point du regard se situe autrement. De situer cet ailleurs du Bord du monde et du corps, occupera tous et chacun.

A partir de Descartes quoi que l’on fasse on ne sortira plus du décalage ; Descartes a originé la pensée (et donc l’être tel qu’il se montrait en et par la pensée) dans une structure de sujet et ce sujet a déjà « remplacé » dieu (non qu’il s’y soit substitué mais bien que même dieu existant il y aura, quoi que l’on en dise, un tel « être » ici-même déjà tout à fait Autre et c’est non plus l’altérité et l’exigence de dieu qu’il faut interroger mais l’altérité et l’exigence de cette structure agissante et décalée et que l’exigence s’existe ici même est plus redoutable que tout divin (de là que l’on nomme le surdivin, qui est le dieu-en-plus, ce qui se signifie depuis le christique, mais la pensée grecque ne se désignait-elle pas comme divine ? ) Le sujet n’est plus seulement sous le regard de dieu, puisqu’il est devenu lui-même autre que lui-même, une intentionnalité, une ontologique intentionnalité. Ontologique puisque l’on ne peut plus faire que cet écart soit, ici même, le réel pur et brut.

Et cette malcompréhension de quelques-uns est d’autant plus absurde qu’ils se cherchent alors une identité qu’ils ne peuvent plus récupérer de l’historicité (qu’ils refusent) et ainsi se plaisent à s’imaginer sous des bigarrures qu’ils prennent pour de sublimes intuitions sauvages ou mysticologiques.

Parce que raisonnablement, très raisonnablement voire rationnellement ou logiquement, il est quand même grandement aberrant de croire que toute cette civilisation, depuis dieu et la pensée grecque, ne se tient pas d’une seule et même articulation générale et qu’il s’agit justement de comprendre cette dimension.

Civilisation accumulatrice donc ; qui a conservé dieu, la pensée grecque et autres, le christique, le sujet, les révolutions et les révoltes, l’altérité et les matérialisations et densifications du 19ème et 20ème ; on a tout accumulé en une seule fois parce que c’est d’une seule vision, d’autant plus d’une seule que c’est le regard et non la vision de quelque ceci ou cela. Une seule vision parce que c’est une seule structure ; il n’y a pas dix mille manières d’ « être » humain mais une seule structure et elle ne consiste pas ; elle existe.

De sorte qu’elle peut emprunter cent mille mises en forme culturelles ; civilisations, mondes humains, représentations, personnalisations, la structure est la Même et elle consiste en ceci qu’elle n’est pas déterminée et qu’alors elle autorise la profusion (et elle est profuse puisque située dans l’antériorité à toute détermination ; arc-ticulée au présent même qui épuise tous les mondes). Elle n’est ni dans l’adn ni dans le langage, ni dans rien qui soit détermination ; elle est exclusivement une structure qui s’arcboute, une par une et étant la même mais à chaque fois, s’arcboute au réel donné « là ». Qu’elle ne soit pas dans l’adn ou le langage ne veut pas dire qu’elle s’en passe (ce serait absurde) mais qu’elle est en-plus : atome-adn-perception.  Et cet en-plus est la réflexivité qui découvre que le monde est (grec) et ensuite qu’il y a un corps (et rien de plus, en tant que christique : de là l’humilité comme clef, comme mécanisme ouvrant la grande stratégie du réel, et sortant de tout monde, et, comme on verra plus tard, cette structure en forme de rapport qu’est le présent, le réel même). Et comme il s’agit non d’un contenu (toujours quelconque par rapport au Rapport, qui autorise tous les rapports possibles, virtuels et structurels) mais d’une structure, alors la même structure reprend dieu aussi bien que la pensée, le monothéisme aussi bien que les grecs.

Passant outre n’importe quel monde humain localisé. Une conscience est un arc formel dans le présent comme premier arc qui se produisant, construit tout. Un arc formel est un rapport et tout le reste ce sont des rapports-de-rapports dans l’acte premier. On tirera un jour cela au clair.

Civilisation accumulatrice puisqu’ayant extrait le mécanisme de conscience de tout contenu de monde (de monde humain, de tout langage, de toute représentation) et ayant placé ce mécanisme là au-devant dans les configurations tout à fait Autres, de dieu, de l’être (puis l’idée et du un), le christique et le sujet et la révolution, l’altérité, la réalité (les sciences) et le réel (depuis Sartre).

L’humiliation en question n’est pas un sacrifice ou une immolation, mais juste la simple forme que le réel mène le jeu, et qu’il est Autre. On ne sait pas, on ignore absolument ce que le réel peut. Si l’on veut ; le « moi » dont nous sommes si friands depuis au moins les années soixante (qui démocratise Baudelaire ou Rimbaud ; Led Zep ou les Rolling Stones sont une telle démocratisation, littéralement, dans et par le corps et l’affect le plus réellement agissant) le « moi » donc est juste et bon, mais il n’est qu’un exemple, une représentation, une identité dont on doit créer l’arc de conscience qui se produira de la cervelle (qu’elle se prenne pour Jean-Pierre ou Jean-Paul) et ceci en tant que « le voulant » ; ce qui est la finalité quasiment explicite de Sartre (ou de la psychanalyse, qui abaisse le moi pour le sujet, en l’occurrence le sujet inconscient, celui qui survit à l’analyse). Rien ni personne ni aucune partie du monde du vécu ou du corps ne pourra exprimer cela que vous êtes, à savoir non un inconcevable mystère substantiel, mais un rapport qui initie tous les rapports réalisés, possibles, virtuels et structurels, respectivement ; on ne peut pas le Dire (le vivre, l’imaginer, le parler, le communiquer, etc) puisque c’est à partir de ce rapport que tout le reste apparait et qu’il apparait à lui-même (et que nous sommes conscience-de non pas nous-même mais conscience-de ce rapport par lui-même comme rapport). On reviendra aussi sur la structure très étrange et infiniment efficace, qui en se décentrant comme arc de conscience, crée l’espace et le temps de la réapparition de tout ce que l’on est (si on l’était le moi que l’on est, on ne le saurait pas).

Pour l’humiliation il faut bien comprendre que dans un Rapport on (se) supprime … parce que c’est le rApport qui compte … sans ce rapport on n’y est pas ; affirmer l’un ou l’autre côté du rapport supprime le rapport ; mais cependant on ne peut pas percevoir le rapport, or pourtant c’est de ce rapport que l’on perçoit… C’est cela qui ouvre en et par l’in-fini (il n’y en a pas d’autre, que l’on sache).  C’est d’une part ce en quoi on existe déjà (quand bien même l’ignorerait-on, et on ne peut que l’ignorer ; parce que ce sera toujours ce à partir de quoi tout le reste vient, et non pas ce que l’on saisit, et encore moins contrôle ; si on le contrôlait il serait de ce monde et donc déterminé et nous ne serions pas libres ; c’est parce que c’est « ce par quoi » qui n’apparait jamais). Et d’autre part il s’agit du non épuisable ; si le rapport est ce qui existe, alors on ignore ce qu’il en sort, sortira, ce qui s’y ex-siste et cela nous imprime que l’on n’est pas dans l’ex-sister mais que l’ex-sister est l’autre côté, le palier en plus et qui transcende le monde, le donné, le vécu et le corps. On ignore ce qui en sortira, du présent, parce que ça n’est écrit nulle part : ça s’écrit. Le rapport est le point de vue et qui nous voit et qui montre la distance de la dimension en-plus, dont on ne sait que cette articulation.

Or cela implique ceci : que quoi que l’on fasse on y existe. On ne peut pas faire « n’importe quoi », jamais. Parce que l’on est déjà dans le libre et le libre est la nature même du réel ; on existe toujours à la limite extrême du réel parce que le réel est extrême par structure et qu’il ne peut en être autrement puisqu’alors « réel » est le nom de ce qui assèche, épuise toute la possibilité (et que donc le libre est la structure même et, pour nous, pour chacun, il existe un présent qui décide dont on peut dire la liberté en vous vous décide… c’est bien l’impossibilité et l’aporie sartrienne, absolument certaine,  qui revient : de là qu’il faille avancer que la structure existe avant tout, avant vous-même et qu’elle vous tire, et qu’elle existe dans le « rien » que l’on ne confondra plus avec le néant (que l’on sait comme formelle donc) et vous attire par devant et que vous vous devez à cette structure (à dieu, à la pensée, au christique, au sujet, à l’altérité de la Volonté ou de l’Etre), hors de quoi tout ce qui apparait, est vécu, est représenté rétrograde, redescend dans la faiblesse et la pauvreté du monde et de l’immédiat).

Parce que ces révoltes, individuelles, se situaient bien au chaud dans des Etats plus ou moins de Droit (ou équivalent). Ces révoltes (en tête Nietzsche, Heidegger, Kierkegaard, Marx, Freud, ou  si l’on veut Foucault, Deleuze) doivent être comprises dans un réel plus grand (sans lequel elles ne seraient pas) et donc tout en préservant leur valeur indiscutable, ne peuvent pas, ces révoltes, annuler, abolir, détruire ce qui les précède et les contient. Et quand bien même l’ignoreraient-elles se continue au travers de leurs explorations (c’est en cela qu’elles valent) la même structure, qui, n’ayant rien de déterminée, passe outre les intentions affichées. C’est l’altérité brute qui avance au travers de toutes ces pensées autres. Et évidemment sans l’altérité nietzschéenne ou heideggérienne ou sartrienne ou lacanienne on ignorerait que justement le réel est fondamentalement et en lui-même absolument Autre : ils ont vu.  

Et encore une fois Descartes ne remplace pas l’éventuelle intentionnalité divine ; mais il nous fait voir pour le coup que s’il est un dieu il sera comme cette intentionnalité, cette intentionnalité constatée, qui ne peut pas être soupçonnée de créer dieu à son image puisque cette intentionnalité nous saisi et non pas que nous nous en saisissions, et qui sera ensuite délimitée et observée par Kant puis par Husserl, jusqu’à ce que Sartre l’extrait radicalement et la sup-pose en elle-même (ayant affaire au corps tel que donné « là », dans l’étrange « là » du réel, ce que ne manquera pas Lacan, de suivre la jouissance menaçante d’exister dans ce corps travaillé, perçu d’ailleurs, d’un autre point insituable, puisque c’est lui qui situe).

Et intuition cartésienne aussi étincelante que dieu est vertical. La lumière est ici même et Descartes nous montre le lieu, dans l’étendue du monde, de la brisure absolue, ce qui veut dire formelle, et observant ce réel dans son articulation, il suppose abstraitement sans doute, que si dieu existe il est-sera-existe comme cette logique de structure ; il en vient ainsi à permettre de préciser la nature même de ce que par « dieu » on peut supposer à partir de l’expérience extrême ici et maintenant. Il dresse en chacun le cœur structurel du réel, la réalité intégralement brisée par le présent instantané : instantané. Tout est absolument et invinciblement ré-articulé par le présent continué.

Et nous sommes effectivement réalignés formellement sur le réel pur et brut, continuellement. C’est cela qu’introduit Descartes et dont on ne remet pas, dont on ne se remettra jamais (excepté dans le non-temps de l’ontologie, de l’ontos pur et brut).  

Autrement dit il ne s’agit nullement d’un glissement dans le subjectivisme, même si par subjectif on entend une formalité subjective de sujet universel (Kant), parce qu’il n’existe absolument pas de « subjectivité » ; même l’intériorité est déjà elle-même prise-dans la structure, puisque rien de ce qui apparait d’humain n’est naturel (ce qui ne veut pas dire que l’on ne reprenne rien du donné mais qu’au contraire on reprend tout, et que l’on y ajoute l’arc intentionnel qui re-crée, re-lance le donné, de, dans et par la perception). Chaque moi n’est pas immédiatement « lui-même » ; ce « lui-même » est déjà une recréation (ce que l’on va faire de ce que le monde ou les autres ou la vie ont fait de nous). On intentionnalise automatiquement, dans l’extrémisme qu’est une existence, cette re-création, ré-invention de « soi » ; parce qu’étant vide et formelle l’intentionnel prend en charge tout uniment n’importe quel moi, le supporte et l’élève déjà, chacun un par un et un séparément de tout et de tous, sur l’horizon de l’universelle singularité ; le moi est déjà une construction et donc déjà la possibilité de résolution de l’équation que l’on est ; tout moi a déjà voulu s’en sortir ; nul besoin d’attendre l’accord conscient pour que l’intentionnalité ait déjà pris en charge le devenir et la possibilité ;

l’accord conscient qui pourra et/ou devra s’ajouter à la volonté du « je est un autre » (c’est ce que veut dire, absolument, Rimbaud dans la lettre du voyant) cet accord conscient qui se surpasse, rimbaldien et nietzschéen (en se supposant d’une Autre volonté, signe de ce mouvement suréminent) est précisément, très précisément cette disposition qui doit se mettre au point dans la prédisposition que chacun est par et pour lui-même sur sa version non-consciente mais non-consciente non par défaut et manque mais par excès et parce que l’on ex-siste cette vision qui nous détient, antérieurement à nous-même ; au point que distinguer la résolution du problème donné est impossible ; on ne la percevra pas, il faudra la supposer, la virtualiser (qu’il n’y ait pas seulement le réalisé, les possibles mais aussi le virtuel et le structurel). Cette vision qui nous voit (la poésie est la vision qui nous voit) et par laquelle on perçoit, n’est certes pas toute-puissante puisque sa finalité ça n’est pas de contrôler la réalité et la réalisation, mais d’inventer ; et on ne peut pas contrôler l’invention (sinon elle est annulée). On se tient alors à l’extrême bout de la réalité et donc sur le plan incliné du réel pur. On n’y tient évidemment pas. On l’a-perçoit. Et on aperçoit tout le reste, en dessous.

Cette sur-intentionnalité de Rimbaud c’est également ce que vise Nietzsche et qui ne nomme pas sans raison la volonté comme Volonté-autre ; c’est que si l’arc de conscience qui surgit de la cervelle vers le réel se tient dans le champ de la perception (et donc antérieurement aux conscients divers et variés) c’est afin d’échapper à la détermination acquise en créant de la détermination inventée ; ça ne vient que l’on s’invente (et tout moi s’invente, est structurellement une invention) ; et de la détermination inventée cela n’existe pas, sauf générée par cet arc et son dispositif virtuel absolu, ce qui veut dire formel. Et c’est vers le peut-être supposé et tout à fait virtuel contrôle de cette intentionnalité de structure que travaille Sartre (et l’analysant sur le divan). Mais alors il est bien clair que ça ne sera pas un contrôle à proprement parler ; mais une structure virtuelle insaisie.

Si l’on est libre, il faut poursuivre littéralement et explicitement ce que cela signifie ; si on est libre c’est que « ça » se choisit de par soi ; si on décidait d’être ceci ou cela, nous serions pris dans une ligne de destin, de causalité, de passé et d’héritage ; mais ça se décide là au-devant, dans la perception même et antérieurement à toute énonciation consciente et tout passé bêtement donné-là et bien que prenant en compte toute énonciation … c’est bien là le heurt ontologique fondamental ;  c’est ce qui s’analyse, par ex, par l’inconscient ; on voit ce que l’on voit mais on ne le retient pas consciemment ; on voit les signes qui affiche l’inaccepté, et on n’intègre pas cet inaccepté dans une intentionnalisation consciente ; que le conscient non pas soit annulé mais qu’il soit pris, tel quel, pris en compte dans une bifurcation continuelle qu’est la perception. Et ce qui vaut dans la psyché d’un-tel, pour lui-même, vaut aussi dans l’historicité ; on voit historiquement la révolution mais on l’annule, la biffe, la non-perçoit. On voit la poésie mais on ne l’acte pas, elle requiert un tel effort et un tel investissement.

Ça se décide là au-devant dans la perception, non pas contre le conscient mais en l’emportant, en l’outrepassant, puisque ce qui est tenu consciemment est toujours déjà perçu d’un horizon autre ; il y a déjà dialectique, il y a toujours dialectique et qui ne renvoie pas à « l’esprit ». Et ça n’est pas indifféremment non plus qu’esthétiques et poétiques doivent être entendues, perçues du plus haut et de la plus grande stratégie possible (et non comme distraction du même regard répétitif dont la densité serait exclusivement celle du corps ; le moi est malgré ses tours et détours, le corps et l’économie est l’idéologie du corps, le ventre que l’on ne peut pas emplir, satisfaire ; c’est donc la théorie, la pensée de l’insatisfaction qui est le vrai réel et qui mène la stratégie extrémiste).

L’aporie sartrienne c’est ce que voulut résoudre Merleau-Ponty ; que ça passe par le monde et le corps, la chair. Mais en vérité il faut conserver l’intentionnel et la structure et s’apercevoir que le conscient est tout à fait à sa place mais qu’il est pris-dans  une plus grande cohérence qui n’est pas du monde ou du corps, ni du conscient ; et c’est bien en cela que Sartre insiste tant sur la créativité, l’invention et tout à fait également l’invention de soi ; on ne peut pas penser la réalité et le réel comme on pensait l’universel (à grands coups d’universalités ou de logiques) mais il faut les penser en tant qu’instanciations à chaque fois inventives ; l’universel mais aussi le christique et le sujet, la révolution et l’altérité, la science et les théories selon le monde (Marx, Freud, structuralismes divers, etc) sont des possibilités distinctes et absolument pas réductibles à l’universalisation. Ce qui se montre étant la Grande Cohérence par-dessous toute réalisation.

En réalité on a fait front de par l’universalité parce qu’il s’agissait non de la pensée mais de la raison, à disposition du sujet (alors que dans la pensée le sujet est à disposition de celle-là). On a supposé que l’esprit contrôlait le conscient, l’entendement, ou que la raison kantien supervisait l’entendement, mais il faut dire l’inverse ; c’est le réel qui réfléchit.

Le réel est articulé et il ne sait pas, consciemment, où il va mais il y va. Et non au sens où il serait action, plutôt que contemplation (on est loin, bien loin de cette antienne de la pensée grecque), mais au sens où ce qui pro-organise la réalité dans le réel c’est l’intentionnel, et ce sur quoi Sartre s’échinait. Rimbaud, Kierkegaard, Artaud et la quantité considérable de sujets (depuis 2 siècles) recherchent, se travaillent, manifestent, montrent les points d’inventivité qui permettent de lire et relire et finalement relier les intentionnalisations ; recherchent la machine à opérer vivant le sujet, se donnant en exemple. Et Rimbaud qui est le plus dur et le plus volontaire et qui croit échouer, Saison et Illuminations s’imposent comme cheminements ; le point n’est pas là où on le voit, mais le point à partir duquel on perçoit.

Autrement dit la liberté ça n’est pas choisir mais c’est inventer et créer ;  de ce point cela se crée au-devant ; on ne connait pas de où cela Voit, mais ensuite c’est à partir de ce point que l’on comprendra. Non un bien qu’il faudrait appliquer avec lucidité, mais le bien à venir qu’il faut inventer tel quel et c’est ce que chaque moi effectue, de fait. Et c’est ce que Rimbaud recherche ; le bien, la structure du bien individualisant et exceptionnalisant, du singulier tel qu’il doit se (pré)disposer si il veut acter, intégrer vers la vision-visée du réel. Sans doute on peut n’observer que les répétitions, mais ce sont les exceptions qui comptent, sauf qu’on ne les voit pas (Badiou sait bien cela). La structure accroche sur la possibilité et non sur l’universalité, qui est utilisée afin de repérer les externalités, de même que Nietzsche ou Rimbaud usent du christianisme pour non pas contredire mais percevoir plus loin ; de grimper sur les épaules. On est déjà en vérité sur l’autre côté, et on n’en juge pourtant que selon les anciennes règles, attendant de découvrir à quelles nouvelles ces inventions correspondent.

La perception est la dimension. Qui repère l’invention-qui-vient, potentielle (dirait Nietzsche, de puissance) ou virtuelle et enfin l’in-finie capacité structurelle (qui ne s’actualisera jamais comme on l’imagine, mais Autre, dieu en ce sens est absolument Autre). Ne serait-ce qu’étant non en sa totalité mais ponctuellement construite et (se) traduisant en étirant à partir du point tout à fait autre, dans le réel (et c’est pour cela que toute l’occidentalisation tire la réalité dans le réel, et découvre et invente et crée quantité de possibilité du donné là, du vécu (du relationnel) et du corps ; l’occidentalisation cible le donné très exact des choses et des corps (esthétiques, éthiques, poétiques, politiques, idéels). Ça n’est pas pour rien si les esthétiques, les poétiques, les récits s’en prennent à notre intentionnalisation, par élévation et révélation de la perception possible, qui est « ce qui n’est pas parvenu encore au bout de ses possibilités ».

Mais si la perception est la dimension hors de question de la traiter donc sans la structure réelle ; elle n’est pas sans l’esprit et sans ce qui se trouve au-delà de l’esprit ; dans le réel, qui est « ce qui est articulé », il n’y a rien d’immédiat (sinon de bâti sur des positions secondes, des attitudes) et on n’y approche pas sans intégralement et du plus loin possible tout re-mettre en œuvre, sans re-lancer toute la réalité, toute la réalisation humaine, tout le corps que l’on est devenu ; la recension de Rimbaud de tout ce qui fut (de là qu’il faille faire œuvre de totale acculturation à chaque fois, on ne s’y improvise pas, Rimbaud adolescent a intégré sur son corps tous les signes, et c’est parce que sur son corps il s’agite infiniment vite ; non qu’il se passe de l’esprit mais il a transféré tout l’esprit sur ce corps neuf du Génie). De même tout l’héritage et le passé de chacun en son moi basculent à partir du point éloigné situé dans le présent ; le présent est pour le moi le point le plus éloigné, puisque avenir et passé sont représentés, et que le présent n’est pas de l’ordre de la représentation …

Ou donc c’est le présent qui nous perçoit (de même que l’inconscient psychanalytique en sait plus sur le moi, de même que la révolution est le sens même de tel monde humain qui est seulement donné-là, presqu’inerte ; le décentrement n’occupe qu’une petite limite dans le monde ou le vécu, mais c’est cette limite qui attire tout le reste, le reste n’est rien en comparaison de l’exister).

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