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instants philosophie

Repérages

30 Juin 2018, 11:29am

Publié par pascal doyelle

La pensée grecque (l’être, l’idée, le un) : déploiement global de toute l’intentionnalisation à propos du monde en créant toutes les idées, et systèmes d’idées, requises ; comme autant d’intentionnalités possibles sur le monde ; intentionnalisations qui outrepassent le groupe humain, le langage et la mise en forme culturelle, en leur substituant l’acculturation et la ré-anthropologisation.

Le christique comme point-autre ; de là où je vous voie, je suis au-dehors et tout existe au-devant de moi ; je suis vivant et vous êtes morts ; il existe donc un point à partir duquel tout le reste apparait et ce y compris votre propre vie, votre vécu, de la naissance à la mort et c’est de ce point là que vous vous percevez vous-même. Ceci crée le sujet. Tous les sujets.

La pensée de dieu (à la fois celle de dieu et celle sur dieu, qui offre pourtant une résistance de forteresse ; il faudra Descartes pour passer par le dessous, le détour, le nouveau tour ; qui indique que ce ne sera pas par le discours métaphysique qui s’auto-régule dans la cohérence notionnelle mais par un plus grand effort qui prend appui sur le réel donné, par l’analyse du sujet planté sur l’étendue là du monde)

       Par là on s’aperçoit que si véritable saisie de dieu il est possible, ce sera non selon le discours métaphysique mais selon une architecture structurelle intentionnelle.

Le sujet cartésien ; réflexivité sur cet-être qui produit ‘de la pensée’ mais aussi toutes les facultés ou plus exactement qui rend possible que toutes les facultés se déploient via et par la structure de conscience spécifique ; le méta-originel antérieurement à la pensée, qui se révélera antérieur à la représentation, au langage, à la perception et antérieur à tout, au corps lui-même.

        Kant (conditions de développement de la pensée, soit donc retour sur les structures préalables à la pensée, puisque Descartes a délogé la réflexivité de la fixation sur la pensée) ; on s’perçoit que ce ne sera pas par la pensée que l’on aboutira au réel ; mais dans la description du projet structurel (dit transcendantal ; par lequel Kant entend tirer le sens du mouvement, et non plus les concepts comme idées, et cherche la formulation d’un méta-système de l’acte de conscience, du sujet et finalement du réel) ;

Ce que l’on va commencer de qualifier comme « sens » plutôt que « pensée de ce qui est », parait une déqualification, un pis-aller (puisque l’on ne parvient pas à globaliser l’être en une fois et une notion) mais en fait il s’agit de signifier et « signifier » cela permet de réellement correspondre au sujet auquel et auxquels on s’adresse ; un sujet ne peut pas se limiter à la pensée, encore moins à la raison (à partir du 18éme, ou à la division sujet abstrait-objet objectif) et c’est alors que l’on a expressément supposer le sens connaissable non comme notion et concept et idée mais comme signe acquis par le sujet ;

        Hegel ; historicité des déroulements de la pensée ; les deux phénoménologies, de la conscience et du savoir, puisque l’on peut regarder et analyser au-delà des seules idées, ce que Hegel montre ce sont des tactiques déployées en tous sens depuis que l’on a extrait l’acte, l’activité de saisie en conscience, indépendante de tout groupe et langage clos de groupe humain,

        Husserl ; dans les trois cas la pensée reste la finalité mais on décrit tout le préalable de la pensée, qui reste néanmoins supposée et comme horizon admis comme évident ; ce sujet lui-même dans son activité transcendantale, puis phénoménologique (des deux savoirs hégéliens) puis de phénoménologie structurelle avec Husserl, (valable pour toute activisme de conscience et non plus enroulé dans les déploiements de l’historicité)

Nietzsche et Heidegger, par là l’horizon cesse de s’imposer comme pensée ou comme universalité ; la pensée est prise dans plus grand qu’elle (que ce soit le monde des sciences, l’histoire marxiste, le corps freudien, le bonheur universel rêvé) mais cela va plus loin ; le sujet et le monde connu, le monde partagé, sont pris dans plus étrange qu’eux ; selon la Volonté (interne) mais Autre et selon le donné-là (externe) mais Autre, l’Etre noir ; tout est immergé dans l’altérité brute ontologique (de Volonté ou de l’Etre, du sujet méta-hyper qui est-autre, surhumain ou selon la supposée révélante version de l’être de H, selon l’inhumain)

Sartre et Lacan ; démontage du sujet (de structure, celui qui existe en deçà de la pensée et de la représentation, de la communauté et des autres) du sujet in vivo ; puisque tout le reste est exposé mentalement, manifesté perceptivement, objectivé, épuisé historiquement (Kant, Hegel et Husserl ont tout exposé) et au sens où on est parvenu à la racine de structure : l’articulation conscience/corps, forme/contenu, réel/réalités ; soit donc le sujet (formel, de structure, non d’identité) immergé dans l’altérité brute ontologique.

Bien plus approfondi que le sujet kantien, celui hégélien ou celui cartésien ; pour Sartre et Lacan il s’agit d’exposer le réel de structure.

Si N et H s’immergent dans l’altérité (en la supposant par principe) c’est tout à fait comme Sartre et Lacan qui supposent le réel, soit l’horrible réel-autre sartrien, l’existence, soit le point-aveugle qui ne fonctionne pas et n’entre en aucun discours, lacanien (qui n’entre en aucun discours et dans quelque monde ou moi ou représentation que ce soit et qui est même autre que l’inconscient).

Ces derniers développements (N et H, S et L) ne positionnent plus notre être dans l’espace mental de l’être, ou de l’être pensé, ou l’être de dieu, mais reprennent fondamentalement la définition sous-entendue de Descartes de l’être comme étendue ; pour Descartes il apparait, en pleine lumière tout à coup,  notre être en sa structure, planté « là » sur l’étendue du monde ; laquelle étendue n’est absolument plus accessible par la pensée (grecque, scolastique, des idées, des essences, des qualités ni même) mais par les mathématiques ; la pensée n’est pas, n’est plus la loi interne, l’essence du monde donné-là, du « là » étendu indéfiniment au-devant et en lequel nous sommes ; c’est en ceci que Kant cartographie la nouvelle perspective et délimite le monde et le sensible, et que Hegel ne reconstruit pas la pensée-en-soi mais expose les deux phénoménologies (du devenir de l’activité de conscience et du déroulement de l’activité en esprit, parcourant l’ensemble, plus ou moins exhaustif, des intentionnalisations possibles).

Autrement dit la mise en perspective de notre-être dans-l’être c’est ce qui se jouait déjà bien avant N et H / S et L, ce qui se jouait depuis Descartes (la « chose pensante » pour Descartes n’obtient aucune unité, puisque la « pensée » est indistinctement « les facultés » pour Descartes et le rapport instantanément établi avec dieu, avec le dit in-fini manifeste cette altérité ici même ; ici même il existe un être qui possède la rupture ontologique absolue, formelle, et ponctuelle), et ce qui se déploie ensuite comme la Volonté-autre de Nietzsche ou en tant qu’Etre-autre de Heidegger, mais plus réellement et plus froidement par l’analytique de notre-être dans le monde de Sartre (et parmi les autres et au cours de l’historicité et dans le monde donné) et de notre-être dans un corps de Lacan (et ce qui devient ce qu’est effectivement notre être « intérieur » qui n’a plus de fait d’intériorité mais une construction interne ; l’interne de la structure de même que le donné là est l’externe de structure).

Donc le glissement général n’est nullement d’une moindre ambition mais une bien plus grande observation du réel tel qu’il existe en cours d’attention et dont chacun témoigne ; chacun en témoigne parce que bien au-delà des différences de contenus de conscience, il n’en est qu’une seule forme ; la même. Soit on s’attache à cette forme et son unité (laquelle n’est pas substantielle ou objective mais est un rapport, en lequel tous les rapports se présentent, également les rapports objectifs). Soit on repère cette forme dans le « là » en lequel elle existe. Soit l’interne, soit l’externe : mais en vérité l’interne et l’externe dessinent toute la vue, tout l’horizon, qui n'étant plus de la pensée, est du réel.

Une plus grande attention portée à l’attention elle-même, à la structure de conscience telle qu’articulée au réel ; et, outre les descriptions techniques et philosophiques et objectives et hyper-objectives de cette articulation, une attention portée sur le sens de cet engagement, de cette conversion, de ce basculement, de cette virtualité constamment présente (dans les innombrables affects spéciaux, de la beauté grecque à l’angoisse en passant par les extases).

Ce qui « est » peut être supposément contemplé, mais ce qui existe doit être investi et plus on s’y investira de toute la puissance nécessaire (cad de toute la potentialité) plus la structure d’exister apparaitra.

Et plus on atteindra au néant, plus la structure-même nous envahira : la racine de l’exister, de la structure prendra pied dans ce néant, puisque le néant (n’ayant rien à y opposer) existe tout autant que l’être et dans « ce qui est » (généralement) le réel agit au dedans du néant. Rassemblant tout. De là) qu’il faudra débrouiller tout ce néant dont on fit grand cas.

Et si on a quitté l’horizon de l’être, de la pensée, de la raison même et de l’universel (de même que Nietzsche et Heidegger, dans leur mésinterprétation, abominent la démocratie ou l’humanisme, le sujet ou la liberté), c’est afin d’aborder à un autre rivage bien plus étrange ; si la pensée ou la raison (les grecs ou les postcartésiens, qui ne gardent de Descartes que le sujet rendu abstrait supposant un objet ou de Kant que les impossibilités sans voir que Kant lui-même entendait créer le premier grand système structurel du sujet), si la pensée ou la raison ne constituent plus l’horizon, ou que l’être ne relève plus de la pensée, c’est que le réel tel que donné là est lui-même la finalité ; et que ce réel étant le présent, cad une articulation absolue, le réel consiste non en ce copier-coller que prétendait être la pensée ou la raison, mais que le réel consiste en l’invention et la création ; littéralement. Ce qui veut dire que ce qui à chaque fois est venu n’était pas du tout attendu.

Jamais nulle part le même ne se répète (le un est non pas la réunion ou l’unité mais est l’altérité dispersée en tous les sens possibles, est le possible même). Et la liberté ne consiste pas dans le choix entre ceci ou cela, mais dans l’invention des autres possibilités ; la liberté est de créer et dans une moindre mesure d’inventer. Ainsi ayant créé la possibilité absolument inattendue de la révolution, et du statut individuel (de citoyen), chacun put commencer de s’inventer ; n'importe quel moi est une invention (ce qui ne s’est décidé et démocratisé qu’au cours des années soixante du 20éme). Les réalisations mettent du temps. Les poétiques (Baudelaire, Rimbaud) et les récits préfigurant ce qui ensuite put se démocratiser.

On restera cependant totalement bouleversé, ébahi et éberlué de comprendre que le segment liberté-égalité-fraternité est l’application historique de ce que le christique avait entamé ; de où le christique a-t-il pu prendre cette connaissance, cette prescience de ce qui viendrait dans les siècles ? Ceci est la véritable question, absolue, absolument technique et poussant l’investigation dans les plis et replis du réel, les plis et replis de la structure même du réel telle qu’elle nous est abordable ici même. Puisque le possible et l’inattendu et l’impossible sont précisément « cela qui n’est pas », soit donc l’exister qui décidait de tout le reste ; ce qui n'est pas, ce qui n’appartient pas au monde est ce qui décide du monde, de l’humain, de la détermination.

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