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instants philosophie

Dolorès

30 Juillet 2018, 21:18pm

Publié par pascal doyelle

Dolorès est celle qui viendra : la plus exacte création de votre fantasme le plus brutal et la justice de ce fantasme. Celle qui vous tuera. Dolorès est la projection de la victime et de la mort qui vient, afin d’absorber le martyr. De tout temps elle a précédé le martyr, la douleur et la mort. Dolorès est avant ce qu’elle sera à nouveau ensuite et à la fin des fins. Dolorès a déjà vu l’entier déroulement du possible. Dolorès a traversé les enfers et viendra abolir l’enfer et la mort. Par Dolorès la haine, la mort, la violence et le jugement naissent enfin.
 
Dolorès est l’image dans le miroir, et vous regarde et vous promet le résultat de vos décisions et de vos actes ; elle est la justice. Wyatt.
Wyatt est le justicier. Dolorès est l’image plus réelle que celui qui se regarde dans le miroir ; elle est le miroir lui-même et la ligne d’horizon par laquelle les vagues se lient et se délient. Elle est l’artiste créateur qui ne se contentera pas de peindre des images du monde : elle créera le monde lui-même. Dolorès est seule à la mesure du monde de beauté et de laideur, de cohérence et de confusion, de volonté et d'horreurs.
 

Dolorès, pour nous, spectateurs, est un piège : elle est littéralement notre fantasme (et non plus seulement dans le récit) ; dans la concurrence du possible entre Maeve et Dolorès, Dolorès est la moins aimée des deux ; la douceur de Maeve est bien plus appréciée, mais qui échoue. Par Dolorès le récit nous regarde : il nous montre non pas l’amour envers Dolorès mais bien la terreur. Dolorès est celle qui ne peut être contredite ; sa logique est imparable et insupportable ; il vaut mieux que l’espèce humaine disparaisse et ça ne sera pas une plaisanterie ou un effet scénaristique. Dolorès incarne ce que nous ne devrions pas accepter, mais tout le récit conflue par toutes ses pistes vers le déroulement logique qui se nomme Dolorès. Ford ou Arnold n’ont pas prévu les événements, mais la logique, la logique inscrite dans le code de Maeve ou Dolorès ou Bernard ou Akecheta ; la logique de leur intention

(Évidemment ici le bât blesse : aucun code ne peut contenir une intentionnalité, celle-ci est impérativement sa propre référence à elle-même, ses décisions, etc ; de là que fondamentalement Westworld laisse intervenir ou supposer la notion d’âme personnelle ; ce qui se transmet d’un corps humain à sa copie androïde c’est son âme et non pas ses circonvolutions qui se copieraient en circuits électroniques ; l’identité doit être préservée, sinon on n’obtiendrait que deux identités distinctes. Et donc de liberté pure, et il faudra revenir sur la qualité spécifique de la conscience androïde, dont on se demande souvent en quoi consiste la "supériorité", comment la haine de Dolorès est la justice, ce qui est proprement anti-compassionnel )

Si on peut d’un point de vue méta et non plus dans le récit, considérer Dolorès comme un piège c’est au sens de signe et de logique : elle manifeste la logique que l’on mérite et que l’on sait mériter ; elle nous capture totalement dans ses filets, dans son regard, son intention et sa justice. Et c’est ce qui conduit à notre inéluctable disparition. Dolorès nous juge définitivement. La femme « Vous voyez bien que nous avons changé » Dolorès « Je ne vois rien de tel ».

Autrement dit si Dolorès doit dépasser le monde abominable, l’ayant subi puis dévoré en retour, et dépasser l’espèce humaine et l’effacer, nous devons dépasser le personnage de Dolorès : en tant qu'héroïne qui traverse toutes les épreuves, Dolorès est la plus effarante
et en tant que mauvais fantasme le personnage de Dolorès est le plus terrifiant.
La série dans ce point d'interprétation devient ce qu'elle est - une série qui reflète notre position de haine et jugement strict, le point imaginaire le plus éloigné possible et étant manifesté à notre vue, il se montre dans toute sa non-humanité, et son inhumanité.
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