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instants philosophie

Nietzsche et Heidegger

21 Juillet 2018, 09:18am

Publié par pascal doyelle

On laissera aux contempteurs divers et variés leurs récriminations envers une « société » (instituée comme personnage principal dont ils seraient les victimes, différentes sortes de victimes) : c’est bien au chaud à l’intérieur d’une forte structure créée historiquement que l’on peut faire semblant, pour se donner beau ou bon genre, de remettre en question cette structure historique (rêver d’un autre monde angélique c’est ne pas vouloir modifier celui-ci) ; et il est dans la nature même de structure, étant insatisfaite structurellement, de se mordre et déchiqueter elle-même, ce qui veut dire toutes ces représentations mondaines et déterminées (puisque la structure qui nous origine n’est pas humaine et pas même du monde) ; pareillement chaque moi est sous le joug de la lucidité, de la vérité et du réel ; le moi étant absolument à proximité, c’est peu de le dire, de la forme pure et brute de l’arc de conscience ; ou donc chacun est un chaqu’un et recèle la forme même que la réalité, le réel, l’univers, enfin quel que soit son nom, a voulu que cette forme soit.

La-forme on peut la dénommer liberté, conscience ou intentionnalité, mais il ne faut pas croire du tout que l’on comprenne alors ce que « cela » est, implique, provoque, crée. Autant que l’on puisse la-forme de conscience est l’objet le plus étranger que l’on connaisse ; on ne le perçoit pas, c’est via cette forme que l’on perçoit. Nous disposons d’un corps, d’un monde, d’œuvres ou de sciences parce que cela se produit via la forme de conscience.

Dit autrement : si on retire la liberté, on retire tout. Et fondamentalement on retire que nous puissions mener des intentionnalisations ce qui veut dire des tactiques et des stratégies, qui en elles-mêmes n'existent pas dans le monde et parmi les choses ; or des tactiques on en fabrique tous les jours et des stratégies de temps à autre, et de Grandes Stratégies parfois lorsque l’on est soudainement inspirés : c’est très rare. Il n’existe de connaissance que pour quelqu’Un, aucune idée ou pensée n’est en soi suspendue on ne sait où, aucune information ne contient un acte de conscience, les réalités ne sont pas pré-pensées par les maths ou la raison. Il faut bien saisir qu’un acte de conscience est sans information ou, ce qui revient au même, obtenant le champ libre pour toute espèce d’information (étant soi-même une forme vide, forme vide mais forme et individuée à l'excès, puisque ce vide est un sans raison, est structurellement un). C’est bien parce qu’il est sur le Bord, qu’est le présent, qu’un acte de conscience est lui-même le Bord de tout ce qui lui est possible. Et donc on ne peut pas dériver « acte de conscience » de quoi que ce soit ; penser se comprend dans l’horizon de l’acte mais l’acte n’est absolument pas compris dans le penser ou la pensée (que l’on ait identifié la pensée et la conscience est juste une méprise de tous ces siècles) ; de même la conscience n’est pas le conscient et celui qui s’en est approché au plus est Sartre, qui a étendu formidablement l’activité d’intentionnalisation de cet acte, qui regarde au travers d'un corps et non plus seulement l'idéel.

C’est donc l’arc de conscience comme mécanisme absolument vide et souple, sans détermination, qui néanmoins a réussi ce tour de force d’être sans être ; d’exister. De ce qu’il est, cet arc, le re-tour sur (soi) au cœur même de la détermination sans être déterminé lui-même, et qu’il signifie donc qu’il est, contrairement à n’importe quelle chose qui est cela qu’elle est, qu’il est un rien qui se meut ; le rapport à « soi » (étant un rapport notre exister se meut constamment, ou autant qu'il lui est possible, en s'agitant ou en se concentrant) rapport qui se dit autrement comme « conscience » ; une « conscience » c’est un rapport à (soi) comme rapport dans lequel rapport le « soi » est le rapport lui-même ; et non une quelconque identité ce qui paralyserait n’importe quel mouvement, déplacement à la surface du réel (le réel étant cette surface-même) ; de se prendre pour un contenu fige immédiatement tout arc de conscience. Dieu, le christique, la pensée, le sujet, l’altérité ne figent pas : ils exigent ou appellent ou méta/morphosent en sujet impossible.

(une forme en arc de conscience et non n’importe quelle présentation ou représentation déterminée quelconque ; toute détermination est quelconque en comparaison de ce rapport ; prétendre que l’arc de conscience nait du langage est une absurdité ; de où un langage pourrait produire un tel arc ? Alors qu’il est clair que cet arc est la structure qui use et abuse du langage, comme de toutes sortes de signes. L’arc de conscience n’a aucune explication causale ; rien dans le monde ne peut l’expliquer parce que le monde est fait pour qu’il apparaisse ; pour qu’il y ait une chose qui soit plus qu’une chose, qui soit non seulement vivante, non seulement culturelle (monde humains particuliers), non seulement acculturelle (dieu, la pensée, le sujet, l’altérité) mais qu’elle soit et se tienne sur le Bord en tant que rapport à (soi) sans aucun soi et rien que le rapport ; pour un rapport indéterminé, capable de tout).  

C’est bien pour cela que l’art, les esthétiques, les poétiques et récits, n’obéissent pas au bien et au mal mais au-delà, ce qui signifie à une autre exigence bien plus difficile et cohérente que le bien ou le mal (incluant ceux-ci donc vers un plus) ; ils inventent ce que l’on voit, la perception même prise au plus haut, au plus élevé, au plus loin possible ou ensuite au plus dense ; après la révolution en effet chacun est immédiatement pris dans la densité de son corps tel que donné là ; physiquement au plus loin possible, dans le monde, là, c’est bien pour cela que ce sont des « esthétiques », c’est leur lieu, c’est leur loi, c’est leur dû. Évidemment ils n’inventent pas seulement ce que l’on voit habituellement, quotidiennement, ils fourbissent des stratégies ; des stratégies qui idéalement devaient nous conduire à constamment, nous tous, un par un ; puisque l’on perçoit individuellement depuis que les esthétiques sont sorties du giron des religions, du groupe humaine, du langage commun, soit en somme depuis les grecs ; auparavant il existait bien sur quantité d’esthétiques mais déployés au sein d’un groupe, ce qui veut dire clairement perçu collectivement et non pas accélérant la perception individuée ; lorsque l’on applique le Beau ou le Vrai ou le Bien on n’abaisse pas l’individu à une réduction de la vision « par l’universel » : les esthétiques prolongent plus loin, plus avant le conditionnement, la mise en conditions, l’instruction préalable de notre être ; il faut s’instruire, ce qui veut dire installer des informations et des processus d’in-formation de notre être déterminé ; on augmente l’individué en menant des stratégies plus élevées ou étendues.

Et ce contrairement à tout ce qui fut prétendu après la révolution, lorsque les individus voulurent encore plus se libérer et nièrent l’universel. Ils avaient raison sauf que ne concevant pas la structure de conscience comme plus formelle et plus cohérente que l’universel lui-même, ils basculèrent continuellement entre une plus grande faiblesse (subjective, transgressive pour rien, de gloriole ou de rage) et une encore plus écrasante exigeante (Kant) et indue ; telle la volonté de N ou l’Etre de H, ou le communisme ou telle ou telle politique ou morale angélique ; ou enfin (un peu plus éclairé et compréhensif, ce qui veut dire enfin dépliée et explorée pour elle-même cette structure) le sujet sartrien ou le sujet lacanien, et leur titanesque éthique interne ; qui nous révèlent effectivement sur la structure et sa cohérence supérieure mais sont en réalité des sujets totalement impossibles, invivables, hors sol.

En un sens très-certain ces extrêmes exigences sont dans le vrai ; il s’agit de produire la plus grande stratégie possible… étant entendu qu’il n’est aucune stratégie capable de couvrir le champ de l’arc de conscience qui est indéterminé et renvoie à ce que l’on nommait autrefois l’infini (le sujet est architecturé par l’infini depuis Descartes ; auparavant l’infini est dieu, et évidemment de ramener l’infini ici même change la nature même de l’infini, et commence à poindre chez Descartes qu'il existe des infinis dans l'infini) ; c’est toute la question de savoir ce que c’est que cet infini-en-tant qu’il est « ici » et qu’est-ce que c’est cet ici qui supporte que l’infini ne soit pas seulement en dieu mais en ce sujet ; que l’on nomme cela l’esprit dialectique ou le noumène ou la Volonté ou le pour-soi). De par son indétermination la volonté nietzschéenne est du même ressort ; le ressort qui agit dans la réalité ; elle est même plus universelle, « la volonté », que le « sujet » qui désigne, signifie un seul à chaque fois ; "la volonté" ou "l'Être" sont des régressions en ce sens. 

Mais Nietzsche n’introduit que lui-même et ça n’est pas une vanité ; l’auto-affirmation sous la forme, à prétention vaguement objective, de la Volonté, de l’énergie (qui se proportionne selon le négatif ou le positif) est l’affirmation d’un réel autre (et de la capacité de le lire, en tant que Nietzsche, mais aussi d’en obtenir tout le potentiel, selon une espérée, attendue grande psychologie de l’altérité), cette auto-affirmation a pour effet de décentrer ce qui autrefois se concentrer selon dieu, la pensée (configurations) ou ensuite selon l’humanisme ou le moi (figurations), et évidemment Heidegger n’aura de cesse d’anéantir l’humanisme autant que le sujet, la métaphysique autant que le réalisme (N et H veulent instaurer une nouvelle ontologie dans un monde humanisé et psychologisé). Les affects existentiaux  de N n’ont pas pour but de montrer à l’individu sa possibilité (comme Nietzsche) mais à démontrer comme ce moi est une pauvreté, déchiré par l’être-là, et d’autant plus qu’il résiste à l’Etre entré dans la révélation, et pense maintenir cette barrière que constituerait l’humanisme et le sujet ; et il lui est promis un effacement par rapport à l’Etre, la grandeur ontologique prétendue du divin inhumain heideggérien (H qui veut dépasser le surhumain), puisqu’Heidegger a bien compris que le réel ne l’est pas, humain (qu’il ait alors voulu contredire l’historicité humaniste personnaliste universaliste, en promouvant une sorte de pseudo peuple, langage, monde, et finalement ce fantasme de l’Etre obscur, signifie bel et bien un retour en arrière effarant, qui ressemble quand même fortement aux anciens mondes humains particuliers qui se croyaient uniques séparément de tous les autres, ou dans l’ignorance de tous les autres, sauf que cette fois ce monde séparé prétend s’imposer à tous les autres) ;

et l’ensemble se satisfait de n’être qu’une promesse de la dite Grandeur (de l’Etre obscur), puisqu’ayant abandonné l’universel (et l’humanisme et le sujet, dévorant ce dernier par les affects détériorés de l’être-le-là, qui se situe, techniquement pour H, en deçà de l’humain, en deçà du moi) ; rappelons que la Parole précède le Texte (sacré et divin) qui précède l’Œuvre (et donc les individualités) ; le retour à la Parole est le fantasme intérieur au langage (qui clôturait chacun des mondes particuliers d’un groupe, et ici H ne rêve que de domination de toute la terre par une seule communauté ; la domination nietzschéenne était individuelle (et tout aussi imaginaire, bien qu’analysant tout un pan de la structure auto-affirmative et autre, ne valant que dans l'émergence individuée, soit Nietzsche lui-seul, aussi seul que le christique), la domination de H est terrifiante ; il parle d’une langue spécifique, l’allemand, et d’un peuple particulier, l’Allemagne comme soulèvement de l’Etre fantasmé de la plus lointaine vieillerie pré-métaphysique, antérieure aux grecs.  

Autrement dit ; ça n’est pas parce que le réel est a-humain qu’il est nécessairement surhumain (au sens de N) ou inhumain (au sens de H, quasi sacrificiel). Et ce serait s’aveugler que ne pas comprendre (et juger des autres comme de parfaits imbéciles) que dieu, la pensée ou le sujet manient tout autant sinon plus l’altérité pure mais structurée, exposée ; qui ne perd pas le regard et maintient absolument l'intentionnalisation sans la dévorer.

Or la stratégie la plus haute ne relève absolument de cette affirmation de soi ou d’un peuple donné ; que serait la vérité et donc la cohérence formelle si elle s’enfermait dans une détermination aussi sourde, aussi lourde ? La cohérence est et n’existe que comme principe, indéterminée au sens de non-déterminée, et relevant d’une technologie mentale bien autrement aboutie, élaborée, architecturée ; comme surent l’organiser les grecs, le christique ou les pensées du sujet (de Descartes à Hegel, en passant par Fichte et Kant) ; fondant alors réellement une historicité qui puisait dans la structure du réel même ; l’universel et l’individué sujet sont des performances réelles et non pas fantasmées ; la cohérence est selon l'articulation actuelle cosncience/présent qu'il faut continuer de relier dans le présent et dans le corps de chaqu'un.

Le champ ouvert est tellement énorme que l’on a basculé de Husserl à Heidegger, de Descartes-Kant-Hegel à Sartre-Lacan (sans compter l’ensemble de toute la pensée qui peut être désignée d’altérité dans tous les systèmes objectivistes, Freud, Marx, etc, et toutes les objectivités de science ; après tout prendre l’humain via la mondanéité c’est encore penser selon l’altérité).

La question c’est donc celle de la stratégie adéquate de telle sorte qu’elle ne déchoit pas ; qu’elle puisse se stabiliser au niveau le plus indéterminé compte tenu de tout ce qui est (de tout ce qui est déjà représenté dans tel ou tel monde ou acculturation humaine) et de tout ce qui est réel, autrement dit des structures acquises qui articulent explicitement ; dieu, la pensée, le sujet, l’altérité ; tout ce qui sort des quatre élaborations redescend, redescend dans le donné (cad substitue à une analyse structurelle une interprétation selon telle ou telle détermination ; si l’on préfère on lit Descartes pour atteindre cette structure, ou Kant ou Plotin (pour retrouver la compréhension de l’être en tant qu’il est cette Idée qu’est le Un, qui n’est pas une idée …)

Rappelons ceci ; la structure, le structurel n’est en rien humain.

Dieu est exigence pure, le christique est un appel impossible, le sujet est tellement méta, en-plus que l’on n’en a pas encore fait le tour (depuis Descartes), et l’altérité est essentiellement brute, voire brutale ; il n’y a rien de supportable dans tout cela ; la structure est a-humain même en quoi consiste le réel, ou, autre version, le sur-divin.

L'humain est effets, innombrable, de cette structure : étant antérieure et originelle, la structure peut tout engendrer. 

On nomme sur-divin puisque soit tout cela est de fait a-humain (et ne mène nulle part), soit il s’agit d’un effectif réel comportant- portant sa propre dimension ; que la structure du présent agisse effectivement comme un inimaginable « cela qui arrive » et alors, en ce cas,  l’a-humanité est extatique. Mais alors il faut bien analyser la dite structure et c’est ce que l’on fait au travers de dieu, la pensée, le sujet et l’altérité, jusqu’à Sartre et Lacan. Par extatique il faut ainsi entendre « que cela se porte plus loin » et à un point inimaginable, impensable, indécidable. Et c’est très bien puisque notre être n’est pas un être et ne tient ni dans l’imagination, ni dans la pensée, ni dans la décision ou le conscient (et ne tient en rien qui soit du monde, du vécu ou du corps), mais notre être, qui n’en est pas un, est une structure antérieure se tenant sur le Bord.

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