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instants philosophie

Attirance du Présent

11 Août 2018, 07:26am

Publié par pascal doyelle

On pourrait dire élaboration du réel en interne, si l’on comprend interne non pas comme intériorité mais comme la partie interne de l’externe impératif - l'étendue du monde - qui est excessivement étendu comme on sait ; la réalité est de fait et en elle-même complètement externe (une réalité non manifestée est absurde), ce qui n’empêche pas qu’elle possède un interne ; à savoir non pas une cachette secrète mais simplement, très simplement le Bord. Le Bord ne se situe nulle part dans la réalité mais c'est le présent qui constitue le Bord du monde.

Le Bord est l’interne de l’externe réalité ; ainsi l’immanence est tout entièrement là, sauf qu’elle existe dans la transcendance et la transcendance est non pas ailleurs et au-delà mais au plus instantanément ; le présent est cette transcendance, dont il faudra, un jour, comprendre le fonctionnement.

Exemple de la dérive non-universelle (si l'on peut dire)

On ne peut pas croire penser le réel en lui accolant l’idée d’infini ; que le réel soit infini est sans doute (aucun) vrai, mais l’infini ne constitue pas le réel ; le réel est cet « objet » qui supporte (entre autres) l’idée d’infini. Donc le réel est autre que tout qualificatif ou universel par lesquels on voudrait bien l’entourer, le cerner.

Donc le réel est considéré ici en acte. Rien ne saisira le réel de l’extérieur ; parce que le réel est lui-même l’externe. C’est bien pour cela qu’il est dit « en acte ». c’est parce qu’il est le rapport avec lui-même qu’il est externe, déjà, à lui-même (qu'il soit externe veut dire aussi qu'il est rapport à lui-même) et c’est cette externalité qui se perfectionne … Elle se perfectionne, elle se travaille, elle se veut donc (puisqu’elle est un rapport elle dit « je », ou plus exactement, à tout le moins, il nous est possible d’imaginer, d’imager, de penser, de représenter ou plus précisément de signifier cet « acte » en disant qu’il est un « je » puisqu’il se rapporte à lui-même ; on ne dit pas "je" pour une intériorité mais on dérive "je" du principe "est en rapport à soi dont le dit 'soi" est le rapport lui-même", et non une quelconque identité, l'autre nom de ce rapport du rapport est structure ou forme).

C’est bien parce que le réel, le réel tout entier, tout le réel, est un acte que l’on n’y atteint qu’en jouant selon le tout ou rien, ce qui n’est nullement une figure de style mais signifie : selon le Bord. Le Bord est au bord et donc abandonne tout. Et plus on remontera dans le jeu plus on atteindra le Bord, plus on sera en mesure de décider (de percevoir) selon le Bord. Plus se spécifiera l’intentionnalité. Si l’intentionnalité désignait un contenu, un contenu idéel, idéaliste, une sorte d’unité totalisante (dont Sartre insistait que n’existent que des totalisations, des découpages synthétiques), on tomberait sans cesse dans le monde... or c'est bien ce qui arrive ... on ne cesse de s'effondrer dans le monde, à partir du Bord ; mais le Bord reste absolument hors d'atteinte de quoi que ce soit (il est libre pur et brut, surtout brut).

Il n’y a pas d’unité de tout ce qui est, parce que ça n’est pas le tout des réalités qui puisse se conclure, c’est la décision, le décisionnel. La forme de la réalité, le réel donc (qui est cette forme en tant qu’elle existe) n’est accessible que décisionnellement (encore une fois Nietzsche n’insistait pas sur la « volonté » comme d’un fétiche, pas même comme d’un signifiant qui serait anti, une anti-volonté, une Volonté-autre contre la volonté commune, démocratique, universelle, humaniste, rationnelle ; mais parce que précisément Nietzsche n’est pas pour rien un véritable penseur, se tenant sur le Bord, et son Bord à lui il le voit, le perçoit comme Volonté-autre – et depuis Descartes on sait que cela s’origine antérieurement à la pensée).

Parce que ça n’est donc pas un tout. « Tout » est une sorte de fantasme qui n’existe pas, nulle part. Il n’y a rien qui forme un tout, puisqu’alors aucune réalité n’existerait. Pour qu’il y ait réalité il faut qu’elle soit purement et brutalement altérité, cad altérités. Si l'on préfère qu'elle soit explosée, menant grand bruit d'une indéfinie distinctivité généralisée ; l'altérité quoi. Que tout soit autre que tout est ce qui dessine « réalité ». Autre ne veut pas dire « n’importe quoi » mais distinctivité de toute réalité, autrement dit détermination ; ce qui est déterminé est autre que ce qui est déterminé (ils ne se confondent pas ; leur différence les distingue). Il n’existe pas de tout, et pas plus d’universel qui permette de réduire les réalités ; il existe seulement des universels qui traversent les réalités ici et là ; « tout » est une sorte de projection de la pensée universelle qui croit qu’elle peut assumer cela qui est, mais "cela qui est", le réel,  n’est pas ; « cela qui est » existe et l’exister constitue sa structure. L'exister est complètement différent de l'être ; l'être est second, l'exister l'acte même, antérieur. 

On ne peut pas saisir l'exister avec les grosses pincettes de l'universel (de l'être équivalent "pensée") mais bien par criticisme disait Kant (c'était littéralement son projet ; formuler le réel qui entoure la réalité, qui ne forme pas un tout, et donc entoure si bizarrement les réalités) ; aussi subtiles et analytiques soient-elles, les pincettes manquent le re-tour ; le réel est un sans cesse nouveau tour, sur lui-même (sinon à quoi servirait-il ?)

Si le réel consiste en l’exister, on peut dire que ce qui est de manière générale (et toute universelle, cad abstraite) est un rapport ; et ce rapport est le présent ; c’est du moins comme tel qu’il se donne à nous et par lequel nous ouvrons une piste. Le réel est le présent cad un rapport ; un seul instant, c’est cela en quoi existe ce que l’on nomme habituellement « univers » ; il n’existe qu’un seul point et ce point est formel ; dans ce point se déploient et se déroulent les réalités ; voila une vision, une possible représentation à laquelle conduit l’idée, principe, logique que le réel est le présent, cad l’exister. Une seule surface constituée non seulement de distinctions, de différenciations, mais qui est elle-même comme surface une division ; non pas quelque chose qui se diviserait mais la division elle-même qui seule existe et engendre. La dite division est formellement la dimension. Celle qui se dresse. Verticale. Verticale connue comme présent. 

Et dans ce présent il existe visiblement des êtres qui ne sont pas seulement cela qu’ils sont, mais qui sont le rapport qu’ils ont ; autrement dit leur avoir est plus important que leur être ; c’est parce qu’ils possèdent un avoir, une distance, une altérité que pour ces êtres (qui n’en sont plus) il existe un corps, un monde, des perceptions, d’autres qu’eux-mêmes ; et ceci non parce qu’ils perçoivent les autres ou les choses ou leur corps, mais d’abord parce qu’ils situent ces choses et ce corps et les autres sur un seul autre uniplan (un vivant perçoit les autres et le monde, mais ne situe pas ces autres et ce monde sur le plan horizontal tel que donné "là", il perçoit le réel mais ne sait pas qu'il y a un "réel", pour connaitre qu'il existe un réel il faut former un rapport à soi, et non pas être le soi ; le plan derrière les réalités est dieu, l'être (ou l'idée ou le Un) ou enfin l’exister, l’horizon tel que là (ce que l’on nommait dieu ou l’être ou le sujet/étendue, etc, l’horizon est le regard tel qu’il n’apparait pas dans le plan, et seulement situé comme point, celui qui Voit et n'est pas vu).

De tels êtres (qui n’en sont plus) ne peuvent absolument pas parvenir au bonheur et à la satisfaction ; le rapport qui les crée est de fait et intégralement, structurellement, autre ; si ils sont en mesure de produire des rapports (au corps, aux choses, aux autres, comme distingués d’eux-mêmes, distincts de leur regard) c’est qu’ils se situent dans le point de ce regard, non dans ce qui est regardé ; ils imaginent leur bonheur, mais sitôt atteint (au cas où) celui-ci s’effiloche ; c’est en ceci que la philosophie ne pense pas le bonheur, mais permet de déniveler et plier et replier et explorer l’insatisfaction native, structurelle (de même que dieu ou le christique manifestaient la possibilité de tenir l’insatisfaction telle quelle ; c’est seulement à partir de la révolution que l’on a cru que la satisfaction pouvait se rendre réelle dans le monde, et que l’on a ramené dieu à la nature, le sujet au moi et la pensée à la raison ; le donné suffisant largement, croyait-on, pour expliquer le donné. Mais de « donné » il n’y en a pas ; les atomes ou l’adn sont des relations, et non pas des états stables ; en fait tout est mouvements parce que tout est pris dans le mouvement qu’est le présent ; cad l’instant unique qui déplie tout.

Ces êtres qui sont en tant que rapport ne sont pas ; ils existent. Et dans ce rapport produisent des images, des perceptions, des signes, des gestes, des mouvements du corps ; tout est en perspective et acquis par devant ; on est perçu. Ce qui n’est nullement une contrainte mais la possibilité même ; si l’on était seulement ce que l’on décide d’être, on serait déterminé ; mais on est ce que l’on voit et cette vue échappe au conscient, au connu, au déterminé, à l'atome et l'adn ; le conscient en est, entre autres, l’effet. C’est bien en ceci que l’ancien discours universel ne parvenait pas à décrire la liberté (réduite à un choix, alors qu’elle est invention, mais dans la pensée ou la raison il n’est pas de création, uniquement conformité à, au beau par ex, au vrai, au bien ; tout cela ne s’invente pas mais se copie plus ou moins adéquatement). La vérité est que l'ancien discours à fondement universel était lui-même moyen pour une bien plus grande libération.

Prenons autrement

On ne peut pas dire toute la Vérité puisque la vérité, l’énoncé, est juste localisé et localisé sur un horizon et que si l’horizon apparaissait (en lieu et place de l’énoncé) il ne serait plus horizon mais énoncé. Donc ça échappe. Ça échappe mais non pas au sens dommageable ; ça échappe parce que la vérité est en fait le réel et que réel c’est précisément cela qui doit s’élaborer ; si le réel doit s’élaborer le vrai ne s’énoncera pas, il sera cela que l’on deviendra.

C’est toute la relativité du conscient que, déjà il y a deux mille ans, lançait Saint Paul « je ne fais pas le bien que je veux, je fais le mal que je ne veux pas » ; reprenant un leitmotiv commun, puisque les grecs parient et parient parce qu’ils l’inventent, sur la pensée, le conscient augmenté, puisque sorti du groupe et ouvert à chacun en tant qu’il se convertit à la pensée ; mais évidemment ça devient, cette impuissance du conscient, le principe central du christique ; si il y a « le christ » c’est afin que « ça » ne naisse pas de ma volonté mais de Sa Volonté ; c’est son Intention qui me confère la mienne propre (qui n’est plus sujette à la faiblesse, non en ce qu’elle peut (ça n’est pas magique) mais en ceci qu’elle est remise, par-donnée, autrement dit une faiblesse n’a plus de valeur fermée par rapport à la possibilité de remettre à nouveau, de re-commencer ; parce que c’est cela dont il est question que le Commencement soit toujours déjà possible ; que le réel est le Commencement qui n’en finit pas ; lorsque le christique fait-appel à chacun c’est afin de lancer le possible, la Possibilité dans l’histoire, et de lancer l’histoire elle-même. La perfection évidemment supra historique (cad qui domine toute l’historicité qui suivra) vient de ce que le christique objective, au sens de rendre réel, Sa volonté  qui est Autre que tout ce qui est au monde et autre que la logique d'aliénation du monde ; par cette intentionnalité instruite en dur, consistante, il se crée quantité de sujets. Ni plus ni moins.

Croire ou comprendre que le christique est une moralisation imbécile est pour le coup de la faible interprétation facile.

Comme dit ailleurs ; il n’y a pas de différence entre « aimez-vous les uns les autres » et liberté-égalité-fraternité. Aucune. Et par « instruire » il faut entendre in-former, donner la forme qui convient, adéquate, adéquate non à une injonction extérieure, mais adéquate à votre structure même (sinon on est en plein arbitraire et informel, sans forme, sans tenue et qui ne dure pas dans le temps ; ce qui n'est pas organisé disparait). On ne peut obtenir aucun concept adéquat au réel, sinon des similis réels, mais visiblement le christique (au moins) sût créer directement des consciences. Littéralement.

De même annoncer que l’infini (de la substance ou des attributs) existe est une absurdité ; ça ne signifie rien, rien du tout. Non pas que « infini » soit une qualification absurde, mais croire que l’on explique l’infini par l’infini est évidemment non distinctif. Infini désigne seulement et rien que le Un ; non parce qu’il est un « infiniment » (ça n’a pas de sens) mais parce qu’il est le Un ; ça n’est pas « infini » qui délimite « un » c’est « un » qui se représente par « infini ». Mais Un reste en retrait ; c'est cela qui pense et cela qu'il faut penser comme distinct. On peut tout à fait appliquer infini à « un » mais en sachant bien que c’est seulement une qualité relative ; ce qui montre à quel degré de réel on tient le un ; il est « plus grand » que « infini », autre manière de dire qu’il relève d’une autre dimension.

Et c’est cette dimension en-plus qu’entend montrer la philosophie.

La question fondamentale est celle qui outrepasse la pensée mais depuis longtemps nous sommes passés de l'autre côté ; en fait de nommer seulement l'être et déjà nous sommes posés sur le Bord, puisqu'on le voit, l'être ; de même dieu ou le sujet, c'est déjà du point-autre que l'on saisit, et par lui que l'on  est saisi ; de là l'expérience de conversion philosophique ou théologique ou phénoménologique ou existentielle ou nietzschéenne, etc ; cet arc qui s’instancie sur le réel, sur le présent (et le présent décrit et présenté comme le réel véritablement agissant et structurel, structuré et structurant) et ce présent considéré comme unique, un uniplan de Bord, que signifient-ils ?

Quelle logique imprime, tisse, élabore la réalité et si le réel est entièrement un mouvement et donc un pli, qu’est-ce qui se déplie ? Qu’est-ce qui se déplie non pas en partant d’état donné qui se déplierait, mais qu’est-ce qui se déplie en partant de l’avant, de ce qui attire dans le présent et par le présent ? Pourquoi ce qui n’est pas, le présent, tire-t-il vers l’avant tout l’être, et l’être le résultat, inversé, de ce qui viendra par et dans le présent ?

Et pourquoi obtient-on un arc de conscience qui s’instancie dans le présent, comme pli dans le pli ? Et si les réalités sont des contenus et le présent la forme, pourquoi l’exister est-il une forme et non pas un « quelque chose » ?

 

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