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instants philosophie

Distorsion instantanée

15 Septembre 2018, 08:14am

Publié par pascal doyelle

La structure en-avant de la conscience

Lorsque l’on prend conscience on se situe irrémédiablement au-devant de tout et on rame énormément pour retrouver quelques faibles parties du monde, du vécu ou du corps. Et rien ne se dessine jamais qui soit complet, sinon de conscience on n’en aurait pas. Le tomber-amoureux du moi, dieu, ou la pensée ou le sujet sont de cette dimension là ; celle qui existe en-avant. C’est cette différenciation du Bord du monde, du vécu et du corps qu’il faut explorer. Dieu, la pensée, le sujet ou le tomber-amoureux du moi (sa plus grande expérience possible, du sein de son bricolage) expriment, manifestent, et permettent de cartographier le mouvement, le mouvement brut, initial.

L’arc de conscience est une articulation, et doit et fut effectivement démonté, maintes fois, mais comme il s’agit de l’arc originel qui est supposé par toutes les autres qualifications (langages, techniques, sociétalité, mises en forme culturelles, personnalisations, corps, monde,perception, imagination, émotions etc, tout cela n’existe que dans le champ intentionnel d’un arc en retour) alors cet arc est évidemment le fait le plus pointu et le plus activiste qui se puisse (de tout ce que l’on connait).

Autrement dit l’arc de conscience est la tension qui nait de la cervelle vers le monde donné là et qui revient sur le corps et s’écrit de signes ; notons bien que ce ne sont pas les signes qui s’écrivent d’eux-mêmes sur le corps, c’est l’arc qui écrit les signes sur le corps ; les signes sont toujours à disposition de l’arc de conscience puisque les signes signifient, s’orientent vers le seul horizon réel qui soit, le seul et unique horizon ; l’horizon qui barre le monde (là où le soleil se lève, comme dit l’autre).

On pourrait tout aussi bien dire que c’est l’horizon qui nous écrit ; sauf qu’il ne peut rien si l’on ne le veut pas ; il faut décider pour l’horizon réel. Parce que ce qui se crée dans la réalité, dans le monde, ne peut advenir que librement et ayant absorbé ses peurs, dévoré l’horreur. Que l’on se soit rendu semblable à l’altérité, la brutalité, mais relevée, élevée. Que l’on ait pris sur la soi la Possibilité, puisque la Possibilité ne peut pas dépendre d’autre que de son libre vouloir, et pour cela le Présent est décisionnel ; il faut que techniquement, structurellement, la Possibilité, le possible même soit non pas causé mais intentionné, non pas d'un rapport extérieur mais d'un rapport interne à lui-même comme rapport, ce qui veut dire qu'il se place sur l'horizon "qu'un réel il y a ". Et le Un dépend des décisions prises, son visage se forme et se dessine des trajets que chaque trace délimite.  

Si le langage n’était pas à disposition de l’arc, cad de l’horizon réel, le langage serait un système fermé, clos, qui tournerait sur lui-même et n’accrocherait pas au donné, aux choses, aux événements, aux dialogues.

Bref il ne servirait qu’à clore le monde et l’expérience, et il fut effectivement utilisé durant des siècles afin que la communauté se retourne et dialogue avec elle-même et son monde, inventant sa mythologie et son organisation de monde, mais le monde (unique universel et donné là à toute perception et donc à toute pensée, individuée, et hors communauté immédiate) grec et le corps unique christique (chacun son propre corps séparé de la communauté) ou dieu ou une universalité, surgirent pour empêcher la clôture et cette invention est interne (poussé par de multiples causes extérieures évidemment mais il fallait néanmoins en créer la possibilité de rebond interne) ; la structure trouve la technologie, mentale (l’idée et le sujet), pour se renouveler et pense même cette possibilité en tant que renouvèlement ; la pensée ou le sujet qui re-nait constamment de ses inventions, produisant l’historicité.

Cette clôture n’est pas sa fonction ; la  fonction du langage est d’organiser certes, mais d’organiser afin de laisser ouverte la porte du monde, du donné, du vécu (d’intégrer dans un système, coordonné, des événements inattendus, y compris et surtout des événements quotidiens, pas forcément des catastrophes) ; grecs et christiques élargirent la porte ouverte sur le monde et plus encore sur le vécu et donc plus d’événements potentiellement repérables obtenaient la possibilité d’entrer dans le système de repérage : le monde donné là (le cosmos, la nature, le donné) et le corps, le vécu, le moi, la morale intentionnelle (et non plus seulement extérieure) christique.  

Au début on a cru que l’on saisirait le monde, la réalité, puisqu’ils étaient dans notre champ de vision (pour un animal il n’y a pas de monde, il est dans son milieu), on a cru que l’on était ce corps et cette identité, mais il fallut distinguer le regard et le regardé.

Et dès lors il fallut observer le regard lui-même et croire pareillement que l’on pouvait le définir ce regard, alors que tel quel le regard ne se dit pas, ne se montre pas, ne se définit pas ; l’horizon le plus adéquat au regard c’est dieu, l’être et la pensée en général (l’idée ou le un), le sujet et la liberté ; et en ce dernier cas l’intentionnalité du sujet, la capacité de tisser des rapports, rapports entre les signes et par les signes entre les gestes et les choses, autrui et  notre propre corps. Parce que dieu, la pensée, le sujet, l’intentionnalité ne sont pas seulement observés du dehors, mais nous perçoivent en retour et donc exigent. Ce qui élève est cruel, cruel en un sens incertain : ce qui veut dire que ça ne s’attache pas à telle partie du monde, du vécu ou du corps et que ce qui élève implique de percevoir du point le plus éloigné de la réalité, le point du réel.

Si tout est créé dans le mouvement, dans le présent qui déroule l’ensemble de toutes les réalités, alors le réel n’est pas une fixité mais est un rapport et se déploie comme rapports (une fixité parvient très péniblement à se différencier en mondes, réalités, êtres, mais un rapport est de fait en soi la différenciation, pour cette raison il y a « réalités »). Parmi tous les rapports il se crée des êtres qui sont à eux-mêmes le rapport qu’ils ont (l’avoir précède l’être, il n’y a pas d’être, sinon comme effets), qui sont en arcs de conscience ; leur avoir est leur être … ils ne sont pas les rapports déterminés mais se tiennent d’un rapport indéterminé ; à savoir non pas d’un rapport avec une transcendance (ce qui en soi paraitrait logique ; ce qui est au-delà est hors de la détermination du monde, mais réintroduit alors une sorte de détermination par cela qui est au-delà ; infinité, éternité, qui sont comme des extensions des limitations dans le monde) mais d’abord d’un rapport entre un donné (corps , monde, vécu) et une forme (le sujet cartésien, kantien, hégélien, husserlien, nietzschéen, l’anti sujet heideggérien, celui sartrien et puis lacanien).

Or si l’animal a « conscience » de vous, vous avez en plus conscience de vous-même, ce qui veut dire que vous vous situez sur, par rapport à un horizon ; ce par quoi vous vous saisissez est l’horizon du monde, ce qui veut dire le réel (ou encore dieu, la pensée et l’universel, ou tel rond-point qui fait figure de Bord, et même il existe un point de votre corps qui fait office de réel repéré, perçu).

D’aucuns tentèrent d’identifier forme et contenus ; l’économie marxiste, la nature humaine libérale, l’homme comme rationnel (entendant la raison comme un super contenu ou un contenant consistant, ou une logique) ou naturaliste (au travers de discours qui risquent de se prendre pour les réalités que par ailleurs ils peuvent décrire précisément mais qu’ils ne sont pas, on ignore si ils en font le tour ou épuise la réalité elle-même), ou identifier le sujet et son inconscient, l’humain et le langage ; ce qui en soi explique quantité de systématiques et de causalités, réelles, mais qui à la base n’explique rien ; pourquoi existe-t-il un tel être qui n’est pas un-être (une essence, quelle qu’elle soit) mais des tas d’essences diverses et ayant capacité de créer des contenus qui défilent et ne sont pas le regard dans lequel ils défilent ? Pourquoi et comment ?

Quelle est sa technique, sa technologie ?

Si cet être, qui n’est pas un être, est un rapport, alors il est capable de s’examiner lui-même, sauf à croire qu’il pourra s’identifier à telle ou telle supposition, dénomination, qualification ; rien ne le qualifiera, il sera en mesure cependant de signifier la forme, le dessin, par quelques détours et inventions, bien précautionneuses ; le sujet cartésien ou kantien ou le négatif dialectique hégélienne sont incomparablement subtils. Et non les caricatures qu’une pensée objectiviste ou subjectiviste devait déformer à cette seule fin de ramener telle inspiration fondamentalement métaphysique, métaphysique que Descartes avait déjà abattu, la pensée étant originée dans la structure de sujet) ; puisque le rapport qu’il existe, sans doute est-il engagé en divers contenus mais il se perçoit sous la forme, littéralement, sous et en tant que forme, le je que l’on sait individué extrêmement et pas en quoi consiste cette absolue forme individuée ; il (se) perçoit ; il est l’unité (forcément vide, sinon il serait ceci ou cela et non pas le rapport lui-même) et cette forme ne dépend pas de ces contenus ; on ne peut pas se passer, en aucun cas et en aucun sens, de cet invariant que le rapport existe pour lui-même puisqu’un rapport existe tel.

Descartes, Kant, Hegel, Husserl, mais aussi Nietzsche et Heidegger, et surtout Sartre et Lacan ne sacrifient absolument pas à un contenu ; c’est bien en ceci qu’ils sont difficiles à lire, décrypter, signifier, de telle sorte que le lecteur sache percevoir, voir dans son réel la forme de son être, de son être tel que dessiné (et non plus identifié à telle image, imagination, perception, partie du monde ou du corps). Nietzsche lorsqu’il affirme l’autre-volonté (la volonté comme Autre) signifie (qu’il le sache ou pas) que l’arc de conscience, la conscience n’est pas le conscient ; de même Sartre insistant sur la position du moi dans le champ de conscience (dite impersonnelle).

La question est dés lors de comprendre ce qui s’articule non pas dans le rapport mais en tant que rapport ; le rapport n’est ni d’un coté ni de l’autre mais le mouvement, la forme, le dessin, les traces et le trajet du mouvement.

Lorsque le rapport est le sujet lui-même

Et ce mouvement en lui-même doit être compris comme « conscience » ; ce qui veut dire : ce qui a rapport à (soi) dans lequel rapport le « soi » est le rapport lui-même (et non quelque autre réalité) ; et donc il n’est pas de « soi », d’identité, de contenu ou plus exactement le contenu est soumis à une unité qui est transcendante ; Pierre n’est pas « Pierre » mais est un sujet qui emprunte Pierre, c’est ce que le sujet fera de Pierre qui compte et en ce sens le sujet-de-Pierre est plus grand, bien plus grand que toute identité de Pierre ; chaque moi qui se prend pour un être là donné, acquis ou hérité ou idéal ou spirituellement identifié, est en fait, dans la construction même une réalité artificielle, une précipité, une synthèse, un syncrétisme (un corps, un passé, des relations, du langage, etc), un composé, dont l’unité est toujours en vérité dans la projection intentionnelle d’un futur, ou d’un passé tel qu’interpréter dans une activité qui se visualise à venir. La composition que l’on a bricolé de soi-même (et qui bascule totalement lors du tomber-amoureux du moi ou dans toute expérimentation métaphysique et universelle, ontologique et existentielle, ou si l’on veut mystique et divine), cette composition n’a de poids, paradoxalement, que dans le tracé de l’intention.  

Et bien que d’être formel et bien qu’existe le rapport et non un moi, il est d’autant plus individué ; il n’est pas un universel vague et abstrait ; il est individué sans raison, sans cause, sans détermination et c’est bien pour cela qu’il est individué ; sinon il serait relatif à telle ou telle détermination (elle-même composée) et ne serait pas un rapport à (soi) comme rapport. Et c’est parce que chacun est un arc de conscience absolument unique et formellement unique (si il était déterminé il serait composé ou composition mais non pas unique) qu’il est ensuite et dans le prolongement un moi, une identité, un contenu, un vécu, un relationnel, une perception ; tout est re-construit à partir d’un arc qui est sorti du monde, du corps et du vécu depuis le début ; on est déjà au-dehors sur la surface du réel et c’est de là que l’on perçoit (sinon on serait dans le monde et non pas en face, dans le corps et on ne possèderait pas un corps). C’est bien pour cela que l’on nait au-devant (et non dans le passé).

De même que le présent est ce qui existe et ensuite un monde, pareillement il existe un arc et à sa suite un moi (comme concrétion synthétique et même comme densité de la forme, tout comme l’extensivité grecque du monde et l’intensité christique du sujet se sont imposés dans l’historicité, il y a une densité acquise de l’humain, par la révolution universelle, et une densité personnalisée, qui fait suite et actualise l’humanisation universelle). Et de même que le présent est en-avant du monde, de même l’arc est en-avant des signes, comme de juste, et l’ensemble se crée comme à rebours (si l’on part du Possible brut).

Et ceci s’explique par cela ; par la nature même de la forme-sujet qu’est une « conscience » ; puisque cet arc sort de la cervelle, vers le donné, vers le monde, et lorsqu’il revient c’est vers le corps ; il couvre le corps de signes, cad de rapports ; le langage est pris lui-même dans le tissage vers le donné et de retour vers le corps, dans le cercle et même bien plus exactement dans l’arc de cercle ; l’arc est toujours ouvert au-devant, dans le monde, selon le corps, selon en vérité la perception et ne se referme jamais ; il croit qu’il se clôt sur une identité, mais il demeure exporté hors de lui-même puisqu’il est tel constitutionnellement ; le langage est pris-dans (ce qui ne veut pas dire que par ailleurs le langage ne forme pas des systèmes, sinon il ne perdurerait pas, l’inorganisé s’effondrant) et le langage ayant pour fonction de signifier, de se repérer dans le monde ; il ne doit pas perdre le monde de vue, son horizon est donc celui de la perception, et ce champ de perception n’est pas celui « du langage » mais celui d’un corps qui perçoit dans la position vers l’horizon et vers l’horizon réel ; il n’en existe qu’un et c’est celui qui est supposé par tous les autres (qui sont des découpes dans le seul réel, de même que la représentation du moi s’effectue sur le corps comme horizon) ; une conscience ça n’existe, autant que l’on sache, que dans un corps vivant (ou quelque système ouvert équivalent dont nous n’avons aucune expérience, ni extraterrestre, ni surnaturelle) ; on ne sait que ceci qu’une conscience est un arc ouvert sur un donné qui est « là », cad sur un horizon réel, absolument autre, non identique, qui comporte des mondes de différenciations, et n’est accroché que par et selon un corps.

La finalité est donc, avançant au fur et à mesure et découvrant le paysage se dévoilant tandis que l’on s’écarte des mondes culturels, des communautés entre-soi, formant monde-et-paroel à la fois, découvrant la surface du réel comme immense pli, mais pli vers l’avant, vers la Possibilité, on explore la structure du présent ou de l’activisme ; l’activisme est la possibilité du réel telle qu’elle produit la totalité des réalités et dans ces réalités des structures réactives, auxquelles il est demandé de créer le chemin lui-même.

 

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