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instants philosophie

Le Rapport enchanté

23 Septembre 2018, 08:20am

Publié par pascal doyelle

Il faut entendre que la réalité, la réalité tellement brutale, n’est pas un champ unifié qui se résoudrait en une unité fixée, mais que le Un en question est justement un rapport, et que comme rapport il se diversifie instantanément et immédiatement en rapports (toute réalité est un ensemble de rapports et de ce fait non stable).

Cela revient ni plus ni moins à dire que la logique du « réel » est l’altérité ; ça n’est pas l’altérité qui s’appliquerait à un quelque chose préalable, c’est l’altérité qui est constitutive des choses, de toute réalité ; et réalité s’entend comme « ce qui est déterminé » et ce qui est ce sont des choses déterminées, sauf le Bord, qui, lui, existe ; le Bord des choses déterminées est indéterminé ; il est la surface (le présent)  sur laquelle sont les choses, les êtres et, ensuite et de plus, les rapports spécifiques qui sont le rapport qu’ils ont et qui ne sont pas l’être. Soit donc ces arcs de conscience qui sortent de la cervelle vers le donné là.

Et donc par ce jeu de rapports, il se crée ou cherche à se créer d’autres nouveaux rapports, eux-mêmes "infinis" (cad distincts) selon leur nature propre. Dans l’ensemble le réel est « ce qui est plus grand que lui-même », est un infini qui crée des infinis. Il se trouve que nous connaissons au moins un de ces rapports spécifiques ; l’activité de conscience qui est, effectivement, non ce qu’elle est mais ce qu’elle a. Entièrement dévouée à l’altérité étant « rapport » ; conscience de. Ce ne sont pas les "quelque chose" qui constituent l'essence de l'arc de conscience, mais l'arc de conscience, ce rapport, qui traverse tous les contenus.

Pareillement - il n’est aucun être stable de base mais seulement du mouvement - il n’est pas d’unité terminale qui serait inerte ou figée : le Un qui-vient est absolument, de haut en bas, de gauche à droite, en mouvement. 

Ce qui veut dire que au plus loin, le Un n’est pas figé ni fixe mais est lui-même encore un mouvement, le mouvement qui se meut et qui entraine et surtout réentraine continuellement tous les rapports ; le réel est un mouvement qui se crée depuis le début et continue de déployer son visage en tant que mouvement

(ce qui veut dire en tant que possibilité, voire Possibilité ; il n’est de possibilité possible, pour ainsi dire, que dans l’altérité, et d’altérité que dans et par et en tant que rapport).

Il est le Bord de toutes les réalités, le Présent agissant, qui non seulement déroule les réalités mais revient du point le plus éloigné pour se modifier ; de sorte que la dimension du présent est en elle-même la plus fondamentale et la plus énigmatique qui soit ; nous existons sur le Bord même de cela qui se crée ; chaque point partout est au plus près du Un intensément et extensivement mouvant (en vérité il n’existe rien d’autre, parce que tout le reste est sur la surface du Un ; l’exister est infiniment plus grand que l’être ; ce que Heidegger, sa seule grande idée, nommait l’être contrairement aux étants, il faut les nommer respectivement comme exister et êtres ; il n’est d’être que déterminé et donc en tant qu’êtres, l’unité étant l’exister, le un qui se meut). Il faut prendre en considération que le Bord de la réalité, du monde, du vécu, du corps est littéralement le « lieu » où tout se décide.

Alors évidemment on ne peut pas saisir le Bord, le présent, tels quels ; il faut un détour ; il faut une itération superlative pour ainsi dire, une récurrence, « qui fait signe » et qui revient quoi que l’on fasse ; on a visualisé cela par dieu (à moins que ce soit une révélation, on ne sait pas), par la pensée, par le sujet, par l’altérité (Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan) ; dieu est mort et remords et remord, nous remord à nouveau, parce que comme le christique ou la pensée ou le sujet, on ne peut pas se débarrasser du Bord . C’est bien l’illusion que de croire remplacer la structure par quelque contenu déterminé pêché dans le monde, le vécu ou le corps ; il y a de l’indéterminé et dieu, l’être ou le sujet ou enfin l’altérité (Nietzsche-Heidegger-Sartre-Lacan) s’utilisent afin de nommer et donc d’être en mesure d’utiliser le Bord ; sans cette dénomination on en est la proie, on se noie dans la détermination ; ce qui veut dire que l’on va désirer dans le monde, le vécu ou le corps une puissance qui se tient en dehors ou à l’externe du monde ; on mélange alors la détermination et l’indétermination et non seulement on épuise la détermination mais de fait on n’y retrouve absolument pas ce que l’on désirait, et on devient fou.

Qui relève de la seule structure du rapport et non des contenus. Il n’y a, il n’existe que de l’infini, cad des rapports. Il n’existe peut-être qu’un seul rapport terminal mais alors il suppose, implique, produit tous les autres, qui se déroulent ‘dedans’.

Comme le bord du monde doit être représenté il faut comprendre qu’il ne peut l’être que signifié ; signifié en et par une intentionnalisation, un arc de conscience et le Bord du monde, du vécu et du corps nous convoque en personne, en tant que je, dont on ne peut pas dire qu’il soit un « moi », une subjectivité, mais bien plutôt non seulement un sujet au sens objectif (il existe effectivement un être qui est le rapport qu’il a ; puisque c’est un rapport il ne peut pas « être », mais est exclusivement un mouvement, et donc une relation entre deux éléments, un signe une perception, un signe et un autre signe, un signe et un sens) mais une structure-sujet, et au sens hyper objectif ; en ceci que le sujet nait dans l’actualité la plus brute et réelle au contact du monde et re-vient toujours du monde donné là qui ne lui apparait que dans et par son activité ; c’est un mouvement donc il s’active, et tout ce que l’on perçoit est construit, non pas artificiel mais construit et c’est bien pour cela que l’on peut parcourir toutes les images, représentations, désirs, signes, idées que l’on voudra en vérité et en fait il n’y a qu’une seule orientation : l’arc lui-même ; toutes les surfaces, mouvantes, sur la surface unique du présent. 

et que se pose des unités (révélées ou créées selon que l’on y croit ou non)  ; que l’on se tienne de la pensée et de l’universel ou du sujet ou du sujet explosé de l’altérité ; Nietzsche, explosé flamboyant, Heidegger, explosé d’effondrement dévoré par l’évidence de l’altérité de l’être comme Autre (qui entre en concurrence avec l’être grec ou l’être dieu), et analysé par Sartre et Lacan qui pour le coup explosent littéralement la structure même du regard du dit sujet ; c’est uniquement et exclusivement dans la perception de structure du sujet, du rapport de conscience, qu’apparait le réel ; puisque tout autre attitude intentionnelle se fige sur une détermination, fixation qui ne permet plus de revenir par le biais de la structure.

C’est généralement ce que l’on reproche à la philosophie (d’être abstraite ou vide ou indéterminée ou tautologique ou illusoire) et qui consiste au contraire à repérer le réel ; on ne voit pas pourquoi Aristote nommerait cela pensée de la pensée, sinon de ceci que d’abord au moins ce retour de la pensée manifeste le court-circuit qu’opère non pas la pensée mais l’intentionnalité dans le monde (et le langage, etc), ce par quoi elle se repère elle-même dans le repérage (il faut signifier que l’on pense puisque penser ça n’est pas parler ; pensée est explicitement visé comme étant pensée, ce qui veut dire intentionnalisé et qui implique que soit nommé l’être, le réel, puis dieu sous l’apparence du corps, christique, puis l’altérité ; on ne peut poser un contenu, quelconque, que sous un horizon et l'horizon créé ce sera le monde universel ou le corps réel) ; ce serait absurde que ce qui pense ne soit pas lui-même notifié et délimité et d’autre part que de fait ayant à se notifier elle doit développer « ce en quoi » ou « par quoi » elle est repérable, l'horizon réel ; il est clair que le fait même qu’il y a pensée ou qu’il y ait intentionnalité dans un corps (vivant, et vivant dans un monde) ne peut pas, ne peut pas être admis ou imaginé (parce qu’alors c’est de l’imagination) comme simplement un regard tout à fait éthéré et pour ainsi dire inexistant ; c’est pourtant ce que présuppose la scientificité ou plus précisément le rationalisme ; comme si donc « quelqu’un d’immuable regardait le donné » sans qu’il y ait quelque intérêt que ce soit à l’interroger.

Or c’est justement pour déloger ce regard éthéré et l’attirer dans le réel et donc de préciser ce que l’on peut percevoir du réel brut, que pense la philosophie ; puisque de fait c’est de perception, structurelle, active et qui veut à partir du donné remonter jusqu’à l’être, jusqu’à dieu, jusqu’au sujet, ou au sein même de l’altérité. Non seulement pour connaitre le Bord mais parce qu’étant rapport c’est sa nature même de rapport que de se connaitre comme tel.

Il n’est pas question de remettre alors en cause la scientificité, mais de poser le problème ; penser objectivement limite l’interrogation, ce que n’admet pas la philosophie ; son registre est d’enquêter sur l’ensemble du problème ; de notre être/dans l’être, par les grecs, ou du sujet comme structure (depuis Descartes) situé en un lieu effarant ; l’étendue du monde, l’ensoïté des choses, l’autre-volonté nietzschéenne, l’être de H, l’existence sartrienne, le corps lacanien. 

Et, contrairement à ce qui se dit, la trajectoire (de la pensée, de la réflexivité, du retour sur cet être tel que là, actuellement il se met en œuvre) la trajectoire fut toujours parfaitement adéquate ; comment en aurait-il été autrement puisque c’est cet être qui s’expérimente et qu’il n’y a rien d’autre à expérimenter ? On ne peut pas se tromper structurellement de réel : il n’y en a qu’un. Et ce sera lui qui vient. Ce sera lui (au futur) qui vient (là maintenant). On ne s’est jamais trompé ; mais lorsqu’elles tombent vers le monde, les idées, les intentions (christiques, éthiques), les perceptions esthétiques s’affaiblissent et se déforment, reprennent la forme du monde, s’affaissent et se dissolvent ; de conscience à consciences l’idée devient matières.

Et l’intentionnalité devient intérêts. Aussi y eut-il quelques moments seulement qui soulevèrent le monde, les vécus, le relationnel, la matérialité (donnée) et la matérialisation (des intentionnalités tombant dans le monde). Ce qui revient à dire que l’horizon du monde, de notre réalité en ce monde est la mort, la destruction, la violence ; unanimement toute intentionnalité entrant en concurrence et rareté, agressivité et survie, lutte et rivalité et la ligne atteint tôt ou tard l’enjeu maximal, surélève l’investissement ; dans la confrontation, si rien ne vient médier, chacun poussera l’autre jusqu’à la mort ou l’exploitation ou l’humiliation. De même que les désirs se renouvellent indéfiniment et impliquent l’épuisement des mondes.

Ça n’est que du dedans que la puissance, la toute puissance de la structure peut de par soi se réguler. Ou ce que l’on a tenté depuis l’Etat et la révolution, que la logique liberté-égalité-fraternité jugule et surtout canalise, réordonne et laisse à chacun la possibilité de se mesurer, de mesurer ses intentionnalisations (compte tenu de tous les autres et de soi) ; seule cette structure intentionnelle peut atteindre la précision et la significativité requise pour déployer et organiser les intentionnalisations, ce qui ne peut se contrôler de l'extérieur, ni de l'extérieur des autres, ni de l'extérieur en soi-même du moi conscient ; une telle mise en opérativité de l’intentionnalité ne peut pas en passer par la « volonté » et le « conscient » ; de là que Nietzsche soit amené à supposer une autre-volonté ou que Sartre se démène pour penser l’altérité de l’acte même de conscience, qui n’est pas le « moi », ou qu’évidemment Lacan traque les hiatus invraisemblables ayant lieu du corps, de la perception, du signe ; on a perfectionné et on s’est avancé très loin dans l'analyse de la possibilité d’agir sur cela qui agit, cette logique de distorsion qui est impliquée par le fait même que le réel est un rapport qui se retourne et que pour nous l'arc de conscience est une telle distorsion ; et l’exigence de ressaisir l’activité intentionnelle (que rien dans les contenus de conscience n’est égal à l’acte de conscience qui pose ces contenus, serait-ce même une idée universelle ou une loi ou une logique) cette exigence repose sur cela que la satisfaction, de toute manière, n’est pas et ne peut pas être de ce monde, parce qu’elle ne peut pas être tout court …

qu’elle est de l’ordre de la structure, du Bord du monde et non pas susceptible de se rencontrer dans le monde ; toute pensée qui promettrait la satisfaction est juste soit la folie d’un sujet, soit le rêve mortel d’une secte, soit l’utopie d’une universalité quelconque (communiste ou tout ausi bien sinon plus libérale qui croit en une "nature" humaine satisfaisable et se nourrit de cette illusion entretenue partout et plongeant tout le monde en l'enfer de l'egocentrisme)  ; toute détermination serait-elle universelle, est quelconque par rapport au rapport initial ; rien, nulle part et en aucun sens ne lui est comparable, c’est cette incomparabilité qui doit être pensée, et pensée non selon telle ou telle division du monde, mais selon sa propre dimension de Bord. C’est bien en ceci que depuis les grecs et le christique (depuis que l’on remplacé tout monde humain clos par un processus de Bord, qui était souvent réservé à quelques uns dans les sociétés traditionnelles, hindouisme par ex) nous sommes jetés sur le Bord structurel même ; c’est à partir de là que l’on perçoit et non plus du sein d’un groupe, d’une communauté.

Et c’est cette puissance, cette toute puissance (aussi fragile et sans recours soit la structure de conscience, ayant tout à reconstruire du monde donné, son indétermination est la puissance pure et brute du réel même) cette puissance qui démantibule le moindre moi, le moi humain comme personnalisation faisant suite à l’humanisation instaurée depuis la révolution et l’Etat moderne. C’est en ce sens que l’on a précisé que si les grecs manient l’extensivité du monde (et de l’universel), si le christique entame l’intensité (du sujet et la distorsion que le produit finit par remonter en chaque un, cartésien, kantien, etc), il vient ensuite la nécessité de poursuivre dans la densité du corps (du moi de chacun) ou la densité du monde (objectif, donné là, matérialité de ce donné et matérialisation des intentionnalités dans le monde, réalisation et réussites humaines, et le vécu et le corps de chacun) ; extensivité et intensité restaient encore « abstraits » mais lorsque s’impose de vouloir, désirer, décider dans la densité du monde, on comprend bien l’intime difficulté ; c’est en ceci que dieu est remplacé par la naturalité,  la pensée devient la raison et le sujet s’instaure en tant que moi (humanisé et ensuite personnalisé).

La mass médiatisation (qui est d’abord le flux s’coulant d’en haut vers le brave peuple) puis la mass médiation (par quoi chacun devient centre actif de son propre flux intentionnel, ce que montre le sur développement des médias, au sens général du terme) avaient pour finalité, structurelle, d’incruster dans la perception et donc dans le corps même de chacun la capacité, la possibilité, l’inventivité de concrétiser l’intentionnalité ; non plus de seulement se comporter à l’exemple du christique ou de se penser selon le marxisme ou de se raisonner selon l’universalité (kantienne par ex), mais  la possibilité de se percevoir dans des images (au sens général également, récits ou toute représentation ou tout support) et de ces images, de ce déversement d’images de remonter dans le miroir lui-même, dans le regard. Et de se convaincre, de se perfectionner, de se détailler l’intentionnalité (là où depuis toujours elle revient vers elle-même, à savoir la perception telle quelle et l’horizon unique, le seul réel, auquel ont accès les seuls sujets).

La porte du présent fut ainsi ouverte, toute grande (elle ne peut pas ne pas s’étendre indéfiniment ou infiniment), et se signe comme Actualité, actualité structurelle ; la pensée (grecque) et le sujet (christique et suivants) ; actualité qui déclenche le suractivisme et augmente (extensivement) et accélère (intensivement) et permet de passer de la mise en forme culturelle (des mondes humains) à l’acculturation structurelle (universel et surindividualité), par quoi se manifestent ce que l’on a nommé le surdivin ; « cela qui vient en-plus du divin » ; la pensée est divine, le christique est divin, mais les deux ici même et ici et maintenant ; les mondes s’installent comme le monde unique universel et chacun obtient le corps qu’il est, et ceci sous la forme du corps qu’il a.

C'est ainsi que l'agissement (non plus réduit à une communuaté culturelle, mais accordé à l'individualité du sujet) est devenu le réel même, est devenu pour nous, pour chacun, le réel tel quel, agissant. 

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