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instants philosophie

Signification lointaine de la réalité

8 Septembre 2018, 07:53am

Publié par pascal doyelle

On obtient donc un univers extrêmement brutal, violent parfois, destructeur.

Nous sommes donc parvenus à l’extrême limite de la réalité, sur le Bord du monde (du vécu, relationnel notamment, et du corps) et ce bien que l’idéologie humaniste, rationaliste, naturaliste, réaliste par principe tende à nous le dissimuler. Pour la raison qu’alors tout l’édifice de la représentation s’effondrerait. Elle nous le dissimule en nous abreuvant de représentations, d'images, de récits de plus en plus déglingués, qui recyclent mécaniquement les imaginations, les images de soi et du monde et des autres, vers encore plus d'identités abracadabrantes  

On remarquera l’existentielle vision du réel brut inaugure, l’angoisse et la dépression poursuivent, de même que les inconcevables constructions psychiques folles et les obsessions du moi qui tente vaille que vaille de s’en dépêtrer, de ce monde, de ce corps - de ce corps martyrisé, supplicié par le langage ou les signes ou les autres ou les désirs et imaginaires, dixit Sartre et Lacan, déjà tel le corps christique, ou les retours de flamme de l’ontologie pure et brute de Nietzsche et Heidegger entre autres, qui veulent réintroduire dans le monde lissé de l‘humanisme et de la raison, un engouement, plus ou moins a-humain ou surhumain.

Le problème est celui-ci ; on prend comme rationaliste, naturaliste, humaniste les configurations précédentes qui, elles, ne l’étaient pas ; dieu, la pensée, le sujet (auxquels se substituent la nature, la raison et le moi humain) ne lançaient pas du tout une platitude telle que l’idéologie réaliste du 18éme ; mais idéologie de platitude qui, il faut impérativement le remarquer, permet seule de rendre effective, historique, mondaine, humanisée l’architecture jusqu’alors élaborée comme dieu, pensée et sujet ... ça n'est pas contradictoire, c'est le prolongement. Or cependant lorsque tout l’ensemble précédent se ramène à la nature, à la raison et au moi humain, s’ effondre l’arc absolu de la forme dieu-pensée-sujet et on voudra découvrir, aimer, désirer, décider, vouloir rendre réel cet arc absolu qui jusqu’alors se comprenait relativement via dieu, la pensée et le sujet mais qui devient totalement insupportable lorsqu’on lui assigne le monde, donné, le vécu, les relations humaines, la société humaine, serait-elle révolutionnaire ou révolutionnée, réalisaiton impossible de l'arc qui se transfigurera en représentations recyclées.

Cela veut dire que face à la puissance de la structure de conscience toute réalisation, toute représentation, tout vécu et toute identité (toute personnalisation) parait outrageusement écœurante. Ce qui se réservait autrefois pour une grande stratégie (dieu, pensée, sujet) s’effondre dans le donné et cherchant néanmoins à se reconnaitre commence de tout dévorer intérieurement ; la haine et le dégout formulent de fait la substance même du monde pour la structure totalement égarée en un telle détermination de monde, de vécu et de corps, et qui plus est encore lorsque le monde et l’humain, le moi et sa vie réalisée se devaient idéalement sinon parfaits du moins suffisamment satisfaisants.

Ce qui paraissait comme un cauchemar climatisé devient au fil des décennies une horreur empuantie et diabolique, foncièrement perverse, redoutablement méchante et indécrottablement malsaine ; son essence en laquelle on désirait réaliser l’idéal (prétendu possiblement accessible depuis que le réalisme rationaliste, naturaliste proclame son principe ; que le donné explique le donné et que le désir trouve son objet adéquat) et son essence est horrible et nous impose soit un masque et  son angoisse (masque qui colle notre visage et nous rend indistincts à nous-mêmes) soit une caricature grotesque (caricature qui nous regarde, nous observe, nous dévisage, que l’on cherche à lire, puisque toute caricature est orientée, déformée selon un certain sens ; l'image, la représentation, FB ou les jeux vidéos nous observent). Il manque dans le monde et le vécu une distance innommée, non signifiée et sa monstration impliquerait le démontage des évidences et du vécu, puisque la distance imprimerait que non "ça n'est pas dans le monde", c'est sur le Bord.

Aucune interrogation sur la nature fondamentale de la réalité n’est concluante ; elle ne se trouvera nulle part dans le passé, ni dans la causalité ; le réel est un activisme et se tire de sa possibilité, cad du présent parce que le réel est tout entièrement « ce qui se réalise ». Or on ne peut supposer que cet activisme se fige. On peut découper la réalité en quelque dessin que ce soit, ce sera tel le visage que l’on devine ou croit deviner sur les ruines d’un mur. Il faut néanmoins le dire nettement ; il n’y a rien dans le monde, le passé ou la détermination de la réalité qui donnera le la de notre être. Parce que ce n’est pas un être mais qu'il se situe au-devant, dans la structure du présent, dans la structure comme présent (qui adresse on ne sait où mais dont il est le mouvement). Et il se tient tellement au devant que rien n’a de sens du tout, sinon de se projeter au devant (et on ajoutera que tout ce qui est se tient dans l’au-devant parce que tout est soutenu par le présent et que le présent avance, la question est ; qu’est-ce qui avance et comment).

Dit autrement ; on trouvera de plus en plus d’horribles causes, des causalités de plus en plus basses ou ridicules. Puisque l’on aura utilisé les plus acceptables ou les plus jolies, adorables, aimables, premièrement et ensuite toujours plus dégradées et dégradantes, à moins que ce ne soit l'inverse et que l'on ramène du temps jadis de vieilles identités fantasmées, une religion, un racisme, une bizarrerie quelconque. Que ce soit une psychologie magique de forces obscures ou naturaliste de forces pulsionnelles, ou que cela aboutisse à diverses sortes de fin du monde, fin de l’humanité, dans les plus atroces cruautés ou les plus vides et dans l’inertie de masse du mort-vivant.Toute la représentation est finalement organisée "en retour", comme en se ré-enroulant, elle s'est privée elle-même de tout avenir ; si le donné seul explique le donné, il n'y a pas d'à-venir possible, les morts mangent les vivants. 

Et de les susciter continuera de nous dissimuler la possibilité cachée dans le monde, dans le vécu, dans le corps ; parce que tout nous enfermera dans la réalité, or la vérité est hors de la réalité ; et non dans la détermination qui ne résulte que de la détermination précédente et qui ne pourra sustenter la détermination suivante que si est retrouvée la forme, hors détermination ; la détermination seule n’engendre que le malaise ou l’horreur si elle n’est pas reprise dans une formulation plus distincte et donc quelque part plus dure ; il faut suivre le christique, la pensée ou la révolution potentielle pour accoucher d’un être viable, d’un monde ordonné et singulier, d’une âme qui se tienne, sinon tout cela n’est qu’une apparence morbide, mortifère, déformée qui se croit belle ou désirable et qui est, dans la cruauté du fait, ignoble.

Et pareillement. Toutes les attitudes qui veulent juger du monde donné tel qu’il est humain, humanisé, qui perçoivent bien que humanisme-raison-droit-démocratie ne suffisent pas, se précipitent dans l’inversion ; or on ne peut pas nier ce qui est, on ne peut pas nier l’historicité et on ne peut pas contredire Platon ou le christ ou Kant ou le droit, sous peine de repasser dessous l’acquis  et parce que ceux-là ont suivis le fil du réel, techniquement, idéellement et intellectivement, et dans l’épreuve même du Bord du monde et du corps (de la perception grecque au corps du christ, de la troisième substance cartésienne au réel de Lacan). Il n’y a qu’un seul horizon et aucun ne s’est trompé, égaré, sinon tout simplement ces œuvres n’auraient pas eu lieu ; si elles se sont constituée et continuées c’est qu’elles suivaient l’horizon du réel (ce qui n’est pas tenu par le réel s’épuise en fantasmes qui s’effilochent, se disperse dans des tourbillons) ; Platon ou Husserl s’efforçaient de tenir non seulement l’objectivité mais l’hyper-objectivité, de structure, celle qui joue selon le passage conscience/réel (Platon transformant l’être en Idée ou qui sera ensuite la pensée de la pensée ou enfin le Un) ; soit donc le glissement de l’intentionnelle conscience dans l’être/le réel ou l’altérité/l’exister ; d’une surface dans/sur la surface originelle. La distance est l’activité même qui convertit.

Il y eut donc conversion généralisée ; depuis les grecs, le christique (et le monothéisme), et depuis la science et la raison, l’individualité (esthétique, éthique, idéelle, poétique) et depuis la révolution ; celle qui fut enfin inscrite comme liberté-égalité-fraternité. Conversion de la surface sur la surface ; ce qui consiste à réécrire le corps en fonction des signes que portera désormais le corps. Le corps individuel difficilement et subissant le martyr des signes structurels de conscience (le moi est un refuge pour le sujet).

Quittant chaque monde particulier et créant la nouvelle anthropologie qui ne se conduit plus selon la mise en forme culturelle (des mondes particuliers qui inventent, créent la culture humaine) mais selon l’acculturation qui porte avec elle-même ses deux surfaces réelles ; le monde et un corps. Extensivité dans le langage des grecs et intensité dans l’intentionnalité individuelle du christique. Ré-anthropologisation généralisée et inscription en et sur et par les corps dans le même monde (il n’y en a plus qu’un) et donc par-dessus tous les langages, qui seront de cela décuplés en pluralité de langages, de même que les explorations esthétiques ou éthiques ou politiques, le sujet cartésien est le premier (nommément) qui rend compte d’une série indéfinie de sujets, de même que les personnalisations et l’élaboration de chaque vécu ; dans toute exploration les signes sont énormisés et renvoyés à la richesse du monde, du vécu et du relationnel, du corps et de l’éprouvé ; abandonnant les mondes particuliers on a rendu possible que chacun déploie quantités d’expériences, de perceptions, de significations, y compris les plus nocives ; c’est bien pour cela que la pensée, le christique ou le sujet ou la révolution cherchent le nouveau bien qui est ainsi créé et désignent le nouveau mal relatif à telle progression sur les surfaces. On reste dans la brutalité interne au réel même.

Ce qui a poussé au-devant de soi toutes les esthétiques, éthiques, révolutions, pensées ou langages, perceptions et identités, personnalités, n’est rien de tout cela (aucune des parties déterminées du monde déterminé ne conditionne le monde, mais seulement le Bord du monde conditionne les réalités), n’est rien de tout cela mais est une structure formelle agissante ; structure, rapport et donc agissant ; qui est intégralement activisme ; jusqu’alors régulé par chacun des mondes particuliers ordonnés ayant inventé la mise en forme culturelle, le langage ou la communauté, mises en forme donc ordonnées (les mondes particuliers sont hyper contraignants et tiennent la communauté), en comparaison desquels le monde unique et le corps unique de chacun paraissent désordonnés et lâchés dans la réalité ; mais en fait ils ont intégrés la formulation acculturelle tout à fait exclusive ; un monde et un corps, pour et par chacun.

Et formelle veut dire qu’il n’y en a qu’une ; une forme, de conscience (ou de présent) est non composée, et donc parfaitement déjà ; sa perfection est ce qui se déroule (il se trouve que nous la saisissons dans sa brutalité). C’est en ceci qu’il n’existe, littéralement ou logiquement ou absolument parlant, qu’un seul présent, un seul Instant ; c’est ce que veut dire « formel », un seul rapport. Qui vaut pour tous (tous ceux qui s’en suivent). Qui étant activisme pur puisque rapport (et brut, de là cet univers violent) produit instantanément la pluralité de tout (non pas selon l’ordre de la causalité, qui est du monde, mais de l’engendrement, faute d’autre mot pour l’instant). Et qui un jour, en quelque finalité hyper-active, ne cessera pas d’agir, d’agir in-finiment ; la question de tout ce qui est, en ce sens, serait d’élaborer une structure, un rapport tellement infini qu’il se produirait infiniment ; suivant ceci que le réel est plus grand que lui-même et ne peut cesser d’être plus grand que lui-même ; il est le « ce qui se restructure ».

On ne doit pas croire qu’il faut gagner l’âme que l’on risque de perdre (ce qui probablement vrai), il faut savoir que l’on peut augmenter l’âme que l’on a (et que l’on a parce qu’on la sait, la perçoit, ne cesse jamais de la percevoir). Comme elle n’est pas dans le monde, mais sur le Bord, on la perçoit selon … quoi ? La troisième substance cartésienne ?

Evidemment on remplace « âme » comme on l’entend : dignité ou puissance, capacité ou identité, personnalité ou humanité. Le rapport lui-même est hors champ (il est cela qui conforme tous les champs, ceux qui sont et ceux qui ne sont pas encore ou qui peuvent être, un jour, ailleurs, autrement) et c’est lui qui doit augmenter ou se réduire pauvrement.

Mais tout indique que le réel n’est pas coincé entre un néant et une finalité close (dont on ne peut rendre compte, ni de l’un ni de l’autre et nous enferrent dans des impasses, des apories) mais, tout uniment existant, cherche à augmenter la plus grande capacité possible du Un. En somme le Un est indiscutable mais on ne sait pas où il va et lui non plus. Et cette capacité n’est pas écrite, n’est pas déjà allouée : jusqu’où le Un peut-il avancer ? Lui-même ne le sait pas – il lui faudrait être achevé et il ne l’est pas non seulement ici et maintenant mais en lui-même il ne le sait pas – et l’immense déflagration qu’il a engendré doit prendre sa suite, continuer d’agrandir sa capacité de réel ; le réel est en augmentation et intensification continuelle. Et ce qui devient c’est le cœur, le centre, l’origine elle-même ; c’est la source qui grandit.

 

Ontologie continuelle

De là qu’il intervienne dans son propre déroulement. Constamment l’interne (de la structure) cherche à se déployer sur l’externe (la surface de la structure). Peut-être existe-t-il dans la même et unique structure plusieurs dépliements étagés les uns sur les autres, la surface augmente, il y a une surface afin qu’elle grandisse. Qu’il y ait un présent, un tel mouvement de tout, signifie qu’il n’est pas lieu de douter. C’est entièrement tout ce qui est qui est en-mouvement, le présent est la forme-sujet de toute réalité, le mouvement est l’acte même d’exister, toujours instantanément là, précédant, toujours déjà en étirement et attirance. Autrement dit la forme-sujet n’est pas la formulation subjective, elle désigne le Rapport et un rapport est tout sauf inobjectif. Et puisque l’occidentalisation a observé, analysé, démonté et remonté l’articulation notre-être/dans l’être, c’est la logique-sujet qui fut extraite et analysée et appropriée.

La transcendance, formelle, du réel de la réalité, du réel comme forme des réalités, du Bord des déterminations qui n’est pas lui-même déterminé, la transcendance ne s’est pas écoulée en nous, en notre être (de déterminations) ; c’est dès que nous activons la conscience-de et au fur et à mesure que cet arc de conscience repère sa dimension que nous assumons la transcendance, préalable, ontologique, à n’importe quelle immanence ; n’oublions pas que l’on ignore jusqu’où s’avance la transcendance (elle est formellement et non composée) mais cette dimension s’assure de signifier son réel. Tout ce que l’occidentalisation a produit veut signifier cette dimension articulée, cette articulation dimensionnelle.

Et donc par cela, par l’occidentalisation, la transcendance – ce « en quoi » tout est : l’exister qui engendre et produit tout l’être –  cette transcendance on ne peut pas admettre qu’elle puisse se ramener à quelque partie du monde, du donné ou du vécu ; ce qui en ce dernier cas signifie qu’aucun contenu de conscience n’équivaut, en aucun sens, à la structure de conscience en laquelle les représentations défilent et sont inventées, créées, forgées et forgés les corps eux-mêmes, qui (se) perçoivent et donc modifient extensivement et intensivement et dans la densité  (grecs et christique puis notre historicité depuis la révolution) modifient leur surface. De même qu’aucune partie de monde ne peut se substituer à la forme de toute la réalité ; l’activisme du présent qui déroule l’intégralité des réalités.

La forme, ce qui veut dire, ce qu’il y a de plus fondamental, est si parfaitement adéquate à toute l’altérité, l’alter-réalité, qu’elle la précède toute. Et c’est bien parce que formelle qu’il en résulte ce que l’on nomme « réalités », la forme est la distinctivité et donc la différenciation, ce qui veut dire la détermination (mais aucune détermination ne « remonte » dans la forme et la forme précède toujours la différenciation).

  

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