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instants philosophie

Le réseau des faisceaux

2 Février 2019, 18:02pm

Publié par pascal doyelle

La spéculation sur « ce qui est arrivé à l’humain » depuis la méditerranée (depuis les juifs, les grecs, les chrétiens) revient donc à supposer que suite aux mondes particuliers (ou holistes ou cycliques) et dans le grand mélange que constitue cette méditerranée, deux évidences vibrent soudainement un peu partout ; d’une part le monde donné là unique et universel (et non plus un monde relatif à chaque groupe humain, égyptien par ex) et d’autre part le corps de chacun, le corps originellement christique.

Ces deux évidences s’imposent de ce qu’effectivement il est un monde donné là, perçu de fait par chacun, séparément de toute humanisation, et à partir d’un corps perçu individuellement, et que donc aux mises en forme culturelles (qui inventèrent telle ou telle culture, langage, représentation, système d’échanges réglés, etc) succède une acculturation qui porte à la puissance deux l’humanisation ; une ré-anthropologisation (qui intègre les acquis de mises en forme culturelles) une humanisation, en plus de la mise en forme culturelle, et par laquelle par ex il y a nécessité d’une philosophie qui se charge de penser en-plus du langage commun, ce qui permet de percevoir plus et autrement que le groupe humain et fait appel à chacun dans son expérimentation du langage, du monde, de la perception, du vécu, etc et ce jusque dans l’invention des esthétiques, des éthiques, politiques, idéels (connaissances), etc.

Et invention en plus du groupe humain décuplée par le christique qui confère à chacun qu’il ait une vie, un vécu, de la naissance à la mort, à partir d’un « point » externe, très difficile à saisir, puisque c’est à partir de ce point que « l’on est saisi ». Ce point tout à fait externe n’est ni homme ni femme, ni riche ni pauvre, ni esclave ni libre ; il est autre (et il ne tient que d’être précisément Autre).

On peut vouloir situer réellement ce monde, donné là, et cette individualité, ce vécu, mais d’abord le monde est un concept insituable (il est l’horizon qui recule sans cesse), et un « vécu »  s’apparente à un creusement indéfini, sinon infini, de la véritable intention qui nous alimente, qui nous origine ; que veut-on vraiment au cours d’une vie ? L’intention n’est pas du tout évidente ; on ne sait ce que l’on veut « vraiment », parce que dès que l’on entre dans l’intention, l’intentionnalité, ce que le christique pose à sa manière mais qui sera repris dix mille fois ensuite par quantité de sujets, dès l’intentionnel on interroge une structure, laquelle n’est bien sur pas ceci ou cela du monde ou du corps ou du vécu, mais aussi ce que l’on imagine de soi, ce que l’on en pense, ce que l’on en perçoit (qui ne revient nullement à une objectivité quelle qu’elle soit, et qui est bien plutôt l’imaginé en lequel on introduit parfois telle ou telle objectivité débordée de partout par les projets que l’on forme en visualisant).

On ignore ce que veut l’intention que l’on a d’exister parce que cette intention concerne toutes les conséquences ; située déjà au Bord de ce vécu, il n’y a rien antérieurement à ce Bord qui permette de définir cette volonté, cette intentionnalité ; c’est delà que l’on perçoit mais ce « là » on ne le perçoit pas, sinon de le signifier (par dieu, l’être, le christ-sujet, l’altérité) et c’est donc dans le pli du Bord lui-même que l’on recherche, analyse, explore, élabore, crée, invente (on élabore la signifiance, non les contenus) ; on invente des plis dans et sur le pli  du Bord. Si l’on définit, malgré tout, cette intentionnalité comme ceci ou cela, on redescend de niveau (d’augmentation) et donc de degré (d’intensité) et on décélère (au lieu d’accélérer comme Descartes, Kant, Hegel, etc).

On peut décélérer et envahir le monde, à partir des acquis de structure (à l’abri de la constitution des droits et du citoyen par ex, promouvoir un désordre selon le monde, libéral, communiste, désirant, délirant, tout ce que l’on veut : mais sans l’acquis et le cadre de structure de liberté-égalité-fraternité, ça tombe dans le monde, et plus loin dans la poussière du temps, ça ne perdure plus). Ce qui doit être creuser c’est le structurel, cela même qui a été fixé puis figé depuis la révolution (il n’y en a qu’une, partout) ; ce gel de l’historicité c’est ce qui a enfoncé le monde humain dans sa poisseuse réalité engorgée ; l’in-maitrise, l’incontrôlable et l’absence de stratégie réelle, des tactiques pauvres et limitées, des désirs-intentionnés dans tous les sens, mais abandon du réseau des faisceaux intentionnels qui permettent d’organiser et d’élever.  

Sans doute cet univers soudain qui s’ouvre avec le christique (qui littéralement nous libère et nous sort par ce regard qui situe tout le reste, de la naissance-mort, à autrui, à soi-même et au corps, par rapport au temps ou l’histoire, etc) tient premièrement par le regard même du christ ; il crée notre âme de ce qu’il la voit et il la voit parce que l’on y croit et on y croit afin d’installer toute l’intention insituable (la foi donc), l’intentionnalité très précise (de ce que l’on fait réellement et de ce que l’on veut vraiment) ; puisque la structure de ce réel qui s’initie alors est intentionnelle (de même que dieu est l’intention avant tout ce qui est, et qu’il instancie une Alliance, d’intention et comme le christ, le dieu en plus de dieu, le surdivin, viendra renvoyé indéfiniment, cad infiniment, l’intention toujours pardonnable, qui toujours désirera le monde ou le vécu, alors qu’elle veut vraiment la structure même et non le monde) ; c’est l’intention, cad le signe et donc le rapport qui crée et rend par ailleurs possible que quantité de rapports nouveaux soient possibles ; engendrant que chacun devienne un tel rapport capable de signifier dans tous les sens accessibles (et suffisamment élevés, puisqu’assumant potentiellement, sous couvert de par-don, de renouveler, constamment, la Stratégie).   

Ce qui revient donc à sortir de l’ancien mode, l’ancienne logique qui se prononçait d’abord sur le contenu (dieu est le soleil par ex, celui-ci est esclave, celle-ci est une femme) ; si chacun est un rapport, et ce qui compte c’est la forme, la structure de l’intention et donc on ne peut présager, prédéfinir la nature de ce rapport sinon de simplement le désigner comme tel ; rapport, cad rapport au rapport lui-même ;  le rapport à soi (médié en l’occurrence par un-seul, le christique) ; et si dieu est un rapport alors ce qui compte c’est la forme, et tous les contenus lui sont relatifs, relatifs à une forme qui, elle, est absolue et elle est absolue parce que formelle (et elle est formelle parce que rapport, le réel est le Rapport-à) ; de même que l’être, comme principe, est vide et abstrait et donc réel. Si la nature de ce qui est, était la réalité, les réalités, la détermination et donc les déterminations ne seraient pas ; parce qu’il ne peut pas y avoir une seule détermination, si l’être est une détermination, serait-elle « absolue », alors rien n’existerait (sinon une seule, solidifiée ou un « Ordre » mort et inerte et donc pas une réalité), détermination ne s’entend que comme déterminationS. Donc l’être est une forme vide et abstraite, ce qui veut dire Autre.

Et c’est cette altérité qui joue ; elle crée des mondes humains distincts les uns des autres, puis augmente soudainement en autorisant quantité de distinctions (les idées grecques, ce sont eux qui le théorisent, même si évidemment cela existe également ailleurs mais on a vu que le structurel passe cette fois au-devant de tout le reste, l’occidentalité consiste à analyser et donc éprouver, l’articulation de structure) et jusqu’à fonder la distinction même ; l’individué, l’individualité, qui s’inquiète de sa propre intention d’exister.

Que veut-il vraiment ?

C’est la question ; le christ crée notre âme, et puis s’en va. Il retire qu’il y ait une image dans le miroir, ne reste que le miroir (lequel est évidemment invisible) et ne demeure que l’exigence, l’ouverture que chacun soit à lui-même non pas telle identité, mais chacun un miroir réel.

Or on ne peut en obtenir une réponse sans que toutes les possibilités de cet individué soient exprimées ; que son corps soit tout entier déjeté hors de lui-même et qu’il observe, avec horreur le plus souvent, les inutilités considérables de ce monde, les impasses de son vécu en cette existence, ou les richesses qui s’effondrent, de vraies richesses, toutes de réelle qualité, mais qui s’effacent, toutes, et à quel point « non décidément, ça n’est pas (ça) », et qui disparaissent du regard intentionnel, qui reste sans rien, basculant du bord du monde ou de l’existence (dont il se soutenait par ses désirs innombrables et ses révolutions imaginées) dans le néant, le rien. Et il est tellement fermé au réel de structure (on lui a dit qu’il était tout entier du monde et de sa vie) qu’il n’a plus aucune représentation de la porte en-avant ; il est aspiré en arrière.

C’est que la forme de la réalité, soit donc le réel même, la position du réel, c’est précisément cela qui était marqué par dieu, l’être, le christique, le sujet, la révolution (il fallait bien que ça se traduise dans l’histoire), puis comme altérité – du monde selon des objectivisations et selon des matérialisations de toutes, toutes, nos intentionnalités, altérité de notre vécu pour notre propre regard, obsessions, folies, angoisses, imaginaires et images, existence et absurde, et qui se démultiplie dans la littérature et la philosophie des positions surhumaines, inhumaines, révolutionnaires, existentielles.

Mais originellement il s’agissait d’obtenir un autre-corps … Christiquement c’est le cheminement qui permet d’envisager l’autre-corps, donc de cette autre surface du corps qui vient se superposer au corps donné ; autrement dit la faculté pour chacun de supporter de par son corps ce qui auparavant était soutenu du groupe humain qui parlait, percevait, pensait dans et par une communauté de parole, de représentation, d’ordonnance du monde alentour donné « là ». Mais cette autre-surface du corps n’est pas du tout telle qu’imaginée par le monde humanisé (depuis le 18éme historiquement) ; cette autre surface n’est rien sans l’investissement structurel qui nait de et par l’arc de conscience. Ils voulurent faire l’économie d’un structurel retour sur soi (du rapport lui-même) et ils ont inventé l’économie, littéralement, comme idéologie du corps (du désir, de la pulsion, de la tactique sans stratégie aucune n’assumant aucune position ontologique, juste jetée dans le monde, comme un tas). Et cette astuce minable, c’est ce qui va nous tuer. Et même la ruse (qui est beaucoup plus qu’une astuce) de ce corps autre et donc le corps en esprit de tous par et via chacun et  que chacun soit créé de cette logique qui se dit comme liberté, égalité, fraternité, cette ruse a fait faux bond puisqu’elle ne fut pas investie structurellement, mais fixée, puis figée, puis gelée : elle fut détournée, la constitutionnalité fut détournée par l’inertie du corps donné écrasant l’autre corps, supposé par la structure (celle de l’autre corps et celle de la logique liberté-égalité-fraternité).

Cet abaissement soudain, puis le nécessitarisme qui tint lieu de réalité (de prétendu réalisme, alors que liberté-égalité-fraternité et l’autre corps sont en eux-mêmes « ce qui existe le plus  logiquement possible », le reste c’est du désir et de la bassesse, le reste c’est la courbure de l’intentionnalité qui peu à peu ou causalement se soumet au corps donné, à ses finalités, sans doute travaillés et rendues plus complexes et tordues, mais qui tiennent au centre de gravité du corps ; recherchant un plaisir, une satisfaction, un profit, une acquisition ici dans le monde ; ce qui ne se peut. Et donc l’intentionnalité qui vise autre chose que le monde, visera autrement que selon le monde et créera un réseau, un réseau de faisceaux, d’intentionnalités ; une élévation. Qui doit s’entendre comme aimez-vous les uns les autres – élevez-vous les uns les autres.

Augmentez non pas la quantité des intentionnalités (ce que l’on nomme très communément « désirs » et que l’on a haussé comme ayant valeur ontologique, puisque l’on ne peut plus prétendre, parait-il, à une ontologie formelle mais seulement à une illusion mondaine, soi-disant bien repérable dans la  réalité, la naturalité, voire s’inspiration scientiste, ou encore plus commune)
mais augmenter (grec), intensifier (christique), accélérer (cartésien), concrétiser (altérité) la structure de l’intentionnalité ; ce pour quoi on lui a préféré la facilité de la déconcentration sous la mention « désir », ou autres, et que l’on a détesté le traditionnel, de l’être, de dieu, du christique, du sujet, les couvrant d’infamie diverses, sous prétextes idéologiques au fond, de cette idéologie du laisser-faire supposément laisser-être, être selon le monde et le vécu, et abandon de l’exister et de la forme structurelle au profit d’un donné enchainé.

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