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instants philosophie

De l’inauthenticité et du mouvement brut

13 Mars 2019, 10:34am

Publié par pascal doyelle

Beaucoup se contentent en somme d’élever leur inclinaison subjective en loi ou historicité ou universalité, mais sans être passés au tamis de la longue élaboration qu’est notre tradition en propre, celle de l’occidentalité, qui s'origine autour de la méditerranée et non pas réservé au seul "occident", et engagés dans le dégout d’eux-mêmes,  ils entrainent d’autres mois, d’autres personnalisations sur les cheminements apparemment libres et l’air dégagé, sauf que tout cela , relevant de leur seule subjectivité et encore est-ce la subjectivité non pas romantique ou poétique ou surréaliste mais la subjectivité de cette sorte de moi psychologique que nous sommes tous, extrêmement limité et qui ne conçoit plus, qui ne conçoit vraiment plus rien : que son horizon.

Soit donc l’assouvissement de ses désirs. Ils sont encore plus contraints, que tout ce qu’ils redoutent, par l’impératif de bonheur ; il Faut être heureux, puisque notre être n’est que naturel et ne peut que parvenir à sa réalisation dans le monde. S’il était non naturel, évidemment ce serait tout autrement. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille être malheureux mais que c’est de tout autre chose dont il est effectivement question en une existence. 

Il est bien évident qu’il faut se mettre à l’école de Platon, de Descartes, de Hegel, du christ, de Rimbaud, de Nietzsche (qui n’est pas du tout simple et réclame d’une exigence encore plus redoutable, puisqu’elle est imaginaire et succombe finalement au monde, qu’il travestisse cela comme « Volonté » est pure illusion, mais entre temps il nous aura enseigné quelques surfaces inaperçues) ou de Sartre. Et que toux ceux-là imposent cette utilité que l’on ne peut pas dire et formuler n’importe comment parce qu’alors on dit n’importe quoi ; on ne manifeste plus l’élévation et la tenue de cette élévation, mais on tire ici et là des dérives sur l’océan des immédiatetés en prenant comme Réel ce qui n’est que réalités diverses. C’est sombrer dans le subjectivisme et ne pas comprendre que tout sujet n’est justement pas un moi, et que le règne du sujet est infiniment plus intègre et intégral (il est rigoureux comme Hegel et impératif comme Kant et lucide comme Descartes) et se soulève bien plus haut que ces simagrées, voire jérémiades du piteux moi, et que le sujet supporte et porte les objectivités et les réalismes, en plein, c’est lui qui les élaborent et les créent ; le cœur de beurre, le bisounours des idéaux,  c’est celui qui fond et se dissout en graisse méconnaissable, puisque le tamis, la sélectivité des élévations permet précisément de ne pas mélanger arbitrairement la rigueur du sujet avec la faiblesse gourgandine du moi.

Cette incapacité du moi s’approche déjà dangereusement de l’oubli quasi-total de l’universalité, et comme il sent bien que cette universalité (qui est un minimum) contrevient à ses pulsions et ses envies et ses rêveries, il évite soigneusement la dureté de l’altérité ; il imagine par exemple que l’altérité c’est autrui ou l’autre comme fondamentalement bon et bienveillant, ce qui est évidemment faux : il n’est aucune stabilité sans médiation et sans médiation acceptée de part et d’autre. Et la médiation est toujours difficile et inévidente (Hegel y insiste, le travail du négatif est un travail, une torture, une non immédiateté).

Si l’universalité est déjà quasi effacée, que dire des autres médiations qui prenaient tout le champ à elles seules, une par une, et rendaient possible d’en créer encore de nouveaux ? Et oubliant cette médiation comme logique, n’est-ce pas pour cela que l’on a commencé de tourner en rond ? On n’invente pas des contenus nouveaux, qui se recyclent indéfiniment, mais des formes nouvelles qui s’imposent impérativement, au sens kantien ou divin. Dieu, l’être, le sujet et l’altérité sont ces ouvertures de champ. La vérité est que prétendant s’affranchir de la tradition et de la logique de médiation (qui implique un tel effort) ces « libres pensées » ou « désirs sans limites » ou « envie de multiplicités » ou « authenticité incarnée » réinstallent les plus festoyantes mais illusoires magies, héritées du monde, de l’immédiateté, du corps, du corps rêvé, du drame amoureux qui frise le délire mystique mais n’y atteint pas même le garde-fou, ou de la liberté sexuelle lorsqu’adolescente sympathique mais au-delà égocentrée et finalement perverse. Voire s’enfonçant dans les marécages, il ne reste plus que la noirceur leur tente les bras et les voici exilés d’eux-mêmes, fuyant comme leurs chimères le champ de la réalité puis du réel.

Le réel, pour nous, pour nos siècles, c’est simple ; c’est ce que les autres surent réaliser, prenant l’effort sur leurs épaules, et à partir d’une complexité ou torsion suffisantes toutes les perspectives non seulement sont admissibles mais validées. Opter pour le respect de la ligne d’historicité qui nous draine hors du moi explose le dit moi et par là seulement il acquiert ou commence d’intégrer la structure, le dispositif de sujet réel, et spécialement en ceci que l’on n’y « croit » plus, on se confie plus à l’imaginaire facile générer par la soif du corps immédiat, de la rêverie infantile, on sait qu’il s’agit d’une élaboration du regard, de l’intentionnalisation, et que l’imaginaire prétendait seulement s’en passer. On sait qu’il s’agit d’une élaboration difficile de l’intentionnalité et technique, technologique, supportant et l’objectivité et l’hyper-objectivité, cad le dimensionnel de la volonté cartésienne, du sujet kantien, de l’attention sartrienne, du tourment lacanien (pour ce qui est des plus proches, laissant Nietzsche et Heidegger dans leur révélation, sans doute aucun, mais engouffrés dans un imaginaire ontologique et probablement dangereux et pervers ; les adolescents aiment, à raison Nietzsche, sans trop le comprendre, mais ce sont des adolescents, ça leur est permis).

C’est donc ainsi que l’on se retrouve en enfer. De n’avoir accepté le joug.  De renier le travail des grands Autres, révolte contre les pères, ou donc égocentrisme de celui qui croit que le monde nait de son seul trajet. De croire de manière juvénile, que s’ébattre sans soucis et sans passé est la vérité. Mais on pourrait tout aussi bien ramener le vieil homme et le nouveau corps de Saint Paul ; se draper dans de jolis vêtements brillantissimes ne cache la vieille chair qu’aux yeux de ceux qui s’en éblouissent, qui n’ont pas obtenus la nouvelle chair et la vie, qui limitent la vérité au seul monde alentour et jugent leurs expériences non à l’aune de la tradition mais à la sublimité supposée de leur regard imaginatif.

Alors que la vérité s’acquiert et à condition que l’on admette comme tellement d’autres purent instancier la vérité et qu’effectivement il y eu déjà mille vérités à intégrer, à intégrer dans sa conscience ; alors seulement, avec humilité somme toute, on pourra avancer.  Jucher sur les épaules des géants, comme on sait. Il est remarquable qu’accédant aux Autres (ceux qui se rendirent réellement Autre) on abandonne la haine (qui ne permet que d’exister en s’opposant et non pas en rassemblant la pluralité, qui n’est pas la multiplicité et le n’importe quoi, dans l’unité mais unité formelle, qui seule renaitra encore autrement ; ce qui est du monde, tombe dans le monde et le monde disparait constamment) et le dégout (puisque mille vérités sont déjà à notre portée, à portée d’efforts). Comprendre, c’est saisir qu’il n’y a qu’une seule voie. Pas deux. Et encore moins de multiples.

Il n’est qu’une seule voie et celle-ci est le libre pur et brut. Le diamant qui n’est pas encore ouvragé. Et le libre pur et brut n’est pas engorgé d’immédiates perceptions ou appétits, il ne croit en rien sinon l’activité, l’activisme de sa potentialité, technique, la précision géographique. Les Autres dressent la carte du réel, des limites du monde, du vécu et du corps (assumant les objectivités, de cette sorte).

Comprendre implique que la seule voie est celle qui autorise beaucoup d’autres à condition que ces développements respectent la voie une ; si Rimbaud ne s’élevait pas jusqu’à la poétique et intégrant le langage, les lectures, et les affects, les imaginaires, les traditions, le christianisme et la révolution, la révolte et la honte, il ne ferait pas long feu… Or il admet tout sur son corps divin, comme surface autre, instancié et s’annonçant lui-même  comme sur-divin (de même que le christ est l’originel surdivin) de sorte qu’il parvient à l’augmentation et l’accélération maximales de son intentionnalité ; il est épuisant. Au point de se permettre d’opérer un tri et une sélectivité de sa propre intentionnalisation, au travers de toutes les possibilités ; son expérience fonctionne comme kaléidoscope, hyper objectif, et kaléidoscope non pas abstrait mais dans la diversité même de toutes ses intentionnalités, durant sa (courte) existence, et en ce moment là il rassemble et prend appui sur le dernier point acquis afin de manifester (dans le désordre inouï de son vision). De manifester, tout court, tout ce qu’il fut. Jadis si je me souviens bien.  

Si médiation il y a, alors  c’est la médiation qui est le mouvement et le mouvement est tout ; le mouvement a pour finalité la distinction (il ne se meut pas pour rien), et le mouvement est une technicité œuvrant de modifier point par point au-dedans des intentionnalités (et des personnalités, des coprs relevant de l'autre-surface vivante de par elle-même), et si il est, alors c’est lui qui existe et c’est lui qui devient. Il n’y a pas mouvement pour quelque chose, il y a quelque chose afin que le mouvement se meut. Ce qui se meut c’est le mouvement.

Les vécus sont des effets ; soit on s’enferme dans les effets en les prenant pour la cause, et comme ça ne suffit pas on brode éternellement et infiniment, ce qui enfle, énormise leur réalité (s’implantant dans l’imaginaire), soit on saisit que l’on existe dans la cause et, bien que celle-ci soit difficile, on tente d’en déplier les surfaces. Autrement dit il n’est d’imaginaire réel que porté par la structure et non pas par les effets ; c’est la structure de dépliement que ceux qui se rendirent Autres signifient, indiquent, signalisent et non de leurs rêveries.

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