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instants philosophie

Jetés dans l’altérité

13 Avril 2019, 09:44am

Publié par pascal doyelle

Sans regard. L’origine est en-avant du monde.

Il faut bien visualiser ce qui est en jeu ; dans le christique, la pensée et l’universel, dieu, le sujet et depuis la suspension cartésienne du jugement (cad de l’intentionnalité), le regard prend la tangente et si l’on se focalise et ne perçoit que le cercle,  c’est la tangente, qui paraissait seconde ou accessoire, qui s’avère signifier le réel lui-même.

Le présent qui ne semblait qu’une fonction du monde, est le réel lui-même. La conscience qui passait pour une fonction, indistincte, d’une identité, est devenue l’acte même, l’arc structurel, organisationnel de tout le reste (Pierre est fonction de son je et non pas le je fonction de l’identité qui serait, on ne sait où, « Pierre »).

Ça ne va pas sans conversion et sans conviction ; la variante hyper-active de l’universel et du singulier, qui nous est la plus proche, c’est la révolution, libérale ou communiste, ou  celle des années soixante ou enfin, qui viendra, celle écologique (si jamais …) Le renouvellement de l’historicité, de l’humanité ou les renaissances individuelles, par ex spiritualistes ou esthétiques ou éthiques et ainsi de suite, sont des variations sur la conversion, mais de conversion il n’en existe pas tant que cela et en même temps il existe des quantités de sujets. Tout moi est selon un sujet, un dispositif, et chacun le sien. Dont le tissage crée le tramage de la surface du réel.

Cela se joue sur le regard. Où situe-t-on le regard ?

Les définitions selon le monde, le vécu ou le corps en croyant en leurs incarnations fixent le regard ; en réalité on ne voit pas les choses, les contenus, les images, les signes, on voit selon un regard extérieur qui définit ces réalités. On comprendra aisément si on s’aperçoit que le christique (qui est la figure majeure du regard pour nous, ayant rendu possible toute notre civilisation), le christique donc crée le regard qui vous permet de vous saisir comme individuel (de la naissance à la mort, et d’un point-autre à partir duquel on perçoit tout le reste), il crée le regard qui crée le vôtre et puis disparait (là-haut), de même le statut de citoyen a réinstallé la totalité du monde humain (selon le fameux Contrat) ; le regard reste sans représentant et sans représentation ; reste donc la seule structure formelle, le statut de croyant ou de citoyen qui œuvre sur le Bord du monde (pour la pensée grecque par ex) ou du vécu ou du corps. La conversion, qui est bien plus innombrable que l’on ne croit, est le changement de l’orientation, soudaine ou œuvrée, du regard. Ce par quoi ou par qui l’on se-voit.

Autrement dit en percevant on décide. On ne décide pas abstraitement je ne sais quoi, on décide en orientant le regard,  l’intention, l’intentionnalité et si on ne peut jamais dire ; ceci est un acte libre, l’orientation de l’intentionnalité, le sens des significations que l’on élabore comme décisions ininterrompues, durant une vie, relève lui d’une stratégie toujours coupée et grignotée par les aléas et les immédiatetés et les facilités. Cette élaboration est la Stratégie d’existence, l’insondable décision d’être (Lacan), qui réoriente sans cesse ce que la vie et les autres ont fait de nous et stratégie qui ne tient que d’être instanciée (cad voulue non de la seule volonté consciente mais voulue selon l’intentionnalité que l’on tisse au fur et à mesure ; Sartre a voulu exposer les tissages de Flaubert par ex).

De même l’universel de la pensée ne nous livre pas à l’indifférencié (puisque la pensée consiste précisément à distinguer et à créer des intentionnalisations) et non pas à la négation ou l’oubli de soi, puisque l’on récupère un regard égal et libre sur les réalités et puisant à l’expérimentation du champ de perception ; les idées de Platon nous montrent les choses et les choses dans le monde et le monde lui-même et ce hors du groupe et requérant une expérimentation individuée forte (les réalités perçues distinctement qui augmentent l’intentionnalité par-dessus et en plus du langage commun). Universel et puis ensuite christique, cad individualité, augmentent et intensifient, respectivement, l’intentionnalité et détoure la distinctivité du sujet (qui sup-porte aussi bien l’universel que le surdivin, cad le divin en acte ici-même, ici-bas, acquisition fondatrice du christique ; le réel, dieu, ne vient pas d’en-haut seulement, il s’active et s’acquiert ici même, c’est sa destination de tout temps de dépasser la nation, pour l’inscription individualisante qui ouvre toute vie à son Existence).

Non seulement ces configurations situent le regard, mais ils assurent le réel, l’objectivité, l’hyper-objectivité du regard, et de telle sorte qu’il ne soit pas ou plus saisissable (par quelque partie du monde, des puissances du monde, du vécu ou du corps). Et la disparition redoutée du moi, de l’identité, par l’intériorisation du christique ou l’objectivité grecque de l’universel, n’imposent de toute évidence absolument pas l’effacement de l’individu ; par l’universel (de l’intentionnalité) et l’individualisation intentionnelle le sujet du moi se libère.

Et c’est justement l’attachement, et puis ensuite l’hyper-attachement au moi, qui enferment le sujet dans des versions élucubrées du moi lui-même (dont se gorgent les images déferlantes), se caricaturant toujours plus profondément dans le chaos, la confusion, l’indistinction des intentionnalisations, les fausses représentations, puisque toute représentation de ce qui ne peut pas l’être, est un enfermement. Lorsque l’on désire une réalité sans distance, on devient la chose. On voudrait bien, romantiquement pour nous, s’identifier à la-chose, mais la-chose, désirée, est en soi une monstruosité. Il faut que dans l’immédiateté, rêvée (et qui n’arrivera jamais, sinon de devenir fou ou de gésir dans la frustration de « ce qui n’arrive jamais »), soit médiatisée, toujours, parce que c’est la médiation, l’articulation qui se déploie et non un « être » supposé et imaginé. Il n’y a pas de satisfaction, mais des réalisations partielles qui n’atteignent pas la forme de ce qui est ; la forme requiert une dimension, une intentionnalisation en plus. En plus de toute vie.

Un enfermement donc qui parait une libération, et qu’il l’est en un sens spécifique ; vivez votre vie, mais sachez que ça ne sera pas la vôtre vraiment. Parce que vous n’avez pas de vie ; votre vie est, bien réelle, un moyen d’une plus grande existence. Et celle-ci, cette Existence, se déroule ici même. Il se peut qu’il y ait une vie au-delà, rien n’y contredit évidement dans le monde (qui ne prouve que lui-même et rien de plus mais rien de moins) mais il se peut qu’il n’y ait pas de vie au-delà, mais cela n’est pas ce qui importe ; ce qui importe c’est que dans le moi apparaisse le sujet (qui y est déjà, mais le moi croit en son image, son objet de désir, son vécu, etc, et ne suppose pas même qu’il existe en et comme sujet). Ce sujet sera toujours présent (il n’existe aucun moi sans conscience-de) mais est-on certain de tout-le-vouloir, cad de l’intentionnaliser avec augmentation, intensité et accélération (respectivement grec, christ et cartésien ou sujet) ?   

Par exemple (et chacun les siens) Rimbaud augmente, intensifie et accélère le regard. La révolution, les années soixante et récemment encore bouleverse la réalité par l’irruption du réel, cad de la Possibilité de structure, de stratégie inouïes.

Il faut bien remarquer que dans l’universel (grec) et le sujet (christique) le sujet n’apparait pas ; il est rendu autre, et c’est ce point d’altérité (en elle-même, purement et unilatéralement). Et ce point peut se permettre alors de découpler quantité de distinctions, idées ou sujets ; la pensée crée les idées, le christique (ou Descartes ou la révolution) crée des sujets (et les lance en réseau). La structure qui est articulée au donné là du monde, et donc au « là » (qu’il y a un monde, un réel, autre) n’est pas dans l’inexprimé mais ce à partir de quoi on exprime, montre, expose et s’arcboute par sa structure même au donné réel effectif ; lorsqu’il s’auto-désigne et est forcé de se signifier, (vérité, corps du christ ou citoyen) quel que soit le monde humain ou, donc, quelle que soit le moi, l’arc de l‘intentionnalité transcende tel ou tel donné ; le sujet est en plus et autre que le moi ; sinon on collerait littéralement au contenu, rendant impossible l’intentionnalité et disparaitrait alors tout le champ perceptif qui se produit dans la confluence des signes et de la perception ;  marquée par un signe une perception qui revient vers le corps et crée sur la surface-autre, de lisibilité très étrange du donné (on ne lit pas le monde comme un vivant). Evidemment on ne lit pas avec le corps, mais avec les signes et la perception toujours limitée à ceci ou cela, mais la surface-autre du corps est l’aperception, la perception instantanée par laquelle on a « une idée, une intentionnalité vers soi, vers la vie, vers les autres, etc ». On a et non pas par laquelle on « est ».

La théorie, l’idéologie du moi voudrait bien que la réalité soit la réalité, cad morcelée, partielle et en mesure d’être résolue petit à petit, localement, et qu’il n’y ait aucun regard éminent qui puisse concentrer les réalités en une seul réel, dégageant ainsi la responsabilité du moi, trop occupé à ses petites affaires ; mais la vérité est que l’on ne peut pas, dans toutes les figurations que l’on voudra, se passer de configuration, aux tactiques limitées il faut toujours ajouter une stratégie ; sans vision de l’ensemble (et il n’est de vision que décidée) les tactiques peu à peu glissent dans la dispersion, la désagrégation, l’inattention ; il faut tout l’empire mass médiatique pour recycler continuellement l’intentionnel qui, autrement, tomberait, vers le bas. Mais tout l’empire des masses disperse et écrase la stratégie, cad l’intentionnalité de chacun.  

C’est qu’il ne faut perdre de vue la logique du réel ; elle consiste non pas à déporter le vivant dans l’existant, ni à tenir l’existant seul comme d’un nouveau royaume et à croire que l’existant récupérerait idéalement toute la réalité, mais à intégrer, ce qui est rien moins qu’évident, que, pour nous, existants humains, il est un impératif de ne saisir le vivant que par l’Existant ; et que c’est son Exigence ; la structure d’existence tisse, a déjà commencé de tisser le corps selon l’autre surface ; de toute manière et quoi que l’on fasse. Et autant le vouloir, s’y Décider ; c’est cette conversion de l’intentionnalité (cad  de toutes les possibilités, pour un être humain, de toutes les possibilités qui naissent non pas seulement des causalités ou de son propre passé et vécu, mais de son actualité structurelle ici et maintenant, de son re-saisissement, ce qui est proprement conversion et conviction, amenant la Possibilité continuellement ouverte du présent dressé tout uniment, quoi que l’on en puisse penser) de l’intentionnalité qui est appelée par dieu, la pensée, le sujet et l’altérité.

Et ce qui se montre dans l’altérité c’est que rien dans l’altérité du monde, de cet univers aux espaces infinis, ne correspond au Regard… L’univers est sans signification (Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan, etc) parce que le Bord n’est justement pas ‘dans’ le monde.

Il faut donc que celui-ci, le regard, ce qui veut dire l’intentionnalité, se crée et se maintienne. De par soi. C’est bien pour cela qu’il est requis de « croire malgré tout » ou de tenir à la dignité ou de poursuivre l’Exigence. Et ce en plus de l’altérité effarante de cet univers, et comprendre que tout l’univers n’est rien en comparaison de cela qui renait sans cesse de sa forme seule. Et en imposer contre l’univers entier s’il le faut : et « cela, la déchéance, ne passera pas par moi ».

L’intentionnalité cela veut dire aussi « le sujet », au sens où « le sujet » est la dénomination de l’ultime Possibilité, autant que l’on sache … étant entendu que l’on n’en sait rien ; on le suppose et reconstruit, le visualise autant que  faire se peut à partir de notre expérience, de notre expérience de structure hyper-active, activiste dans le monde, le vécu ou le corps. Il y a quelque chose comme « le sujet », comme ultime Réel (et ce sujet rappelons-le, est spécifié tel puisque le sujet est précisément ce qui a le plus Rapport possible, il est « le plus grand rapport possible », soit donc cela même qui n’est pas, qui Existe, et qui est pur mouvement, le rapport à (soi) dans lequel le « soi » est le rapport lui-même, et non une identité).

On commence par là à comprendre à quel degré absolu, cad formel, d’intensité et d’augmentation nous sommes soumis. Nous contenons, en nous, comme étant à l’origine de tout ce que nous sommes, le-sujet, comme dispositif ici supposé comme ultra fondamental (qui ouvre un champ perceptif qui n’appartient qu’à lui-même comme champ perceptif et dans lequel nous apparaissons et tout y apparait pour nous) ; ce par quoi, revenons-y, nous nous tenons dans le regard, le regard qui nous a créé ; dieu et l’intention originelle, la pensée et la vérité, le sujet (depuis Descartes et le christique originellement) et l’altérité (comme non-regard qui oblige que nous ayons ou retrouvions la « foi », la structure, au plus proche le sartrien, le lacanien ou versions imaginaires, nietzschéen ou heideggériens, souvent peu clairs, et il est quantité d’autres sujets, dispositifs ; le sujet est l’activisme de la forme, et donc elle s’invente, il en existe beaucoup, indéfiniment).

On entend par « foi », ou par  « le sujet », et toutes les significations du même ordre, une structure. On peut tout aussi bien penser qu’il y eut dieu, l’universel et la vérité, le christique et le sujet parce qu’il y a originellement, dans la forme du réel comme tel, cette structure ; ils sont les effets de cette cause-structure (ou que cette structure nous est révélée par dieu, la pensé, le sujet et l’altérité, comme on veut ; dieu vient vers nous ou l’Etre, bizarre, de Heidegger nous impose les affects de « sa » révélation). Et dans tous les cas il s’agit de « ce dont nous sommes l’enjeu pour nous-même ».

à cette structure nous affectons ici une valeur absolue, au sens soit de révélation, si l’on veut, ou soit d’ontologique ; il y va de la structure du réel ou de dieu si l’on est croyant ou plus exactement de l’activisme de dieu lorsqu’on le considère ici même, ici bas comme on dit, et en ce cas l’occidentalité est l’analyse au plus près du réalisme de l’articulation, du décalage étrange que l’on est, que donc on n’est pas mais que l’on ex-siste. Et encore une fois on ignore en quoi cela, au final, consiste ; il s’agit seulement de supposer au plus loin possible ce que l’on peut déduire à partir de l’expérimentation éprouvée en poursuivant au plus près le Bord très fin, l’inépaisseur du réel autour des réalités et des vécus.

A dieu, à la pensée (l’être et l’universel) et au sujet (christique et cartésien), il manque l’altérité ; mais l’altérité est précisément qu’il n’y a rien dans le monde, en tant qu’univers gigantesque, vide de sens, et pour la raison que le sens de tout ce qui est, n’est pas « dans » le monde, dans l’univers, dans la détermination mais est le Bord du monde (qui ne se situe pas « dedans », puisque c’est le Bord).

Et que ce Bord soit le présent, signifie que c’est cela qui se crée. Et évidemment bien spécifiquement à partir de ce genre d’être qui n’est pas un être (déterminé) mais un rapport ; soit donc l’arc de conscience, ce rapport absolument ouvert, et ouvert parce que rapport (un rapport non ouvert est une cause et un effet, ici la cause est sans effet et l’effet sans cause) et rapport dans le rapport qu’est que le présent. C’est la spécificité de la « conscience » (que l’on ne peut plus raisonnablement penser ou supposer comme une magie qui appartiendrait à « Pierre » on ne sait comment) que de n’être que forme ; il n’existe pas la conscience-de-Pierre, comme si il existait une identité « Pierre » qui possèderait une fonction-conscience ; c’est l’inverse ; Pierre est fonction de cet arc et cet arc est plus « Pierre » que son identité ; on est ce que l’on fait de ce que le monde, le vécu ou le corps ont fait de nous. On ne mesure pas à quel degré nous élève ce principe.

Aussi faut-il réunir la structure de chaque arc afin de pousser au plus loin son élaboration. C’est à cette fin qu’il s’agit de récupérer l’intégralité des devenirs structurels de l’arc de conscience. Réinterpréter l’ensemble des possibilités qui furent expérimentées (des védas à Lacan). Et non pas demeurer enfermé dans le moi de l’époque, le corps-langage, le désir-objet, le regard-image, etc.

Soit donc qu’il existe un regard et que tout dépend de l’on situera ce regard. Et d’accord la question de « est-ce que l’on situera un regard ». Parce que quand même, on se vit habituellement comme si il était évident, et de ce fait ce sont les mass médias par ex qui nous regardent, nous observent, nous contrôlent mais plus intimement cela nous confond également en ceci qu’autrui nous « possède » ou que l’on  ne peut que difficilement se dégager soi du regard des autres, de la communauté ou du groupe ou de la classe ou de n’importe quelle rencontre ; toutes relations non forcément négatives mais quand même impensées et non distanciées.

Lorsque dieu soutient le regard comme autre que le monde (et tout ce qui s’y trouve) il entend mettre au pas une nation (et d’abord la constituer comme telle, selon son alliance). Lorsque le christique veut dépasser la constitution nationale et s’incarne en un Corps, il permet à chacun de devenir chaque un, sous son regard. Lorsque Descartes restructure chaque un selon son existence ici même (ce qu’il transmet en poussant chacun à assister à la naissance de l’indépendance de sa conscience), il permet d’intégrer dans le sujet ce qui dans le christique était attendu, appelé, par/donné et il ordonne le regard relativement à lui-même et ce dans l’horizon du monde.

L’altérité, que ce soit Sartre et Camus et l’absurdité du réel, ou Marx et Freud et les sciences en général (qui nous permettent de visualiser toute l’altérité du monde), décillent notre regard de tout regard immédiat et évident ; c’est bien dans et par l’altérité de tout (le monde donné « là ») qui nous atteint et nous déroute. Ils créent un horizon (dit dépourvu de sens) dans lequel se dé-placer. Ce qui ne veut dire qu’il faille renoncer à soi… Nietzsche et H renoncent à l’humain ; ils le disent. Pas Sartre ni Lacan.

Mais pareillement, dieu, la pensée et le christique et tout autant le sujet cartésien, consistent précisément à soulever et élever notre pauvre être dans l’exigence de nouvelles structures. Face à l’altérité du monde (qui nous a écrasé depuis le début, il ne faut pas l’oublier) il fallait et on doit élever une altérité suffisante et qui nous extirpe de la réalité pour la maitriser comme et selon le réel, bien plus grand que le monde et tout ce qui s’y rencontre, de nocif bien sur mais aussi de satisfaisant, parce que notre exigence est toute-autre, toute-autre que la satisfaction aussi bien que la douleur du monde, du vécu ou du corps. À l’altérité invincible de l’univers, une Exigence encore plus invincible.

Et sans cesse le monde, le vécu et le corps, qui sont constitués du même matériel, se réinstallent dans la structure et abaissent l’intentionnalité qui n’a pour résister qu’un invraisemblable, un formel, autant dire rien, sinon de se confier, littéralement, à la forme de notre regard ; pour cela il faut d’abord le récupérer.

Aussi l’altérité (que le monde n’a pas de sens ou que l’on puisse douter totalement de tout et s’en désinvestir, de Descartes à Nietzsche, ou de Freud à Lacan) l’altérité nous ouvre-t-elle largement la possibilité. La possibilité de se rassembler sur le seul structurel. De n’être plus convaincu que de cela.  A condition que chaque arc de conscience, chaque structure se connaisse selon son expérimentation accélérée et augmentée et réfléchie (sur un nouvel horizon à chaque fois ; rappelons qu’un horizon permet de positionner sous son égide et donc d’entrer dans une stratégie ; sans horizon pas de stratégie).

D’une manière générale on a analysé notre réel (depuis dieu, la pensée, le sujet et l’altérité) et on a déplacé constamment la ligne de compréhension, en passant d’un regard à l’autre ou d’un regard à un horizon ; à charge de découvrir quel est l’horizon actuellement accessible. Et on a situé cette ligne d’horizon sur le présent, sous-entendant par là qu’il fallait, impérativement, dresser le présent comme exigeant, au plus instantanément, toute la portée, toute la tension dont il est capable ; rappelons que l’on définit l’arc de conscience comme une tension sortant de la cervelle vers le donné « là », vers le présent. Il faut tendre la corde et tirer la flèche. Mais ceci ne peut pas s’accomplir dans le désordre ; l’arc de conscience aussi intense ou augmenté soit-il est une articulation, ce qui veut dire ne s’opère pas sans distinction ; son principe même est la distinctivité.

Il ne faut pas compter sur une facilité ; et il faut comprendre l’ensemble des va-et-vient ainsi l’intuition de la structure par elle-même, qui se communique directement de son effort tel quel, n’est pas une « intuition » qui aurait trait à une réalité, mais une structure de conviction et de conversion ; conviction envers la nation, juive, musulmane, ou conversion révolutionnaire, conviction et conversion pour le réel sujet et son dispositif, et pour la tenue du Bord de toute cette altérité de cet univers qui étend son immensité mais qui ne peut défaire la forme de conscience intentionnelle arcboutée au présent réel : il n’y a aucune raison de déchoir, de s’effondrer dans l’altérité du donné, puisque l’altérité est la loi non de dispersion mais de distinction.

On a dit déjà que le christique révolutionnait intégralement toute vie humaine ; entre autre et spécialement, il ne suffit pas des œuvres, aussi généreuses soient-elles, mais de l’intention que l’on a animé et dont les œuvres sont, éventuellement, les effets. Le christique ouvre un insondable de l’intention, qui rend impératif le par-don, renouvelant constamment l’appel, la Possibilité de l’intention et non des œuvres (ou de la Loi dépassée par la Foi, St Paul)

Intention réelle non exactement connue, au point qu’au moment de la mort vous sera révélée votre réelle intention, celle qui vous a mené tout au long : qu’avez-vous vraiment voulu ? Vous vous ferez face  –  et « accessoirement » le christ ne vous jugera pas, parce que c’est vous-même qui vous jugerez, tout comme vous vous êtes jugé au cours de votre vie, de sorte que ce qui vaut, éventuellement pour l’autre vie (si vous êtes croyant) vaut aussi pour cette existence-çi ; qu’avez-vous vraiment voulu et qu’avez-vous désiré, décidé, et fondamentalement perçu durant cette vie, et l’avez-vous transformé en existence et en quel sens ? Le christique introduit l’intention que l’on interprétait comme « morale », mais en vérité qui pose la question ; qu’as-tu fait de ta vie ? Qu’est-ce que tu as réellement voulu ?  

De ce qui est réellement voulu durant une existence, c’est bien, autre parallèle, l’interrogation, l’exigence qu’impose Sartre (et Lacan, « ne cédez pas sur votre désir », comme éthique). Dont et y compris l’appel aux autres ; on ne peut pas décider seul et rien que pour soi, puisqu’alors on « oublie » le réel, et que l’une des possibilités de la structure est précisément et depuis le début, la nation des volontés (et non plus seulement de l’identité ou de l’ethnie) et/ou la révolution (et au plus l’internationalité de la révolution). Or on ignore de quelle intention à propos de l’existence chacun est l’effet ; on ignore sa propre intention (de là qu’il faille le christique pour qu’elle nous soit révélée et qu’ensuite il s’agissait, usant de l’intuition structurelle christique, il s’agissait pour tous les sujets de pousser au plus extrême activisme cartésien sa distinctivité constitutive de tout, de tout champ perceptif).

Remarquons qu’il n’est aucune mesure objective ou relative au monde ou à quelque démarchage de morale à proprement parler ; mais de dénuder les fils, les fils de la structure telle qu’elle se dispose pour chacun, et souvent de les dénouer d’abord, ce à quoi s’use une vie, grosso modo ;  même si effectivement et de toute évidence toute immoralité, inhumanité, éjecte de fait  le titulaire, puisque de s’abaisser selon le monde ou le vécu ou le corps, remplaçant sa finalisation structurelle par des finalités emplies de monde et d’affaissement, infléchie, plie vers le bas et même détériore l’intentionnalité dans sa consistance (même si son inconsistance est de fait hors-monde, hors vécu et ne peut être détruite par le monde, sauf à s’y enfoncer).

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