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instants philosophie

Le réel plus grand que lui-même

6 Avril 2019, 10:02am

Publié par pascal doyelle

La pensée est donc parvenue à se saisir de la racine existentielle, phénoménologique, ontologique de tout notre être et elle a découvert que ça n’est pas un être mais une structure ; une structure en forme de rapport, ce qui veut dire une structure ouverte.

De même que le présent est la structure de la réalité, et comme tel absolument ouvert sur et en tant que possible. Le possible règne. Et si le possible règne c’est que le réel (soit donc la forme des réalités) est un rapport, et qu’il n’existe rien d‘autre que la structure en forme de rapport, ce qui se nomme le sujet.

Et si on est parvenu à la racine c’st que ce qui se nommait autrefois « subjectivité » est lui-même pris dans un processus hyper-objectif, formel, et que tout moi est déjà dans la forme de cette structure qu’est l’arc de conscience. Le moi apparait pour-lui-même dans le champ perceptif qui n’existe que dans les fragiles tissages de l’intentionnalité.

On remarquera qu’il est impossible de totaliser toutes les choses et que donc l’être n’est pas sinon comme effet de la structure du présent qui mémorise ses pérégrinations en tant que réalités, choses, déterminations ; les déterminations ne sont rien que les mémoires acquises par le parcours du présent. Le moi n’est rien d‘autre que la mémoire de l’arc de conscience qui par ex se nomme Pierre ou Paul ou Isabelle, c’est juste une désignation, un signe par lequel tel Je se désigne dans le monde comme étant un tel ou une telle. Ça n’est pas qu’il n’existe pas de moi, il est juste effet et mémoire du parcours que par ailleurs le je qui est bien plus étendu et plus puissant que le moi, réalise, rend réel, et par lequel moi cette vie, ce vécu se transforme ipso facto en existence ; ce par quoi on existe pour et vers soi-même. Lorsque Pierre dit « je suis Pierre », on voit qui est Pierre, mais qui est « je » ? On ne sait pas, c’est le sujet dans le pli duquel il y a un moi, mais aussi des possibilités universelles, ou des mouvements révolutionnaire et donc une historicité, ou un inconscient ou des quantités de perceptions. Les subjectivités y compris sont prises dans la structure ; si il y a des sciences ou des mathématiques c’est parce qu’il y a un « sujet », et si il y a des mois et de l’intériorité c’est parce qu’il y a un « sujet », cette structure activiste, cette forme ouverte, ce rapport de tous les rapports.

On a déjà vu que les mathématiques, il en existe des tas, et donc peut-être même d’autres sortes de mathématiques ou d’autres sortes de temps ou d’espace, etc ; ça ne signifie pas que les maths soient erronées ou non objectifs, mais bien le contraire que le sujet qui porte ces maths est lui-même hyper-objectif et contient, potentiellement, les consistances ou les inconsistances que l’on voudra dans son insistance absolue, cad formelle, on y reviendra, et le processus général est de comprendre que l’on a commencé d’élaborer depuis la méditerranée, les grecs, les juifs, le christique, etc, un hyper-sujet en tant que structure effective du réel pur et brut ; et le sujet est toujours hyper, un sujet non hyper est une contradiction ; « sujet » est la forme structurelle du réel, on ignore juste jusqu’où, jusqu’à quel degré le sujet peut s’instancier, et c’est la raison d’être de tout ; que l’on avance au plus loin dans la structure-sujet antérieure à tout, au donné, aux mondes humains, aux objectivités set subjectivités ; la structure du rapport de tous les rapports, dont on a répertorié toutes les possibilités dans le monde connu, le vécu ou le corps et la perception, qui sont, ces réalisations, des inventions, et dont le seul sujet tient l’objectivité ; il est grand temps que l’on passe des formulations théoriques qui restreignent le champ ontologique à la « pensée », alors que depuis Descartes c’est la structure en forme-de sujet qui est découverte, dénudée, comme les fils du réel, et que du reste le Un de Plotin, le Bien ou dieu manifestaient déjà cette structure au fondement de tout, qui seule peut autoriser de remonter dans le réel pur et brut, et de comprendre dieu, l’universel, le sujet lui-même dans un horizon suffisamment strict. Il s’agit donc de situer toutes les expériences sur le plan unique du réel tel que « là ».

Et la pensée qui s’est auto-dépassée si l’on peut dire, a transformé la réflexivité qui permettait de créer un système cohérent (cad de maitriser l’intentionnalisation, le nouveau champ de perception, par un nouveau langage, de nouveaux signes) en réflexivité ontologique ; le christique est le nouveau champ de référence qui autorise de marquer, repérer, cartographier le champ du sujet individuel (ce qui rend possible de reprendre la totalité de la pensée grecque dans la théologie qui est évidemment tout autre chose que simplement une religion au sens habituel, et il faut entendre religion dans une possibilité de structure générale de toute conscience humaine). Par « réflexivité » il faut comprendre, retour-sur et retour-sur cet être tel que « là », l’articulation intentionnelle généralisée (que l’on nommait universalité ou pensée) ou cet être très précisément tel que « là », situé sur l’étendue du monde et que l’on commence de décrire seulement à partir de Descartes en et pour lui-même (en se détachant au fur et à mesure des recouvrements de l’universalité seule, Kant accentue formidablement le décrochage  sans quitter du tout l’universalisation, mais restructurant cette universalisation, ce qu’il désigne par le transcendantal, la reconstruction intentionnelle qui n’est plus seulement idéelle, relative aux idées, mais aux signes par lesquels un sujet perçoit son propre champ, de sujet et auquel il veut donner son (hyper)objectivité).

On a donc bien avancé et même Nietzsche ou Heidegger qui paraissent si éloignés ou le prétendent, font partie du même devenir réflexif et si Nietzsche nous présente la pure et brutale affirmation du Je, Heidegger détoure ce Je dans son lieu  étrange (l’Etre de H est le présent, vide, mais formel, et la structure par-dessous non aperçue par lui). De même que Sartre et Lacan l’un explosant la phénoménologie (qui n’est plus attachée à ses contenus, idéels, mais au corps, une conscience pour et par chaque corps, il existe pour Sartre un quasi champ de perception, à l’assaut duquel Merleau-Ponty se destine) et l’autre dénouant les plis et replis de l’arc de conscience pris-dans-un-corps, un vivant qui insupporte cet arc, cette structure ; un être vivant n’est pas spécialement prédestiné à supporter, souffrir par et dans une structure de conscience ; ça lui fait mal, ça le désarçonne totalement (un animal est dans et par son milieu, un arc dans un corps est vers le monde, cad un horizon incompréhensible).

Nietzsche et Heidegger relèvent cependant de l’altérité. Si il y eut dieu, la pensée et l’être et l’universel,  le christique et le sujet et la révolution, vient à la suite ce en quoi existe le sujet ; à savoir l’altérité de tout. Ce qui se délimite par la philosophie évidemment mais aussi les esthétiques qui explosent le champ de perception, ou le poétique (Rimbaud renouvelle le christique, le surdivin, de même que Nietzsche), mais aussi par les sciences ou le monde historique (qui crée une humanité dans le monde, au point même d’imaginer une humanité national-socialiste ou communiste ou ultralibérale, le trans-humanisme par ex pour nous et entre autres). Tout cela c’est ce en quoi le sujet, qui s’est acquis par Descartes, Kant, la révolution et le statut de citoyen ou de sujet (de roman, de cinéma, etc), ce en quoi le sujet existe.

Et le sujet de Nietzsche est la sur-volonté (un sujet dépourvu de « soi », qui s’objective dans une « force ») et le sujet de Heidegger sur-prend le sujet dans ses affects qui l’expulse de lui-même ; ce sont les affects non du sujet mais de l’Etre (l’angoisse, etc, ce par quoi l’Etre nous imprime sa signification non humaine, non libre, non démocratique, non humaniste, etc). On revient à l’hyper objectivité, bien plus stricte, avec Sartre et Lacan qui analysent, littéralement et dans tous les sens, l sujet dans sa structure. De manière non imaginaire, contrairement aux deux premiers, mais toujours en décloisonnant le regard de ce qu’il regarde ; cad en cessant de croire aux contenus. L’altérité du regard était figuré par Nietzsche Heidegger dans leur formulation même, la Volonté, l’Etre, et comme tels n’étaient absolument pas étrangers au vrai, au réel, à la forme ; c’est juste que la forme a trouvé par là à s’exprimer comme Autre, ce qu’elle est réellement ; réellement Autre. Mais l’altérité de la structure est ce qui éclaire Sartre et Lacan.

Sartre et Lacan observent tout comme une étrangeté et Sartre examine le sujet pris dans les autres, le monde, l‘historicité, son corps extérieur, etc, et Lacan par l’étrangeté que tout moi éprouve profondément et jeté dans l’altérité du réel pur et brut,  ce par quoi tout moi essaie de combler l’horreur et l’ignoble, l’immonde, l’impossible conscience de ‘soi’ réduit à ce corps-là, sa matérialité vivante. A l’impossibilité qu’a une conscience de se représenter le corps donné ; elle le recouvre de signes. Et ces signes ne sont pas forcément idéaux, idéalisations, mais effroi et étrangeté. Tout moi est en fondamentale panique et pour supporter cette altérité il doit recouvrir constamment la réalité, ce qui lui permet de ne pas séparer le réel des réalités ; ce qu’initièrent les existentiels.

Le réel est le plan tangentiel qui coupe les réalités et le cycle des choses et des corps, et expose leur non-évidence. Pour un sujet il n’est de réel que l’invisible et le non immédiat, qui précède toutes les immédiatetés ; qu’il perçoit à partir de dieu, de l’universel, du christique et du sujet ou de l’altérité, le plan de occupe instancie la dimension. Que l’on comble comme on peut. Par l’imaginaire nietzschéen ou heideggérien, ou par la réflexivité qui tente de relier les points que l’on peut dire transcendantaux ; par ceci on peut d’une part saisir qu’il est temps, donc, de réunir les descriptions (qu’elles se soient figurées ou configurées par dieu, la pensée, le sujet ou l’altérité) et d’autre part cela veut dire de comprendre universellement la structure en question ; celle qui cause tous les effets et qui se déplie sur son propre plan.

Puisqu’il est structurel l’arc de conscience veut saisir  cette altérité puisque ne comprenant pas du tout le décalage, introduisant l’explicitation divine, les caractères métaphysiques, ontologiques, transcendantaux, existentiels et d’altérité. Et non seulement il veut la saisir mais il ne peut que la re-présenter dans le monde, le donné, afin de se contrôler, de se manœuvrer ; il lui affecte des signes.

Remarquons que ce faisant on ne réduit nullement le divin, pas plus que l’universel, ou le sujet ou l’altérité ; il existe non seulement effectivement un décalage mais il est dit ici que le décalage est le réel, pas une fonction afférant à « la réalité », mais le réel comme pli dans lequel se situent les réalités ; ce ne sont pas les réalités qui produisent un présent, mais le présent qui contient les réalités ;  les réalités sont les plis créés par le pli gigantesque. Lequel peut être défini comme le retour des infinis sur eux-mêmes (et par lequel retour il existe des infinis ; cela seul qui est sujet, au sens structurel (qui subsume dieu, l’universel, le sujet et l’altérité) peut supporter, porter les infinis (le néant, l’être, la détermination comme réalités, l’exister de ces réalités, les unités dans ces réalités) ; c’est la capacité de re-tour, cad finalement de rapport, le dernier rapport, le mouvement de re-tour qui instancie les réalités et les structures. On y reviendra.

De même, bien que l’on pourrait ne pas saisir le rapport, lorsqu’un arc de conscience monte de niveau pour approcher le sujet, la structure-sujet, il ne doit pas seulement élever telle ou telle qualité ou qualification, mais il doit augmenter, intensifier, accélérer, sur-objectiver (selon donc l’être, le sujet christique puis cartésien, et enfin selon l’altérité) l’ensemble du mouvement qu’est cet arc de conscience ; il doit user des esthétiques, de la révolution ou de l’historicité, de l’éthique ou de l’analyse afin de dériver constamment son arc de conscience, son faisceau opérant au travers de tous les domaines réels. Puisque ce que l’on approche c’est la structure, le rapport, le faisceau originel qui commande toutes les autres réalisations et qui n’est autre que l’intentionnalité (de là l’importance de sa découverte plusieurs fois entamée ; suspension cartésienne, transcendantal kantien, Husserl, Sartre).

Il ne faut pas partir d’un état supposé de manque ou de vide (puisque le dit vide de la structure de conscience est formel et donc n’est pas un vide), mais de ceci qu’il faut ajouter. Il faut ajouter à l’articulation qu’est de fait le réel. Ajouter à l’ajout en quoi consiste tout le réel, jamais en repos, activiste. Le réel est assuré, il faut viser en plus et plus haut et plus grand. Le réel est plus grand que lui-même ; c’est sa finalité. De créer un infini encore plus infini. Cela revient à dire que ce qui est pose la question de la nature même de l’infini ; c’est la question qui oriente la totalité de tout ce qui fut, est, sera et c’est cette question qui fera retour, qui opère continument un retour afin de s’élever encore plus ; il dépend de chacun d’avancer dans l’arc structurel-sujet et ainsi de poursuivre le dépassement du réel par lui-même.

Et ceci concerne l’origine, celle antérieure à tout moi, tout monde humain, tout monde tout court, toute réalité ; il n’y a aucune raison que la structure du réel soit infiniment éloignée, mais alors l’infiniment réel est ici-même ; c’est ce à quoi on a affaire, toujours et rien d’autre ; et si il est ici, alors il se meut, son mouvoir est ce mouvement qu’est le présent et il existe au moins un être qui s’instancie en et par ce présent, selon son champ perceptif renouvelé, s’effectuant en et par l’actualité ; l’être qui est un rapport, et si il est un rapport il ne peut qu’être ce rapport (sinon il est dans ce qui est en rapport et non le rapport lui-même), et il est rapport afin d’être rapport dans le rapport, arc de conscience dans le présent, mouvement dans le mouvement. Mais qui ne voit pas que ce mouvement interne à la surface externe du réel est une augmentation, une intensification, une accélération, une hyper-objectivisation ?

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