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instants philosophie

Analyse du mouvement du réel

11 Mai 2019, 07:57am

Publié par pascal doyelle

On nomme donc philosophie, ou plutôt elle se nomme elle-même telle, l’analyse qui va se dérouler jusqu'à présent, 25 siècles, sur « cela qui est arrivé à l’humain ».

A savoir qu’il fallut sortir de tout monde particulier (lié à un territoire, à une langue, un peuple, une localisation, une représentation, religieuse ou mythique, un système d’échanges régulés, une esthétique ritualisée, ce que l’on définit comme monde particulier). Et qu’au sortir de ces mondes nous nous sommes appuyés sur deux faits majeurs ; qu’un monde unique universel donné « là » il y a (commun à tous et à tout) et que chacun se devait de disposer d’un corps, individuel, unique et universellement égal à tout autre corps.

On admet donc une pensée et un existant ; une pensée pour observer et comprendre le monde et toutes les réalités qui s’y rencontrent (y compris des réalités humaines et des réalisations) et un existant, qui est tout aussi universellement certain qu’il existe un « chacun » qui offre et s’offre à lui-même à chaque fois une perspective réelle et influente sur l’ensemble de tout ce qui est, tout ce qui est pour lui-même ; c’est la porte d’accès à l’élaboration d’un intentionnalité individuée, à même le sol du réel tel qu’immédiatement là. Que l’on ait pu désigner comme « pensée » universelle et comme « esprit » ou individualité ces deux marqueurs absolus, cad formels, de toute humanisation possible, entendant par là qu’humanisation comporte indubitablement individualisation, personnalisation (une humanisation sans personnalisation n’a aucun sens). La pensée, grecque, de l’universel ne va pas sans l’autre, le sujet, celui qui pense ; et le sujet est potentiellement bien plus grand que la pensée et donc a pu, a du créer son propre repérage, au-delà de l’universel, de la science, de la connaissance et ce non pas seulement à partir de Descartes de manière claire et déclarée, jusqu’à Lacan, mais c’est donc non théoriquement dans l’épaisseur de l’expérience historique, d’humanisation et de personnalisation que s’est constitué l’individuel sujet ; chacun est dépositaire de cette individuation approfondie, comme articulation de fond arcbouté dans la vie elle-même, dans l’Existence. Chacun est l’enjeu même de ce que l’on a nommé acculturation généralisée ; l’individualisme ancre constamment dans tous nos récits et toutes nos transmissions ce sujet hyper actif.

Rappelons qu’acculturation veut dire d’une part culturation mais fondée sur l’absence par laquelle chacun est ce-sujet, ce-corps, indépendamment de tout communautarisme et de tout monde représenté ; chaque génération accentuant sa propre liberté et sa propre littérature et lorsque le créateur remplace le texte sacré (qui remplaçait la parole partagée des tribus). C’est par cela qu’il y eut accumulation de littératures (et de générations, d’expérimentations).

C’est ainsi que la « communauté en esprit » doit être comprise comme liberté-égalité-fraternité, qui semble la formule la plus complète et la plus dynamique qui se puisse être ou qui, à tout le moins, ait été énoncée. La liberté initie, l’égalité réfléchit et la fraternité justifie (au sens de juste ou de saint). Inutile de récriminer, c’est comme ça (on peut accentuer la liberté et c’est le monde anglo-saxon, ou l’égalité est c’est l’anciennement communisme, soit donc pousser les désirs selon le libéralisme ou les besoins génériques selon le communisme, mais on cède alors sur la logique de l’histoire).

Dans les deux cas, le monde que permet d’atteindre l’universel et la pensée, et le corps qu’autorise le christique et la communauté des croyants (pour peu que ceux-ci comprennent de quoi il retourne, la communauté en esprit des esprits individualisés, sans la liberté desquels il n’est aucune religion, mais un conformisme dangereux et un retour à la tribu), dans les deux cas la philosophie a analysé très activement cela même qui était en jeu et qui fut dès lors lancé comme historicité et devenir de toute l’humanisation et personnalisation.

Comme ces acquisitions sont relativement difficiles et performatives et littéralement créées, ajoutées, explorées, élaborées en plus de tout ce qui est – de tout ce qui est à chaque fois, à chaque moment de l’histoire humaine – il ne faut pas s’étonner que ce soit par à-coups et par double voire triple sauts que la dite élaboration a lentement pénétré la r »alité, le monde, le corps, les peuples, les représentations ; ce que l’on admire chez Montaigne ou Kant ce sont ces efforts qui passent outre et vont chercher ce qui nulle part n’est ; ils ouvrent la perception, ils décident de l’intentionnalité, ils actent que s’enclenche le réel. De même les révolutionnaires ne savent pas très nettement ce qu’ils font… ils le découvrent en expérimentant et avançant aussi loin que possible par pur (et brut) courage et effort et engagement et véritable intention, intentionnalité archi-déployée on ne sait comment et puisant en quelque effarante vision, extase, violence structurelle également, bref à même la puissance, la potentialité, la capacité interne du possible. La folie structurelle historique qui prit 1789.

Ce qui vaut pour les grands événements et l‘historicité vaut tout autant pour la ressource potentielle, virtuelle de toute individualité ; il s’agit alors, et c’est absolument fondamental, de creuser la puissance tout à fait réelle, les possibilités de toute personnalisation en tant, notamment, que tout moi, pour se tirer du mauvais pas qu’est nécessairement son « moi-même », que tout moi puisse en appeler à son sujet, à la structure qui rend possible qu’un « moi » il y a.

Et cette potentialité, la puissance littéralement, ce à quoi, effectivement, fait appel Nietzsche (dont on peut considérer qu’il est réellement dans une impasse, lui qui étouffe dans son moi, son vécu, son réel et qu’il en appelle à un grand « moi », cad un sujet) ne se situe pas dans un être donné, ou une éternité, ou un divin et un absolu, mais en-avant. Elle est en-avant et c’est en cela que nous sommes libres ; parce que le sujet est en-avant dans le présent ; on a vu que l’arc de conscience sous sa forme intentionnelle sort de la cervelle vers le donné là, le monde, et re-vient et il re-vient à chaque fois nu et identique à lui-même (peu importe les contenus), et cette articulation est actuelle, toujours, et manifeste l’actualité, l’actualité de « ce qui existe », à savoir le présent tel qu’invariant unique de toutes les diversités qui sont. Cet en-avant de l’arc qui se tend vers le donné tel que « là », est structurellement non lié ; à condition qu’il puisse (se) signifier ; se signifier formellement. Dieu, l’universel, le sujet et le christique, l’altérité signifient le formel dans la mesure où est posé un horizon-autre.

Liberté et égalité se supposent l’une et l’autre comme horizons ; sans égalité la liberté est tenue par des objets ou par la rivalité, sans liberté l’égalité est une dénomination et une chose du monde, est seulement universel perçu par un autre-conscience qui soumet toutes les autres (dans une théorie). Liberté et égalité demeurent dans l’in-certitude, mais la fraternité ne vient pas seulement conclure et concrétiser mais bien elle seule peut orienter et agir dans cette formulation liberté-et-égalité. Le développement de la liberté isolément favorise la limite d’un horizon à conquérir, ouvre sur le monde et le vécu (la liberté et les empires anglais et américains) mais se révèle incapable de transformer cet horizon en et par l’esprit (qui relève de l’historicité seule, du temps) ; pour que l’esprit soit il faut que la liberté se propage et que la vérité se partage ; les philosophies analytiques anglo-saxonnes sont incapables d’assurer l’esprit et à proprement parler la pensée ; elles n’exhibent que le regard froid d’un sujet cartésien mais abstrait qui s’est entièrement retiré, et qui n’est plus cartésien du tout, de ce fait. Le démontage et le décorticage analytique sont juste des objectivismes résolument agressifs.

Lorsque Nietzsche impose et à coup de marteau puisque c’est ainsi que le libre pur et brut s’implique dans le monde et le vécu,  impose l’auto-affirmation, l’affirmation de « soi » il ne peut pas s’agir d’un moi, d’un moi humain, d’une liberté de conscience mais d’une « force ». L’altérité se symbolise comme autre. En tant que tel il est signe mais n’accroche pas le réel, pour cela il faudra Sartre et Lacan, qui analysent et décortiquent le mouvement même.

Mais les libertés révolutionnaires visaient à décrire des réseaux, des diagrammes, des tissages de libertés et non l’affirmation, jugée abstraite et idéaliste, d’une seule énergie. C’est dans le réseau réel que se tisse les libertés, sinon on bascule dans l’anhistoricité, la théorie et l’idéologie (libérale ou communiste). Le point d’impact absolu du réel est cette historicité d’une nation dans et par l’équilibre liberté-égalité acté par « fraternité » dont la définition est rien moins qu’évidente.  

La station élevée du sujet rend possible et pensable la cartographie des trajets sur la surface de la réalité. Et qui, pour elle-même, est autre qu’elle-même ; la dite Volonté, énergie ne se gouvernent pas selon un conscient et Nietzsche montre par là que « le réel » est inondé d’altérité pure et brute ; cet extrémisme hors du conscient (de l’humain, du moi psychologique, de la volonté et liberté, de l’humanisme et du christique) affirme l’absolument Réel. Et provoque pour celui qui lit ces écrits, un décentrement. Et ce décentrement, bien que Nietzsche ne le reconnaisse pas comme tel, est exactement celui là même qu’introduit le christique dans l’humanisation (mais N veut surtout renverser cette figuration du christianisme et de l’humanisme, celui raisonnable, rationnel, plat, réalisé historiquement, etc). Parce que de structure de conscience il n’en est qu’une et que c’est toujours la même ; grecque ou christique ou chrétienne ou révolutionnaire, elle ne dépend pas des représentations, ni des idées, ni des figurations (parties du monde ou du vécu exhaussés), ni même des configurations (dieu, la pensée, le christique, le sujet, la révolution, l’altérité, les objectivités, etc) mais outrepasse, cette structure, n’importe quelle significativité ; elle est à l’origine de toutes.

On saisit alors la difficulté de remonter vers la Cause des Effets. On n’a aucune autre trace de la cause sinon ces effets, et sauf l’indescriptible structure qui existe antérieurement à toutes ces possibilités et dont on est évidemment l’atteinte absolue, formelle, structurelle antérieure dans toute intentionnalité. Et donc la difficulté est complète mais de plus c’est le centre même de tout ce que l’on fait, veut, décide, perçoit, imagine qui doit se retourner vers le dedans de sa forme de structure d’une part et d’autre part qui doit décider. Analyser la Cause sans interpréter celle-ci selon le monde et donc inventer les outils intentionnels qui identifient les pliures, le pli, le dépli du présent.

Ça ne peut pas s’instancier sans se décider. De là qu’il y ait conversion au sujet, au christique, à dieu, ou à l’universel (qui réclame que l’on quitte la forme égocentrée du moi pour penser universellement, Kant expose formidablement ce décentrement du sujet). Ce que symbolise Nietzsche ou Heidegger par la volonté ou l’Etre (soit donc cette fois la surhumanité ou l’inhumanité et de manière générale l’a-humanité des existentiels, de philo ou de littérature).

C’est ici que se précise de manière certaine la première des qualités du sujet ; il faut qu’il tienne, qu’il tienne le sujet qu’il non pas « est » mais qu’il ex-siste (Badiou insiste bien là-dessus ; la fidélité, mais selon une toute autre interprétation, qui se tire de l’universalisation seule, prétendue et par hypothèse générale, et non pas d’une structure de sujet). Cette certitude incertaine dépend de ceci ; se confie-t-on à sa propre foi ? Il faut prendre au pied de la lettre l’esprit qui préside ; ce qui fut autrefois nommé « foi » doit être pensé et caractérisé comme effectif-Réel-agissant ; que cela soit parut comme tel veut dire « c’est ainsi que cela existe ». C’est pourquoi Badiou va rechercher St Paul. Ce qui s’est désigné comme « foi » est littéralement ce perfectionnement de structure ; « foi » n’est pas apparu sans raison. Et ce qui se manifestait comme foi, est bien plus grand, et c’est du reste mot à mot ce qui s’annonce par la pensée ou el christique ou le suejt ou la révolution ; on a basculé du côté de l’expérimentation du structurel même (c’est cela et cela seul qui est vécu au sens d’éprouvé).

Tenir à ce qui n’est pas mais ex-siste, et se situer dans la certitude de l’expérimenté de structure, ce qui est invraisemblable (et qui deviendra le réel au moment suivant) et cette in-certitude ne va pas sans se vouloir absolument soi, le soi impossible et donc la conviction (intention, conviction, décision) que ce dont on se tient, bien que ce soit moins que rien, est fondamentalement l’essentiel. Il faut alors admettre que le miroir de toutes les images et de toutes les idées soit soudainement orienté vers le structurel (en l’occurrence le regard du christ qui crée chaque conscience). De là qu’il puisse s’imposer une fidélité aux explorations, à la tradition (et l’occident est sa propre tradition) d’une part et à l’expérimentation actuelle d’autre part. De là que la révolution (ici et partout) est la forme même de l’expérimentation historique du réel. On ne peut suivre la structure ailleurs que sur le sol réel, à la surface même du réel, soit donc comme historicité effectivement réalisée et vécue.

Ce qui se dessine (on a dit déjà qu’il fallait récupérer absolument tout ce qui fut et ramener ici même l’ensemble de toutes les expérimentations du Réel comme structure, des mystiques aux religions, des philosophies aux champs de perception esthétiques, des récits au poétique, bref tout ce qui est suffisamment articulé) c’est l’affirmation que dans le présent, tout présent évidemment, se dresse une architecture (et que cette architecture est aussi une architexture du corps, comme on a vu) et cette architecture est très exactement toutes ces avenues qui furent décrites et perçues selon l’intuitionnel intentionnel, le glissement des surfaces. Et les surfaces sont dans le réel même ; on ne les simule pas.  

Le glissement s’effectue à partir du point lorsqu’il se concerte suffisamment ; il est impossible d’ignorer à partir de ce point (comme si il était idéal) tout le réalisé ; il faut assumer toutes les pliures du corps et des signes pour aboutir au point réel (qui n’est que réel, cad articulé sur le monde donné là, sur le monde humain en ses réalités). On a vu que les idées ou les mots sont des rapports, cad des plis dans le pli qu’est l’arc de conscience sur le pli formel qu’est le présent. Ce qui veut dire porter toute l’acculturation possible au moment où l’on existe et brancher cette acculturation sur l’architecture du présent, via l’architexture du sujet en ce corps. Rimbaud porte sur ses nerfs eux-mêmes et c’est pour cela qu’il avance plus vite. Ce qu’il délègue au corps, à l’incorporation c’est autant de pliures gagnées qui accélèrent le mouvement intentionnel. Il est adolescent et son corps agit très vite.

Ainsi l’éclair est jeté sur son point d’impact instantané, il cristallise la totalité de ce qui est devenu et acte le tissage nouveau, à chaque fois, de toute l’historicité jusqu’à sa limite, celle qu’il éprouve. De là que l’occidentalité est toujours invention (et tout processus civilisationnel de structure, et d’autant plus en ce cas que l’occidentalité se définit comme mise à jour et mise en avant de la structure même ; au lieu de créer une base puis un sommet de pyramide, l’occidentalité a inversé la pyramide et de la pointe vers la base cul par-dessus tête ; il fallait bien que cela advienne quelque part et cela prit le nom d’occidentalisation).

Le passage de la structure organisant un monde (particulier) à « la structure mise en avant et créant son réseau » (d’une part l’universel du monde, grec, et d’autre part le sujet, avant et après la révolution, qui induit une trame relationnelle des intentionnels, cad des libertés) est la bascule radicale dans l’histoire qui a proposé l’historicité, cad une histoire voulue, décidée, intentionnalisée. Lorsque donc la pyramide de la réalité se renverse et qu’elle repose sur la pointe.

Le parce que.

L’analyse du mouvement qu’est le réel veut dire que, pour nous, depuis la méditerranée, l’universel et le sujet, on ne va plus découvrir des raisons dans le monde, le vécu ou le corps, mais dans la structure intentionnelle telle quelle ; c’est non seulement ce que le christique entame, comme événement absolu, mais aussi ce que Nietzsche proclame ; son affirmation du réel (rendu Autre) est l’affirmation de soi de cette forme de toutes les réalités qui pré-existe, qui ex-siste avant tout et est sa propre « raison ». Et qui courre tout le long de l’occidentalité. Pourquoi voudrait-on exister ? Parce que.

« Parce que » puisque le réel est le possible pur et brut. C’est donc dans la structure même et l’invraisemblable vérité (grecque) ou l’impossible sujet (christique). Et cet invraisemblable et cet impossible sont le réel même. Appel au possible-même, à la racine, à la source.

Inutile de vouloir le néant, puisqu’il existe déjà. Tout est toujours en-plus. Le néant existe, puis l’être existe, et dans l’être il faut distinguer l’exister et l’être proprement dit, la forme et la détermination et la détermination existe parce que la forme, le un, est l’altérité et que l’altérité est la distinction ; tout avance afin de poursuivre au plus loin possible la distinctivité ; et le Un terminal, du bout de tout ce qui est, est lui-même selon toute vraisemblance, le perfectionnement de la perfection. Sans cesse le Un terminal re-vient sur lui-même et perfectionne tout le réel qui le précède et toutes les réalités qui se génèrent. Comme un kaléidoscope, qui au fur et à mesure tisse le visage du réel le plus abouti qui se puisse. C’est pour cela qu’il se meut (et que tout est mouvement du plus brute au plus pur mouvement) et c’est pour cela qu’il existe un présent.

Et on ne sait toujours pas ce qu’est ce Visage terminal. On se concentre, en tout, afin de décrire comme et comment cela arrive, le plus précisément et le plus réellement possible, comme et comment le présent ou l’arc de conscience étirent les réalités ou les représentations, les intentionnalités, comme et comment la raison d’être est en-avant et attire tout ce qui est par ce qui Ex-siste. Le présent est la ruse du réel pour finaliser les réalités, introduire dans la réalité une finalité de structure, les pousser selon la forme qui les précède ; il n’y a pas finalisation mais la finalité est dans la forme elle-même, le programme est la structure elle-même.

Le réel est instantanément les réalités dans et par le regard qui discerne au fur et à mesure selon le temps et l’espace (ou leurs variantes) et qui se différencie comme champs de perception. On peut considérer l’atome ou l’adn comme des champs de perception. C’est pour cela que le réel se manifeste comme réalités, et réalité s’entend comme « perception ».

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