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instants philosophie

Le miroir du bout du monde

18 Mai 2019, 09:37am

Publié par pascal doyelle

La désarticulation du réel humain

Le point de bascule du réel de décision

Il y a un champ de perception afin que le réel se définisse au fur et à mesure au travers des distinctivités. Le réel se regarde, créant ses champs de perception, de différentes natures, jusqu’à cet être, qui n’est pas un être, capable de générer son propre champ, et un champ constamment suspendu au mouvement très exact et très précis qu’il développe, mais qu’il n’enveloppe pas ; un champ de perception (de l’atome, de l’adn ou de l’arc de conscience) est ouvert.  

Mais il est évident que le champ ouvert par une articulation de conscience qui fonctionne comme intentionnalisante marquante (usant de signes et d’une perception actuelle, et non pas mémorisée comme l’adn ou l’atomique), ce champ de conscience est bien plus accéléré que tous les autres (à notre connaissance).

Et ce regard évidemment est immédiatement une réalité. Que les réalités se perçoivent les unes les autres c’est ce que traduisent les échanges moléculaires et les codages d’adn ; que l’on songe à l’étrangeté d’un champ général de réalité, de réalisation ; il s’y passe quelque chose qui s’échange. Jusqu’à aboutir autant que l’on sache, à un être doté d’une interface spécifique qui perçoit ce qu’il agit et dont la perception dépend de son action ; les choses ne nous viennent pas instantanément dans le regard, il faut organiser des systèmes de signes pour que dans ces signes apparaissent les choses, les datas, les êtres, les vérités (comme dit Badiou, mais s’en tenant là et ne référant pas ces champs d’action à un sujet) ; sans notre activité pas de perception (nous ne sommes pas des vivants qui décodent immédiatement leurs percepts). Étrangeté là aussi ; que cela ne vienne pas tout seul. Une réélaboration, à partir de la perception du vivant, est requise afin qu’il en soit tirer des rapports et des séries de rapports. Et au final que se définisse un sens du mouvement, de l’intentionnalité ; lequel a pu sembler tout univoque durant très longtemps ; il suffisait de suivre la réalité.

Les sociétés recouvraient la « nature humaine » d’idéologie, de représentation, religieuse, magiques, ce que l’on voudra, et comme l’arc de conscience (universel grec et individu chrétien) ont affaire au réel, il permettait, cet arc, de se diriger vers le donné là, le monde et le corps ; ce qui s’est nommé longtemps libération. Sauf qu’il ne s’agit pas d’aboutir à une « nature humaine », qui n’existe qu’à moitié (on doit être heureux ou en tous cas non-malheureux, afin de passer-à autre chose, au-delà des nécessités, du nécessitarisme, que réduplique le capitalisme en installant une concurrence artificielle généralisée), et si « nature humaine » n’existe qu’à moitié alors « moi » n’existe qu’à moitié. Mais quelle autre identité pour le « moi » ? La nature humaine qui était censée exposer notre être effectif, version 18éme, libérale ou communiste ou selon la version extrêmement complexe du 20éme (celle qui considère le « moi » comme réalité fondamentale, constitutive même l’humanisme universel) c’est alors celle qui cherche son identité, mais ne la trouve nulle part en aucune partie du monde, et aucune concrétisation du vécu ou du corps ; elle n’existe pas.

Ce qui existe c’est la structure qui rend possible (entre autre) un moi (le moi est affecté lui-même à ou selon diverses réalisations ; il peut se tenir du droit ou de l’objectivité des sciences, et le sujet seul couvre l’ensemble de ces réalisations, capable aussi bien de subjectivité ou d’objectivité, etc). Nous ne sommes pas une « identité » qui parviendrait dans l’épanouissement à se réaliser, et réalisation qui nous renverrait notre image. Nous nous verrions heureux (on sent bien que ça ne va pas).    

Et c’est bien ici que l’on achoppe sur un problème absolument fondamental ; lorsque l’on se représente le monde et que ce monde se crée comme Parole partagée entre tous dans une tribu, l’aperception est immédiate ; on pense ce que l’on parle et on parle ce que l’on voit et vice versa et l’on échange ce que l’on voit et parle, et ceci est notre corps commun.

Si on introduit une structure dans la parole ; ce qui se produit par le texte sacré par ex, venu d’ailleurs, puis par la vérité, grecque qui brise l’unité commune, ou la littérature et la multitude de récits et de poétiques, d’esthétiques, qui reviennent à l’individualité, et le tout qui n’est plus ritualisé mais libre et relevant de chacun ; si on introduit une structure il faut penser, et penser au sens de méta-ordonner ; chacun est libre et se tient à son devenir, son potentiel mais en sachant de quoi il retourne et ayant, au moins, une moralité ou une mise en forme intentionnelle suffisante (le christique est la forme intentionnelle exprimée et manifestée et représentée, tout à fait essentielle et fondatrice, la citoyenneté ou le récit individualisant, aussi bien poétique ou narratif ou esthétique et donc entrainant qu’il soit créatif) ; chacun est libre et peut accéder à diverses représentations du monde (ou de sa vie) mais chacun peut et doit, à tout le moins, gérer cette liberté. C’est en ceci que réside le méta.

Qui indique une différence, un décalage, une altérité non pas seulement systématique mais structurelle ; touchant à l’ontos même (qu’un sujet il y a et que son intention est son intentionnalité, cad une dimension à plein, et donc La Dimension, il n’y en a aucune autre, toutes les autres, qui sont des domaines, s’en déduisent ; le structurel contient le subjectif ou l’objectif).

Ce qui veut dire aussi que si le groupe parlait ce qu’il fallait penser et percevoir, cette fois l’individu est à lui-même sa propre gestion et son propre potentiel ; et ceci coïncide, il faut le remarquer, à un monde décuplé et ouvert sur quantité de multiplicités (puisque l’unité n’est plus « une réalité les commande toutes » mais « une forme rend possible le possible » ; les échanges ou les esthétiques ne sont plus régulés par le rituel ou la signification, la signification est ouverte, par ex sur la consommation et l’étirement des désirs indéfiniment, parce que l’on a accès à son propre corps délivré des règles ; et puisque l’individualité est seule susceptible d’accéder au monde, de percevoir directement le donné-là, de déployer son propre corps et son vécu et son relationnel ; elle est  seule parce que ce corps seul possède qu’il y ait un arc ouverte en sa cervelle vers le champ de perception du donné là, quel qu’il soit.

De là que l’on ait laissé chacun dont le seul jugement est celui de satisfaction, sans repère autre que la satisfaction incorporée, laquelle se presse sur nos yeux sans distance et sans décalage, du moins telle qu’idéalisée ; parce que si il est bien ici et là des idéaux (liberté et indépendance ou création ou révolution, aucun ne tient substantiellement face à la prégnance du monde qui happe de toutes parts, le christique était autre, mais ces idéaux sont du-monde aussi élevés soient-ils)  d’une part et si ils se présentent dans le monde comme « idéalisés » c’est pris dans le faisceau qui ajoute aux réalités et aux réalisations le poids ontologique de sa structure ; il insuffle que « cela sera si infiniment renouvelant » ; ce qui ne serra pas ou plutôt pas à ce point là, ontologique ; on surinvestit et alors le monde et le vécu piègent l’arc de conscience qui perd ce qu’il croyait acquérir.

Et en vérité le décalage se réintroduit par cent écarts et insatisfactions innommables puisque seul l’idéal de réalisation est nommé, le décalage n’a aucune autre moyen que de se traduire dans et par le malaise du corps ou diverses astuces de structure qui contournent la massive identité supposée de soi-même.

Et seule la décentralisation de la décision (qui n’appartient plus au groupe ou à la Parole commune) en quoi consiste la révolution, devait permettre que chacun soit réellement la structure qu’il est ; or on a réduit cet être qui est un exister à son seul être donné là : la nature humaine et le moi issu et admis comme synthèse selon une hypothèse dite du « sens de la vie» ; le fameux sens de la vie, qui ne signifie rien (au niveau ontologique il ne signifie pas selon le monde, même si il est hors de question de renier l’acquisition du monde et du vécu, le moi est la base ou plus exactement la possibilité du sujet ; en gros tant que la révolution n’a pas eu lieu on vise l’horizon de l’humanisme, une fois qu’elle a eu lieu, un moi peut se dire « ceci existe », Sartre et existentiels et atteindre par là le Bord même de l’Acte du Réel).

Parce qu’il n’existe pas de moi qui serait une « synthèse » et du reste il ne peut pas même se situer lui-même en tant que lui-même comme synthèse, c’est et n’est qu’une imagination, non un réel ; ce qui est bien agréable, cette imagination, du moins au début … Ce serait une performance parce qu’alors il objectiverait un « être » qu’il doit accepter comme naturel et sensé, alors que c’est justement un arrangement synthétique purement facticiel, déterminé et donc composé de bric et de broc, un bricolage auquel sa structure de sujet donne sens (imaginaire). Il est clair que le christique ou la pensée, grecque, n’étaient pas dans l’imaginaire : s’y réaliser effectivement cela même qui Ex-siste, qui n’est pas de ce monde ou de ce vécu. On ne fait sens dans le monde que si l’on exhausse le donné, ce qui permet à la fois de repérer les réalités très exactes (plutôt que de conceptualiser des idéologies ou provoquer des imaginations seules) et de signifier le réel, ce qui veut dire La Possibilité ; un monde replié sur son donné, sa nature humaine toute construite ou son moi synthétique, n’a pas d’avenir. Il croit au fantasme. Il croit en et par la synthèse qu’il croit réelle. Ça n’est pas qu’il y ait imaginations qui nous rend fous (elles sont requises) mais qu’il n’y ait que cela (et plus de structure du tout, qui s’est repliée).

Pour n’y pas sombrer il fallait atteindre à une élaboration tout à fait élevée et précise et complexe et pour le dire méta-consciente. Ce par quoi ce qui vient dans le faisceau de conscience est immédiatement accepté par le moi (sinon il devrait remettre en cause la totalité ou peu s’en faut, de sa réalité), alors qu’il devrait justement, ce moi, ne pas coïncider avec son contenu (il n’est pas le contenu qu’il est, le réel n’est pas de l’ordre des réalités, il n’y a pas de réalité-une qui synthétiserait toutes les réalités, la forme des réalités est l’unité d’exister et non pas l’être, qui est dedans la suspension qu’est ce mouvement brut qu’est l’exister).

Mais on comprend bien la difficulté, pour un moi, de se conformer au sens qu’il est ou croit être  d’une part à la conscience qu’il n’est pas et qui ex-siste d’autre part ; la liberté, l’égalité et la fraternité avaient pour but de pousser à réfléchir ; que les arcs de conscience se réfléchissent et maintiennent leur articulation réelle (cad engageant le possible et non le donné, ou l’immédiateté et l’intéressement stupide, borné, écrasé tôt ou tard ; il y aura toujours plus fort que soi ; qu’il développe un empire, anglo-saxon ou US, plutôt que l’esprit Fr, l’espace plutôt que le temps).

Pour passer du moi au sujet (c’est ce que signifie méta-conscient), de la nature humaine à la réflexion, soit on use de l’historicité dans ce qu’elle a créé de structurel (liberté, égalité, fraternité, aimez-vous les uns les autres, élevez-vous, autrement dit), soit on se « convertit ».

Mais à quoi ?

L’hypothèse ici est celle-ci ; la conversion est interne, interne à la structure, rien ne peut la préparer dans la réalité, le monde, la vie. Mais pourvu que l’on parvienne à un monde stable et assuré pour chacun (cad liberté-égalité, sinon on reste dans le challenge, la rivalité, le nécessitarisme) Soit on bascule du côté du réel, soit on reste coincé dans la réalité. L’hypothèse est qu’il y a eu déjà quantité de conversion, d’extase, de retournement, d’intériorité de structure. Ça se produit ou ça ne se produit pas. On ne peut pas l’installer du dehors, mais on peut prédisposer le dehors et que ce dehors s’instancie, mais alors décisionnellement, par chacun.

Expliquons.

 Il n’y a aucun moyen de « vouloir » entrer dans le réel. Ou plus exactement le « vouloir » vient en plus et d’ailleurs ; du dedans structurel, lequel est sans épaisseur, et donc rigoureusement imprenable de l’extérieur. On est donc confronté à cela même qui est à peine approché par le christique ; ça vient d’en haut et on y répond ou non (la grâce) mais on ne commande pas la venue d’en haut et on ne sait pas jusqu’à quel point on a répondu par l’affirmative ni à quel moment et pourquoi. Autrement dit on prend la décision mais elle n’est pas « nôtre », parce qu’il n’y a aucun point sur lequel se fonder pour accuser réception. Et ceci est logique. Mais difficile. (Personne n’a dit que ce serait facile).

C’est logique parce que la décision en question est éternellement sur-prise, pourrait-on dire si on tenait encore à la métaphore de l’éternité. La traduction logique est que cette décision est incessamment suspendue puisqu’elle est le réel. Cette décision n’est pas un point ou un cercle mais une tangente et la tangente, qui définit le cercle, n’est pas achevable. Comprendre ceci c’est saisir que le réel est ouvert par le haut. Et que de ce fait c’est insituable.

Lorsqu’il tombe vers le bas, ça tourne en rond ; parce que les réalités rebondissent entre elles-mêmes indéfiniment, et que, en toute logique, on ne peut que monter. Sauf que l’on reste constamment coincé par le bas ; le monde attire le monde, qui est-là, totalement prégnant, tandis que le haut, la structure est en-plus et ne se prouve que de soi. Le tourne-en-rond est un indéfinissable tourment, tout à fait horrible, notre quotidien (bien que l’on veuille sans cesse le renouveler artificiellement) ; un corps qui se drogue tourne, jusqu’à ce qu’il meurt. Une intentionnalité se divise à l’indéfini, et affronte l’enfer, mais basculer vers le haut n’est pas non plus une facilité ; comme on a dit, on ne sait pas ce qu’il en est. On ne sait pas ce que cela « veut ». Le haut demande toujours expressément que le je de chacun énonce, indique, oriente vers ce qui doit/peut être. En somme il faut tenir la tangente sans voir à quoi elle aboutit et sans qu’elle se replie sur un cercle. 

Il faut continuer de se tenir dans l’élan de ce que l’on a pu nommer l’esprit, ou dieu ou l’autre-corps ou donc l’intention, sinon la réalité dévore le réel. En ce sens ça ne cesse pas de penser. Aussi chaque génération est remontée, comme une pendule, et détricote et puis retricote à partir de ses obstacles. Mais à terme on aboutit littéralement sur le donné seul et chacun en tant que sujet, et là il faut décider. Et curieusement, puisque notre prouesse fut de rassembler l’ensemble de toutes les trajectoires possibles, voici que toutes les intentionnalités actées (l’historicité) nous sont données et il nous revient de les relancer. De les renouveler peut-être, parce que somme toute, tout compte fait, il est une diagonale potentielle qui relie forcément tous les trajets. Penser non plus les contenus mais les structures qui prirent signifiants par ces contenus ; en vérité de contenus il n’y en eu jamais, il n’existât jamais que les flèches. C’est ce qu’inspire en premier chef la dissolution plus ou moins lente des réalités ; pourquoi disparaissent-elles ? Parce que s’effacent les supports du mouvement.

Reste le mouvement.

Si les réalités disparaissent, de même nos pensées, nos images, nos identités disparaissent. C’est le mouvement en quoi consiste la structure qui s’inscrit, qui trace le seul Signe. Ce qui est en vérité mémorisé ce ne sont pas les datas, mais ce qui a pu apparaitre selon le monde et le vécu comme orientation du miroir ; sera-t-il ou non lui-même miroir dans le Grand Miroir terminal ? On ne sait pas. Il suffit, somme toute, de connaitre ou reconnaitre sa vrai nature  de miroir, sans se laisser prendre dans les filets des images ou idées ou représentions ou donc vécus et identités ou corps ou mondes, qui paraissent momentanément dans le miroir que l’on existe, qui se miroite, peut-être, si élevé, si haut, possiblement, dans le Grand Miroir du bout du bout. Celui qui est toujours en mouvement. Qui ne cesse de regarder et donc chaque regard est distinctif et dont la distinction est toujours plus précise et élaboratrice. Si un miroir est continuellement en mouvement, alors il se miroite continuellement. Le propre du miroir est de renvoyer ce qui passe au-devant. Ajoutons qu’ici cela influe sur la nature même de la surface, sur l’être du miroir. Et comme il n’a pas d’être, influe sur son exister.

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