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instants philosophie

La conscience ou la vie

16 Juin 2019, 08:52am

Publié par pascal doyelle

En quelques textes rares des Leçons sur le temps, il apparait que la hylé n’est pas une simple composante de la conscience mais ce qui permet à cette conscience d’être conscience, ce qui la donne à elle-même avant toute chose. Toutefois cette fonction décisive de la ur-impression qui ferait de la phénoménologie hylétique la discipline fondamentale de la phénoménologie, se renverse immédiatement : la hylé n’est précisément plus qu’une matière pour une forme qui a seule le pouvoir de l’illuminer et de faire d’elle un phénomène et cette forme qui donne lumière c’est l’intentionnalité.                                                                                                Michel Henry (Phénoménologie de la vie, to 1, p117)

S’en suit l’idée que Husserl reproduit la philosophie traditionnelle ; prenant l’extériorité du monde pour point de vue exclusif et annulant qu’il y ait une auto-intuition de la vie, et que la vie est précisément cette auto-impressionnabilité (une pierre ne nait pas au monde, un vivant oui, et il n’y a de monde (extérieur) que pour un vivant).

Henry refuse tout net que la « conscience » soit effectivement la structure même, pour l’être humain, et donc il doit imaginer une essence spécifique (qui reproduit fondamentalement la vision de l’être-adéquat, le plein, l’authentique, etc). Il comprend la conscience comme collée à même ses contenus ; « une conscience est conscience de quelque chose » et ce faisant il ne voit pas que pour un arc de conscience, qui effectivement se tient toujours d’un signe, d’un  mot, d’une détermination, ces contenus sont de passage ; un arc navigue d’un contenu à l’autre  et c’est ce mouvement et non ces fixités qui valent et manifestent que l’arc est non pas un être (qui réunirait tous les contenus dans un Contenu, ou un contenant imaginaire) mais un rapport, une forme, un exister ; et ainsi Henry ne rentre pas dans la structure même de cette forme.

N’explorant pas plus loin la forme « conscience de » il suppose la Vie, comme essence cachée (qui est à elle-même son auto révélation et ce sans quoi, cet auto, rien n’apparaitrait ; les choses seraient réelles mais non perçues et donc inertes, mais la Vie se manifeste et tout se manifeste dans la vue de la Vie, et s’énormise comme Archi-vie préalable à tout).

Or donc c’est dans la forme, le splittage, la division purement formelle de la conscience qu’il faut avancer, non comme identité (quelle qu’elle soit, un moi, ou une pensée totale ou non, ou un esprit, ou un savoir ou l’universel, à noter que dieu n'est pas une pensée mais une intention ou comme dit Descartes une volonté, à tout le moins, ça n'est pas sa seule attribution, il y a en a quantité que l'on ignore) non comme identité mais comme mouvement ou donc rapport. Lorsque Sartre décroche l’intentionnalité de la pensée (et qu’il l’expose au monde, aux autres, à l’historicité, à l’existence même des réalités) il ne fait pas autre chose que de découpler conscience et « contenus » ; puisque l’intentionnalité s’affecte alors sur quantité d’expériences et à vrai dire sur toutes les expériences ; puisque « conscience comme rapport » permet de réinstancier les autres rapports, les perceptions du vivant, du corps, et des rencontres dans le monde et le vécu ; de les réintégrer dans le mouvement de conscience ; celle-ci n’étant rien (de déterminé) elle peut tout à fait demeurer formelle et absorber les champs de perception et les réalités. Initialement ce rapport n’en contient aucun et doit donc apprendre tous ceux qu’il va tisser, les créer et les organiser (ça n'est même plus seulement le propre qui pense pour lui, il doit expérimenter, ou penser ou se convertir ou percevoir pour son propre compte) ; son activité est activisme et construction des rapports existant et des rapports possibles (il n’y a aucun raison qu’il se fixe, sinon en un groupe communautaire qui parle ce qu’il voit et vice versa, lorsque la mémoire se tient du groupe et que la mémoire est la vérité, et non l’invention).

Ce caractère formel de l’arc de conscience aurait sans doute semblé abstrait à Henry (et à tout le monde à vrai dire) sauf si l’on s’aperçoit que cet arc est un rapport donc, et qu’alors il est le rapport dans le rapport qu’est le présent. Que le réel est un tel rapport ; de là à supposer un rapport des rapports, dieu ; mais pour nous, ici, ça n’est pas dieu qui génère les rapports (que sont les choses et les êtres et la forme dans laquelle existent ces êtres) mais c’est le rapport, que le réel soit un mouvement, qui rend possible qu’il existe au bout Un Rapport, lequel demeurant encore un pur rapport se doit, à lui-même et à toute sa et la logique, qu’il soit encore en mouvement et toujours plus grand que lui-même, travaillant dans le détail même de toute la réalisation (cad se révélant) ; sinon de rapport il n’y en aurait plus (il est de la nature, de la structure du rapport de se continuer, infiniment : le réel, le un si l’on veut terminal, est en extension et intensification infinie, et demande encore plus d’engagement pour ainsi dire et cet en-plus se voit tout au long de la temporalité et de l'historicité, il re-vient nous voir en somme, au sens de se donner à voir afin de grandir).

Ce faisant M Henry qui perçoit si bien (l’unité de par soi du rapport qu’il nomme Vie et auto-impression) se perd en ne séparant pas la conscience du vivant ; dont on a vu qu’il n’a pas de monde au-devant mais un milieu en lequel il est. C'est pour cela qu'il existe un champ intentionnel en plus du champ de perception du vivant. Quoique l’on ait bien remarqué, de même que tout être humain, qu’un vivant est jeté-là dans le donné, une surface en avant. Il existe un champ objectif, neutre, hasardeux en somme, de déterminations non liées ; on peut rencontrer un chat, un chien, un tigre, un virus ou un astéroïde ; et qui ne forme pas un système mais est la base sur laquelle s’inscrivent les systèmes (et qui est formée par l’ensemble non lié de ceux-ci, qui ne s’organisent pas selon un ordre global mais selon un étagement, s’ajoutent à chaque fois l’un sur l’autre ces organisations, l'ordre n'est pas intégré à lui-même mais de niveaux). C’est le même champ sur lequel on rencontre hasardeusement et tous partagent le même espace et temps uniforme et lisse, si l’on peut dire.

Évidemment les vivants lisent cet espace, ce donné selon ce que l’on nomme leur adn, et les mondes humains selon leur mise en forme culturelle (chaque fois différente), et depuis la sortie de ces mondes culturels, chaque arc de conscience s’y introduit selon son corps, individuel, et exprime la nécessité de se représenter la réalité, de créer des textes ou des esthétiques à dimension individuelle et d’organiser cette séparation formelle de tous ; créant ses valeurs, qui ne sont plus un « monde » mais ouvre sur une complexité et une complexité par laquelle chacun est appelé à en ajouter ; c’est que le cadre général du réel fut ainsi créé ; une fois que l’on est né dans le cadre individuel du réel, on ne peut plus revenir en arrière (même si nous sommes nés dans et par le groupe, son langage, sa communauté, sa perception, sa parole, etc, et que nous en gardons la structure propre intégrée)

Séparation et folie
Dans la mesure où notre âme fut créée par le groupe, le groupe humain, chaque groupe humain un par un, séparés les uns des autres (plus ou moins) mais formant quant à soi un seul tout perçu, parlé, échangé, ritualisé, mythologique et s’inscrivant lui-même dans son propre monde (explicitant son existence), 
et lorsque l’abandon de tout monde clos et communautaire s’est longuement (royautés empires, plutôt que tribus) ou brutalement (par choc et impérialismes) l'abandon donc, s'est imposé partout et pour tous et pour chacun, 
on dénotera donc les deux formes de folie. 
D’une part la séparation absolue, dont la dépression et toutes les formes exacerbées de séparation, qui ne perçoivent plus rien, décrochés de tout, de ses propres perceptions, 
et d’autre part l’esprit fou dans lequel tous les registres (qui étaient jusqu’alors soudés dans la communauté et les échanges) sont déjetées dans un seul esprit individuel qui perçoit de partout et tout à la fois, comme si il était à lui-même la communauté et retourne ou essaie par là à la formulation de son « esprit », mélange de paroles et perceptions, de regard et de divisions.

 

Mais le passage vers la forme individuée, séparée, de tous, de chacun, élabore une autre-complexité (les sociétés closes, cad ouvertes sur leur monde et leurs perceptions et échanges, sont très complexes). L’autre-complexité veut dire que le subjectif n’est qu’une partie de la forme-individuelle ; la forme individuée est « ce qui est capable d’assumer et d’assurer » l’organisation d’un monde dit universel ; ce à quoi chacun atteint est une réelle performance ; cette organisation peut être dite méta, et finalement doit aboutir à ce qui s’est dénommé « démocratie libérale » en ce sens que l’on doit, individuellement, être persuadé que les autres ont tout aussi raison que soi-même… Que donc la forme du monde (dite démocratie par ex) est plus importante et plus réelle que ses contenus ; à moins que les contenus ne viennent nier la forme… cad à moins que s’intensifie une hiérarchie ou une inégalité ; cette inégalité est absolument et fondamentalement une atteinte formelle, cad encore une fois absolue, qui nie la dite démocratie et donc la structure individuée, ce qui signifie "qui nie chacun" et la possibilité même du monde partagé de l'expérience.

La forme-complexité dite individuée, qui supporte d’être, d’exister dans un monde difficile (et non au-dedans d’un groupe, alors que toute la cervelle, modulée par le langage, cad la parole, réclame ce monde communautaire et délaissée qui devient éventuellement folle ou dépressive) ajoute à la terreur du vivant qui est déjà splitté par le langage, puis maintenant par l’existentiel, la mort, la solitude, la douleur, le désespoir, la dépression, les délires, bref l’angoisse généralisée que plus rien ne peut plus restreindre, contenir. Et qui atteint son corps, sa qualité même du corporelle, son énergie disponible, son attention qui est prise sur ce corps et sa propre puissance, que l’arc de conscience dévore, à quoi le corps et donc même la cervelle (qui tient-au-groupe) ne comprennent rien.

Il fallait donc penser et organiser une représentation de cette disruption généralisée et que la capacité forme-individuée puisse s’établir dans le donné (qui n’est plus aucun « monde », sinon celui universel, dont Kant dira bien que l’on ignore où il est, et pour cause, il n'est pas , existe seulement une surface). Il n’est rien de facile dans cette gigantomachie de l'arc qui élabore puis architecture et architexture sur le corps (via les mass et micro médiations) ; mais au moins peut-on commencer d’y voir clair, si l’on part du principe que la forme-individuée n’est pas le subjectif, mais qu’évidemment lorsque cet individué s’adonne à la science, aux objectivités, pratique la révolution et la potentialité démocratique, lorsqu’il s’astreint à élever les esthétiques ou poétiques, etc, il assume entièrement, intégralement le Possible. L'individué rend possible tout le subjectif et toutes les objectivités puisqu'il est acté sur le grand rapport réel qu'est le présent. (Qui est le seul rapport réellement existant).

C’est donc un réel qu’il aurait fallu lui-même élever, et non pas l’enterrer sous des monceaux de représentations et d’images négatrices, lourdement néantisantes ; niant la spécificité, donc, de ce qui a forme de structure. Et croire en sa nature donnée, semblable au monde donné, que pourtant on ne découvre que du point externe du sujet ; lequel soit est admis dans sa structure, tel Descartes ou Kant ou Hegel, Sartre ou Lacan (etc), soit rendu abstrait et extérieur, le fameux sujet-objet qui regarde et pense mais qui n'est rien ni personne, qui fait-comme-si il n'existait pas.

Dans cette complexité, qui n’est pas seulement du monde, mais de structure, on ne peut pas supposer comme le fait Henry qu’il existerait une substantialité du sujet sous la forme de la « vie ». Ce serait ramener encore une immédiateté, alors que visiblement la complexité est justement son traitement splitté, découpé, séparé, feuilleté, distingué, divisé ; c’est parce que le réel se divise qu’il existe des tas de réalités ; et il existe des tas de réalités afin que le réel, la division elle-même, se distingue et s’affine.  Elle ne peut s’affiner par le bas.

Elle ne peut pas naitre du monde (ce dont Henry est parfaitement conscient, puisqu’il réserve la performativité réelle à l’auto impression de la Vie, l’Archi-vivant étant le christ bien sur, qui est l’auto affirmation de la vie par elle-même ; le christ cent fois « témoigne » de lui-même, puisque le Vivant est plus réel que le monde ; il n’y a de monde que pour un Vivant) ; mais on ne peut pas implanter dans la réalité d’une part le monde et d’autre part une essence mystérieuse (serait-elle outrepassant telle la Vie) ; si il y a une différence, une Différence, elle ne peut pas être de l’ordre de la détermination  ou de l’essence.

C’est bien alors le cœur du problème (et le problème de tout) ; que la conscience et l’intentionnalité ne se dirigent pas vers un contenu ; il n’y a aucun contenu qui parvient à la cheville de cet arc qui produit « des contenus » à la pelle (on ne trouve jamais la vérité dit-on, mais la vérité est de structure et ne se "trouve" pas). Si il y a bien une différence, un décalage ; de sorte que pour nous les choses, les êtres, les réalités et les représentations existent, réclament une Position dite autre parce qu’elle est la position qu’un Réel il y a ; la différence  n’est pas du même ordre ; il ne peut pas être, être de la détermination. Donc il est une forme. Ce que Henry annonce presque ; sauf qu’il suppose une essence au-delà, la Vie, l’Archi-vivant (le « ce qui témoigne de soi », puisque rien dans le monde que l’on connait ne témoigne de soi, sinon celui qui se tient de l’Archi-vie éternelle, dieu évidemment).

Il vaut mieux avancer que le donné se sépare en un donné de détermination, et une forme (réalités/réel) et que le dit réel est d’une autre nature que la réalité ; le présent est le représentant ici même et maintenant de cette forme-autre ; et de ce fait, si il est une telle dimension (de présent) alors cette dimension est plus grande que tout ce qui parait en elle ; les choses naissent dans le présent (et évidemment il n’y a pas à proprement parler de causalité ; le présent ne « causent » pas les choses comme les choses se causent entre elles ; on a besoin pour penser cette dimension de paramètres appropriés, souvent nommés métaphysiques puis après Descartes que l’on désigne comme ontologiques ; puisque par Descartes la division réel/réalité est ici même "par Descartes la pensée est sujet" Hegel).

Que l’on ne soit jamais parvenu à situer le réel, le sujet, dieu ou l’altérité pure et brute, veut dire « seulement » que le réel est formel et non pas déterminé ; on ne ramène jamais l'horizon dans le champ, il n'est de champ que par lm'horizon et c'est cet éloignement que l'on doit analyser : que donc nous existons dans un acte. Et que c’est cet acte qui se divise, se splitte  ; ce qui lui est seul possible puisque formel, aucun contenu, aucune essence, aucune substance, aucune pensée ne peut se diviser indéfiniment ou infiniment, l’acte du réel, si ; en fait la question ne se pose même pas pour le réel, il est tel quel la division formelle, cad absolue, qui rend possible qu’une réalité et quantité de réalités soient possibles ; il est la Possibilité même, pareillement il existe le néant et l’être, et dans l’être l’exister et l’être proprement dit, la forme et les contenus. Et donc on a cru analyser des contenus, des logiques, mais en vérité on montrait ; comme Descartes montre le sujet en acte, comme le christique expose le corps splitté, comme Nietzsche ou Sartre désignent l’altérité, radicale, ou Lacan le corps insupportablement divisé du moi, qui se prend pour un « moi ». On montrait un réel et on le montrait à ceux-là seuls susceptibles de le signifier ; des sujets. Platon nous transforme en sujets (en l’occurrence universels et selon l’être) le christique nous convertit, Descartes nous introduit au plan de la transcendance dans l’immanence (l’étendue du monde est « dans » la transcendance, ce que nous disions ici comme « les réalités sont « dans » le réel, dans le présenté »).

Donc on a déjà-toujours dépassé le donné, et on a pu désigner le donné parce que précisément nous sommes situés sur le Bord ; et contrairement à toute pensée qui prétendrait découvrir (on ne sait comment) la soudainement Vérité (s’opposant à toutes les autres de par le fait), il faut affirmer le contraire ; nous nous sommes toujours tenus dans la vérité. Tous. Le centre est un acte, et toute pensée (ou représentation ou esthétique, ou éthique, etc) tourne autour ou approche du centre et tourne en tant qu’actes ; il n’y a que des actes qui soient en mesure d’approcher l’acte ; aucune chosification ou objectivisation n’est adéquate, ni image ni imagination, mais seulement l'intuitionnel spécifique à la structure même et seule ; et donc « ça » vous demande d’être je.

Ceci expliquant, si l’on peut dire, la forme tout à fait sidérante du réel et du sujet ; rien n’est pour rien, il existe une logique interne à la forme même, une logique explosée, qui se veut toujours plus grande, sauf que cette logique n’est nullement celle de l’objet (qui est construite par un arc de conscience, une intentionnalité) et que cette logique est celle de la souplesse existentielle, puisqu’il s’agit quand même de rendre possible … le possible, cad qu’il y ait une réalité qui permette de pousser au plus loin la distinction, la distinctivité, si difficile et à l’extrémité d’elle-même (et de nous, et de toutes les réalités). Et si on ne peut saisir objectivement la vérité c’est que la vérité est plus grande et que le sujet n’est pas le subjectif mais la forme en laquelle tout le reste est possible ; on a déjà vu que l’arc de conscience admet totalement toute la perception du vivant qu’il est, et qu’il superpose au champ de perception du vivant le champ d’intentionnalité, et ce via des signes, des mots, des langages divers, et via son propre corps-en-plus, sur ce corps vivant se crée une autre-surface qui reçoit les signes et l'arc excède totalement le champ, le corps, les signes, le langage et Voit (selon son intuitionnel spécifique). 

Et de manière générale il faut admettre que la structure de conscience/présent est le sujet, l’acte même, la capacité intrinsèque et sa possibilité qui ne se connait pas avant de se créer mais se tenant de sa structure – à laquelle elle doit sa décision et donc ce que l’on a nommé depuis l’aube le bien, le « ce qui rend possible qu’il y ait encore le possible », le « suffisamment grand qui permette d’accéder à encore plus grand », tout comme un arc de conscience est autre qu’elle-même et ce  parce que le réel est, de par sa nature même, plus grand que lui-même – se tenant de sa structure il est ouvert non pas afin seulement de rassembler le donné mais de se tenir d’en-haut ou de se décider d’en-avant. Il s’agit toujours d’explorer la seule zone qui n’appartient pas au monde (au vécu ou au corps), étant celle à partir de laquelle on perçoit, on intentionnalise, on décide.

Il existe toujours la simple éventualité que le vivant ait seulement produit un « système » suffisamment ouvert qu’il puisse interagir avec le donné non plus sur la base de l’atome ou de l’adn, mais en dégageant un camp neutre et formel accessible à une réponse non déterminée et que tout ce qui est, cad tout, les milliards de milliards (etc) de soleils dotés de leurs planètes, tout cela se perde un jour dans le grand vide de rien du tout, et que le sens de toute la réalité soit juste un gaspillage, total, sans mémoire, effacé et plus personne ni rien pour s’en rappeler. Ce serait plutôt contre productif à vrai dire.

Surtout si l’on s’en tient au principe que la réalité elle-même suit la logique de la possibilité, et donc la possibilité la plus grande ; il serait absurde que si la possibilité existe (et de fait la réalité existe) ce soit pour de « petites possibilités », si Possibilité il y a c’est afin que la Possibilité s’instancie comme « la plus grande possible », ou cela, « possibilité », n’aurait pas de sens. Le possible n’est pas le possible de quelque chose de particulier, mais est le possible de la possibilité même ; si l’on veut, le plus grand destin, la plus grande réalisation effective, le Un le plus augmenté.  

Et cette effectivité ne se borne pas à sa simple affirmation (ce serait une abstraction) mais s’instancie, s’incarne, se manifeste et tient tout entière dans, au moins, deux structures ; l’arc de conscience lequel bouté sur le présent, sur l’exister. Ce qui veut dire que ce qui se nomme la plus grande possibilité se révèle comme étant deux natures, deux structures précises dont on expérimente, dont on saisit, dont on est saisi, immédiatement et que l’on éprouve « comme du dedans » ; on est dedans l’arc de conscience et dedans le présent (on ne sort ni de l’un ni de l’autre, parce qu’en dehors il n’y a rien, nous existions au Bord de l’exister même).  Nous voici donc articulés au réel-même et c’est cela que nous éprouvons (intuitionnellement).

C’est bien à cette fin que la philosophie ou les mystiques et équivalents ou les théories ou esthétiques ou éthiques, se sont absolument élaborés ; cette vision objectiviste qui croit tenir la réalité en délimitant un effet déterminé, et constate, sceptiquement, que de cet effet il n’en est pas de constatable, ne perçoivent même plus que sans la révolution et le citoyen ils ne seraient rien, que sans le christique pas de révolution (liberté-égalité, fraternité, ça ne s’invente pas), et que sans le dieu un-tout autre pas de christianisme, et pas de raison sans l’être et l’universel grec ; bref ils vivent dans la nuit ou je ne sais pas dans quel monde, quelle historicité, et prennent surtout leur candeur comme un aveuglement. Les effets de structure ce sont déjà la structure que l’on existe au moment en lequel on signifie (quoi que ce soit).

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