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instants philosophie

Le christique

17 Juillet 2019, 10:22am

Publié par pascal doyelle

Rappelons. Le christique crée instantanément l’âme de ceux qui croient ; qui reçoivent au moins en intention sa parole, qui saisissent l’intention monumentale et commence d’en rechercher la simplicité. Inutile de croire ou ne pas croire ; le fait est son historicité indépassable. C’est tenu pour tel, ici.

On part ici du fait historique indépendamment de la croyance ou non en la révélation ; il est indubitable que la totalité de l’histoire qui en découlera nait en et par le christique. Dans la diversité des mondes humains réunis autour de la méditerranée, un seul s’élève et manifeste que chacun dispose de son corps, de son corps à lui et du corps que chacun existe ; aussi « ni homme ni femme, ni riche ni pauvre, ni esclave ni homme libre, mais tous un en christ » (St Paul). Ce qui traverse instantanément toutes les divisions sur lesquelles sont construites toutes les sociétés humaines (jusqu’à ce qu’une autre nation investisse l’histoire par l’équation liberté-égalité-fraternité).

Prônant l’abstinence, la féminité (c’est Marie qui décide pour nous tous, pour l’humanité), la pauvreté et la petitesse, le christique est à rebours de toutes les organisations humaines précédentes, de toutes les adorations et outrepasse même la nation élue.  Il n’Existe que des individualités, formellement, absolument.

De même que les grecs pensent le monde, unique, donné là, en dessous de tous les mondes humains recouvrant ce monde de leurs représentations en propre, et créent le réseau intentionnel adéquat (les idées, puis les systèmes), de même le christique ajoute au monde donné là unique que chacun dispose de son propre corps et qu’il doit se situer en un point-autre, qui lui permette de distinguer en une fois sa naissance-mort et tous les contenus et ce en une seule et non-finie manifestation ; en l’occurrence le regard christique est ce qui tient lieu de point-tout-à-fait-autre ; on est perçu de là-bas et ce là-bas se transmet à chacun.

Ceci est incompressible. On ne peut pas réduire ou détourner ou annuler ou ignorer le fait monumental, absolu, ce qui veut dire formel. Personne, ni aucune pensée, ni aucune système de quoi que ce soit n’est équivalent de près ou de loin à l’absolu rigueur étrange de cette manifestation d’un point-autre qui non pas saisit tout mais celui par lequel tout le reste est saisi. De là que disparaissant, il est-toujours-là. Puisqu’il existait déjà hors et surtout en plus du monde et du vécu de chacun, constituant aussi bien l’un que l’autre, que tous les autres vécus.

Et donc cette répercussion absolue, formelle, permit tout aussi bien de com-prendre, de prendre avec, la totalité de la pensée grecque puisqu’il s’agit du même mouvement ; l’un admettant le monde unique donné là (en dehors de tout groupe humain et de toute représentation déterminée) et l’autre instanciant le corps de chacun, indépendamment de tout vécu, réalisation, statut, relationnel, échange, pensée, affect, etc.

Puisque c’était la possibilité, la capacité de se reprendre à nouveau à partir de la même unité de soi-même renouvelée incessamment est un principe qui vient avec l’idée, la position même qu’une unité, individuelle, valant non seulement universellement (chacun a un corps) mais infiniment (chacun est à soi-même non fini et ne dépend pas ou plus des échanges, des rapports, sauf envers celui qui vous crée un et vous élève sans cesse, étant lui-même hors la naissance et la mort).

Autrement dit ajoutant au monde de la mise en forme culturelle qui régnait partout (en chaque monde), un étage en plus, une dimension en plus ; l’acculturation qui ne tient plus à tel monde déterminé localisé mais aux simples faits, absolus, que chacun soit un corps existant, christique, et ce dans un monde, unique universel.

Ce qui nous parait si évident mais qui en réalité ne s’imposait nullement et nulle part dans aucun des mondes alors en cours. Que cette structure une soit apparue, verticalement veut dire qu’elle poursuit et ajoute à la Loi de la nation juive ; elle ajoute l’intention (de sainteté, de justification, cad d’élévation potentielle) à la loi. Non pas peu importe les lois ou les péchés, les erreurs ou les égarements, mais tous sont réinstanciés et dépassés par la foi, le renouveau, le renouvellement continuel que rend possible non pas la réalisation de la loi mais la possibilité de récréation continuée par la seule et simple intentionnalité manifestée sur le registre non de ce qui est donné dans le monde mais manifestée sur le registre de la Possibilité l’engagement.

Ou ce qui est équivalent ou plus exactement est contenu dans la forme même du nouveau réel ajouté à toutes les réalités, tous les mondes humains ; il revient aux êtres humains de co-créer la Possibilité nouvelle. Non plus d’appliquer la loi sous la forme définitive de son énonciation, mais créer les nouvelles lois au fur et à mesure. Fils de dieu, c’est ce que cela signifie ; la capacité du Créer lui-même, via la filiation christique.

Dès lors évidemment se pose les questions ontologiques ; qu’est-ce que notre être qui perçoit par-dessus la naissance-mort et qu’est-ce qui doit être créer adéquatement à ce point si rigoureusement Autre que le monde, le vécu ou le corps ?

Il n’est pas très compliqué de saisir que par ce biais si fondamentalement structurel la totalité de ce qui est, mondes ou mondes humains, vécus et relationnels, corps et perceptions, tout est absolument renvoyé à  la structure même du réel qui atteint là sa Possibilité la plus grande. Ce qui veut dire que toutes les autres, philosophiques ou non, resteront secondes, quoi que l’on fasse ou dise. Que ce fait monumental s’impose et ne ressortisse pas d’une individualité humaine tombe à peu près sous le sens …

Peut-être est-ce une intuition absolue, formelle, qui a pu, de la sorte (puisque formelle) traverser quantité d’individualités (durant de nombreux siècles et quelles que soient les mondes ou les origines, puisque formelle) ou peut-être est-ce au sens strict une révélation ; chacun en décidera. Mais que l’on ne puisse pas en traiter comme d’une subjectivité ou d’une objectivité localisée et déterminée mais qu’elle surgisse comme une forme inépuisable signifie, à tout le moins, qu’existe dans ce monde, au travers de tous ces mondes une unité existante plus grande que tout le reste.

Rappelons une autre logique ; les grecs, la pensée et l’être, l’universel, augmentent la perception (en plus et en dehors de tout monde humain et de tout groupe localisé ; les idées créent le monde dans a perception et rendent chacun capable de cette augmentation, cependant chacun acquiert dignité ou divinité de et par la pensée), le christique intensifie l’individualité absolument (formellement, chacun quelque soit son statut est de fait infiniment existant, cependant de par celui là seul qui existe-en-plus, de tout vécu et de tout monde et de toute mort), le cartésianisme et suivants (y compris la révolution, fr et autres) accélèrent l’ensemble de toutes les possibilités (ça n’est plus seulement le christique qui instancie chacun mais chacun relève d’un réel dense et actuel qui possède son unité et qu’il faut décrypter en et par lui-même et non plus exclusivement selon le christique, en un sens Descartes acte ici même l’intensification du christ, et il faut décrire et donc créer cette possibilité au fur et à mesure).

Ce qui prit son indépendance, à avoir que l’humanité ait à co-créer non pas seulement le monde mais la POssibilité instanciée dans le monde, ne va pas sans mal ; mais outre les églises (qui comme institutions humaines d‘abord se chargent de défendre leur institution, comme il se doit) cette capacité était délivrée par le christ libérateur ; libérateur au premier chef des intérêt sud monde, qui divisent les individus et coagulent les groupes humains, hormis selon la Possibilité qui seule rend raison de tout, ce qui est, et de tout ce qui est Possible.

C’est en cela que l’église, la révolution ou les sujets, aussi hauts perchés soient-ils, ne suffisent pas à remplir le cahier des charges lancés par le christique. Et que le christique lui-même ne peut pas être intégralement rend u réel dans le monde, puisque par là le réel excède et est plus grand, toujours plus grand, y compris plus grand que lui-même ; œuvrant en une co-création de la Possibilité-même.

Pour que le possible demeure (la vraie loi) il faut donc entrer dans le par-don. Ce qui veut dire que l’on ne peut plus rester accroché aux erreurs et aux fautes réalisées (par lesquelles la loi s’imposait ou quelque ordre figé que ce soit) et selon lesquelles nous étions jugés, mais bien qu’il faille redoubler de possibilités ; si l’on est par-donné il est infiniment possible de recommencer , de recommencer de vouloir « ce qui n’est pas » : en quoi consiste la Possibilité qui sans être (du monde) existe (en plus du monde, du vécu et du corps).   Et c’est très précisément si l’on peut dire, ce qui est en jeu selon le christique ; si il se retire du monde c’est afin que se déploie dans le monde et selon les corps, la possibilité qui n’est pas du monde, en quoi il affirme que le réel c’est justement cela qui n’est pas (encore) dans le monde, mais qui s’y ajoute et s’y crée, cela se crée dans le monde à condition de se rendre possible et c’est la possibilité même qui délivre le monde.
De ses intérêts particuliers et de ses déterminations ; il n’est pas que le donné, la forme du monde devient dans le monde en plus du monde et ceci consacre le corps, les réalités, les perceptions ; il n’est rien de plus anti christique que la détestation du monde et du corps ; le christique signifie littéralement que le corps lui-même se crée en plus dans la perception, d’abord par le regard de christ lui-même qui crée votre âme, et dans la considération des corps entre eux, sans laquelle il n’est que morcellement du relationnel ou de la conscience de soi, qui se perd dans les indistinctions. Ce qui est condamné ça n’est pas le corps mais l’enfermement dans les seules déterminations du corps – ou de toute perception.

Et toute adoration est enfermement. Ce qui attire, aimante, doit ex-sister et ne doit en aucun cas « être » du monde, du vécu ou du corps ; puisque l’on est passé au registre de « ce qui n’est pas encore » mais devient ; le christique est dans la dimension du pur devenir. Il s’agit, si l’on reprend l’interprétation ici même, d’une autre-surface du corps, par laquelle surface les signes sont perçus selon la possibilité et le corps qui n’est pas divisé par des signes du monde (cad des intérêts) est celui qui est à lui-même le seul signe global impossible, non possible, qui sort-de l’intention, qu’il faut comprendre comme intentionnalité indescriptible mais qui rend possible toutes les réalités et les réalisations.

Il y aura de considérables détrônements, tromperies, mésinterprétations qui toutes auront pour but ou  aboutissement, dissimulé ou non, de réintroduire les intérêts limités du monde ou du vécu. De falsifier à nouveau le corps, en lui injectant mille fois la lourdeur du monde et du vécu ; la pesanteur du monde et du corps pliant l’intentionnalité vers le bas, vers la détermination, se prenant pour plus réelle que le réel, les contenus plutôt que la forme. De s’interposer entre le christique (ou l’universel grec logé en son sein) afin d’imposer d’autres causalités cette fois mondaines et de pouvoirs. Puisque la forme est impossible selon le monde, alors elle doit être fausse ou illusoire ou inutile ou idéologique, pense-t-on. Mais c’est son impossibilité même qui signifie l’exister, le structurel, le formel, l’indéterminé.

C’est que l’on a cru ou voulu croire que dieu, le christique et tous ces réels aboutissaient seulement à un humanisme et que l’on jugeait cela déplorable (oubliant que l’on bénéficiait largement de tous ses effets, haïssant pourtant le sujet, la liberté, la démocratie, le peuple, l’historicité que l’on voulu remodeler à sa guise, la raison ou notre très réelle tradition de libération) et rejetant l’un on a cru bon de renier l’autre. Erreur.

La seule ouverture est d’admettre le niveau, le degré, l’ampleur de la Possibilité, et il s’avère qu’il est effectivement extrêmement difficile d’actualiser le réel qui fut indiqué, le sens, l’orientation du faisceau de conscience. Le christique ne pouvait pas en restait à une adoration ; la possibilité intrinsèque débordait formellement, infiniment, par sa verticalité et sa transversalité ; ça n’est pas parce que nous n’en concevons pas toute l’intentionnalisation possible d’une part et d’autre part sommes dans l’incapacité structurelle de tenir l’orientation du réel, de l’inscrire comme corps, que celle-ci ne portait pas précisément la totalité du devenir possible.

Le christique (outre la révélation éventuelle pour les croyants) assume donc la position de la structure telle qu’il lui est devenu possible d’apparaitre dans les réalités, parmi les autres, historiquement autour de la méditerranée, et constitutive de l’ensemble des points impossibles (soi, autrui, le point-autre, le corps nouveau, l’horizon qui contient tous les horizons, y compris grec et juif, la Possibilité donc qui œuvre et se nomme le Créé, à notre charge) et qui seuls valent la peine et sans lesquels l’intentionnalisation retombe dans le donné là, vers le bas, se perdant au sein des multi-déterminations se divisant indéfiniment, entourant et morcelant chaque corps intentionnel, le corps s’instrumentalisant comme moyens du monde, des désirs et des pouvoirs ; et ne parvenant plus à lancer une intentionnalité suréminente ; ce qui vient emplir la structure selon les réalités, si apparemment évidentes et valant pour elles-mêmes, rend inaccessible la stratégie, la finalité de structure.

Pour amener la structure originellement christique, dans le champ du monde, ça ne peut se produire que dans et par l’invention de nouvelles intentionnalités. Ce qui veut dire, ne nous y trompons pas, non pas d’idées mais de structures intentionnelles en dur, solides, instanciées, et instanciées en tant que corps, historicité, réseau ; liberté-égalité-fraternité est la manifestation historique formelle, absolue. Le sujet est la position extrêmement difficile, mais qui une fois lancée s’est démultiplié infiniment (il est de la nature du sujet de se propager en tant que sujets, tout le monde est devenu cartésien, comme tout le monde platonicien ou aristotélicien, ou chrétien, par la religion dite ou la révolution, selon ses variantes).

Il est inutile de prétendre découvrir un réel plus dense, complet, ouvert, et de remplacer la possibilité par telle ou telle partie du monde, du vécu, de l’humain, des réalités ; il s’est manifesté christiquement La Possibilité même. On peut s’amuser, pourquoi pas, à s’étourdir de telle ou telle révolte ou tel ou tel morcellement bigarré du monde, mais c’est peine perdue ; la barre s’est déplacée à un tel degré, que s’élever ou périr est le seul enjeu admissible.

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