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instants philosophie

Résumé de l'histoire de la pensée

13 Juillet 2019, 13:33pm

Publié par pascal doyelle

La pensée n’a jamais été fondamentale que par les grecs, jusqu’à Plotin. Ensuite on passe à autre chose et autrement ; évidemment la théologie (qui occupe un nombre considérable de siècles et élabore quantité de créations et de précisions) reprend l’intégralité de la pensée, grecque (puisque le christique est l’avancé de la structure de conscience (intentionnalisatrice) relative à la vie de chacun, tandis que les grecs pensent le monde et le donné là ; chacun a un corps dans un monde (et tous les mondes particuliers qui inscrivaient chacun dans sa représentation partagée se sont effondrés ou ont disparus ; reste le monde et le corps, les grecs et le christique). Etant de la même unique réflexibilité de structure qui soit, la pensée peut être totalement actée par le sujet chrétien.

Ce qui change tout c’est Descartes qui remplace dieu ou plus exactement qui affirme que si dieu existe, il est néanmoins ici bas une unité, celle qui doit être trouvée ; celle du sujet planté sur l’étendue du monde. Qu’il délègue, avec assurance, aux mathématiques, puisque le sujet relève de tout autre chose, du vertical implanté de fait à la surface-étendue du monde. A la philosophie revient une décision étrange de situer ce sujet et d’élaborer le cadre de son existence ici même ; à preuve c’est ce que comprend très bien Kant qui dessine l’ensemble des possibilités du sujet ; ou Hegel qui pense, rassemble la totalité des intentionnalités du sujet (sous deux phénoménologies ; celle de la conscience et celle du savoir, non pas le savoir lui-même mais l’apparition, pour nous, de la connaissance possible).

Si il existe, et il existe, un plan donné tel que « là », un sujet perché sur le monde, alors il faut penser le dit plan horizontalement, étant entendu que pourtant si il y a un monde, c’est qu’il y a un sujet et que le sujet est nécessairement vertical à l’horizontalité du plan (ou donc si il y a un « moi »,c’est parce qu’il « a » un corps et non parce qu’il « est » un corps, etc).

Kant déploie admirablement l‘ensemble des possibilités et des possibles (virtuels) du sujet ; Husserl est à la fois kantien et hégélien en reprenant le processus qui se révèle être un procédé ; l’intentionnalité de la conscience, qu’est la conscience. Sartre déplacera le curseur et la « conscience » deviendra quasi une structure qui ne se réfère plus uniquement à la connaissance (en quoi Husserl se retrouvait coincé) mais plus formidablement comme « acte sur le corps » (ce que Lacan n’oubliera bien sur pas ; l’arc de conscience fait-mal, travaille, torture le corps, un vivant qui n’en demandait pas tant).

Par Sartre l’arc de conscience précède tout ; il crée dans le donné tel que « là », le monde, les autres, un retour qui surgit de par soi ; étant non pas une identité (ce qui serait impossible à justifier ou comprendre, de où surgirait-elle ? pourquoi y aurait-il deux mondes ou deux réalités ?) mais un rapport ; ce qui veut dire que la structure existe telle quelle, comme non contenu, non déterminité ; ce qu’il figure comme étant un « néant ». Évidemment il ne s’agit pas d’un « rien » mais d’une forme, vide, qui rend possible que défilent tous les contenus que l’on rencontrera et au besoin imaginera, que l’on inventera, créera. La liberté n’est pas de choisir (entre quoi et quoi ?) mais de créer ; non pas seulement une œuvre mais un chemin, une possibilité, le possible que chacun va tenter d’élaborer de sa propre vie (on existe ce que l’on fait  – de ce que les autres, le monde, le vécu, les accidents ont fait de nous).

On dira que l’on est loin de la pensée et même du christique ; mais en réalité pas du tout. La pensée, ce que l’on nomme et ce qui s’est nommé tel, est la tentative (mille fois réussie) de produire un réseau intentionnel qui puisse nous donner le monde ; Platon a raison, sans les Idées on ne voit pas, ne perçoit pas le monde.

On en reste à une vision commune, du groupe humain dans lequel on est né). De même sans le christique notre naissance-mort ne forme pas un « temps », un laps de temps et d’espace, mais une vie subie et aliénée ; et donc le christique nous « libère » réellement (ce que les juifs et aussi les musulmans, mais autrement, tentent, eux, de rendre réel, activement réel par la communauté, entendu comme « la communauté en esprit », ce que les chrétiens désignent comme Saint-Esprit ; les juifs comme nation, les musulmans comme ensemble par delà les nations ; le christianisme se donne également pour universel, puisque ce qu’ils activent, tous, c’est une structure-hors-du-monde, qui nous en délivre (par la loi, l’oumma, ou le christ).

Remarquons bien que l’on peut toujours admettre la pensée, grecque ou suivante, dieu ou le christique ou le sujet ou enfin le réel (qui se conjugue comme Existence pour Sartre et consorts, mais aussi comme inconscient pour Freud et Lacan ou économie pour Marx ou réalités objectives pour les sciences ; tout cela appartient à la même formulation de ce qui existe comme étant « autre » , et bizarre plus ou moins et en tout cas « pas connu a priori » ; rappelons que le sujet n’est rien que forme, vide, et qu’il ne connait rien spontanément, pas d’identité ou d’essence, mais pourtant une structure réelle, qui plus est hyper active, activiste, qui produit constamment des contenus depuis qu’elle s’est aperçue ne pas appartenir à aucun). Mais cela étant la philosophie s’est permise de produire un arc de réflexion (cad de retour sur, vers cet être étrange qui n’est pas un être, qu’est l’arc de conscience) plus ample que la seule « pensée » (ce que Kant entendait comme pensée critique, prise de conscience au second degré qui ne tombe plus dans la seule métaphysique).

Cette ontologie n’est pas de définir les spécificités de « l’être » mais de délimiter les possibilités de cet être qui n’est pas un être qui fut nommé « sujet » (après Descartes et non par Descartes lui-même qui avec lucidité ne nomme pas sa découverte de soi, si son essence est « la pensée », pour Descartes « pensée » s’entend de tout un dispositif, de la perception à l’idée, au sens spécialement cartésien).

On a donc non pas découvert une identité, l’universel de la pensée ou l’identité d’un Etre, etc, mais on a permis à une structure de saisir l’ampleur de son activité ; on ne pouvait pas en rester à projeter un contenu hors de soi et le tenir pour « vrai », mais devait admettre et établir la carte générale de ce qui existe tel que cela existe ; le passage de la métaphysique à l’ontologie, veut dire à l’ontologie de cet acte qui existe ici même et maintenant ; Descartes (qui nous le montre exister et nous en décrit le récit, le procès). La description de cette structure courre depuis Descartes, Kant, Hegel, Husserl, Sartre, Lacan, ajoutons Nietzsche et Heidegger (qui tentent de remplacer l’ontologie par une imagination, non dépourvue de sens ; la Volonté d’une part et l’Etre d’autre part, qui sont des excès essayant d’exprimer l’altérité, la non-humanité, sur-humanité ou inhumanité donc, de la structure, qui est absolument formelle, du reste ce qui est formel est absolu, n’étant pas composé ça n’existe pas « à demi »).

Ce qui est le « vrai » c’est donc de parvenir à situer, en en prenant conscience, notre être qui n’est pas un être mais une structure, et donc un rapport et donc de percevoir à quoi et comment se rapporte ce rapport, ce mouvement. C’est pour cela que l’on ne saisit jamais rien (sinon des contenus relatifs et qui s’épuisent comme le sable), mais que par ailleurs on est saisi. Saisi par la structure et raison pour laquelle dieu, le christique, le sujet ou le réel nous saisissent mais aussi les extrémités de la pensée ; l’être, l’idée, la pensée de la pensée, le Un. Ces extrémités nous pensent et nous reviennent comme étant « le réel ».

Autrement dit que cela soit clair ; on a commencé de « penser » et suite à cela on a découvert (les grecs) que l’on pouvait non pas recevoir passivement un contenu (un monde humain tel ou tel) mais créer, produire des intentionnalités (on a nommé cela des idées). On a cru d’abord que naturellement on se dirigeait vers une pensée vraie (ce qui ne peut être remis en question, sinon tout ne sert à rien, à rien du tout), mais la question  est devenue ; que faut-il intégrer dans la pensée de ce qui est ? Et on a du intégrer le sujet, la structure qui pense, non plus la pensée elle-même mais « cela » qui, éventuellement, pense. Parce qu’alors de fait cette structure ne se cantonner à seulement penser ; elle se déployait, visiblement, dans quantité et même tous les registres (de là qu’il y ait une pratique et une esthétique kantienne, ce que Hegel va encore étendre), jusqu’à isoler le noyau de structure. La volonté de Nietzsche ou l’être de Heidegger veulent découler ce noyau et affirment son altérité, son étrangeté et Sartre, seul, désigne cette structure comme « néant » (à la suite de Hegel pour qui l’acteur de l’historicité est la négativité).

Il n’est donc pas question de renier la pensée au sens d’organiser rationnellement la vue, la vision que l’on obtient de ce qui est, de la réalité (en quoi les grecs voulaient la formuler comme système cohérent d’intentionnalités-idées qui montrent, exposent cette réalité) ou ensuite la vison du réel que l’on obtient ; Descartes en plaçant un être spécifique, l’homme, comme créature étrange et autre ; par quoi Sartre et Lacan découvriront cette structure dans un corps (jeté dans le monde et parmi les autres et l’historicité ou autre-que-le-moi entrainant des « difficultés psychiques » incommensurables ; un vivant n’est pas fait pour devenir un Existant ; un existant comportant une distance, un décalage interne insurmontable, puisque sinon il cesserait d’être-pour-lui-même et donc cesserait tout court.

Qu’il soit pour lui-même d’une part mais que d’autre part toujours ce « lui-même » n’est jamais le regard qui regarde, n’est jamais l’intentionnalité qui intentionnalise telle ou telle dénomination ou identité ; de sorte que son être n’est jamais qu’une imagination, il s’imagine tel ou tel, et ne peut pas sentir cet être où que ce soit ; voila bien qui rendrait fou n’importe qui. Mais voila, c’st qu’il n’est aucun des contenus, aucune des imaginations ou des objets ou chosification ou identité qu’il imagine « être » ; la raison en est qu’il est le regard lui-même qui n’obtient aucune identification, jamais, puisqu’il se tient en retrait étant l’acteur de toutes les intentionnalités. Et c’est ce retrait, cette réserve, qui dégage au devant l’espace et le temps des apparitions, qui, lui, existe …

Comprenons bien ; il n’est aucune identité serait-elle bienheureuse, pure et sans mélange ; c’est la différence entre la croyance gnostique par ex (ou toute autre interprétation du fait christique) et le christique lui-même ; les « hérésies » (nommons cela ainsi) prétendent à une unité, cachée peut-être ou dissimulée par l’horreur du monde ou la masse du corps, mais complète, satisfaisante (qu’elle ne soit pas « là » activement heureuse justifie leur théorie du complot métaphysique). Le christique ne suppose pas une telle unité ; il dit que l’unité existe, mais en-avant ; il n’y a pas, contrairement à ce que l’on caricature de l’extérieur, d’imagination, mais la description et la mise en branle, mise en marche, embrayage intentionnelle qui dit ; vous êtes le mouvement qui s’élève vers le haut ; pas une unité mais un mouvement, ce qui signifie un rapport à quelque’un qui établit lui-même le rapport, d’égal à égal (puisque vous voici fils de dieu) et engage votre regard dans son regard ; et donc vous serez toujours splittés, divisés, et tenus seulement non par une croyance en votre identité (dont on comprend bien qu’elle définit comme divisée, ambigüe mais décidée, orientée, voulue par en-avant) mais tenus par votre véritable intention ; certes on vous demande cette intention selon sa vérité, laquelle est incertaine, mais justement son incertitude est la liberté même et non une identité (imaginaire) quelconque ; ce qu’il fallait activer ça n’était pas une unité illusoire mais le travail lui-même de la liberté (rendant possible non pas une identité humaine individuelle générique mais une liberté absolument personnelle et singulière ; le gnosticisme pèche par simplification, le christique rend possible et manifeste votre équation dont la non résolution demeure toujours entre vos mains et face au dieu singulier).

On saisit par là que le christique est une technologie (mentale, cad intentionnalisatrice) bien autrement performante et qui re-vient toujours à chacun, à chaque un, à laquelle on ne peut substituer par aucune définition ; serait-elle la Volonté (nietzschéenne) ou l’Etre de H ; le sujet cartésien ou kantien ne déterminent pas du tout « ce que cela est » que le sujet ; et Sartre précise mille fois qu’il s’agit d’un néant (cad une forme individuée active qui déplace les signes et les orientations selon son engagement, son investissement). N et H tentent somme toute, via une universalité (la volonté, l’être) de penser malgré tout le réel comme paramétrable (en élaborant les critères de la volonté ou de l’être, serait-il les affects de base qui expose l’être de l’homme comme être-le-là, cad possédé par l’être et non pas humanisme) ; mais Sartre ou Kant obligent à rendre au sujet cette structure même qu’il existe ; le sujet est en lui-même sa propre loi, mais il Existe cette loi (ça n’est pas n’importe quoi ni l’arbitraire mais la structure bien plus rigoureuse que toute objectivité ou subjectivité déterminées).

Et l’être, des grecs ou quelque identité, supposée, que ce soit, sont toujours des imaginations. Ce que propose la philosophie c’est de remonter dans la structure même et agir en sorte qu’elle se régule elle-même ; qu’elle soit sa propre loi, mais non pas son arbitraire ; qu’elle soit réellement la loi. Ce que le christique signifiait et qu’il mettait en œuvre en tant que pris-dans le regard absolu ; pris, certes, mais dans l’absolu, cad dans la capacité totale de vouloir, et quand bien même une volonté humaine ne peut y parvenir et d’une part doit admettre la grâce (dieu a l’initiative, ce qui est vrai au moins historiquement même si l’on ne croit pas ; le christique initiée que chacun est chaque un) et d’autre part même échouant sans cesse et requérant le par-don, le don en plus de la possibilité de relancer sans cesse l’embrayage intentionnelle afin « que cela ne cesse pas ». C’est littéralement et figurativement et techniquement ce qui est prescrit, mille fois.

Il ne s’agit pas de promouvoir le christique mais de comprendre pourquoi il eut une telle influence initiatrice formelle, cad absolue ; il manifeste cela même qui est en jeu ; historiquement il rend possible tout le reste. Toutes les positions suivantes sont contenues dans sa structure ; il prévoit les tous les siècles qui suivront ; il restait cependant à inventer toutes les possibilités (serait-ce en « faisant semblant » de remplacer le christique par une théorie, une idéologie ou une philosophie). Ais on comprend bien que tel quel il est incomplet et il le dit ; ce sont les sujets qui doivent devenir sujets. L’intentionnel de structure doit avancer dans le corps de chacun. Puisqu’il s’agit de remplacer la satisfaction immédiate (qui revient au monde, au donné, à l’acquis, que confèrent de toute manière les intérêts du monde qui ne cessent de diviser les individus entre eux, jusqu’à la mort, ou selon l’exploitation ou la violence) par une satisfaction étrange, autre, qui n’a pas de nom, sinon un seul ; celui qui existe hors du monde et attire à ne plus y être sans la structure… non pas ne plus y être du tout, mais ne plus y être sans la structure ; c’est la structure qui n’est pas dans le monde, qui attire le réel et rend possible un renouvellement de réalité.

De même que la pensée grecque est prise au-dessus et au-delà du groupe humain ; elle exige de vous que vous dépassiez, décentriez votre intentionnalité ; c’est cela qui permet de vos intentionnalisations et vos intentions, morales, politiques, éthiques, esthétiques, vos affects même, s’élèvent au niveau du réel. Ce que le christique réclame comme outrepassement de votre … vécu, et on mesure alors la différence d’ampleur, et sa difficulté ; il ne s’agit plus de seulement penser un objet ‘serait-il extirpé de tel monde humain défini et offert à la perception universelle) mais de vous modifier, vous. Non de ce que vous êtes (on ne peut pas changer cela que l’on Est) mais de ce que vous voulez au sens qui deviendra de plus en plus précis, de ce que vous intentionnalisez ; plongeant et remontant tout au long non  de votre être dans le monde (les sciences s’en chargeront par ex , mais aussi le droit ou les récits, etc) mais tout au long de ce qui est possible et est la Possibilité même ; que l’on nomme fils de dieu si l’on veut ou sujet (cartésien, kantien, sartrien).

Or la philosophie c’est à cette ambition là qu’elle s’est convertie depuis au moins Descartes (et en vérité depuis le début c’est notre être, notre être/dans l’être, des grecs) ; penser non pas seulement notre être/dans l’être (réductibles à des essences, des substances pensées, rassemblant les intentionnalités-idées) mais penser, donner une description de notre être devenu structurel, d’abord dans le donné du monde, puis structure de conscience articulée à la structure du réel (ce que Kant nomme le nouménal, qui n’est effectivement pas une détermination, donnée dans la perception, mais une supposition transcendantale du réel comme forme). Depuis Descartes donc est annulée et dépassée la pensée métaphysique (que paradoxalement réintroduit les idéologies scientistes ou idéologiques ou théoriques sans intégrer la réflexivité de structure, la pensée de et pour la structure même). Qui parait, cette pensée du sujet, aléatoire, alors que c’est justement ce qui fut réellement décrit depuis plusieurs siècles et avec succès…

Cet aveuglement qui rendrait inaccessible le sujet, prenant base de Kant par ex (alors qu’il dit explicitement qu’il va recréer la philosophie sur une supposition ontologique tout à fait autre, supposer le sujet et la structure même du réel, en plus des réalités, qui ne forment même plus « monde, moi, ou dieu », dieu étant d’une autre nature que le donné là, réclamant des sujets et non des choses, seraient-elles pensées), cet aveuglement n’a nullement empêché d’avancer et bien considérablement ; jusqu’à Sartre et Lacan qui décortiquent la structure même telle qu’agissant et engendrant une profusion d’effets ; dans et par les corps, individuels, eux-mêmes. On atteint là au plus près de la vie, du vécu, du fondamentalement concret, à savoir que l’arc de conscience est de ce corps-même, dans un prodigieux mystère et une incroyable articulation et feuilletage, noué de l’intention, des intentionnalités de chacun, valant absolument, cad formellement, dans l’existence de cet Exister monumental. Qu’est-ce que ce corps devenu qui supporte l’invraisemblable tour de conscience sur le réel ?

Corps on sait qu’il est initialement l’origine historique du corps du christ. Ça n’est en aucun cas un hasard.

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