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instants philosophie

Sens du monde

6 Juillet 2019, 09:32am

Publié par pascal doyelle

En somme, il faut s’habituer à penser selon la forme, la forme de notre être, la forme de la réalité. Or la forme de notre être n’est pas un être (Sartre ; l’homme n’est pas ce qu’il est, est ce qu’il n’est pas) mais une activité et cette activité a été identifiée comme intentionnelle ; une conscience prend conscience de ceci ou cela mais ne s’éteint pas de quelque contenu que ce soit (excepté de celui qui rejaillit, qui rejaillit comme corps ; le corps est non un contenu mais un retour, un re-tour, un nouveau tour, une reprise du réel par lui-même et notre seule attache parce qu’il ne peut pas être un objet de conscience, un objet intentionnel, un contenu, mais qu’il est une surface ; une structure de conscience n’apparait que par et selon un corps, sur lequel peuvent s’écrire les signes, cad les rapports, le langage est un système de signes qui tissent une surface).

L’arc de conscience est une activité qui lance des intentionnalités vers le donné là (via l’unité du corps selon sa surface) et le langage, le récit, les signes sont des mémorisations de ces tracés et le moi de ce corps forme un trajet, une existence ; le corps est le signe, global, cad formel et non déterminé, de cette existence (de là qu’il y eut l’insistance fondamentale du christique et l’attachement absolu au Corps comme tel, suivit l’image du corps et les identités du corps dans toute l’architecture culturelle). L’arc lance ses flèches qui reviennent du monde chargées ; l’intentionnalité crée un champ de perception, tout à fait actuel à chaque fois, et c’est dans l’activité de ce présent que s’élabore l’architecture intentionnelle (qui compose un moi ou plus loin un sujet) qui est également architexture du corps.

Tout est travaillé à partir d’un point situé au-dehors qui revient vers (la mémorisation selon la diversité ou le corps selon l’unité), et ce tissage est actuel, ce qui veut dire élaboré par l’activité intentionnelle, point par point, rangée par rangée ; l’ensemble se mouvant selon les expériences et le vécu. Mais aussi selon les intentions qui seront actées et selon les décisions qui seront prises et orienteront la stratégie d’ensemble et de détail (décisions qui peuvent remonter très loin et ne se limitent pas à un décret conscient ; il s’agit en tout d’intentionnalités, arquées sur le corps, et non de volonté et d’un système conscient qui n’est qu’une partie de l’ensemble intentionnel).

 

Or le monde, la réalité est tout également immergée dans une vague gigantesque ; un seul présent qui engendre l’ensemble de toutes les réalités. Il n’est rien de stable dans la réalité excepté le réel, excepté le présent.

La forme de notre être par quoi il n’est pas un être mais une structure, une activité, un mouvement, un rapport qui crée des rapports. Et la forme des réalités par quoi le réel est embarqué dans un devenir intégral (rien n’y échappe, le présent est antérieur à toutes choses et tout être) ; l’exister existe-avant l’être.

Dresser la carte de ce présent qui admet cette structure de conscience (activité dans l’activisme du présent), c’est le propre même de la philosophie. Les mondes d’autrefois se fondaient sur le cyclique du même-monde qui revenait, tous les ans, par le soleil ou la lune, et réintégrait constamment l’individu dans le groupe, le groupe dans le monde, le monde dans la parole et les échanges. 

Depuis dieu, l’être grec, le christique et le sujet (et la révolution qui assure ces sujets), puis le réel chacun est jeté là dans le monde-donné, étendu, exposé, libéré mais isolément et contraint à ceci de très difficile ; l’unité séparée de la réalité et du corps, du relationnel et du vécu, des finalités et du donné doivent être voulues, ce qui veut dire pensées, décidées, intentionnalisés (notamment incorporé en chaque corps en tant qu’individuel) et qu’en somme ça n’est pas de la tarte. Si l’on peut dire.

C’est un Effort, une difficulté souvent insurmontable ; au lieu que chacun était accueilli autrefois dans les mondes cycliques et la communauté, mais il n’était alors pas question de liberté, et donc impossible de mener toutes les intentionnalisations qui depuis démultiplient la réalité, le vécu, le corps, les perceptions ; par ex l’esthétique était ritualisée et non pas se déployait en esthétiques et récits et poétiques diffractés en tous sens et individuellement reçus ; sans doute existait-il quantité de mondes humains originaux, mais aucune individualité originale …

Qu’il faille réfléchir afin que les réalités parviennent à chaque fois à une organisation, veut dire qu’il n’existe plus pour nous aucun ordre a priori, naturel, immédiat, spontané ; les sciences imaginent souvent définir un ordre, mais ce sera d’un objet localisé, et de même le moi qui croit tomber-amoureux naturellement (sa plus grande expérience structurelle, à son niveau) en fait crée cette possibilité et l’anime avec effort et évidemment souvent douleur ou égarement ; le plus souvent ça aboutit à retourner dans le même marécage et à l’impossibilité d’élever ce tomber-amoureux au-delà (on répète son moi, on aime l’image dans le miroir alors que l’on désirait au début le miroir lui-même, cad la structure du donné et non le donné, le regard de l’autre plus grand que le sien propre et plus grand que celui d’autrui lui-même ; c’est en ceci que l’amour s’institutionnalise, afin de passer ne un accord qui intègre un structurel).

Et donc la construction de la réalité à partir du réel, de la structure ; il est parfaitement inutile d’élaborer une société humaine sans la liberté de chacun, mais la liberté de chacun soit se structurer elle-même et se reconnaitre et se reconnaitre non seulement comme libertés égales mais dans et par  l’égalité, raison pour laquelle liberté et égalité créent alors une dynamique intellective, ce qui veut dire une régulation ; tandis que la liberté seule (anglo-saxonne) ouvre le monde mais ne permet pas une réflexion interne et historique, le monde et l’espace lui appartiennent (l’empire anglais ou le far-west US) mais pas l’histoire ni le temps, l’historicité et la valeur d’un projet global sur lequel on peut compter et non seulement ouvert.

Ceci formulant le sens réel du monde, cad de l’historicité, et la démocratie, la liberté-égalité est loin d’être acquise, réalisée, sans cesse l’immédiateté et les choses déterminées reviennent envahir la structure et imposer les intérêts, pauvres, immédiats du monde, et forcément leur hiérarchisation, qui font office de distinction ; puisque l’on est alors incapable d’imaginer une autre sorte de distinctivité, qui suivrait non plus la ligne de mort du monde, mais la puissance de la structure liberté-égalité, et intérêts immédiats du monde et sa sentence de mort, toutes les parties du monde étant destinées à disparaitre, toute conscience qui appartient au monde commence de ne plus exister et s’enfonce indéfiniment dans la dispersion (passant de la liberté, au désir puis aux images puis aux pulsions).

Et donc la destination réelle de toute conscience, de tout arc de conscience est de tenir au plus loin, du plus haut, au plus exigeant. De tenir à la fois la structure la plus distincte, et l’ensemble de réalisations des réalités ; on n’imagine pas Rimbaud créant le point extrême duquel il se situe, si il n’était au fait de toute la poésie qui fut et qui, l’ayant intégré à son corps même, lui permet d’avancer à pas de géant dans les possibilités d’évocation, d’invocation, de projection et de rétention de totu le passé, d’intentionnalisations démultipliées qui soldent intégralement toutes les possibilités.

Il n’est pas de réel sans les réalités, mais sans le réel les réalités ne parviennent pas à leur possibilité ; aucune réalisation sans liberté et sans égalité aucune réalisation qui s’assure de son propre possible (autrement cette réalisation disparait, elle tombe dans le monde au lieu d’offrir un socle viable pour chacun et pour tous). Ce qui revient à dire que les réalités existent afin que le réel (la structure) se perfectionne. Et cette perfection, étant entendu que rien n’existe a priori, est l’invention du réel par lui-même via les réalités. Il n’existe qu’une seule face sur la pièce du réel, tournée d’un seul côté, en-avant, mais la surface agit dans toutes les réalités formellement ; le temps qui pousse à la distinctivité, avance.

Il faut imaginer et supposer que la transcendance est immédiate, est l’immédiat lui-même, et que seulement ensuite se disposent les réalités ; on ne voit que les images mais le réel est le miroir et le miroir use des images afin de distinguer la surface et d’affiner le bord ; afin que se rende complexe le Bord, le réel qui de brut passe à la distinction. C’est en ceci que le réel est en mouvement ; et se donne pour nous comme présent, dont il n’est pas dit qu’il soit la seule forme de réel qui se puisse, puisque le réel est le possible et que le possible doit être caractériser par son indéfinie actualisation, activité.  

Si le réel est en mouvement, alors le mouvement est ce qui est réel, puisque rien ne peut le stopper sans que de fait il perde sa qualité ; c’est ainsi le mouvement qui est sujet et le sujet n’a structurellement pas de fin. On peut placer en ceci ce que l’on voudra bien y entendre (il n’est aucune croyance qui puisse être rejetée).

Si le mouvement est l’immédiat et qu’il est mouvement alors le réel est articulé. Le mouvement n’est pas une inertie non compréhensible, mais une mécanique (ouverte), un système (qui se modifie lui-même et par ses acteurs). L’immédiateté donnée (celle qui se donne comme monde ou choses, mais faussement, tout cela est en réalité second et donc moindre) est articulée, ou si l’on préfère réfléchie, au sens propre et figuré, sur et par la surface du réel ; elle se réfléchit dans ce qu’elle réalise et donc réfléchit de fait en structure et se voit devenir et se change de ce regard ; elle avance selon son possible (cela revient à cette réduplication : de s’ajouter à soi-même, le réel est plus grand que lui-même, sinon il ne serait que lui-même, cad mort, ce qui caractérise la détermination, les réalités ; elles sont mortes sitôt nées parce que déterminées, et donc le réel est forcément autre que déterminé et autre que lui-même et donc mouvement ; c’est le mouvement qui existe).

Ce qui se structure et se cherche c’est le mouvement ; inutile de se demander qu’est-ce donc qui pourrait résumer en une idée la réalité, puisque la réalité est d’abord le réel mouvement, et que la réflexion aura pour but de signifier en nous ce mouvement, embarquant secondement les réalités et les réalisations comme effets ; lorsque l’on signifie dieu, on désigne un mouvement ; de même l’être (l’idée ou le un), le sujet ou le réel même.

La différence est celle-ci ; tant que l’on tient absolument à détenir le réel comme extérieur à soi et l’identifie à telle ou telle détermination, on se ment ou on fait semblant. C’est lorsque l’on comprend que l’on est soi-même déjà second par rapport à son propre exister que l’on cesse de vouloir se détenir ou détenir l’être, que l’on remonte le long du temps jusqu’à l’exister même, que l’on re-vient au présent qui précède et qu’alors se déploie non pas le possible de telle ou telle détermination mais la possibilité antérieure ; autrement dit le réel est déjà-toujours activement présent, et il est nécessaire d’ouvrir l’arc de conscience, dieu, l’être, le christique, le sujet, le réel afin ensuite d’accéder non pas à une perception limitée, tronquée des réalités (qui seraient prises dans une détermination, une représentation, une idéologie, une hiérarchisation) mais d’admettre le plus précisément possible la perception du monde, du donné, du vécu ou du corps.

Dieu, l’être, le sujet, le réel ouvrent la précision d’une perception de plus en plus exacte et certaine.

Il apparait donc que sortant de tout monde particulier, il s’agissait d’une part d’établir l’humanisation sur la base non pas de la particularité d’un monde (égyptien, maya, ce que l’on veut) mais sur la structure même ; dieu et son Intention hors et en plus du monde et de l’humain, l’être, l’universel et le monde donné « là » grecs qui rassemblent les intentionnalisations dans et par l’universel, la pensée, le début du sujet, christique qui est créé instantanément dans et par le regard de jésus et vous saisi à partir du point-autre qui perçoit le vécu comme naissance et mort en une fois, puis en tant que sujet acté ici même de Descartes qui (se) saisi réel dans ce monde, et se constituant (littéralement) par la révolution (française pour obtenir liberté et égalité, sinon anglaise ou américaine, les suisses ayant précédé, si l’on se souvient),

et enfin dans cette humanisation générale (l’état et la société civile, les sciences et le droit, le sujet et les récits, poétiques, esthétiques, etc) agit puissamment la personnalisation ; démocratisation en quelque sorte de l’humanisation (spécialement pour nous depuis les années soixante) ; en advenant en somme au plus proche au fur et à mesure (les mass et micro médias intègrent en nous l’humanisation et la personnalisation, soit donc la distinction) ; dès lors on peut penser que le cycle est tout à fait complet ; il resterait à chacun, à chaque moi humanisé et donc personnalisé, de se saisir comme sujet. Or on ne peut pas.

On ne peut pas se saisir comme sujet mais seulement en être saisi … ce qui est plutôt une sale position, non seulement inconfortable mais horriblement difficile ; on ne sait pas assigner notre moi à un sujet (encore faudrait-il que la liberté et égalité soient actualisés suffisamment et non la hiérarchisation des intérêts du monde et de sa dispersion dans la disparation).

Le sujet est mouvement, ce qui signifie qu’il n’est pas « lui-même » un « lui-même » mais un décentrement (il a besoin de ce fait d’un socle, un moi humain libre et en égalité suffisamment stable, au corps suffisamment en sécurité et non menacé par les nécessités du monde ou les puissances). Ce décentrement n’existe que décentré ; pour cela il est non pas soumis mais se tient, nait, se constitue et se continue de et par la liberté réelle, la vérité active, le possible inattendu ; le sujet n’est pas la subjectivité mais l’individué originaire, primitif, le premier, l’hyper objectivité qui soutient (cad en somme crée la possibilité de ) tous les réalisations et de tous les corps ; l’arc qui de son point re-vient vers nous à partir de l‘altérité du réel donné là.

Et de ce fait ce non-saisissement est infiniment plus efficace. L’arc de conscience est fait pour obtenir ce qu’il ne sait pas, et ce qui n’est nulle part mais qu’il peut, doit créer. Le non saisissement est le saisissement par plus grand que soi (raison pour laquelle on ne peut contredire dieu, l’être, le sujet ou le réel). Le sujet est ou peut être dite la forme même originelle du réel (et non seulement de l’arc de conscience) qui suppose toujours le plus grand que soi (et donc hyper objectif ; il y a un présent afin que le plus grand paraisse, le plus distinct, le plus distingué).   

Et il est possible de prédisposer. Prédisposer son être, son encadrement, son intentionnalité (ce que l’on nomme stratégie et non plus petites tactiques limitées qui tombent dans le monde) de telle sorte que le sujet soit facilité, et qu’il puisse apparaitre dans le champ de perception, comme œuvrant en vérité ce champ de perception ; un sujet est fait pour cela, pour ouvrir le champ de perception du corps-surface nouvelle et autre, décentrée.

Le christique prédisposait qu’un sujet naisse (littéralement) ; Descartes œuvre à cette fin, il montre explicitement l’apparition première du sujet ; de même que Hegel nous apprend à reconnaitre le devenir de la structure au long d’une historicité fabuleuse. Nous n’en sommes pas au prélude, mais nous avons depuis le début arpenté et cartographié la position de mouvement de structure et ses possibilités ; c’est notre tradition elle-même, son expérimentation, et de manière universelle aucune avancée structurelle en quelque civilisation ou historicité que ce soit n’est hasardeuse ou illusoire ; c’est seulement que la nature même de ce qui est activé, se constitue formellement et non pas selon la détermination du monde et donc parait éthéré ou absurde ou illusoire (on y trouve bien sur des erreurs ou des égarements mais les sciences elles-mêmes s’égarent et se trompent). Ce qui parait « indéterminé » et hérisse le poil des tenants du monde et du donné, est la vérité ; celle qui coure le long des siècles, cad des expérimentations, en première instance, du sujet de décentrement. Ce qui veut dire lorsque le sujet est ce qui s’expérimente, s’avance lui-même et se modifie comme sujet, comme mouvement.

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