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instants philosophie

L’exercice décisif du réel

10 Août 2019, 08:41am

Publié par pascal doyelle

Principe général : il faut réintroduire dans le monde, habituel, dans le vécu, le corps ou la perception le sens de l’étrange et de l’énigme, celui du mystère insondable. Et ce à partir de ces structures mêmes telles qu’elles existent. Le réel est en mouvement, et c’est ce mouvement qui Existe.

C’est donc la forme du mouvement qui est analysé.

Les religions n’ont jamais flatté notre « ego » mais l’ont régulé. Il fallut le 18éme et puis la débauche d’énergie disponible et gratuite pour que l’on se prenne pour plus grands que nous ne sommes et que l’on cesse de saisir la nécessité de la régulation ; la philosophie a toujours (toujours) validé la règle (excepté quelques effets secondaires ici et là, et les quelques fulgurants un peu égarés), la règle et non pas le dérèglement. Etant entendu que la philosophie a pour finalité, technique, technologique, de produire les conditions d’exercices de l’intentionnalité en tant que celle-ci doit mesurer, étendre, inventer, créer des intentionnalisations. Elle n’est plus fixée par le groupe ou pas exclusivement, et doit donc être à elle-même sa propre organisation, faisant appel à la création de contenus adéquats (grecs) et à la volonté singulière du sujet (christique) ; former un réseau interne capable de se communiquer à lui-même (de ne pas se perdre de vue, et donc visant la complétude d’un système) et de se transmettre aux autres. Le christique installe donc un « sujet » qui est à lui-même sa volonté propre (on lui reproche cela sous la critique caricaturale de « morale », ce qui est absurde, supposant par ailleurs que chacun ne ressort d’aucune morale ou d’une morale arbitraire ou subjective ; ce qui peut formuler une éthique surindividuelle mais aucune éthique ne tient en ignorant la base de la morale, l’universel).

Or ce qui se transmet ce ne sont pas seulement les contenus mais la position même du sujet, de l’arc de conscience ; c’est à cette fin que l’on précise l’être ou dieu ou le sujet ou le réel, afin que se copie le schéma de présence de l’arc de conscience dans l’arc du présent. Et qu’il en découle telle ou telle architecture intentionnelle. Dieu (l’intention) et l’être (l’universel) sont les deux formulations fondamentales, le sujet est le rassemblement des deux dans l’actualisation (ici et maintenant), le réel définit le cercle dans lequel le cercle de l’arc de conscience est instancié (l’ici et maintenant comme présent, comme Exister).

C’est en ce sens que la caractéristique absolument formelle (pléonasme, ce qui est formel est l’absolu ; conscience formelle/présent formel) expose son caractère indéterminé ; dieu, l’être, le sujet et le réel sont non déterminés (ils visent à manifester dans le monde, déterminé, le Bord du monde, le point à partir duquel on perçoit, et sans lequel rien n’est perçu, accessible, pas de monde, pas de vécu, pas de corps) et le caractère indéterminé est cela qui se dit, se signifie. Et ce qui se signifie ne tient pas dans un contenu mais signifie-pour-un-arc (de conscience), obligeant à se positionner en positionnant le réel, le un, le sujet, l’être ; qui sont des plus-qu’idées, des signes, qui impliquent que l’on s’y localise, et donc des dispositifs ou des structures ; on ne peut pas philosopher sans philosopher, cad se décentrer, par l’universel au minimum ; on ne pense pas en tant que moi subjectif. Et par Descartes se décentrer n’est déjà plus suffisant, il faut commencer de se situer dans le dispositif « suejt », et par les existentiels il est requis de se supposer dans le « réel », l’existence en l’occurrence.

Reprenons sur l’accentuation impliquant pour chacun une acceptation ; que l’Etat (cad le droit) impose à chacun d’être sujet (sujets libres anglo-saxon, et sujets libres-égaux, français). Mais alors il faut bien veiller au contenu que l’on injecte ou que l’on retient dans « sujet » ; ça peut n’aboutir qu’à un moi… Le libéralisme a transformé le sujet en un tel moi, corps-langage, vécu-relationnel ou échanges, ou le communisme a imposé ce sujet comme générique (transcrivant les désirs en besoins universels, indistinctement).

Techniquement la raison en est que le « sujet » ne peut pas être écrit de l’extérieur ; il ne peut que se signifier, lui-même et lui seul, comme sujet. De même qu’il n’était accédé que par le christique, qui évidemment n’est pas ou plus de ce monde … ouvrant donc la possibilité que chacun soit sujet, parce qu’il n’y est plus, il est en-plus et indéterminé, ce qui veut dire rendant possible quantité de déterminations, désormais toutes relatives, à votre décision, votre foi, disposant d’un point-autre inidentifiable, vous renvoyant à votre décision, votre longue décision, non celle de la volonté mais de l’intention, et qui plus de l’intentionnalité (qui s’organise jusqu’à la perception) ; point-autre par lequel on n’est plus homme ou femme, libre ou esclave, riche ou pauvre, etc et on n’appartient plus à un monde humain, antique, mais jeté dans le monde donné là.

On a donc coupé court et défini « ce qui ne pouvait pas l’être », afin que de ces synthèses (qui croient en elles-mêmes au lieu de se distancier selon le sujet, mais de laquelle suspension il ne résulte structurellement que l’insatisfaction, qui est tout l’enjeu) afin que de ces synthèses on puisse, néanmoins, vivre.

Or ce faisant la quatrième phase est celle de la concrétisation, en définissant à toute force l’indéterminé. Rappelons que les grecs créent l’augmentation (de l’intentionnalisation, universelle), que le christique impose l’intensification (de l’intentionnel singulier), que Descartes et suivants propagent l’accélération (vers le monde-étendue-mathématiques et vers les autres, par la révolution, en investissant l’actualité et l’actualisation du sujet, qui tient de par lui-même, indépendamment du christique, mais non pas contradictoirement), et que donc ensuite il s’agit de concrétisation ; non seulement au sens où du sujet (cartésien, rendu abstrait, pure abstraction qui perçoit à partir de la position de sujet) se perçoit le monde, ou le donné (et donc sciences et techniques), mais aussi au sens où le dit sujet abstrait intentionnalise le monde, le vécu, le relationnel, le corps ; il matérialise ; non pas qu’il tombe dans la matérialité mais qu’il rend possible la matérialisation de ses intentions, en tant que monde qui va se déployer jusqu’au 21éme (avec le rebond de l’humanisation qui se démocratise en personnalisation, des années soixante ; le moi, cad nous-mêmes, tel que nous l’éprouvons est la matérialisation fondamentale de l’intentionnalisation individuelle et collective).

On concrétise selon les altérités diverses (sciences, technologies, économie, etc) et selon le possible réalisable, pour chacun et pour tous, dans le monde, l’histoire (révolution unique et révolutions variées) ; l’ensemble est la matérialisation de toutes les intentions et intentionnalités. En bref on a épuisé toute la réalité possible, il ne reste rien (mais l’immédiateté du donné vécu se recycle constamment ; le recyclage se conduit selon le vivant et le corps, et tente bon an mal an d’adopter un devenir structurel, un accès à la conscience, mais si pénible et hasardeux que tout le monde retombe sans cesse dans le marécage de l’immédiateté ; expérience d’un monde sans cesse recommencé, statique, ne se renouvelant que selon les modes et donc la dégradation de ces modes, à force l’image jolie se transforme en cauchemar et en profonde noirceur ou ridicule avéré).

Ceci, ce déploiement de la structure comme humanisation et personnalisation, crée un monde complet ; dans le monde complet (ou complété comme on veut), il existe forcément des automobiles, des lave-linges, etc. c’est aussi et même essentiellement pour cette raison qu’il est difficile, impossible de s’en dépêtrer.  

Remarquons aussi ceci ; ce que l’on nomme démocratie n’est pas tant la capacité, suspensive, de choisir son organisation, que la possibilité générale et très précise et particulière, de rendre réels l’ensemble de toutes les intentions ; une décentralisation en somme, qui permet à chacun d’actualiser sa réalité. Démocratie n’est pas un choix externe mais une possibilité déroulée historiquement ; autrement dit on ne peut pas changer de société comme de vêtement. Et cela ne veut pas dire (que la démocratie est la démocratie d’un monde humain spécial) qu’elle n’est pas effective ; elle l’est. Et doit se comprendre elle-même comme telle.  

Par ailleurs il faudra bien suivre des finalités qui nous permettent de légitimer les privations futures (pour ceux qui survivront) ; non pas se trouver des atermoiements ou des illusions de seconde main (se substituant ou justifiant a posteriori nos contraintes prochaines), mais des finalités qui permettent d’élaborer des stratégies organisant ces nécessités, qui permettent de créer positivement des systèmes d’intentions et des réseaux intentionnels (collectivement et individuellement) ; on appelait cela « religions », qui étaient des élaborations complexes et sophistiquées rendant accessible les intentions. Alors que depuis la révolution industrielle, etc, on se lâche un peu n’importe comment et dans tous les sens, puisque la disponibilité de l’énergie (qui a permis de tout transformer) rend possible l’isolement et la prise en charge des nécessités par l’ensemble ; ce que la détérioration des conditions impliquent c’est que cette substitution (objective, étatique, organisationnelle, libérale ou communiste, technique ou entrepreneuriale) reviendra au local d’une part et à chacun au plus près possible d’autre part ; ce sont les superstructures qui seront rendues impossibles (multi-étatisation comme l’Europe, ou multinationales, finance, tout ce qui se greffe sur le dos de la bête et s’étiolera au fur et à mesure du haut vers le bas)

Cela veut dire que l’on a voulu contourné par mille moyens les règles, les règles de régulation. Les règles de régulation du flux tendu intentionnel, qui ne peut pas s’arrêter, se fixer ; les groupes et les communautés s’usaient à contrôler ce flux jusqu’à ce que, l’énergie aidant, le développement acquis on puisse laisser libre court à ce déploiement. Lorsque la reproduction sexuelle est une énergie fondamentale de reconduction des sociétés, on surveille l’énergie sexuelle ; lorsque l’énergie est le pétrole, la sexualité devient une distraction.

Mais par « distraction » il faut comprendre ; ça ne veut pas dire que l’on ne va pas, alors, créer une réelle passion et une prolifique mise en forme culturelle et individualisante ; on peut entendre distraction par libre cours du possible (après des millénaires ou des siècles de contraintes, naturelles et donc humaines) et cela sous condition d’échappée hors des nécessités qui jusqu’alors s’imposaient comme réalité, cad vérité, limitée (par contrainte extérieure) mais vérité de base.

Autrement dit si nous perdons le pétrole nous retournons à la vérité-réalité de base, limitée, non développée au sens où cela nous priverait d’une complexité (la complexité est toujours pratique pour caractériser). Ce qui ne signifie pas qu’il faille se priver de complexité mais que la confondre avec l’arbitraire, la distraction, les facilités diverses est déjà en soi une aberration et surtout dans le monde, limité, le donné fini, est une folie, mortifère. La question est donc ; existe-t-il une complexité non gaspilleuse ? Ou, à tout le moins, de moindre dissipation ? C’est le pari. D’autant que par ailleurs une complexité de gabegie peut tout à fait se retourner contre elle-même ; on finit par désirer n’importe quoi n’importe comment et on perd le fil, on ne réunit plus les intentions qui se dispersent dans l’immédiateté, nourrissant de pseudo-unités d’intentionnalités, fantasmées, dont la substance et le substrat est le corps et non pas l’arc de structure.   

Pour réunir les intentions et intentionnalités ; intentionnalités veut dire que cela s’organise bien plus loin que simplement la volonté de ceci ou cela, et concerne, littéralement, ce qui est perçu ; on perçoit en fonction de finalités ; le groupe, la tribu organisaient la perception, ensuite le moi humain libéré plus ou moins du groupe et acquérant une unité en propre (de base le christique), et enfin le moi-sujet relativement indépendant, organisent leurs perceptions respectives en fonction de, et cela c’est l’intentionnalité, incluant perception, mémoire, mise en forme culturelle et acculturation, du sujet, tactiques spéciales et stratégies globales, etc ; pour réunir donc intentions et intentionnalités, il faut penser ; penser les finalités qui ne sont pas, comme pour les vivants, données là dans le milieu ; nos finalités sont en plus.

Si nous sommes libres cela signifie que l’on peut extrapoler la fine pointe de l’arc de conscience et que l’intentionnalité de cet ancrage peut se tirer elle-même selon cette avancée ; c’est la raison d’être précise de la faculté d’attention qui dès qu’entamée déroule son propre champ ; lequel n’est pas une mémoire, mais une actualité, une actualisation (qui répond donc plus rapidement et plus inventivement aux événements) ; on s’élance toujours du plus loin, du plus haut, du plus abstrait (un seul signe est très simplement une telle abstraction).

On a évidemment une perception (selon le vivant) qui est intégrée, mais l’actualité de l’intentionnalité crée son propre champ de vision et la « clôture » de la perception s’effectue pour nous non par l’adn (pour faire court) mais par l’intentionnalité ; vous désirez mais aucun de vos désirs ne correspond à une naturalité, tout désir est construit, imaginé, élaboré et par fois dans l’actualité même (un réel inattendu qui nous séduit ou nous effraie) ; cet en-plus né dans et par le champ intentionnel de perception non naturelle créée par les signes, les mots, qui fait sens dans telle situation, etc. Cet effet de clôture (qui n’est pas une fermeture mais est une clôture de l’ouvert qu’est ce champ de perception intentionnel) est une invention (ou une création lorsqu’il s’agit de produire une cause telle qu’elle engendre quantité d’effets possibles, pour quantité de sujets humains) ; cette invention est toujours conclusive en ce qu’elle se prend pour vraie et réelle et sa conclusivité est aussi une ouverture de l’intentionnel ; on sait bien que le tomber-amoureux est une Possibilité, mais conclusif au sens où d’une décision insondable.

Décision insondable puisque prenant naissance dans le futur, le possible ; même le moi nait du futur, il se sépare de ou rassemble son héritage (quel qu’il soit) dans sa projection de son idée de lui-même.

C’est ainsi la complexité engendrée par le champ intentionnel ; on ne peut pas obtenir une complexité sans gaspillage (puisque par structure ça cherche des tas de significations librement), mais quand même… entre une complexité laxiste et une complexité maitrisée, les conséquences sont probablement très importantes en variation (même 30% d’économie de moyens et de finalités idiotes est considérable).

Si nous n’avons pas su maitriser la complexité c’est, invite-t-on à penser ici, parce qu’au lieu de situer la dite complexité dans le champ intentionnel, elle fut localisée dans le corps. On a dit ; nous sommes un corps-langage (des mois psychologiques) et non pas un sujet-intentionnel (des structures-autres, en plus du monde, du donné mais aussi du vécu et du corps).

Définissant notre être comme un être (déterminé) il s’agissait alors de satisfaire ces déterminations. Mais à l’inverse comment satisfaire une structure intentionnelle ? On ne peut pas, on ne peut ‘que’ penser son statut d’insatisfaction originelle, formel ; les religions permettaient de penser cette source structurelle, autre (autre que le monde, le donné, le vécu et le corps) et de valider une stratégie, d’ensemble, de l’insatisfaction ; penser l’insatisfaction implique que le réel n’est pas de ce monde (de ce vécu ou corps), qu’il relève d’une dimension en plus et autre. C’est cette dimension qui est l’enjeu absolu de toute pensée, quelle qu’elle soit, et quelque visage que telle pensée nous offre de ce surplus, de cet en-plus qui veut sinon expliquer ou analyser du moins permettre de manœuvrer cette dimension (cad l’insatisfaction, cela même qu’un corps vivant en comprend pas du tout), d’en créer une stratégie.

Dieu, l’être et l’universel, le christique et le sujet, l’altérité et le réel sont ces stratégies.

Et c’est bien là le problème ; à savoir que le corps vivant n’a aucune « idée » en lui autorisant une compréhension de ce qui lui arrive (c’est ce que repère, cartographie, Lacan ; sa complexité essaie de suivre les linéaments effarants qu’un champ intentionnel produit dans un corps viavnt, qui n’y comprend rien ; les distorsions imposées au corps, cad au moi, au moi qui « croit » qu’il est « ce moi » alors qu’il est un sujet, insatisfait). N’ayant aucune représentation de « ce qui lui arrive » (qu’il soit donc à distance de toute satisfaction, ce qui lui cause une angoisse, au minimum, insurmontable) le moi croit qu’il est ceci ou cela et demande de s’y reconnaitre ; il va créer toute une représentation pour remplir le vide (qui auparavant était « expliqué », mis en jeu par une structure au-delà du vécu) et cette représentation est également une acquisition de complexité ; le vide (des réels que sont dieu, l’être, le sujet et le réel) brode, tisse, amplifie, intensifie, augmente la complexité (le vide formel est plus grand que toutes les déterminations).

Et il devient clair que perdre le sens, l’orientation de la complexité c’est tisser des morceaux de monde, de vécu et de corps qui s’abiment dans la dispersion ; puisque qu’ils n’existent que dans et par la structure. C’est courir en pure perte, sans aboutissement dans la réalité, quand bien même multiplierions-nous les enluminures, les feux d’artifices du vécu et du corps. Cela équivalent à relancer le bâton toujours plus loin.

La critique menée envers la structure en plus (des religions, des philosophies, du sujet, de la révolution,  etc) avait beau jeu de condamner tout accès à un « autre monde » ou une « autre identité » (le sujet, en somme), opposant ce monde effectivement « là », et l’autre réalité ; pourquoi la réalité donnée, vécue, éprouvée, se doublerait d’une seconde ? Autant profiter de celle-ci. Mais ça n’était pas du tout ce qui était en jeu (bien que dans les conditions de contraintes des siècles précédents l’algorithme de vision, de perception se modifie de cela même, évidemment). Dieu, l’être (les idées, la vérité), le sujet (la liberté, la conscience) ne se comportaient comme des réalités mais comme structurant les réalités ; ce par quoi les réalités obtenaient une plus value, basée non sur la satisfaction réelle, imaginée ou fantasmée, mais sur la compréhension de l’insatisfaction.

Dit autrement c’est à partir de ces structures que l’on percevait (ce qui devait être perçu sans tomber dedans). Sitôt débarrassés de ces structures on semblait apparemment percevoir plus (parce que les structures étaient déjà instanciées en nous ; nous le leur devions, bien que reniées et c’est du haut de ces attributions que nous décidions alors de les répudier … sciant la branche) ? Abandonnant la structure nous tombons dans le monde, cad dans les immédiatetés que nous produisons, effectivement, et d’autant plus attirantes que nous les inventons, mais attirantes et seulement miroitantes, laquelle image s’assombrira jusqu’au cauchemar. Et comme on ne peut pas annuler la structure (sinon on disparait, et donc sauf dans la mort), nous voici hantés par une mésinterprétation de structure (auquel on prête un nom quelconque ; une détermination malsaine de mélange mondain et ontologique, vitaliste ou naturaliste ou réaliste). Un cauchemar ontologique.

C’est bien pour cela que les structures (dieu, l’être et l‘universel, le sujet et la révolution) s’écartent absolument de la magie ou de l’angélisme ou de l’idéalisme au sens commun ; toute magie qui se réintroduit sitôt que l’on prétend arguer d’une « vérité plus proche » du monde ou du vécu ou du corps, dérive en horreur, horreur littérale puisque le monde, le donné et le corps s’imposent comme seul horizon. Et que tout ce qui est du monde disparait. Et le flux intentionnel s’inverse. Il se retourne contre lui-même et les autres, contre toute image adorée et s’enferme dans les labyrinthes du moi, les maladies du moi, les déprimes et obsessions, et l’angoisse du moi ; qui ne sait pas que la porte de sortie est « en haut ». L’enfermement dans le donné (dont les mass médias, les sciences, les technologies, les possibles du monde humain nous imposent l’exclusif récit qui se recycle sans cesse) brise lentement ou violemment l’architecture intentionnelle. Ni plus, ni moins.

Lorsque l’on ne comprend pas que la métaphysique (grecque et universelle) et l’ontologie du sujet (qui commence avec le christique) veulent saisir le hiatus, l’articulation et le décalage entre nous et le donné (quel qu’il soit), c’est que l’on a affaire à une conscience qui se présuppose déterminée ; même Nietzsche et Heidegger essaient de réintroduire une ontologie dans la platitude rationaliste réaliste naturaliste ; les réalistes, naturalistes, rationalistes ne se posent pas même la question du décalage, sans lequel pourtant rien n’apparaitrait pour eux et sans lequel ils ne seraient pas ; ils se contentent de se constater comme d’une chose, il ne leur vient pas à l’idée qu’ils sont un rapport et que ce rapport est « à lui-même » existant, et ils observent le présent comme un résultat et non comme un acte.

Rappelons non pas que la rationalité etc soit d’une platitude sans borne, mais bien l’exponentiel rationalisme qui croit que son observation locale est applicable à « tout ce qui est », réaménageant les vieilles lunes.

Que leur être ne soit pas un être mais un exister, un mouvement, une articulation veut dire que c’est un rapport, lequel n’ignore pas qu’il est tel. L’évidence du rapport à lui-même c’est ce qui est indivisible, puisque non composé, et irrésistible, il se présuppose toujours dans le rapport factuel ; chassé par la porte il reviendra par la fenêtre et cette fois dissimulé (par la science ou l’idéologie on sera pensé par un autre rapport, dans un autre rapport et qui effacera le rapport que l’on existe exclusivement de par soi ; dieu, l’universel, le christique, le sujet et le réel vous renvoie à votre seul vous-même). On ne peut pas ne pas l’exprimer (il est ce par quoi il est une expression, de quoi que ce soit).

Il ne faut pas abandonner le rapport que l’on existe. Considérez-le comme le Rapport lui-même, et qu’il n’en existe qu’un seul qui les suscite tous. Le rapport vous distingue, vous, personnellement, puisqu’il est votre nature même, votre agissement, en l’occurrence intentionnel, et tout agissement, à commencer en tant que tout présent, quel qu’il soit. D’un rapport on ne peut fixer ni le tenant ni l’aboutissant, Il s’assume. D’un rapport on ne peut le dire individuel ou universel, mais les deux, et évidemment tout le reste également ; la structure (du réel) est active antérieurement à tout ce qui est. La structure « sujet » est en acte et est le mystère qui entame toute la réalité au sens où le rapport commence toujours ici. Il n’est en somme aucun autre ici que le rapport, et donc aucun ici qui ne soit le rapport lui-même. Unique, mais ce qui existe comme rapport n’est jamais seul, par définition, par nature.

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