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instants philosophie

L’ouverture de la Possibilité

7 Septembre 2019, 08:15am

Publié par pascal doyelle

Or dieu créa l’humain. Et afin que celui-ci pallie à la facilité des anges ; bien trop parfaits et trop peu complexes, l’humain en vue et selon une idée très précise et très étrange de la « prochaine complexité » et donc « prochaine perfection » qui repose a priori, par principe sur les êtres humains. Il ne s’agissait pas de reproduire à nouveau des « anges » mais de créer un être spécifique et tout à fait autre ; de sorte qu’il soit à sa manière (encore non discernable) plus parfait que les anges. A sa manière donc, jugée supérieure.

Il s’agit pour eux, pour les humains, de ne pas s’effondrer dans et par la brutalité et la violence du monde mais de grandir et de grandir plus suréminemment que les anges. D’une autre sorte de perfection et de complexité. Et c’est cela qui est en question, en cause, qui est la Cause même, cette autre sorte de complexité et de perfection. Il s’agit pour eux d’absorber, de contenir, de relever la brutalité du monde, ou si l’on est croyant de la punition générale affectée à la désobéissance ; mais dont on peut comprendre, surtout avec le christique, qu’il est question d’acquérir une plus grande perfection.

Face à la brutalité, la brutalité du réel, le problème est ainsi la dépression, le découragement, le ressort brisé, jusques et y compris la courbe faible des intentionnalités qui retombent et ne signifient plus selon le réel, stratégies que présentaient dieu, l’universel, le sujet et qui ne se fie plus même à sa propre finalisation, mais se fixe sur des objets, des objets dits du désir, massifs, consistants, support de l’être (alors que la structure du réel est le mouvement) poisseux selon Sartre, rendu impossible dans la dépression, objet de haine pour le violent. L’objet, du désir, n’est pas idéal, il el croit seulement au début. Mais tout s’inverse rapidement et se révèle que le moyen lui-même était erroné ; le réel ne peut pas être objet de désir, le désir n’existe pas. L’assomption du sujet dans le moi est tout à fait autrement autre chose qu’une chose.

Pour ceux qui espèrent encore une vision angélique de la réalité, il n’y aurait alors rien dans le monde, le vécu ou le corps, qui soit à la mesure de leur désir, imaginaire, imaginé, et tout ceci se transforme en un piège monstrueux ; le cercle de conscience tournerait pour rien, dans la sombre malignité. Le cercle ne serait pas une tangente mais seulement la perte et la désespérance ; il creuse son trou en imaginant y échapper.

Rappelons que la folie, à proprement parler, c’est le retour du groupe parlant, dans le monde de mise en forme culturelle (ayant inventé le langage, la représentation, les échanges réglés, la famille sous diverses formes, etc) le retour du groupe parlant mais en un seul individu isolé, qui commence de babiller dans tous les sens comme si, à lui seul, il formait un groupe et semblable au monde, à la perception ; dès lors dans sa tête solitaire, tout se met à signifier. Mais hormis cette folie internée (en elle-même comme en un monde) et puisque, cessant la mise en forme culturelle, nous sommes passés à l’acculturation généralisée, laissant, délaissant chacun dans l’isolement de plus en plus intégral, en sorte que l’on se retrouve dispersé et abandonné et menacé, et donc soumis à la dépression, à l’impossibilité d’intentionnaliser ; comme si l’absence de groupe humain effectivement « vivant » supprimait radicalement que cette intentionnalité fasse cercle et enroulement et donc effets ; n’ayant plus d’effet mémorable dans la réalité ou le vécu, on cesse tout effort d’intentionnalisation. 

Le trop d’investissement, la torsion de l’intentionnalité vers le seul monde donné là, vers le bonheur du moi, dont le substrat fondateur est le corps (et l’économie l’idéologie du corps, ça ne parle que de jouissance, de plaisir, le plus grand achèvement serait la satisfaction, repue, gavée, bourrée au sens propre, droguée, et se confondant avec l’image de la plénitude, satisfaction imaginée donc et non pas réelle, parce que dans le réel il n’y en a pas. C’est précisément cette absence que le christique et la philosophie manifestent, dont ils dressent le plan, l’intentionnalité réelle.

Plus généralement et contrairement aux absurdités que l’on entend ici et là, le christianisme n’est nullement la négation du monde, mais son élévation ; le christ vient dans le monde afin d’élever le monde, le donné, et bien sûr le vécu et le corps. Il est le dimensionnement réel, l’acquisition de ce que peut et doit devenir la création ; la création dans la création même, si l’on sait lire. De là que nous soyons libres et que c’est librement qu’il faille devenir plus grands que grands. Pareillement dieu s’instancie dans le monde et s’élève lui-même encore plus que lui-même ; le christique est le surdivin, le dieu en plus. Ce qui doit ou le sens, l’orientation de ce qui doit devenir. Et cela pose la question de l’intention.

Les juifs se demandent mais qu’est-ce qu’il Veut ? À nous inquiéter tout le temps comme cela. Dieu est l’intention sans explication, ce qui veut dire sans explicitation ; il n’installe pas un monde défini, un panthéon de dieux aux fonctions strictes, une mythologie explicative ou démonstrative du monde perçu. Il impose qu’il existe une Intention, que l’on doit décrypter et dont nous sommes le lien. Ce qu’il lance c’est l’intention comme telle ; qu’elle doit régler le monde, le vécu et ensuite le corps. Que si l’on ne choisit pas l’intention, on élira une partie du monde et tout sera perdu, parce qu’aucune partie du monde ne contient le monde.

Et le christique permet d’envisager que cette intention se réalise, se rend réelle en et par un Corps, qui n’est pas le corps d’un ange, mais un corps faible et difficile et mortel et souffrant et pauvre et sans rien, nu ; il faut comprendre l’insaisissable articulation qui est sous-entendue comme jugée plus parfaite et plus complexe et plus performante, malgré qu’elle n’en ait pas l’air du tout.

Ni intellect ou abstrait ou spirituel comme les anges, ni évidemment divin et éternel et absolument autre, mais trempé dans et par le Corps. Ceci est absolument fondamental. Que l’on ne soit pas divins est faux ; si il s’est incarné c’est que cela, cette perfection invraisemblable, existe dans un corps et a besoin du corps faible et geignard ; et qu’il ne soit pas le corps de pur conscient et de volonté parfaite des anges. Ça n’a rien à voir avec le noyau conscient-volonté et pas plus Descartes que l’on caricaturerait allégrement si on ne distinguait pas que la volonté est déjà autre que la pensée et renvoyée infiniment, cad intentionnellement et non pas accrochée au monde ou au corps ; le corps-esprit, la troisième substance est invraisemblable, cad réelle.

Que l’on croit ou non, parce que même si l’on ne croit pas et non pas en considérant le christianisme comme une idéologie ni une possibilité soudainement « inventée », mais comme manifestant le réel même dans sa structure, alors il révèle et montre « ce qui est possible » dans la réalité ; et cela ne manque pas de poser la question ; mais comment a-t-on pu en quelques siècles, voire en 50 années (Saint Paul écrit vers 50) poser l’intégralité de tout ce qui deviendra en 20 siècles ? Le mystère reste entier.

Quoi qu’il en soit si le corps est cela même qui existe, alors ça n’est pas le corps donné là, mais le corps supposé et élevé par l’intention que l’on en a. Une intention qui n’est nulle part, au sens où elle existe, dans le présent, et en plus. Elle est en plus. Et doit donc se-vouloir. Et elle se veut de et par un sujet ; et ce sujet est par un corps ; quoi que l’on fasse et pense et imagine, il est une structure en forme de champ de perception, à partir et selon une unité corporelle, sur laquelle il faut investir beaucoup plus que simplement ce « corps donné là ». Autrement dit le « corps » est quelque réel en plus. Que la structure soit le corps signifie qu’il est perception et il y a perception afin qu’il crée ce champ lui-même. Le secret est le champ. Ou donc le réel, qui n’est dans sa formulation hyper active, rien d’autre que la perception. L’élévation de la perception est la finalité du christique (ou de Descartes ou de Kant, ou de Sartre ou de Lacan, cad du moi donné spontanément ou qui croit en sa spontanéité et n’y comprend rien du tout, ni à la perception fondue dans l’imaginer, ni au corps collé à l’intention).

Le christique ne veut pas seulement montrer le corps de chacun, par quoi se constitue exclusivement qu’il y ait une humanisation qui vaut (et vaudra) par une personnalisation. Il ne se positionne pas uniquement comme horizon de l’universalité générale et de l’individualisation singulière. Il vaut en tant qu’il montre que la structure est celle d’un champ de perception et que seulement par là « il se décide ».

Si le Un est, alors il ex-siste ;  mais donc il n’est pas, ce qui « est » c’est l’exister, l’être est ici et là dans le mouvement, le mouvement est structurellement bien plus grand que l’être. Et en l’occurrence le mouvement est la perception, ce qui revient à la possibilité du réel plus-grand-que-lui-même.

Que structurellement cela se soit exprimé et explicitement, quasiment, exposé, passons sur l’aspect apocalyptique, de révélation, et remarquons que véritablement ce qui est de l’ordre de la structure ne se communique pas par morceaux et par composition … La structure c’est ce qui vient tout entièrement et en une fois. Lorsqu’elle se signifie, s’auto-signifie, c’est déjà dépliée. L’universel est entièrement positionné par les grecs, le sujet et le corps entièrement par le christique. Descartes instancie absolument, cad formellement, tout le sujet, dans son accélération performative sur laquelle il est impossible de revenir ; après les grecs, qui augmentent l‘intentionnalité, et le christique, qui intensifie l’intentionnalité, Descartes qui accélère le sujet et le place sur la surface du réel. Dès lors on se demandera ; sur quoi place-t-il le sujet ? Et quel est ce sujet insituable puisqu’il est ce à partir de quoi, de qui le reste se positionne)?

Si les grecs expriment tout l’universel, cela ne réduit pas ce qui viendra après, qui échapperait à l’universel, vers le subjectif ou une version froide du logos ; c’est juste que les autres réalisations orienteront vers un autre pan de réalité et de réel et que donc le « logos » est plus grand que celui des grecs ou se tient d’une autre version ou mieux d’une autre extraordinaire possibilité. C’est la possibilité qui est creusée et c’est pour cela qu’il s’existera quantité de sujets, universels ou singuliers ou existentiels. Réalité et réel, pensée du monde, du vécu et du corps et ontologie puisque lorsque l’on engage dans la structure on investit dans ce qui est structuré, du réel vers et par la réalité.

Aussi faut-il imaginer la structure comme le côté face du réel, dont la réalité, les réalités positionnent le côté pile, et le champ perceptif est le devenir. La réalité devient dans le champ ; l’adn du vivant est un comportement, dans la réalité des corps et non pas une essence secrète. Il est considérablement plus de réalités que de structure ; la détermination détermine, le réel ex-siste.   

Il s’agit  de ce fait littéralement d’une création, une création qui devait se prendre en charge et se mener bien plus loin, bien plus loin que l’angélique : une création susceptible de création, en boucle, et dont la constitution est celle des corps, comme champs et bien plus découplés que les anges. Et plus loin que le seul divin, aussi devint-il nécessaire de créer, en plus du divin, le surdivin ; le dieu en plus, celui qui orientera le devenir possible. De s’incarner en tant que corps. En un sens il y a une trahison si l’on ramène la créature à une perfection d’inspiration grecque ; parce qu’il n’est pas question de ressembler à un ordre idéal, mais de créer, en tant que créature inventive, ce qui sera, créature chargée de créer. La différence est absolue ; aussi toute tradition de la Possibilité (qui court de dieu à Lacan) consistera à porter plus loin la capacité du réel.

Ce que l’on a mis en place comme Structure. Ce par quoi la structure du réel s’impose dans la réalité ; fondamentalement le corps du christ, la forme d’un corps qui n’est pas « du monde » parce qu’il est perçu selon le Bord du monde, mais aussi le Bord du vécu et du corps, inaugurant le formidable champ du possible. Et dedans la plus grande proximité possible, puisque l’on ne se place plus cette fois du haut de l’universel, mais à partir du corps ; il faut soulever le corps jusqu’à le rendre capable de porter les signes du possible, par lesquels celui-ci vient au jour, se manifeste, existe dans et comme monde, vécu et corps et est perçu par ce vivant. Lorsque l’on considère l’ensemble de tous les opérateurs et inventeurs et créateurs qui se déployèrent durant au moins 20 siècles on saisit toute l’ampleur de la problématique ; ça ne se fait pas tout seul, ni facilement.

Il faut profondément, cad dans la perception qui est le champ le plus élevé que l’on connaisse, inscrire ce corps dans le monde et donc composer, recomposer ce monde même, dans et à partir de la perception puisque ne pouvant pas même faire appel aux mondes particuliers précédents (le groupe ni le contenu de conscience ne s’utilisent plus comme fondation du réel mais bien la structure de conscience, soit intentionnel développé (l’universel grec des intentionnalités) soit intentionnelle pure (dieu) soit intentionnel et incorporé. Mais pousser outremesure le dit champ en supprimant le sujet, cad la structure intentionnelle qui le sous-tend, est une perte irrémédiable ; il y a un champ parce que marqué, encadré, instancié de sujets. La perception existe par et pour des sujets et le « sujet » doit y être exprimé et positionné explicitement. Le christ traverse le champ qu’il crée, c’est même cela qu’il annonce en s’annonçant lui-même ; « je suis le chemin, la vérité et la vie » « qui me voit, voit le père » et toutes autres formulations sidérantes.

Or depuis le christique qui assène massivement l’unique loi, il y eut le déploiement de tous les champs possibles à partir du premier sujet, le surdivin, créant la plus grande possibilité de retour dans l’articulation qu’est le réel.  

Et nous sommes encore loin de parvenir de penser ce qui peut bien se concrétiser dans et par l’instruction du donné et de la matière par ce retournement du dedans-même de la perception qu’est la perception, qui n’est rien que de la réalité ; la perception est un tel retournement mais qui aboutit à la possibilité interne qu’elle est depuis le début, alors oui il s’agit de la même création, continuée.

Traversée par le réel pur, lequel est constitutif. Et si il se manifeste comme tel, cad entièrement de sa position, ça ne sera que d’un sujet ; seul un sujet s’annonce lui-même, la forme même du christique (de Descartes, de Rimbaud, de Nietzsche, de qui l’on voudra) cette forme même est la verticale, unique et exclusive ; la perception n’est rien que la réalité en ceci que tout ce qui est déterminé, l’est dans et par la détermination. On veut dire qu’une abeille n’existe pas autrement que dans et par son comportement d’abeille ; dans la détermination il n’y a pas de second plan, second horizon ; elle est toute entière exposition et manifestation. Sauf donc la forme même. Ce qui ne se voit pas, non par dissimulation ou retrait, mais parce que c’est cette position même qui fait-voir. Rien n’est donc caché et rien n’est ignoré. Et l’initialisation du processus est intégralement exprimé dans et par le christique, qui se signale précisément de ne rien garder.   

Les choses sont intégralement ce qu’elles sont, mais l’exister des choses non.

Parce que la structure est toujours plus grande que l’acquisition et qu’elle grandit par le déploiement de la détermination. Elle est ce qui pousse la possibilité de la possibilité, la possibilité dans la possibilité. Et de cela nous sommes comptables.   

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