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instants philosophie

Hontologie et ontologie

2 Novembre 2019, 09:53am

Publié par pascal doyelle

de Descartes à Lacan

On part somme toute des principes lacaniens ; à savoir qu'il n'est aucune résolution « ontologique » du réel.

Par hontologie Lacan désigne l'hypothétique solutionnement de la métaphysique ; soit donc de la pensée, oui, mais de la pensée avant Descartes, celle qui entend produire un discours qui vient recouvrir le réel. Mais Lacan, comme tout le monde depuis Descartes, est passé par dessus le mur métaphysique ; ce qui ne tardera pas, explicitement, avec Kant bien sur ; on ne peut pas penser, métaphysiquement, le réel ; la réalité, cad les réalités oui, mais pas le réel, et pas plus Kant que Nietzsche ou Heidegger ; je ne vois pas pourquoi on accorderait à Nietzsche ce que l'on refuse à Platon ou quelque système métaphysique ; dire le réel est la « volonté », outre que l’on n 'y comprend rien, et encore moins l’Être, ou l'Estre, est une proposition métaphysique ; toute l'ambition ici est de montrer que depuis Descartes on est passé … à autre chose et autrement...

Et que cet « autre chose autrement » est la structure telle quelle, absolument réelle, du donné, du vécu, du corps, du monde et que nous percevons à partir de la structure dite et qui n'a rien de métaphysique et qui ne superpose pas une double détermination du monde (il n'y a pas de détermination de la détermination, même les mathématiques sont les rapports que les choses produisent et non pas « viennent d'ailleurs » sur des choses). Et ainsi c'est imposé, par Descartes, que la structure ontologique du monde, du vécu, du donné, du corps, existe en-avant ; elle existe en-avant puisqu'elle est condition de tout le reste, mais comme ce « tout le reste » est le possible, il y a un présent et elle est, donc, également, en-avant comme présent qui arrive. Nous ne sommes pas dans le temps, nous sommes le temps et le temps n'est aps le temps, mais le présent qui se déroule (comme monde, donné, vécu, corps, perceptions, etc).

Il est clair (enfin au moins théoriquement) que si nous ne sommes pas le temps, ça ne signifie pas que le temps n'existe pas, mais qu'il existe autre chose-autrement que le temps et qui entoure celui-ci. Ou donc le temps est un effet.

 

Lacan juge de l'ontologie métaphysique (et non pas structurelle, qui au lieu de se transférer dans un discours, analyse cet-être-ici, le sujet et le monde donné « là », comme fait d'exister) et méprise la métaphysique en ceci que le discours (et tout discours) fait-croire en sa réalité alors qu'il n'a de fondement qu'imaginaire ; la science suppose que le réel est la réalité (l'être), qui se prête à nous comme réalités (connaissances), dans l'espoir d'unifier tout cela et ayant en sa puissance de s'appliquer réellement au monde donné, au vécu, aux corps. Le reste est ignoré par la science et non seulement l’inconscient, etc, mais aussi le sujet et dieu et la question de l'être (qui devient l’Être pour H, l’Être au-delà des étants, des réalités déterminées). Lacan s'en aperçoit très bien de ce que chacun qui se convoque lui-même sur le divan, n'est aucun des discours et que « structuré comme un langage » ne veut pas dire que chacun soit le langage... mais que chacun a emprunté la signifiance, la significativité comme procédé, puisque la significativité est un tissage de rapports et que l'on ne se souvient de rapports que si ils sont liés... et forment système, même un mini-système. Sinon on ne se rappelle de rien du tout.

 

Or comme il s'agit d'un individu, d'un corps, le tissage de significativités est brodé sur le corps. Pourquoi ? Parce que le corps ne rentre pas dans le langage ; on ne peut pas transporter le corps dans la représentation et donc il est l’ancrage (réel) qui supporte toute intentionnalité (on réelle).

Lorsque l'on dit que l'Autre nous pense ou nous signifie, ça n'est pas l'autre-autrui, mais simplement que l'intentionnalité est un rapport et que dans un rapport il y a deux qui sont placés en rapport ; c'est le rapport, cad une impossibilité, une inexistence, un non-être, qui tient les deux. Et ce rapport est donc autre-que-soi, on dirait par nature si précisément nous n'étions pas déplacés dans la structure et non dans la « nature ».

C'est bien en ceci que le rapport casse le corps, le vivant (qui lui essaie toujours de tenir sa propre unité de bio-vivant).

Étant cassé le corps veut néanmoins re-venir à soi ; ce qui est impossible ; et donc la plus spontanée stratégie veut ceci : que l'on s’installe dans l'impossible. Ce que signait le christique ; de par toutes les significations qu'il présupposait ; ceci est mon corps, et donc vous êtes de votre fait structurel, impossible, autre que votre corps ; vous ne serez jamais épanouis, mais toujours autres.

 

Donc il ne s'agit que d'une rétrovision de la philosophie et de l'ontologie métaphysique ; parce que le métaphysique est déjà dépassé via Descartes à l'ontologie structurelle ; Descartes, Kant, Hegel, Husserl, Sartre, Lacan lui-même manient la structure, l'analysent comme telle ; en entrant dans l'activité de prendre-conscience-de, d'intentionnaliser ceci et cela et donc de ce que présuppose cette activité ; et ce en respectant le criticisme kantien ; puisque l'on n'y observe que l’activisme tel qu'il se déploie ici et maintenant et ayant « des effets » ; toute intentionnalité a des effets, constatables dans la réalité, bien, sur, mais aussi le vécu et le corps... Importance absolument cruciale de cette hyper objectivité ; sur laquelle brodent imaginairement N et H, on l'aura compris et bien qu'ayant un pied dans l'altérité brute, vraiment brute et très « anti », très « anti tout », l'un prônant l'auto affirmation et l'autre l’étrangeté de l’Être, son inhumanité, bien que profondément a-humains, N et H n'analysent pas mais interprètent, Sartre et Lacan analysent, crûment.

À ceci on peut répondre que oui le réel et les réalités sont a-humaines, mais nous sommes nous-mêmes pas si humains que cela ; l'humain est un effet de structure ; c'est parce que nous existons comme arc de conscience que l'on se situe dans un monde (un horizon et non pas dans un milieu comme un être seulement vivant), que l'on a une vie (qui devient existence) et un corps (qui est une autre surface par laquelle on reçoit les signes). Sans cet arc nous n'existerions pas ; tout ne tient, devant les yeux, que par et dans les perceptions d'intentionnalisations.

N et H supposent une sorte de « réel » (ontologique) dessous tous ces effets, l'un bio-centré pour ainsi dire et l'autre mystico-élevé (il veut remplacer le dieu juif).

 

Il faut donc lire Nietzsche ou Heidegger, mais selon leur registre semi imaginaire ; ils assument une position métaphysique ou plus exactement ils transcrivent comme si il s’agissait d'une métaphysique (en qualifiant l'être, le réel, le monde, etc) bien qu'ils montrent, du doigt, littéralement, le réel donné là et selon des motions « anti-métaphysiques », et ce usant d'une manière finalement métaphysique qui ne parvient pas à l'analyse (cartésienne, kantienne, hégélienne, husserlienne, sartrienne, lacanienne), l'analyse ontologique de la structure. Et donc la Volonté de N double la volonté cartésienne ou l'intention christique, de même que l’Être de H double le dieu juif ou l'être rationnel, des grecs (dont on sait qu'il tente une relecture vagabonde, pour ainsi dire, cherchant un logos plus profond que le logos).

 

Autrement par N et H se transmet une logique d'altérité ; la Volonté est autre, l’Être est autre. Mais on a vu que dieu ou le sujet sont de fait eux-mêmes une l’altérité ; c'est uniquement la transcription « rationaliste » qui les abaissent selon une compréhension mondaine et N et H ne saisissent que cette interprétation rationaliste, humaniste, réaliste, naturaliste ; ce qui est évidemment absurde ni dieu ni le sujet ne relèvent du donné mondain ou d'une quelconque détermination ; ils occupent de toute évidence une position et une position formelle ; on retiendra donc d N et H qu'ils transposent imaginairement (la volonté et l'être sont des imaginations) une structure positionnelle, qui stipule ce qu'il faut (faudrait) entendre par « réel » ; et on notera que quand même dessous le coude, s’incruste en même temps au sein de ces imaginations quelques thèmes plus ou moins … inhumains.

Dans leur volonté, lourde, de ne pas abonder vers l'humanisme et le sujet caricatural (tel qu'ils le comprennent, mal) et la raison (plate, telle qu'elle se transmet au 19éme, débarrassée de toute architecture ontologique, excepté Kant et Hegel, essentiellement) ils tombent de Charybde en Scylla ; cette flambée d'altérité est tout autant ce que nous montrent les sciences ; un univers quasi infini, un gaspillage insensé, et des lois physiques mais pas d'ordre ou de sens manifestes.

Si l'on en reste à la clarté de cette altérité, si l'on peut dire, on est plongé dans un égarement, dont on ne peut pas tirer grand chose, sinon faire comme si l'on s'en réjouissait (alors que dans tout, dans cet étalage de matière et d'énergie, rien ne s'adresse à nous). Et de fait toute détermination, tout monde, toute réalité aboutissent à ceci ; la disparition et pour nous la mort, et sans utilité quelle qu'elle soit ; tout disparaît et s'efface comme n'ayant jamais existé.

Bien sur la massivité, le gigantesque de la réalité, cet univers disproportionné ou ces univers peut-être, paraissent s’imposer comme seul horizon.

Dans ce gigantesque l'arc de conscience paraît n'être rien du tout. Mais il n'est justement pas un « quelque chose ». à quoi anciennement on opposait effectivement un sujet en soi ou un double ou arrière monde, lequel se définissait, autrement dit passait comme une autre détermination s'ajoutant à celle-ci. Mais en vérité tel n'est pas vraiment le cas ; le but pour Platon n'est pas de dédoublait la réalité, mais, par les idées, les intentionnalités spécifiques de rendre encore plus manifeste le donné et d'ouvrir des champs de perceptions. Et annulant ces intentionnalités on remplace simplement par une autre sorte de substance, la Volonté ou l’Être ; par lesquelles on voudrait porter la « révolution » mentale dans la réalité même.

De même le moi, très commun, de tout le monde, de chacun, prétend se dédoubler, mais il ne produit qu'un moi imaginé et des satisfactions dont on prévoit le bonheur, qui ne vient pas. Qui ne viendra jamais, sinon imaginairement.

Or ça n'est pas du tout comme cela qu'il fut procédé ; Descartes et Cie n'ont pas répété la mise ne forme métaphysique d'un discours mais ont requis une acuité décuplée de l'attention, de l'intentionnel vis-à-vis de son propre réel ; ont isolé peu à peu l'articulation qui rend possible que tout apparaisse à une conscience et c'est cette distance, d'analyse et donc de conscience de soi, qu'ils ont imposée de fait. Distance sitôt lue, sitôt adoptée ; elle est entrée dans le fil d'attention de tout un chacun. Parce que l'arc structurel repère immanquablement qu'il est le réel, de même que le christique est devenu absolument la forme même (ou dieu traversant et tissant toute société humaine, qu'ils existent ou non).

 

Ensuite il faut bien saisir le mouvement qui amène de Sartre à Lacan ; il s'agit, en purs français qui ne se laissent pas démonter, d’observer méticuleusement cet « être » bizarre du moi, du je, du sujet, de corps individuel ; l'extériorité revient à Sartre (les autres, le monde, l’histoire, l'étrangeté, l'existence) et l’intériorité revient (étrangement) à Lacan, qui dépiaute le moi individuel, tel qu'il se croit, et démonte donc de ce point de vue tous les discours (dont la philosophie ou l'hontologie, mais aussi la science et les idéologies, réservant son appréciation à quelques uns dont Descartes, entre le je-pense et le je-suis : ce qui pense n'est pas - ce qui est ne pense pas, Lacan, ou donc notre être est ce qu'il n'est pas et n'est pas ce qu'il est, Sartre) ; dans les deux cas la structure (de conscience) est réduite à sa plus simple expression, cad rien (pour Sartre) ou niée (pour Lacan, transforme en schème logique ou mathématique, etc, de même que Hegel la transformait en opérateur comme « négativité «, pur mouvement ).

Ce qui pense n'est pas - ce qui est ne pense pas, Lacan. Mais l'être en question qui est « dessous » n'est pas une essence (l’inconscient, le langage, l'autre, etc) ; c'est une activité qui doit donc venir en personne se dire, ce qui signifie dérouler le tapis dont elle s'est brodé. Ça n'existe nulle part, suaf « là ». dans le corps qui signifie, qui use des signes pour se montrer, se désigner du doigt ; il faut que le corps se signifie, alors même qu'il n'entre en aucun langage et que lui-même ne « parle » pas (on n'a aucun accès au corps-en-soi, c'est juste un corps vivant devenu bricolé par l'altérité du rapport , tout moi est un bricolage, plus ou moins vite fait et plus ou moins adéquat, en général pas du tout adéquat à quoi que ce soit, il fait juste semblant).

 

Mais ce vide est son être, cad n'est pas un être … mais une structure, une forme (qui supporte donc quantité de déterminations n'étant pas du même ordre que la réalité ; de même que le présent n'est pas les choses, qui apparaissent et disparaissent).

On s'oriente donc depuis 2 siècles sur une vision formelle du réel ; et cela permet de rependre et de comprendre tout ce qui est arrivé auparavant : de dieu, du christique, des grecs, de la scolastique, etc, et de mieux situer tout ce qui eut lieu ensuite. Et ce dans le but de récupérer, pour nos sujets, les sujets que nous ex-sistons, toutes les explorations possibles du réel en tant que forme, au point que s'impose l'idée, le principe, la logique que toute détermination est mais que cet être est pris-dans une structure ; laquelle fait-exister. L'exister est plus grand que l'être, le réel est plus grand que lui-même (sinon il ne serait que ce qu'il est).

Si Lacan présente l'ontologie (classique) comme hontologie, c'est afin de tuer le mensonge généralisé qui laisse entendre au moi que sa résolution se présentera comme « conscient », comme étant de l'ordre du « conscient ». Mais cela veut dire comme « contenu de conscience », dans lequel contenu l'arc de conscience n’apparaît pas ; l'arc de conscience n’apparaît jamais, nulle part, il ne peut « que » se signifier, et c'est lui-même qui se signifie (il ne peut pas être signifié par un autre, qui désignera toujours un contenu, une image, un nom, etc). Cette signifiance est exclusivement de par elle-même ; mais elle signifie « rien ». cad qu'elle montre le rapport lui-même comme rapport de tous les autres rapports qui sont seconds. Et cette signifiance de « soi » renvoie constamment au-delà. Elle se tient du Bord. Et le Bord n'est pas dedans, il est dehors, le point autre à partir duquel le reste apparaît, est perçu, est vécu, est ressenti (le Bord du corps également).

 

Évidemment le Bord, cad la forme-réel, ou la forme réelle de notre être qui n'est pas un être mais une structure, ne se dit, apparemment, jamais de la même manière, selon les mêmes mots ou les mêmes idées ; mais toutes se réfèrent, à partir de la tenue d'une suffisante rigueur ou cohérence, y compris d'attachement au réel de « ce qui se passe réellement », toutes se réfèrent à une seule et même structure ; peut-on imaginer que la conscience de pierre soit totalement autre que la conscience de Paul ? Ceci est la croyance que la « conscience » est relative à une identité ; Pierre, existant en soi (on ne sait où), existerait puis acquérait la conscience de ce soi-même.

L'hypothèse inverse n'est pas du tout que Pierre n'existe pas, mais que Pierre est cette conscience, cet arc de conscience, qui va créer au-devant de soi et utiliser les diverses inscriptions que « Pierre » a reçu en héritage, pour ainsi dire ; ça n'est pas ce que l'on est, mais ce que l'on va faire de « soi » ; et ce « soi », se soi-même à la fois est et n'est pas. Si l'on tombe amoureux on attend, espère, suppose un renouvellement. Mais le tomber-amoureux est encore dans l'attente d'une identité ; cela suppose comme tellement manifeste, et éblouissant, que l'identité de l'autre et de soi-même sera renouvelée. C'est que l'éblouissement naît et se crée dans le faisceau intentionnel, qui, à la seconde, produit une soudaine et invraisemblable mémorisation (une identité « comme si » elle attendait depuis toujours dans la suspension du « je » et de l'autre).

Une fausse mémorisation, si l'on veut mais qui peut très bien devenir-vraie  puisqu’il s'agit d'intentionnalité et que celle-ci est faite-pour la réalité, la réalisation dans le monde, bien que cela ne fonctionne, au fond, jamais et que l'attente qui est structurelle ne peut pas se résoudre dans la détermination, le vécu, le corps, le monde.

L'attente, de structure, peut commencer d'organiser le vécu, la réalisation humaine et personnelle (selon humanisation, depuis la révolution, et la personnalisation générale qui eut lieu durant le 20éme), mais ne peut pas se transmettre elle-même en tant que structure, se transposer dans le monde et la vie ; de même que l'idée de l'être ou dieu ou le christique ou le sujet ou la révolution ne se transposent pas « tels quels » ; mais nourrissent, créent les possibilités. De même le sujet, de structure, dans un moi, ne passe pas dans le donné et la vie. C'est pour cela qu'elle est dite « sur le Bord du monde, du vécu et aussi du corps ».

On ne sera jamais le corps que l'on est, mais on est, du verbe être, vraiment ce corps là ; c'est justement qu'il n'existe pas seulement l'être mais l'exister pur et brut et c'est de là que l'on perçoit. La structure d'exister ne trouvera pas sa correspondance, dans le monde, cad dans tout ce qui est, mais uniquement peut parvenir, selon une appréhension potentielle, à une « résolution » qui est une conscience prise et accessible ou accédée à la structure comme réel instancié ; de là qu'il y ait conversion, à dieu, à l'être et l'universel, au christique et au sujet, à la révolution. La conversion est, dans l'instant, dans le présent, éblouissement du présent : soit donc le basculement dans et par la potentialité de structure (le tomber-amoureux ça arrive au moi, au sujet les accessions structurelles).

 

Dans la potentialité rien ne fonctionne comme dans le monde ou le vécu. C'est ainsi qu’apparaît, en nous révélant presque tout, le christique. On ne cherchera pas à comprendre comment il est possible que tout en une fois se manifeste l’ensemble des possibilités de l'arc de conscience nu, sans dissimulation, et sans doute quasiment explicitement. Mystère.

De même que l'acte de Descartes s'impose comme un fait (et non seulement comme une connaissance, ni même comme un se-savoir de la structure mystérieuse du sujet), de même le christique se dispose « là », énigmatique parce qu'instancié comme un réel en soi. On serait donc sans aucune possibilité si le réel était seulement un « là », clos, fermé, kantien nouménal. Parce qu'il est un rapport (le présent) et que nous sommes un semblable tel rapport (l'arc de de conscience) ce qui devait nous demeurer séparé, se présente tel que notre exister lui-même en est une manifestation, un pli dans le Pli.

Ce sont les qualités du pli, qu'est le réel (ça n'est pas quelque chose qui ensuite serait plié, mais c'est le pli lui-même qui crée des pliures qui sont les réalités et parmi ces réalités quelques-unes qui se rapportent à elles-mêmes) qui viennent au travers des transparences qui paraissent obscures et irréelles, au sens d'irréalistes et ne s'adaptant pas au monde, à la vie, et ces transparences que l'on ne comprend pas.

Transparences non parce qu'elle apparaissent au-devant de nous, mais parce qu'elles sont ce au travers de quoi on perçoit. On ne percevrait pas sans cette structure antérieure que tout le reste vient envahir et étouffer. Si le rythme réel (relatif à la structure qu'est le réel) est la liberté, alors tout est fonction et relatif à cette liberté. Au sens où « elle s'est déjà choisie » de toute éternité. On est devenu ce que l'on prévoyait d'être, et entre temps il a fallu l'exister.

Le champion de l'auto-affirmation c'était Nietzsche (il assumait par là la possibilité structurelle immanquable et très précise, que la volonté, cartésienne, se signe, malgré tout, elle-même et par elle-même ; or cependant cette signature est sa propre loi, mais est rigoureusement une Loi, le je doit devenir la loi ce qui veut dire assumer et prendre sur soi, le plus possible et cela doit se mesurer à soi-même, être autre que soi ; elle est hyper objective, et non pas relative à un chaos ou une incertitude ; elle est la certitude) ; or il s'agit de quelque chose de compliqué, ce qu'il entendait expliciter avec cette affaire de « forces » et de rapport de forces. C'est que la liberté est située dans le monde donné là, dans tel ou tel donné (relatif à son époque, les forces en présence dirait N), et qu'elle doit de plus composer avec sa propre capacité ; au sens où l'on n'est pas une fatalité, mais que l'on doit effectivement se médiatiser, se rapporter, s'expliciter, se distinguer de »soi ». C'est précisément ici que N penche vers l’imaginaire (bien qu'ayant obtenu une position de structure tout à fait réelle) ; il n'y a pas fatalité parce que constamment il faut réfléchir et réfléchir au sens le plus aigu et le plus difficile ; se batailler avec l'altérité ; les altérités ; on ne peut se confier à rien, sinon à la confiance même, cad à la foi (quelle qu'elle soit).

Être autre que soi, c'est ce qui porte intégralement le christique. Il n'y est question que des autres. De tous les Autres. De soi-même rendu Autre, par le regard du un-tout-seul, qui meurt seul, qui se tient tout au bout et donc au-delà, qui a pris un point-de-vue-autre pour vous percevoir (afin que vous vous perceviez), et qui redésigne tous les autres en tant que facteurs d'altérité, ce qui veut dire de progression (celui qui n'admet pas les autres consciences passe en dessous de la barre structurelle et ne pourra (se) proposer d'intentionnalité suffisamment organisée) : parce que c'est de là que l'on est perçu et donc se perçoit. Et si l'autre est à ce degré de présence absolue, cad formelle, dans le christique, c'est que l'arc de conscience est toujours autre-que-soi. L'altérité est l'inverse, absolu, de l’imaginaire ; il y a une part arbitraire et une sorte de tentative l'élévation de l'arbitraire par Nietzsche, technique supposant que la réalité, la détermination, et le vivant sont à eux-mêmes, Mais c'est impossible ; c'est tout à faut autre chose et autrement qui est en jeu structurellement et qu'évidemment parce que créant, littéralement l'historicité même, que met en scène, en représentation impossible, le christique. En vérité le réel est autre et non pas immanent et qu'aucune résolution ne s'obtiendra sans un effort assumé et non seulement conscient mais structurel.

Ce qu'a pour but de délimiter dieu, l'universel et l'être, le christique et le sujet, la révolution et l’altérité (du donné, les sciences, du vécu, du moi, ou du corps comme réel de structure).

 

Dans l'intervalle de l'altérité instanciée à partir de celui qui est autre, tout se joue ; la constitution même du regard, cad de l'intention, de votre intention, de l'intentionnalité, de la mesure réelle du réel (et non représentée ou imaginée ou imposée par telle hiérarchie sociétale), cette mesure doit se présenter instanciée en tant qu'exigence : l'exigence, celle que vous ex-sistez déjà et que vous devez déployer.

L'ontologie réelle ne prévoit pas une détermination de soi, et donc ne ment pas ; qu'il y ait un être qui résume tous les êtres, une réalité qui subsumerait toutes les réalités ou une logique des déterminations elles-mêmes qui passerait outre la brutalité et le choc des duretés, est en soi incompréhensible et c'est bien cette il-logique que voudrait aborder Nietzsche ; ce qui est déterminé n'est que déterminé, dans le champ général de la détermination, tout étendu et tout temporel (ou équivalent, que sait-on des possibilités d'un « univers »?).

Et l'universel est une universalisation qui tient de et par un arc de sujet, la structure même du réel est en forme de sujet ; on ne découvrira aucune lumière dans l'universalisation, qui est ce par quoi les réalités s'étirent dans un champ qui est à lui-même son propre rapport au sens où il soutient tous les autres, objectifs ou subjectifs, donnés ou réfléchis, conscient ou  ; c'est uniquement ce que le sujet perçoit au travers : non pas comment dieu a fait le monde mais comment le sujet se crée au travers du monde, des vécus, des corps, des champs de perception ; le sujet qui n'est pas autrement que ce qui décide de l’orientation du monde et a à charge de rendre le possible absolument et le plus absolument possible.

Ce dont Nietzsche a pu entrevoir, se rendre capable d'avancer dans l’avancement lui-même et donc d'élaborer une méthode qui admette les plus grandes possibilités. Il peut paraître étrange que le possible soit relatif au possible, mais c'est que le monde tombe toujours vers le bas, dans la détermination, ce pour quoi il est fait, c'est sa nature, mais visiblement insatisfaisant puisque le monde devient et est dans le devenir même et que ce devenir n'est donc pas une fatalité mais un choix continuel et une exigence ininterrompue ; mais il est vrai par ailleurs qu'est requis un laisser-être, puisque le sujet si il est articulé, cad autre que soi et que c'est cette altérité qui doit se supposer elle-même, alors elle est originaire et originaire au sens de « nous ne sommes pas de ce monde » parce que nous sommes plus grands que toute détermination, y compris notre propre détermination, et y compris la détermination universalisante. Requérant donc la structure expressive adéquate (dont on a dit que la christique exemplifiait absolument, formellement, la capacité).

Ce qui n'entre pas dans les cadres, déterminés, du monde donné, doit se signifier et se signifier comme non-possible et l'hypothèse ici est que l'impossibilité est précisément la structure même du réel.

Sinon à quoi servirait-il ?

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