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instants philosophie

L'interruption du monde

23 Novembre 2019, 09:40am

Publié par pascal doyelle

Analysons ce qui s'introduit par le biais christique qui vient comme un cheveu sur la soupe et réoriente la totalité parce qu'il réordonne le regard. Il ne s'en prend pas à des masses culturelles ingérables mais simplement à l'attention ; à quoi faut-il faire attention ? Que veut-on vraiment ? Comment le vouloir ? Ce faisant, se positionnant à l'origine (de toutes les intentions possibles) il engage par surprise la totalité des réalisations , en œuvrant selon une orientation absolument inattendue et que l'on ne peut pas comprendre ; qui est ce par quoi on comprend, on comprendra par la suite de toute l’historicité en et par ce biais stupéfiant qui contenait incompréhensiblement l'ensemble.

Que l'on y croit ou non n'importe pas.

Il se trouve qu’historiquement nous naissons de et par ce moment, tandis que toute la méditerranée est secouée par la réorganisation humaine qui passe des mondes séparés au devenir réel (d'un corps absolument réel supposé à la surface du monde unique universel) ; on est juif, romain, égyptien, gallo-romain, teuton, et on aboutira à une religion à prétention universelle, justifiée, qui reprend de plus à son compte toute la raison et tout le droit disponible.

On ne parle pas de l'église, qui est une institution humaine (avec les défauts et qualités de toutes les institutions humaines) mais de la structure, absolue, ce qui veut dire formelle, qui s'est imposée. Historiquement.

Supposer qu'il ne s'est agi que d'une composition hasardeuse ou idéologique est une absurdité. Ou plutôt on peut tout à fait croire que l'humain se constitue de bric et de broc et qu'il n'existe aucune unité intrinsèque ; nous serions causés du langage, de l’histoire particulière de chaque groupe, selon l'adn ou selon des regroupements de puissances diverses et de domination. Tout cela est vrai,  ce sont des réalités, mais ça n'est pas le mouvement qui conclut et porte plus loin n'importe quelle détermination, domination ou composantes biophysiques que l'on voudra.

Ce que l'on présente c'est donc qu'il y eut une actualisation, forcée, externe et s'imposant partout puisque s'instanciant avant toutes les autres intentions (qui se vivaient naturellement, immédiatement dans tous les mondes humains qui croyaient en leur auto-perception, pour ainsi dire), et une actualisation qui jouant sur le point de rupture, d’engagement, d’articulation modifie plus que profondément, cad absolument, formellement, l'attention que l'on porte aux autres, aux choses et à soi.

Les grecs ont interprété cette rupture de structure comme métaphysique (la pensée distingue, tout), le christique, bien plus profond, comme Intention (de même que dieu), et ensuite on parvient à isoler cette interruption de la réalité, comme sujet cartésien, comme négativité hégélienne, comme, enfin, intentionnalité husserlienne et doublé par cette précision sartrienne de internationalité « pour rien », vide, formelle (et non pas idéaliste, vers un « savoir » de raison ou idéel) ouvert sur le monde, les autres, soi et son existence, et Lacan ouvert jusque par et dans un corps-autre.

Du reste ni l'adn ni la « pensée » (qui est déterminée) ne sont capables en eux-mêmes de réagir suffisamment rapidement et précisément ; c'est pour cela que l'intentionnalité, l'intentionnalisation a produit le langage ; pour proposer des signes (indéfiniment malléables et adaptables) afin d'ajouter à l'adn et donc afin d’augmenter le langage lui-même ; on ne fonctionne pas selon le langage mais selon l’utilisation des signes (qui s’utilisent afin de rebondir bien au-delà, parce que l'on adresse ces signes, les envoie vers l'horizon donné, l'horizon réel, le réel de l’horizon).

Donc il est présupposé qu'il existe une unité, indépendante des compostions ; ce qui permet de saisir pourquoi même si il existe une diversité de langues et de cultures, il est une seule « espèce humaine » et même pourquoi dans le même temps et bien que nous ajoutions à l'animal, au vivant un niveau autre nous sommes absolument nous-mêmes des vivants. La diversité est si étendue que l'on ne peut a priori supposer qu'une unité formelle, autre, autre que telle ou telle détermination et il faut dès lors une théorie de cette distinction formelle.

En somme l'arc de conscience, l’intentionnalité qui se déploie toujours, toujours, dans l'actualité, actualisation, la temporalité arrêtée, dans un champ de perception réel et présent, absorbe tous les niveaux précédents (atome, adn, vivant, perception) et même jusqu'à la contredire, écraser, au sens d’écrasement des données informatiques, de recouvrement, et en l’occurrence pour les temps à venir d’anéantissement de tout le vivant (nous y compris.

On enquête donc sur ce qui nous distingue (de fait nous distingue de tout le reste). Soit on en admet la bizarrerie (aléatoire), soit on en considère l’étrangeté (relevant d’une dimension en propre). On choisit la dimension en propre. Ce qui n’empêche pas que tout soit très bizarre quand même.

 

Il fallut donc très longtemps pour que la formulation christique du réel s'instaure dans la réalité. Le sommet de cette réalisation est bien évidemment la révolution française qui lie absolument la liberté et l'égalité, comme horizons régulateurs (pour reprendre Kant) et ayant, ainsi, réinventé ce que créèrent les juifs, à savoir la nation (tout comme les musulmans se destinent vers l’oumma). La nation est la réunion, politique (et non pas raciale ou ethnique ou ni même historiciste, juste liés par des expériences communes), la réunion politique d’individus qui par là se transforment en sujets. Ils existent nominalement et les uns pour les autres et en eux-seuls en tant que volonté, décision, intention ; la révolution ajoute aux réalités (aux groupes) une dimension en plus et cette dimension en plus si elle n'était livrée qu'aux libertés elle ne parviendrait pas à se vouloir (elle voudrait ou désirerait des choses du monde, comme on le voit aux Usa) ; elle n'admettrait pas une mesure à sa puissance et dès lors ayant à charge de comprendre de quelle mesure il s'agit et pourquoi la liberté doit se concevoir ; non pas l'empire anglo-saxon ou américain mais l'esprit qui essaie de se supposer, de se concevoir lui-même.

Rappelons que le christique est la reprise de l'Intention. L'intention est le un tout-autre qui existe hors-monde et hors humanité (dieu, autrement dit). L’intention christique, pareillement mais ici dans le monde, dans et par un corps, vient nous instruire que l'on doit vouloir et décider sa propre vie. On n'attend pas d'être un héros grec ou de penser pour être diviniser ; chacun est infini de fait et structurellement, et ce sera donc le plus méprisé de tous, le réprouvé, le christ, qui impose que le plus petit est le plus grand, que ça se localise, le réel, en celui-ci. Dès lors si l'intention n'est plus seulement celle de dieu (hors-réalité) mais ici même dans un corps et un seul, alors elle est absolument, cad formellement, plus précise et plus concrète. De cette ouverture on ne se remettra pas (à moins de l'oublier et de s'anéantir donc) ; elle nourrira tous les récits, littératures, poétiques, esthétiques, etc. le christique rend possible l’élaboration d'une hyper-intentionnalisation (tout comme la pensée grecque a permis une sur-intentionnalisation, par dessus le langage et la perception du groupe humain).

Chacun est à lui-même sa propre intentionnalité et personne, dans le monde, dans la hiérarchie de l'humain, dans l'antiquité et ses catégories, ne peut plus être jugé (sinon relativement selon le monde évidemment, auquel on n'appartient plus seulement ; il y a un réel en-plus, une intention hors de la réalité). Par contre si par ceci je dois ou puis être libre, ça ne sera pas à ma discrétion ; on ne peut pas se donner à soi-même la liberté ; on l'existe et de cela ne m'appartenant pas elle n’appartient à rien qui soit au monde ou selon le vécu ou le corps ; elle me confère la structure de sujet ; le rapport qu'elle est, est toujours autre ; autre que soi, que tout, que tout autre, etc et il faut le un tout-autre pour s'installer à sa mesure, ou donc le christique qui par son pardon nous renvoie toujours à notre possibilité ; on ne peut pas juger, objectivement ou selon la loi (comme le judaïsme), une intention ; on lui demande bien plutôt « que veux-tu vraiment ? »).

ce laps du réel créé par le christique est plus grand, en lui-même, que le laps de l’universel grec (et donc il contiendra tout le grec et le romain) ; il prend pied à rebours de plus loin ; il est plus éloigné dans l'antériorité ou plus décalé si l'on préfère et donc permet une plus grande perception, et d'intégrer quantité de possibilités (relatives à la vie individuelle, personnelle, cad tout).

« Ni homme ni femme, ni riche ni pauvre, ni esclave ni homme libre, mais tous un en christ ». Ce qui abolit l’ensemble de toutes les distinctions communes durant l'antiquité et promeut la pauvreté, les femmes, l'abstinence en particulier sexuelle, abandonne même la famille. Il faut suivre le christ et non pas ses parents, le christ et non pas sa communauté, etc ; le christique est en soi extrême et extrêmement dur, difficile ; tout ne prend valeur que dans et par le christique, par ce biais qui envahit tout, qui origine tout, ce qui est après tout logique ; sans lui rien ne serait et puisqu’il est le chemin, la vérité et la vie, et qu'il existe au bout du vécu de chacun ; il est hors la mort, ce qui veut dire qu'il perçoit de la naissance à la mort, tout le vécu (il doit être mort et pas-mort à la fois, puisque c'est de là que l'on perçoit, toujours) ; point de vue par lequel chacun sera en mesure de transformer sa vie en Existence, ce que cherche Sartre par ex, mais aussi ceux qui s’inquiètent psychanalytiquement de leur propre moi, de son expérimentation vécue, de ce corps évidemment, sur lequel sont inscrits les signes, la mémoire, dont on ne sait pas trop quoi faire en tant que moi-même.

Bien sur pour nous le « un en christ » ne fonctionne pas trop ; parce que, depuis, Descartes a réinstallé le sujet en et par non pas lui-même mais ici même et maintenant. Il ne l'a pas installé par lui-même parce que l'on ne possède pas la conscience que l'on est ; on ne la possède pas non par manque ou défaut, mais parce qu'on l'existe. On l'existe veut dire que « c'est par là que l'on perçoit ». que l'on perçoit tout. Il n'y a pas d'autre perception que par là. Et Descartes la découvre ici même, cad sur l’étendue du monde (qui acquiert ainsi une pareille étrangeté). Depuis nous existons encore dans le même cadre ; puisque Descartes n'invente pas un « sujet », il décrit un être et un être spécifique qui n'en est pas un, qui est un rapport; donc qui n'est pas mais existe, se meut et n'existe que par et pour ce mouvement.

On ne sait pas ce qu'il veut, ce mouvement. Et on ne peut pas l'objectiver ; puisqu’il est le mouvement à partir duquel on produit tous les autres rapports. Il ne rentre dans aucun rapport et il est à lui-même sa propre intuition mais qui ne contient rien. Or pourtant il va décisionnellement établir son programme ; instantanément. Le christique énonce tout ce qui borne, limite, rend admissible le possible. Ce qui veut dire que si on ignore ou néglige les cadres établis du christique on redescend ; on ne mènera pas les intentions qu'il faut, les intentions capables d'ouvrir encore plus le réel. On peut créer, une morale, ensemble, ou une éthique, individuelle, ou une œuvre (esthétique, un récit ou une poétique, etc), une théorie ou une représentation ou une philosophie, mais si on n'admet pas l’universel grec ou l'universalité christique, cad celle qui transforme tout moi en sujet (infini, non fini) on déchoit ; on énonce mais cet énoncé est limité, relatif à une communauté, un moment, un horizon limité.

Une éthique ou une œuvre qui ne s'adresse pas à l'intention de l'autre, d'autrui, ou du grand autre, tombe, vers le bas. Si l'on s'assujettit pas à l'universel grec ou à la perception esthétique ou à la pensée, ça descendrait vers le bas, vers le monde, dans une formulation qui certes s'obtient par intentionnalisation (nous sommes intégralement intentionnels ou plus exactement c'est l'intentionnel qui modifie les signes ; aucun langage sans intentionnalité assurée) ; si l'on ne s'assujettit pas on perd sa structure de sujet ; parce que le sujet est « ce qui est capable de ».

On a vu qu'il est impossible de comprendre ce dont le sujet est 'en soi' capable, ce dont il est la potentialité, puisqu’il s'agit du sens même de tout l'exister (autant que l'on en peut juger, en ayant depuis 3000 ans, et plus, exploré toute la dimension par nous accessible) et que d'autre part dans le monde, le vécu ou le corps, la perception on est toujours trompé puisque rien dans la réalité n'admet le réel, la structure (et que donc toute énonciation ou démonstration ou monstration renvoient à la structure même et vaut d'abord par elle, raison pour laquelle tout passe par le christique ou par la vérité ; cela signifie que l'on ne peut pas « décider » de la vérité mais qu'une fois admis le principe de la vérité il y en aura plusieurs en cours d'expérimentation, ou que l'on pourra, bien qu'il y est un seul sujet, on pourra élaborer des résolutions distinctes ; ce qui veut dire augmenter les signes qui orientent le regard ; il faut saisir qu'il ne s'agit pas d'abord de créer une subjectivité (qui est impérative si l'on veut se tenir de son corps, cad de cette vie transformée en existence) mais d'élaborer la structure qui sera prochaine. Lorsque l'on se vivait selon la royauté très chrétienne on n'avait quasiment pas idée de la révolution qui pourtant aller venir et remplacerait dieu par l'homme et l'inégalité de principe par l'égalité.

La structure est une suspension du jugement et le renouvellement de la décision. Elle agit en considérant les effets probants, manifestes, explicites, constatés dans le donné, le vécu, le monde, constatés et éprouvés et commence de percevoir au-delà des bornes de tel moment. Elle projette de soudaines intentionnalités mais inspirées par le structurel et organisées par l'altérité ; non pas l'altérité de tel ou tel autrui, mais l'altérité en soi, l'altérité comme système formel. C'est ce système formel qui entre en jeu par le christique, Descartes ou Rousseau ou Kant, Sartre ou la révolution. Système qui ne désigne personne en particulier mais la structure sous-jacente. Qui, entre autre, rend possible qu'il y ait par exemple des personnes, des groupes, des vérités, des esthétiques, etc.

C'est en ce sens que le christ dit ; soit les relations humaines existent (parents, communauté, etc, ou ce corps lui-même ou que vous ayez une vie, un vécu), mais dès lors tout cela ne vaudra que de passer par moi. Pareillement vous appartenez à telle communauté ou ethnie ou relevez de tel héritage (effectif ou psychologique, etc) mais c'est d'être citoyen qui donnera un horizon compréhensible à n'importe quel acte et vous supposera comme libre, assumant celle-ci en tant qu'égalité potentielle.

Rappelons que l'idée maîtresse n'est pas une idée (qui serait définie et donc définie selon telle ou telle partie du monde ou du vécu, comme le marxiste par ex qui préinstalle le besoin et non pas le désir indéfiniment multiple du libéralisme), mais comme principe ; qui ne se réalise pas comme tel mais qui « cause des effets » et les effets causés par le principe liberté-égalité se constate précisément par la possibilité qui nourrit les vécus effectifs et bien réels. Loin de n'être qu'abstraites liberté et égalité fournissent du réel, quantités de réel, de vécus, de corps. Au même titre que les sciences et les technologies rendent possible le possible, les principes-idées poussent le réel au-devant. Le droit, l’État, les récits, les esthétiques et poétiques (qui créent des champs de perception à usage de l'individualisation) se révèlent tout aussi efficaces que les sciences... c'est la même structure, la même réflexion du réel vers lui-même qui produit toutes les réalisations.

Sans doute on prétend s'émanciper de la religion, du christique, du sujet, de la raison, de l'universel etc, mais c'est une absurdité ; on ne va aboutir qu'à abandonner le structurel pour telle ou telle partie de monde, de vécu ou du corps. Qui ne suffiront absolument jamais à satisfaire une illusion, une imagination emplie du structurel qui se prend pour cette partie du monde mais qui en tant que tel, en tant que structure, ne peut se réguler que de sa propre considération, ontologique ; et autrefois métaphysique, mais on a élargi celle-ci depuis Descartes et Kant, elle a été élargie et pas du tout limitée. Kant voulait et avait bien compris qu'il ouvrait considérablement la pensée en recadrant ce que par « pensée » il devait signifier.

Mais le réel est, évidemment, bien plus grand et tout à fait autre que toutes les réalités qui sont ses effets. Pense-t-on vraiment que le réel se limite à cet univers, qui aussi gigantesque qu'il puisse être, n'en finira pas moins par disparaître intégralement ? De tout il ne restera absolument rien ? Et lors même que cet univers renaîtrait de ses restes, une autre variante, ce serait à nouveau et encore pour s’abîmer dans le néant, le rien-du-tout ? Plaisanterie.

La question est donc ; comment cela existe-t-il vraiment ?

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