Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
instants philosophie

Le petit-cercle du réel

28 Mars 2020, 09:57am

Publié par pascal doyelle

(suivra, peut-être un jour, le grand-cercle, qui est tout autrement difficile)

Il y eut des mises en forme culturelles, des mondes humains séparés, ce qui permit de créer le langage, les échanges, les représentations et mythologies, règles familiales, etc. à chaque fois ces mondes furent particuliers ; né maya on percevait maya. Sinon vous ne compreniez pas le monde maya puisque ne le percevant pas.

Ensuite il s'est installé, sur la scène, ce qui autrefois était recouvert ; à savoir le monde unique universel (dessous tous les mondes humains acquis) d’une part et d'autre part le corps de chacun, son vécu, son intention et ce que l'on nommera plus tard l'intentionnalité de chacun.

Monde donné (universel) et corps unique de chacun, soit donc les grecs et le christique. Le monde unique relève de l’universalisation, le corps unique de chacun revient au sujet. Évidemment le sujet ouvre un champ bien plus grand que celui de l'universalisation, aussi lorsqu'il paraîtra, par le christique, il absorbera l'intégralité de la pensée, reprendra les éthiques et esthétiques, les politiques et idéels (connaissance).

Il ne s’agit pas, dans le sujet, du subjectif (qui n'est qu'une partie de l'arc de conscience ; on est cette subjectivité mais on peut également penser ou élaborer des mathématiques et c'est le même arc qui assume l'un et assure l'autre ; remarquons que la psychanalyse nous montre, de son côté, que même si on est un mathématicien en réalité le seul réel consiste en ce moi, qui utilise les maths pour faire-semblant, pour distraire l'angoisse ou l'horreur fondamentale, que rien ne peut encercler).

Mais donc le sujet est la structure en-dessous qui supporte objectivités, subjectivités, perceptions, intentionnalités, universalisations, organisationnel de la société humaine, etc. Parce que le sujet n'est pas une « substance » mais une structure, cad un rapport. Et c'est un rapport en ceci qu'il est une intentionnalité ; toute perception se produit d'une intention et toute perception est accolée à un signe qui permet de distinguer ce qui autrement resterait un donné-là massif et confondu. De même si on ne se place pas soi-même sur la scène comme étant un Je alors on est homme ou femme, esclave ou libre, riche ou pauvre, maya ou égyptien, et toutes les catégories des mondes qui ne fonctionnaient que par ces différenciations et jamais en affirmant la valeur fondamentale que « chacun est un Je », un sujet et qu'il est à lui-même existant. Ce qui nous semble évident, mais qui ne l'était pas du tout. L'organisation ne pariait absolument pas sur l'individualité, mais sur ses catégories. Et c'est évidemment le regard du dieu en plus, le christique, qui produit, rend possible, permet d’accéder, permet que chacun accède à soi-même comme simple Je (qui a conscience du segment naissance/mort à partir d'un point-autre).

Il apparaît donc que signifier que chacun soit un Je veut dire infiniment plus que « subjectif » ou « moi-même » ; cette proposition (historique, tenu par le christique, puis la révolution liberté ou liberté-égalité) ouvre l’ensemble de tous les champs (y compris esthétiques ou rationnels, ou de choix et d'inventions comme de créations, tous réels et concrets et effectivement agissant). Ça n'est pas rien : c'est le levier lui-même qui élève l’historicité, qui renouvelle l'anthropologisation ; l'ensemble ne peut progresser que si chaqu'un progresse, se-sait, se signifie comme réel. Ce qui implique une acculturation gigantesque, ce qui fut lancé, et ensuite lancé mondainement. La révolution, l’État, le communisme ou le libéralisme, la mass médiatisation sont de telles mises en œuvre.

C'est pour cela que le christique nous le désignons comme l'Existant et non pas le vivant : lorsqu'il dit de lui-même qu'il est « le chemin, la vérité et la vie », il faut entendre l'existant, celui qui par son regard vous fait paraître sur la scène du monde et valant en et par vous-même, non pas vous-même égocentriquement mais par et pour et vers un regard autre qui vous tire de votre immédiateté. Auparavant chacun vivait, mais ne disposait pas de représentation de soi adéquate, sinon dans les catégories ; pour les grecs eux-mêmes individuellement vous deviez être un héros ou un philosophe, qui acquérait sa valeur de ses actes ou de la pensée. Par le christique vous êtes déjà de fait in-fini. Et c'est vous qui donnez la valeur, le « la » (qui absorbe le « là » de l'être grec, ce que ne reconnaissent pas les philosophies qui croient encore penser comme un grec, et imaginent passer outre le christique). Que le sujet s'introduise comme individuel, veut dire non pas qu'il se réduise à la subjectivité mais bien que vienne au devant une structure qui rendait accessible la capacité de créer quantité d'intentions, d'intentionnalisations, de perceptions, de textes, de vécus, de désirs, etc.

Que l'on existe au regard du christique, veut dire qu'ensuite vous devrez exister à vos propres yeux et évidemment comme il ne s’agit nullement de laisser chacun dans l'isolement de sa « subjectivisation », ce sujet est instantanément branché sur le Regard de l'unique (le un tout-seul, le dieu en plus, qui s’ajoute au premier, qui était le un tout-autre, pure Intention gigantesque ou pour mieux dire infinie, antérieur à toutes les réalités, tous les univers, tous les mondes) et instantanément porté vers et par autrui ; il s'agit de couvrir le réel d'un réseau de consciences, d'intentionnalisation. Puisqu'il s'agit de rendre possible, pour chacun, la capacité de créer de l'intention, de l'intentionnalité, des perceptions, des champs entiers de perceptions nouvelles ; de même que le christique puisqu'il permet de passer de la Loi (qui vous juge selon des actes « actés ») à la Foi (ce qui veut dire à votre Intention réelle, laquelle n'est pas jugeable, doit être sans cesse relancée, réactivée, et sera à elle-même son propre jugement, à la fin ou durant votre existence, durant votre vie devenue votre existence, comme on verra une autre fois) ; jusqu'alors le monde était organisé, ce qui veut dire perçu, par le groupe ; il était hors de question que l'on perde le cercle de la communauté, sous peine de ne plus survivre, de sombrer dans le désordre ; dès lors il devient possible de manifester son propre rayon d'action.

Ce qui ne fera que s'étendre ; les grecs augmentent l’intentionnalité, (au-delà du groupe et relevant de chacun en tant qu'universel) ; le christique intensifie (rendant possible que la vie devienne une existence) ; il y aura ensuite l'extension de cette augmentation-intensification (la renaissance par ex, mais aussi quantité de possibilités du moyen-age), puis l'accélération de cette structure par Descartes et suivants, la révolution qui étend à chacun l’aperception structurelle de soi selon deux modes ; d'abord la liberté anglo-saxonne et ensuite selon la liberté-égalité, française, qui permet de mesurer, justement, la liberté) et amenant à une concrétisation, une matérialisation, une matérialisation des intentionnalités (notre temps n'est pas du tout un matérialisme, mais une matérialisation des intentions, de entrepreneur au moi des années soixante, du « goût » aux choix et aux désirs, etc ; de là que nous soyons soumis à l'injonction « sois heureux, sois toi-même, sois ton désir » etc, toutes choses que nous ne sommes pas, parce que la structure du sujet n'est pas, elle existe, elle est prise dans et par son activité, qui est, de fait, un activisme, qui ne peut pas cesser sans disparaître, intégralement).

Rappelons ; Descartes n'invente le sujet accélérée, il le révèle ; et donc de ce point de vue l’accélère effectivement mais ne le « crée » pas, le sujet n'est pas un objet de pensée ou un contenu ou une réalité mais un réel, une structure qui peu à peu se manifeste telle quelle dans le monde, et dans la représentation produit ses repères, son repérage, sa cartographie de mouvement et qui ne peut pas se percevoir sans se créer lui-même ; cette structure n'est pas dans le monde, mais sur le Bord et donc doit élaborer ce Bord, le rendre complexe, déplier ses possibilités, non pas ce qu'elle est déjà mais ce qu'elle peut exister, jusqu'à quel point peut-elle exister ? Quel organisationnel du monde humain cadré par la structure (et non pas se tenant d'un contenu, d'une représentation, dans champ intentionnel partagé et réglé sur et par une communauté qui se transmet, se communique), quel organisationnel est possible ? Jusqu'à quel degré il nous est possible d'étendre la tension de l'arc de conscience qui se crée, là, dans le moment, et va chercher au plus loin sa capacité, sa capacité pour soi et pour les autres arcs ?

Or Descartes si il met le doigt sur le hiatus, l’articulation, la possibilité même, ne parvient pas à décrire son mouvement réel ; dire que je suis une chose qui pense, qu'est-ce à dire ? Une chose ou une pensée ? Il fallut donc attendre Husserl puis Sartre (après Kant et Hegel et ses deux phénoménologies, celle de la conscience comme historicité et celle de la pensée comme savoir) pour commencer d’apercevoir que « la-pensée » n'existe pas mais que l'arc de conscience lui existe et cause la-pensée (cad l’imagination, le sentiment, la décision, les idées, la perception, etc, bref tout ; Descartes ne définit pas la-pensée comme l'ancienne métaphysique, grecque et scolastique, mais comme « faculté », laissant son dispositif, celui du doute, cogito, infini, troisième substance corps-esprit prendre tout le champ , en somme il saisit que la-pensée est seconde et non pas première, sans pouvoir lui-même distinguer ce qui ne viendra qu'avec Husserl, puis Sartre). Or il fallait donc situer l'arc de conscience, en tant que sujet kantien (situé dans le monde, selon les finalités éventuelles, selon la phénoménalité, etc), marquer son devenir hégélien, décrire son organisation Husserlienne, et commencer de planter les enjeux de l'arc sartrien (ce que son implantation ontologique implique ; le regard, le corps, autrui, les choses, l'historicité, etc). Puis passer de l'autre côté (puisque l'on est parvenu jusqu'au bord de la réalité et ce vers la structure même qui permet de basculer de la réalité et de toute détermination quelconque du sujet, au sujet de structure lui-même) et définir la position ontologique en et par le réel.

Et donc au travers de tous ces effets, de monde, d'humanisation, de personnalisation, s'impose l'intentionnalité ; toute perception se produit d'un signe accolé en et par une intentionnalité qui va vers le monde, le donné, mais aussi le vécu, le corps et qui autrefois était « pensé » par le groupe et qui par le christique qui vous extrait de tout monde immédiat, vous crée comme sujet (sujet d'un autre-sujet, le un tout-seul, celui qui meurt méprisé, torturé, (presque) anonyme, sauf qu'il est, dit-il, le seigneur, le verbe, le libérateur ou ce que l'on voudra bien et qui manifeste donc dans le monde une interruption que rien ne peut abattre ; parce qu'il n'existe rien dans le monde, le vécu, qui soit comparable ; le sujet, la structure intentionnelle ne correspond à rien qui soit du monde ; donc on ne s'y retrouvera pas, jamais.

Pareillement dans le champ paraissent toutes les nécessités que l'on voudra ; puisqu’il n'est pas question d'assigner le sujet ou les mondes humains à un donné « naturel », étant entendu que ces mondes ou ces sujets précisément s »joutent au donné ; nulle part dans la nature on ne trouvera des mayas ou des grecs ou des français ; et peu importe les nécessités, elles seront de toute manière contenues dans telle ou telle invention ; ça n'est pas un concours de répercussions, qui voudrait qu'il faille connaître pour être libre ; cela n'a pas de sens ; on existe dans et par le champ d'intentionnalité qui s'ajoute au champ donné là de perception. Même si bien sûr lorsque l'on va commencer de connaître en raison ou objectivement les réalités, cela nous permettra d'encore plus avancer (dans notre propre volonté), mais initialement la liberté, ontologique, préexiste à la raison sinon la « raison » n’apparaîtrait pas.

Sauf donc à penser cette structure qui ne correspond à rien dans le monde, puisque s'adressant au Bord du monde, de la réalité, mais aussi au Bord du vécu et du corps.

Ce que place le christique (et lui seul) et ce que déplace dans sa grande liberté de mouvement unique, Descartes, afin qu'il soit « ici-même », le Bord en tant que sujet, sur le Bord en tant que présent, en quoi il est absolument dans et par la même logique du réel. Cette activité sur le Bord est ce qui s'appelle « penser » depuis le début des temps (le brahma par ex), et encore plus depuis le monothéisme puis les grecs puis le christique, le dieu en plus, le dieu dont l'intention qui sur-existait antérieurement au monde vient exister dans-un-corps ; à penser ainsi cette correspondance impossible ; c'est de penser, représenter, instituer (dans le droit par ex, dans la constitutionnalité des sociétés, etc), c'est ouvrir des champs de perceptions (une esthétique est pour et par et selon des sujets ; elle produit de multiples occurrences d'apparition de ce sujet à lui-même, mais ces esthétiques ne créent pas la structure ; elles orientent vers la Possibilité brute qui est et n'est que du sujet lui-même ; le ressort du sujet n'est pas autre que le sujet lui-même ; on ne peut pas le remplacer ; c'est bien en ceci que le christique ou le doute cartésien ou l'existence sartrienne se provoquent à exister, de par eux-mêmes.

La première (et peut-être dernière) leçon qu'il faut avant tout (cad avant tout cela) tirer, est celle-ci ; il n'y a pas de « nature », de « donné », de « monde », de « réalité », sauf dans articulation, dans le pli. On dira que cela vaut pour nous, parce que nous sommes tendus par et sur l'arc de conscience (qui intentionnalise et donc fait apparaître pour nous les réalités, les choses, le corps, autrui, la pensée, etc), mais cela vaut aussi pour la réalité même ; il y a une réalité, un monde, un univers parce qu'il y a un présent qui active ou jette tout cela au-devant ; tout est mais cet être se situe dans le Pli, le présent, qui, lui, existe. Autre manière de dire qu'il est, lui, un mouvement ; aussi « penser » (de percevoir à créer un ouvre esthétique, en passant par élaborer une Constitution ou philosopher) c'est précisément saisir le mouvement de telle sorte qu'un autre sujet en soit saisi.

Commenter cet article