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instants philosophie

La porte interne de la réalité

13 Juin 2020, 08:07am

Publié par pascal doyelle

On ne prend pas position sur la question du divin, on essaie de mener jusqu'au plus loin, au plus extrême possible, jusqu'à l'extrémité du monde, du vécu et du corps, l'interrogation portant sur notre être et sur la nature de la réalité.

On a reconnu que notre être est un rapport, le dit rapport n'est pas celui d'un vivant avec son milieu ; un animal, un vivant est en rapport avec ce et ceux qui l'entourent ; mais il n'a pas de rapport à lui-même ; il est ce rapport mais alors n'est pas un rapport.

Or il est trompeur de dire que l'humain se sait, se connaît, comme si ce rapport à soi lui appartenait ; en vérité on ne se sait pas, on se perçoit.

Si le vivant est en son milieu, l'humain quant à lui perçoit l’horizon ; il ne connaît pas l’horizon, il se situe par l'horizon, il se perçoit à partir de l'horizon ; son « savoir  de soi » tient en cette perception distanciée par laquelle et en laquelle il se perçoit à partir du plus loin. Et donc il ne se connaît pas, on ne peut pas dire qu'il se « connaît » ; auquel cas il obtiendrait une connaissance de son être dans ses réalités, ce qui n'est absolument pas le cas ; il sait seulement sa position, parce qu'il se positionne de se percevoir d'un autre-point.

Il est clair que « horizon » est purement formel ; parce que l’horizon, quel qu'il soit, peut lui-même être relativisé par et dans un autre horizon ; je me perçois dans tel état psychologique en sachant que tel événement vient de l'arriver, mais lequel événement est encore susceptible d'être rattaché à d'autres causes qui produisent à nouveau un horizon d'apparition, etc.

Cette distance en laquelle nous existons peut se révéler fascinante ; lors du tomber-amoureux autrui est soudainement l'horizon à partir duquel je me perçois (et lorsqu'il disparaît mon horizon, qui me situait, je suis annulé brutalement et je m'efface tout aussi violemment).

Donc nous existons selon un rapport. Conscience de soi, cela signifie rapport à (soi) ; dans lequel rapport il n'est pas vraiment question de connaissance de soi (sinon ça se saurait) ; le conscient est tout à fait limité dans la conscience-de-soi. Ce qui compte c'est que l'on a rapport, et que ce rapport est de l'ordre de l'avoir et non pas de l'être ; on « a » un corps. Une pierre est cela qu'elle est, un animal sait son milieu et vous reconnaît mais il ne se sait pas (selon un horizon, ce qui veut dire qu'il ne se perçoit pas du dehors).

Aussi pour un corps vivant, tel le nôtre, qu'il y ait rapport, cad conscience, est un traumatisme absolu et incompréhensible ; un corps vivant (qui est à soi-même son propre repère) ne comprend pas qu'il soit, qu'il puisse se percevoir du dehors (le dehors est ce que normalement il perçoit mais non pas lui-même « dans » ce dehors) et qu'il soit supposé dans un autre repérage.

Nous ne nous connaissons pas, nous avons seulement conscience de « nous » vu du dehors. Et nous ne comportons à vrai dire que d'un simple signe « je » ou « Paul », ou tel ou tel trait à l'occasion.

Et donc la question se pose de la nature de hiatus et de son étrangeté. De où nous percevons-nous ? Hiatus qu'aucune essence ne vient combler ; Paul ne pourra pas se définir, visualiser, saisir ; il sera toujours saisi, du dehors, de l'horizon.

(On écarte totalement « la conscience-de-Pierre » ; « conscience » n'appartient pas à Pierre, Pierre est bien plutôt fonction de l'arc de conscience, soit : ce que ce Je fera de Pierre, ou comme dit Sartre ce que je fais de ce que les autres et la vie et le monde ont fait de moi. Et on écarte encore plus que « la pensée » soit à elle-même « sa » conscience ; que la « conscience » surgisse d'une « chose » telle que la-pensée ; ça n'a aucun sens).

Or on amène ici que l'horizon en question n'est évidemment pas le bord horizontal du monde, la ligne d'horizon (qui ne cesse de reculer comme chacun sait), mais que l'horizon est un point qui permet de prendre d'autres points, et que ce point-autre est lui-même susceptible d'être re-pris par un point encore plus autre, etc.

C'est cet horizon des horizons ou ce rapport des rapports qui furent signifiés par dieu, l’universel grec, le christique, le sujet, la révolution, le réel.

Et leurs variantes évidemment. La révolution, l'humanisme. Le réel, les sciences ou l’expérience existentialiste, ou le corps lacanien ou les libérations de chacun (des syndicats et des « fronts populaires » aux revendications depuis les années soixante) qui toutes tentent de manœuvrer les réalités, le concret, le donné là, y compris les mois qui essaient d'obtenir « une vie vécue ».

Retenons que notre être est un rapport, et donc n'est pas un être, et que le dit rapport n'est pas rapport à « soi » mais ce soi est pris-dans et né-de ce rapport ; lequel renvoie constamment en-dehors. On est perçu. Le but est de récupérer autant que possible une partie (rien qu'une partie) de ce rapport (au lieu de le laisser à telle idéologie ou telle science ou telle obsession, etc, parce que ce rapport c'est cela qui est convoité par le monde, les autres, les dominations, ou ce que l'on voudra ; le christique par exemple essaie de vous rendre votre existence, la philosophie voudrait que vous pensiez, la conscience cartésienne s'adresse à vous tel que ici même, la révolution que vous vous libériez en libérant les autres, etc).

La philosophie est la discipline (au sens également propre et non figuré) qui examine ce rapport ; qui porte attention à l'attention, à « ce dont il faut suivre le fil d'intention » ; et en quoi il est une articulation, qui se meut, dont le mouvement, de conscience-s, doit être examiné. Et que cette articulation qui n'est donc pas massive, figée, compacte, mais ouverte et apparaissant à elle-même et laissant les choses et les êtres surgir dans le champ, ensuite et seulement ensuite les percepts sont organisés et au fur et à mesure modifiés, étouffés, reliés ; le but fonctionnel étant la capacité de traiter de « ce qui arrive » et de constituer une mémorisation, classée et transmissible, extrêmement légère et souple. C'est cette mise en forme que l'on nomme généralement culture (langage, représentations, rites, échanges, techniques, etc).

Et par discipline philosophique, il s'agit de maîtriser autant que possible la focale de la conscience ; où et comment l'attention est portée, la faculté d'attention (à ceci ou cela), et de fil en aiguille il est clair que nous sommes parvenus à une maîtrise, humaine, extrêmement développée de l'activité de conscience (dont les étapes sont, pour nous, à voir dans d'autres civilisations, dieu, l’universel grec, le christique, le sujet, la révolution, le réel).

La révolution est par illustration, la manière qu'il y eut, que l'on a inventé on ne sait comment, de déployer « chacun » comme centre potentiel d'une attention soutenu que ne conduisait plus un système de castes, une royauté, une religiosité sociétale, etc. Et non pas de chacun « en raison » mais en tant que capacité de juger, de porter une appréciation, une décision, une intention, un projet en relevant de soi seul (et bien sur ceci bien au-delà des objets propres à la « raison », mais concernant tous les aspects de tout ; du monde, du donné, du vécu et du relationnel, du corps). Cet hyper déploiement est, comme on a dit ailleurs, inépuisable ; c'est une structure qui s’impose historiquement on ignore comment, « ça vient comme ça » et en particulier c'est venu comme lien, rapport absolu entre liberté Et égalité (en France en 1789). Lorsque sont liées la liberté et l'égalité la porte du réel en est d'autant plus tenue dans le visible.

Mais alors nous ne reposons pas sur nous-même mais sur plus-grand que quelque « soi » qui se puisse. Ou donc, version positive, le je est immédiatement, instantanément capable de la plus grande extériorité, objectivité, activité, effective, réelle, et immédiatement agissant dans les champs de perceptions, d'intentions, de décisions. Puisque ces champs (même produit selon le corps et le monde) sont pris, repris dans et par l’intentionnalité qui s'utilise comme repérage actif du monde donné (on en reviendra à Kant pour comprendre que l'on ne reçoit pas le donné tel quel mais qu'il est produit par la perception).

On peut tout à fait admettre que la fonction « conscience » aussi surprenante et inattendue et hors tout soit-elle, est juste et rien qu'une fonction ; elle indique certes que pour un être humain « il est saisi » du dehors, sans plus.
Resterait alors de vraiment comprendre qu'il puisse exister un être qui n'est pas un être mais un rapport, une forme, une structure ; saisissons bien que celui qui existe comme rapport, existe selon une unité qui n'appartient à rien, puisque tous les contenus défileront, que l'on voudra, mais que lui en tant que rapport n'est pas touché ; il se meut au travers des contenus. Si le rapport se finalisait dans tel contenu, il cesserait ; donc c'est un rapport continuellement ouvert. Ouverture que rien ne peut remplir. Qui existe donc de sa propre structure, celle-là même qui voulut se saisir comme Dieu ou l'Intention, l'universel ou les rapports définis strictement, le christique et ce-corps perçu d'un point-autre, le sujet ou le citoyen relativement à son rapport à soi (hors de tout groupe sociétal). Etc.

On suivra une autre possibilité, que celle de simple fonction (qui réclame pourtant déjà une élaboration tout à fait organisée et même architecturée).

À savoir que l'arc de conscience (qui crée donc des champs intentionnels à foison et permet à la base de gérer les inattendus et la transmission entre nous des informations, dans une mémorisation et une organisation souple et ouverte) positionne, « là » au-devant, « le réel ».

Et que à tout le moins ce réel est bien ce qui fait retour, s’utilise comme horizon ; il y a au-devant le fait énorme et, du point de notre centralité, absurde, que le réel est Autre et que pour fonctionner, au minimum, une conscience doit clairement admettre cette non-représentation, non-prévisibilité du monde, cette altérité fondamentale. L'arc de conscience en tant que rapport voudrait maintenir son simple rapport ; que un soit égal à un. Sauf que si il y a un réel, alors le un n'est et ne peut être fixé ; il est mouvement.

Si le rapport, l'arc de conscience est mouvement, pareillement on ne trouve dans la réalité, le monde, aucune fixité, compacité, solidité, mais de manière évidente ce qui se donne comme un mouvement pur et brut ; le présent. La dimension du temps se constitue exclusivement d'un présent qui passe, ce qui revient à dire d'un présent qui présente. Le présent est comme un pli dont les choses et les êtres constituent les dépliements.

Et on a reconnu ainsi que le plus grand mouvement possible dans la réalité consiste en ce Présent qui acte l’ensemble de la totalité de ce qui paraît ; rien n'arrive sans en passer par le présent. Le présent plutôt que de cet immédiat vague et effet indistinct (le présent coincé entre le passé et le futur) est admis ici comme la forge même de toute réalité. Étant entendu donc que le présent est la verticalité absolument inimaginable, et ce à partir de quoi tout le reste se présente.

Ou donc l'être ou le néant ne sont pas un problème, le seul problème réel est le possible ; l'être existe comme le néant, qui n'oppose évidemment rien, et la règle des deux est le possible ; tout ce qui est possible existe ; l'être et le néant sont également possibles.

Dans le présent il existe au moins un être qui n'est pas un être mais un rapport et cet arc de conscience dans l'arc du présent court-circuite le temps ; de par les signes il se retient et se téléporte, pour ainsi dire, dans l'instant suivant, qui est le Même (il n'existe en fait qu'un seul Instant). Le signe, l'intention signifiante et signifiée, paraît supplanter le temps et effectivement il est en cela un mystère.

Il ne faut pas oublier et il faut garder à l'esprit que ni l'être ni le néant ne constituent le problème, mais uniquement, exclusivement le Possible. Tout tient et ne se maintient que dans la possibilité du possible.

C'est cela qui est en cause, qui est la finalité elle-même ; on ne peut pas, donc, opposer au possible, ce qui revient à dire à la forme, au caractère purement formel du réel, lui opposer l'être ou la massivité, la compacité de la matière par exemple, ou la certitude de la pensée (qui n'est pas en elle-même mais existe seulement par le mouvement imprimé par l'arc de conscience et intentionnalité qui produit des « idées »). Certitude de la pensée qui suivrait des « vérités » par exemple ; les vérités n'existent pas, et dire que les sujets, eux, existent, réellement, et que donc on peut affirmer que le réel pour un être humain se crée et se structure par les sujets est une vérité universelle dont on voit bien qu'elle ne définit rien mais désignent des sujets en renvoyant chacun à son jugement ; qui eux sont effectifs et effectivement réels. Une fois que l'on s'est assuré que les sujets existent, et que c'est une vérité universelle purement formelle (renvoyant chacun à soi, dans ce rapport que chacun existe), alors on peut avancer des idées, sous condition qu’aucune idée ne vienne remplir et étouffer les sujets.

Demeurer dans le caractère purement formel du réel est le plus difficile (et en cela c'est une discipline) ; aussi peut-on reprocher à Kant l'aspect tout à fait abstrait et non concret du sujet transcendantal, mais c'est pourtant cette abstraction qui fonde et surtout creuse la nature, cad la structure même de « sujet ». En attendant Hegel, Husserl, Sartre et Lacan.

Et ainsi nous voici téléportés dans le présent ; dont on peut dire, en s’égarant encore plus, qu'il est telle la prote interne de tout cet externe qu'est la réalité (en effet la réalité est et n'est que dans et par le visible, la visibilité ; un atome non identifié par ses compères comme atome d’hydrogène ou d'oxygène n'existe pas, c'est sa visibilité, et donc sa détermination, qui le constitue de part en part ; détermination égale visibilité et réciproquement). La réalité est toute externe, mais il n'est apparemment aucun horizon, sauf celui que chaque arc de conscience produit (en tant qu'un réel autre il y a), or portant on affirme ici qu'un tel horizon, un tel Bord du monde, du donné, de l’univers il y a et que ce Bord est interne et que ce Bord est le présent ; le présent est le Bord et la porte interne de tout l'externe.

Et ceci revient à cela ; puisque ne considérant pas la question de l’être ou du néant comme valide (elle est réglée), mais exclusivement le Possible, alors il n'y a pas de réalité stable ou compacte ; et donc tout ce qui est, est pris dans le mouvement qu'est le présent, lequel doit être désigné comme Articulation ; tout ce qui est, est Articulé et celle-ci est transcendance par rapport à toute immanence, qui est effectivement immanente mais dans le transcendant. Ce dont il faut alors se départir c'est l'idée ou le principe ou l'habitude que le réel est en lui-même « solide et massif », alors que tout indique, de l'arc de conscience à l'arc du présent, en passant par la non question de l’être ou du néant, que tout est formel, en forme de structure.

Ce que l'on nommait jadis dieu, âme, esprit, ou même vérité et universel, être et un, ou liberté et sujet, etc.

Si l'on imagine, cela peut s’illustrer par ceci ; toute chose là au-devant est comme le sable qui s'émiette sous les doigts, ne demeure de réel que le moment. Le moment est la forme qui seule continue. C'est elle qui mesure toutes les réalités. Et on a souligné la ressemblance, la semblance entre l'arc du présent et l'arc de conscience ; à quoi se référent-ils ? Quelle forme structurelle installent-ils ? Qu'est-ce que le présent qui encadre toute réalité, et échappe donc aux choses et à la disparition ?

De toute la réalité qui est toute externe (ce qui veut dire déterminée et en tant que champs de perceptions en nombre indéfini, peut-être infini), de la réalité qui est donc toute livrée au Possible pur et brut, il n'émerge que le présent et son actualité étrange ; et dans ce présent un arc qui passe outre la division des choses (qui sont nécessairement distinctes, si elles ne l'étaient pas elles ne seraient pas, il n'y a rien qui soit indistinct) et manifeste l'extraordinaire formalité du réel pur ; que cet arc de conscience est un rapport dans une réalité qui est entièrement instanciée par un arc de pur et brut présent. Ce par quoi on finit par percevoir que le « réel » est une formule absolument formelle, puisque même ,sa racine, le possible, la Possibilité, n'est de fait pas du tout une réalité solide ou fixe mais un possible, un devenir, et tant qu'à faire une possibilité toujours plus réelle, ce qui veut dire un possible encore plus possible ; soit donc dieu, le divin, ou la structure ou l'on nommera cela comme on veut, mais augmenter (grec), intensifier (dieu et le christique), accélérer (cartésien et suivants), concrétiser le réel (révolution). Et ce n'est pas du tout une sorte d'évidence massive, monolithique, mais une articulation qui doit s'organiser, s'ordonner elle-même, se produire, le dépliement de la porte, et finalement créer le réel ; il n'y a en vérité rien qui soit immédiat et donné ; l’ensemble est suspendu à la Possibilité.

Et la suspension est réelle, elle est même cela qui est le plus réel. De là que l'apparaître de toute cette réalité soit si étrange.

On considérera donc que le présent est la porte interne de tout cet externe désigné comme réalité. Ainsi cette angoisse qui nous saisit à la source même de l'exister, formel, et de l'existence, concrète, corporelle, incorporée. De cet aperçu qui transforme notre vie (de vivant) en cette Ex-sistence suspendue au réel, au possible ou à la possibilité même. En bref nous saisissons bien que l'on se doit à quelque réel, mais que la voie, la possibilité n'est pas écrite en elle-même ; elle sera de ce que l'on décidera, intentionnalisera.

Éprouve-t-on toute la capacité de l'existence ? Et selon quelles voies peut-on emprunter le chemin ?
Ou, encore, participe-t-on à toute la Possibilité qui Ex-siste ?
Comment agir, décider, prévoir afin d'agrandir le cercle de la/ma possibilité ?
Qu'est-ce que cette immense historicité (de 3000 ans) sinon la propédeutique tenant ouverte la porte de la Possibilité ?

Et si il est quantité d'aperçus conduisant au travers de la porte du réel (des religions, des systèmes, des idéologies au sens noble, des sujets et des esthétiques, des éthiques et des politiques, etc), c'est justement qu'elle ne tient pas dans une ou plusieurs de nos intentions ou internationalisations, mais existe telle quelle en elle-même et, porte verticale, purement dimensionnelle ou formelle et susceptible de recevoir quantité d'avenues.

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