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instants philosophie

Le je interne

22 Août 2020, 10:57am

Publié par pascal doyelle

Puisque l'on a reconnu, admis que la réalité était finalement dépourvue de consistance (elle tend irrémédiablement vers la dispersion, ce qui veut dire, pour nous, êtres humains, qu'il se peut que ce soit là toute le réel effectif, et que donc toute intention se perd totalement dans l'absence de mémorisation ; quoi que vous fassiez, vos œuvres (au sens large, y compris votre propre vie), vos systèmes, vos communautés ou vos civilisations, tout cela s'effacera et disparaîtra totalement sans qu'aucune trace ne reste, puisque tous les « lieux » seront anéantis par le temps et dévorés par l'espace, qu'ils s'étendent dans la glaciation de tout ou qu'ils brûlent dans quelque déflagration terminale. Cette absence de mémoire que quoi que ce soit, ce néant qui rattrape par l'arrière la réalité s'opposant à l'attirance qui s'impose jusqu'au plus antérieur, à savoir le présent qui pré-existe à tous les déroulements de réalités dans leurs différenciations (il existe des différenciations puisqu'il existe une ou des réalités) ; le présent, cette activisme absolu (cad formel et « intouchable », singulièrement autre que tout monde déterminé, forme pure et brute, très brute) prélude à tout ; il est antérieurement et tire vers l'avant ; c'est l'avant ou l'en-avant qui existe …

donc un rien, si l'on veut (que l'on a pu nommer néant parfois, Heidegger, Sartre, Hegel comme négativité agissante en tant que « conscience » dont on ne sait pas très bien ce qu'il désigne par là, sinon comme faire valoir de « la pensée », comme si c’était la pensée qui était et non pas l'arc de conscience qui ex-siste et fait surgir, fait apparaître toutes réalités, signifiées chacune pour nous et pour le moins).

Ce rien, cette forme du présent, totalement non mesurable, non repérable, est tel ce présent qui n'a lieu nulle part, puisqu'il est le lieu avant les lieux du monde, du vécu ou du moi. Cette forme est cela en quoi on existe, on se meut, la vague qui déroule toutes les réalités, univers, mondes ou existences.

Comme de juste cette logique du déroulement (du possible, de la Possibilité) a construit une de ses ressemblances ; dont on présuppose qu'elles sont en nombre infini, ou donc nous connaissons l'arc de conscience mais ignorons tout des autres possibilités structurelles (dieu, l'universel, le sujet étaient in/imaginables) ; et du moins en est-on conduit à cet a priori, puisque l'on ignorait que « dieu » ou « la pensée » ou « le sujet » pouvaient exister avant de les rencontrer ; on ne peut pas -imaginer- une structure, ça ne se perçoit pas ni ne s'imagine ; une de ses ressemblances tient en cet arc de conscience qui est, lui-même, tout entièrement mouvement ; seul ce qui est pur et brut mouvement, un rapport, peut exister, puisque le réel est structurellement formel.

Cela, ce mouvement, gigantesque on est d'accord, qui courre depuis 3000 ans, dessine le plan vertical pur ; à savoir la structure du présent. Celle-là même qui ne se perd plus dans tels ou tels contenus mais qui étant venue au-devant, sur la scène (en refluant les mondes-contenus au profit de l'intentionnalisation qui est à l'origine, la cause des contenus) et qui se dresse, donc, dans l'antériorité à toute représentation ; il est, après tous, logique, normal, compréhensible que cessant de produire ceci ou cela, la structure apparaissant elle-même sans son propre champ (puisqu'étant un rapport et non un « être » elle se signifie, se rapporte à elle-même ; dieu, l'être ou le bien ou le un, le christique-corps ou le sujet acte cartésien, etc, qui désignent des formes et non des « êtres »), cette structure donc commence de se repérer et ensuite de cartographier son propre plan, son organisation, l'organisation du mouvement qu'elle non pas « est » mais existe.

C'est pour cela que les grecs ne se tiennent, en vérité, pas dans l'être, mais le montre (en pensant le démontrer, par ailleurs) et donc le perçoit de l’extérieur. De même Descartes ne se rive pas au « sujet » mais le montre et donc n'y « est » déjà plus ; et se pose constamment la question, d’accord, certes, mais alors « où » sommes-nous ? De où percevons-nous ?

C'est évidemment à cette question que l'on tente ici de répondre.

On a nommé cela le Bord du monde, du vécu (et du relationnel) et du corps (et du moi).

Pareillement dieu est le Bord, ce qui veut dire l'intention-même (celle formelle qui permet de saisir quelque réel de ce mouvement pur et brut, qui est, de fait et techniquement si l'on peut dire, éternellement mouvement, puisque sinon, cessant de se mouvoir, il disparaît, et si l'on préfère n'aurait jamais existé ; un « réel » ça n'est que de et par le mouvement, de là que l'on considère, bien entendu, qu'il est une compréhension fonctionnelle du réel, sans préjuger de son ontologie absolue, mais aussi que l'on maximalement porté à admettre ce fonctionnel comme dimensionnel ; le réel, le mouvement « se meut », est pur et brut mouvement, et il existe tel quel dimensionnellement, en soi si l'on reprend une vieille formulation).

Le biais qui nous a induit en erreur est grec ; on a cru que l'on tenait, dans nos mains, physiquement pour ainsi dire, le réel en décrivant (et comprenant) les réalités dans les filets de la-pensée, comme une chose, une détermination ; mais en fait, en Fait Monumental d'historicité pure, le christique et Descartes (et finalement tous les autres qui se tiennent en ce niveau) manifestent le réel comme en plus, autre et antérieur à toute réalité. Et donc le christique autorise de reprendre l'intégralité de la pensée grecque, ou Descartes d'originer la-pensée (scolastique, etc, en l’occurrence) dans la structure du sujet, qui dès lors n'est plus, n'a jamais été subjective mais structurellement (fonctionnellement) ou ontologique (dimensionnellement).

Nous avons donc depuis longtemps, très longtemps dépassé la représentation, mythique, de la-pensée, de la-raison, et nous nous situons dans la perspective de la structure de sujet, de la structure en forme de sujet, que l'on rapporte, elle-même, à un mystérieux dispositif-sujet général, en tant que seul, reconnaissons-nous ici, un tel sujet est capable d'admettre, de supporter et de produire un perfectionnement (déniant à la « perfection en soi » qu'elle puisse être en quelque manière que ce soit, si le réel est il se meut, et si il se meut il ne cesse pas, n'a jamais cessé et ne cessera jamais de se-mouvoir »).

Si on considère le caractère dimensionnel de la structure, cela nous envoie extrêmement loin, ou donc, autant que cela nous est accessible, vers le pur et absolument divin, comme intention originelle qui tient toute la réalité dans sa visée (en somme les réalités sont des champs de perceptions du divin extrêmement divin, et il y a des distinctions, des différenciations ou donc des déterminations (soit des réalités, des choses, des êtres) dans la mesure où le divin les perçoit, de là que l’ensemble de tout ce qui est, qu'il se trouve une ou plusieurs ou des tas de réalités, d’univers, -apparaît- littéralement, pour un sujet-qui-perçoit).

Remarquons bien que l'on admet également que la réalité n'est pas du tout en elle-même consistante (tout ce qui « est », qui relève de l'être, disparaît, se destine à la disparition, à la dispersion des données, seul ce qui est rapport à soi (comme rapport) existe ; un rapport n'est pas « déterminé », sinon le rapport se perdrait dans toute détermination, or tel n'est pas le cas ; même si je change en trente ans, le -je - est le Même) ; elle se compose et se décompose (ce que l'on nommait autrefois le fini, ou le multiple) et au final disparaît. Cela seul qui existe est le mouvement. Lui seul sur-être, pour ainsi dire. Donc la consistance du réel est le mouvement lui-même ; ce qui se dit plus illustrativement qu'il n'existe qu'un Pli et que tout le reste ce sont des pliures du Pli.

La difficulté de la philosophie est donc non plus d'élaborer un système (on en a produit des quantités) mais de saisir le mouvement comme tel, et surtout en tant que mouvement, de ne pas le dénaturer en objectivité (qu'elle soit philosophique ou rationnelle ou scientifique ou scientiste ou idéologique ou idéomaniaque).

Pareillement la pensée grecque nous égare en croyant saisir objectivement la réalité (composée de choses et de choses liées qui plus est) objet par objet ; de sorte que le sujet se transforme en regard tout à fait abstrait et pour le dire la question du dit sujet n'est pas même posée ; il est faire valoir de ce discours qui définit des objets et qui produit un système de notions ; il est convaincu de se placer au niveau du contenu organisé ; ça n'est plus le groupe qui ordonne la réalité, qui constitue le centre ou le rempart de la véridicité (la vérité comme principe n'est pas isolé comme tel, la véridicité du groupe est ce-monde-là tel qu'il est perçu, ordonné, se présente 'naturellement et sacré' en lui-même, donc le sacré n'est pas remis en cause, et on ne sacrifie pas Socrate, puisqu’il n'y a pas de Socrate) ; la production des vérités doit être reproduite par chacun en tant qu'il pense.

Avec le christique on passe sur un autre plan, c'est vous-même, votre vécu et votre corps qui doivent s'élever et s’analyser et se décider, c'est vous-même et donc tout ce qui se présente dans ce champ qui est « vous », qui entre dans le champ d'investigation, puis d'expression, puisque si vous êtes en charge, intégralement et non plus seulement par la raison, vous pouvez créer et d'autant plus créer que vous n'êtes plus assignés non plus à la perfection grecque du Beau, il s'agira plus et toujours plus d'expression (de ce que l'on voit, de ce que le Je, le sujet voit du monde donné là) ; utilisant le champ d'expression dans le champ de perception, et démultipliant donc les champs d’expression (autant de champs que de sujets, d’individus qui se sont haussés au niveau du sujet comme dispositif).

Dit autrement

Le Pli (la forme, l'exister) génère des pliures (les réalités, les univers). Le Pli n'est pas ce qui arrive à « quelque chose » ; toutes choses sont dans, par et peut-être pour le Pli (distinction fonctionnelle ou dimensionnelle).

Donc qu'il y ait d'une part le néant (qui n'oppose rien à quoi que ce soit) et d'autre part l'être (au sens générique).

Que le néant soit équivalent à l'être veut dire que c'est le possible qui règle 'ce qui est '.

L'être générique qui est apparemment un « quelque chose », un quelque chose de déterminé.

On considère habituellement que le fait d'exister est simplement un résultat et n'est pas même interrogé comme tel ; on cherche la raison d'être de l'être, pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien (on a vu qu'il y a « rien » et « quelque chose » à la fois et que donc cette question ne se pose pas comme telle, en opposant l'un et l'autre, l'être et le néant, qu'ils existent également et que le Possible est la loi, le principe ; tout ce qui est possible, est. Une licorne n'est pas, autant que l'on sache, mais elle est juste une imagination, composée à partir d'un cheval doté d'une corne, etc, ça n'est pas ce possible imaginaire là dont on parle).

Inversement donc ici le fait d'exister est absolu (et non pas à peine évoqué ou sous-entendu mais admis à l’inverse comme fondamental) ; il y a quelque chose dans l'activité, absolue, de l'exister ; soit donc pour nous du présent (qui seul existe).

Et donc.

Dans l'être générique il convient de distinguer le quelque chose qui est et le fait d'exister ; l'être est, tout entièrement, pris-dans l'exister.

De sorte que n'importe quelle chose est emportée dans et par le mouvement (et peut-être -pour- le mouvement).

L'exister est cela dont nous saisissons le réel ; ou plutôt nous en sommes saisis ; notre être n'est pas un être (déterminé) mais un mouvement, l'arc de conscience, rapport qui tisse des rapports (qui colle des perceptions aux signes, des signes aux signes, et se situe de cette sorte immédiatement dans l'universalisation, si on lance un rapport entre deux entités, déterminées, c'est le rapport qui compte ; ainsi le un est le rapport, vide, que tel objet entretient avec lui-même, on peut donc le calculer, si il y a addition ou soustraction, etc).

Comme précédemment ; il existe un Pli et dans ce Pli des pliures ; l'exister, indéterminé, est intégralement acquis avec les déterminations ; les immanences sont, réellement, mais prises dans la transcendance, la transcendance est au début, au milieu et à la fin ; il n'est qu'un seul plan unique (ou si l'on veut un seul Instant qui « voit » tous les déroulements, toutes les manifestations, toutes les différenciations, toutes les réalisations, tous les univers et les formes, éventuellement, diverses des univers ou de quelque réalité que ce soit).

Cela signifie qu'effectivement aucune chose n'est consistante et a fortiori il n'existe aucune « chose géante » qui contiendrait toutes les choses ; il n'y a pas un Étant supérieur qui ramasserait tous les étants, du reste une super-détermination de déterminations est ne absurdité ; si unité il y a (de toutes les déterminations) ça ne peut pas être une détermination ; dire « la raison » ou « l'esprit » qui contiendraient en réduction les réalités, rend « esprit » et « raison » comme cheveux sur la soupe, incompréhensibles, à moins de borner, fasciné, son regard à ces représentations. Et donc tout est relatif au mouvement mais le mouvement lui ne l'est pas, relatif. Il est le réel même. On verra une autre fois les conséquences du Fait monumental unique. Quant à la pliure étrange du temps.

 

On abandonne donc l'être (mais cela date d'au moins Descartes qui ne pense plus en terme de « pensée », en récupérant son acte le sujet récupère sa pensée propre du monde donné là et ne cherche plus « la pensée pré-organisatrice de dieu », platonicienne ou aristotélicienne qui se réglait sur la notion, l'idée, tandis que Descartes passe au calculable, relevant par ailleurs le sujet dans son unité, comme volonté libre et non plus « intellect », initiant ainsi Kant, Hegel, Husserl, Sartre).

Le centre se déplace impérativement ici même, attendant son ici et maintenant (puisque le présent est le réel agissant, le mouvement qui se meut et qui meut toutes les réalités). Et on abandonne l'idée d'un « sujet substantiel » ; tout ce que nous sommes se tient d'un dispositif qui crée un champ intentionnel (ce qui l'autorise de reprendre la totalité des influx, des datas que le vivant perçoit en tant que vivant, puisqu’il ne s'agit plus d'un « esprit » consistant qui posséderait son unité massive et dont on ne sait pas quoi faire en vérité, mais d'une structure, vide et formelle, intentionnalisatrice, un rapport, strictement rapport, qui crée des rapports, dont sont tirés l'esprit, la raison, les esthétiques, les œuvres, les sociétés humaines etc ; le dispositif sujet est donc amplement capable des plus étendues cohérences, et incohérences, orientations et désorientations : son caractère indéterminé le fit passer sous les radars, nous concentrant sur le manifeste, le conscient (l'arc de conscience n'est pas le conscient, le champ intentionnel n'est pas la « volonté » ; conséquence importante : ces réalisations ne tiennent que si elles sont intentionnalisées, ce qui veut dire investies, investies par toute la médiation et la vigueur du corps vivant ; il n'y a rien d'abstrait dans cet investissement intentionnel.

C'est par là, par ce moyen, par ce chemin, qu'il faut comprendre que si l'intellect ou le conscient ou la « volonté » (roide) demeurent abstraits, par contre l'intentionnalisation est forcément et immédiatement ce-corps.

Ce qui se produit dans l’historicité comme l’individualité libre et égale, apte à son propre jugment (qui réclame une mise en forme culturelle, en tant qu'acculturation, et acculturation du jugement qui est bien plus étendu que celui de raison ; chacun est à soi-même et devant les autres l'assurance d’une part et assumation d'autre part de son jugement, de sa capacité de décision mais aussi de coordination, d’organisation, ce qui ne se rend possible que via autrui).

Puisque l'intentionnalité produit un champ intentionnel de perception qui, structurellement, fait-retour vers « soi-même » et dans la réelle mesure où c'est ce retour qui crée ce « soi-même » … il n'y a pas un soi-même puis « ça fait retour », mais un retour-vers (soi) qui rend possible et actuel ce « soi » (ce à quoi ne dérogent ni Sartre ni Lacan) et « soi » qui n'est donc plus du tout une identité première, mais une identité seconde ; le moi, le soi est produit secondement et se tient dans la vue du champ intentionnel.

Et cela signifie que le « soi » est pris dans un champ et une unité bien plus grande que le « moi ». Et que cette structure est celle dénommée « sujet » ou plus exactement dispositif sujet. Qui tient, détient dieu, l'universel et la pensée, le christique et le sujet, le réel et l'autre-corps (celui qui perçoit les signes et non pas seulement les reçoit en sa satisfaction donnée) ; ou donc, puisque c'est un rapport, celui qui non pas saisit mais est saisi de dieu, de la pensée, du sujet ou du réel (et dont le corps est forcément Autre, marqué du sceau de l'Autre, qui n'est évidemment pas autrui, auquel cas il s'agirait d'une image dans le miroir et non du miroir lui-même).

C'est ce champ qui est tenu par et dans une intention, dont toute l'étendue est donc significative ; le je du moi se signifie dans cet acte, cette activité, cet activisme de l'intention (ce qui revient au christique) et de l'intentionnalité (depuis Descartes).

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