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instants philosophie

Le point qui compte.

8 Août 2020, 06:47am

Publié par pascal doyelle

Le christique, Sartre et Lacan.  Les erreurs existentielles ou ontologiques n'en sont pas.

Il s'agit donc de mesurer, de définir ce qui n'est pas définissable, mesurable, mais on a reconnu que c'est précisément cela qui est amené dans le champ, jusqu'alors occupé par le groupe humain, telle communauté dans son monde, ou par l'immédiateté (mais il n'existe aucune immédiateté, qui est toujours médié, médiatisée par une représentation, cad un champ intentionnelle, qu'il soit maya, aborigène ou grecque).

Et lorsque l'immensurable vient au devant de la scène, que l’invisible se produit dans le visible, il parle à cela même qui peut saisir de quoi il retourne, à savoir le sujet ; le sujet qui est un rapport comprend très bien, ou intuitionne vaguement, ce dont il est question dans l’invisible, puisqu’il en est. Il en est en ceci que le champ intentionnel est toujours le champ de « quelque chose » mais le point de vue par lequel il y a un quelque chose qui apparaît, se tient au-dehors ; il peut surgir dix mille milliards de contenus qui ne changeraient rien à la structure les pourvoie, les produit, les renouvelle. Il existe donc un arc de conscience qui produit des contenus ; et c'est à partir de cet arc qui est un arc ou donc un rapport, que les choses nous apparaissent ; ce Bord du champ qui doit se présenter dans le champ d'expression (puisque l'on est sorti des mondes) se signifie comme dieu, universalité, christique et sujet, révolution et réel.

Ce ne sont pas des contenus comme les autres (cad qui désignent une chose dans le monde) mais des repérages tournés vers la seule et unique structure (qu'elle se nomme dieu, l'universel, le sujet ou le réel, qui sont des positions, des positions de rapport, or de rapport il n'en existe qu'un seul) et ils servent de leviers pour soulever les intentionnalisations, qui dès lors changent de nature ; les idées ou le christique sont tout à fait différents des anciens mots, des anciens contenus ; ils obligent tout arc à se modifier, se modifier en actualisant, et il doit actualiser parce qu'il fait paraître l’invisible dans le visible, qui autrement ne serait pas en mesure d'être signifié (et donc n’apparaîtrait pas).

Et ainsi dieu, l'universel, le christique, le sujet et le réel nous regardent. On ne les regarde pas, ce sont eux qui nous regardent. Nous existons en tant que rapport ; pense-t-on que nous détenions ce rapport ? Comment un rapport pourrait-il être détenu ? De manière plus générale encore comment pourrait-il se limiter ? On doit supposer qu'il nous contient, bien que cela soit également partial ; puisqu’il est quand même le rapport que nous existons ; on entre par cette voie dans l’indéterminé lui-même, au moins tel qui nous est accessible ; on ne sait plus qui regarde, qui intentionnalise. Puisque l'on ne définit plus selon un contenu, qui se tiendrait dans le champ, mais on saisit par le champ lui-même ; comprend-t-on alors que si l'on dépasse la réalité et ses divisions (par lesquelles il y a une réalité déterminée, de réalités indéfiniment), on ne sait plus « quel est le champ en question » ? De même que l'on peut mesurer ceci ou cela en établissant des rapports (les mesures, les nombres sont des rapports) mais on ne peut pas mesurer le présent, le temps ou l'espace comme pures distances.

Si vous ne voulez pas nommer ce rapport en tant que dieu, la pensée, le sujet ou le réel, même alors il est une structure fonctionnelle (et non plus dimensionnelle) qui vous éjecte de toute façon de toute identité, de tout contenu ; vous n'êtes pas une idée de la raison, une loi physique ou une version mathématique (puisque l'on peut en produire des tas, utiles ou non). Il y a le rapport, et puis le reste. Un point c'est tout. Vous pouvez décider que ça n'est qu'un rapport qui ne permet de supposer rien d'autre (qui est fonction de divers contenus, mais le rapport sera de toute manière autre que ceux-ci.

Dit autrement ; ce ne sont pas Les Lumières qui expliquent la révolution, c'est la Révolution qui permet de percevoir Les Lumières. C'est pour cela qu'aussi déterminés, par des causes, vous pourriez être, si le christique, Descartes ou Sartre (ou Rimbaud ou qui vous voulez) suppose un point, alors c'est ce point, qui dénote, qui s'ajoute, qui est-autre, c'est ce point qui compte.

Je sais qu'il existe là au dehors un « réel » parce qu'il est autre que l'unité que je suis. Schématiquement c'est ce que vous allez intentionnaliser dans le champ et qui va singulièrement dénoter (avec toute réalité déterminée, vécue, mémorisée) qui permettra de modifier. De modifier quoi ? L'apparaître. Et donc le réel.

Il y a un champ intentionnel et ainsi un champ de perception afin que via la perception le réel se modifie. La réalité est justement, de la même manière, un tel champ de modification ; sinon à quoi tout-cela servirait-il ?

Évidemment ici, à ce moment et comme ailleurs, il est loisible de choisir une structure fonctionnelle (le réel est tel quel) ou dimensionnel (il existe en soi un réel, dont nous n'apercevons que le début du commencement, quel qu'il soit).

Mais l'unité que je suis c'est un rapport et non pas une « connaissance », un se-savoir purement signalétique ; qui « se-sait » ; se désigne comme rapport, étant donné qu’il est dans la nature même du rapport de se reconnaître (sans se connaître, puisqu’il n'est pas déterminé ; c'est bien en ceci que l'on a toujours déjà glissé dans l'indétermination, et que l'on utilise ceci ou cela, de déterminé, un contenu, une image, comme signifiant, comme représentant (qui ne comble jamais ce qu'il représente), comme prétexte et part du monde qui permet d'entrer et d'avancer dans le monde ; aussi lorsque le levier formel est très exactement saisi en tant que position il rend possible qu'il y ait devenirs à partir de la même structure ; ce qui veut dire que dieu, l'universel, le christique et le sujet, la révolution et le réel avancent du même pied, articulent l'intentionnalité ce qui génère des intentionnalisations en tous les sens disponibles. De la nation (juive) à la liberté-égalité. De l'intention (de dieu) à l'intentionnalisation (grecque) vers l'intentionnalité (en forme de sujet réel).

Tout entièrement ils formulent le déploiement de la même intentionnalité qui est une structure, antérieure à tous les contenus, sinon comment comprendre que tous les contenus défilent mais qu'il s'agit toujours de la même conscience ? Est-ce une « conscience différente » variant de par chaque contenu ? Ce serait absurde.

Pourquoi comprenons-nous une autre conscience ? Sinon de ce que le langage est relatif à cette structure d'une part (universelle et pourtant chaque fois singulière) et d'autre part situé, ce langage sur le même monde, réel. On ne comprend pas toutes les implications du mot « ciel » mais de fait il s'agit d'un seul et même ciel, tout là-haut ; le langage est évidemment un système (sinon il ne se retiendrait pas, il faut qu'il soit organisé) mais utilisé par et pour des sujets ; qui tissent et retissent,

Et n'oublions pas que ce n'en sont que de pauvres formulations ; ou, si l'on veut, avant le dieu-un-tout-autre (qui est purement intentionnel, il est l'Intention telle quelle, vide, formelle, de là qu'il soit Autre et Un, mais aussi simple ou éloigné ou autre soit-il il manifeste entièrement le réel en acte, le réel en tant qu'acte, en tant qu'intentionnel sujet qui seul supporte la perfection continuée) ou encore l'être ou le sujet, avant ceux-là on ignorait totalement que ces perspectives existaient, et donc on suppose que l'on ignore absolument les formulations possibles du dispositif de structure originel ou fondamental ou possible.

On admet, ici, que sitôt sortis des mondes particuliers (qui jouaient des contenus), la forme (de tous les contenus) paraît et se signifie, instantanément (cad court-circuitant le temps) vient au-devant.

L'arc de conscience est un court-circuit temporel puisque le signe qui relie deux éléments opère une jonction distanciée. Transportant tel élément en tel autre. Et dont on conserve la trace puisque c'est une intentionnalisation.

On voit donc que la structure est agissante ; elle tient par l'intentionnalité le lieu en dehors des lieux ou le temps en dehors du temps ; elle n'est pas soumise à la temporalité de la réalité, ni aux distances spatialisées (par ex il est possible de saisir une chose, en la transformant ou supposant comme objet d'intentionnalisation, et de la mouvoir « par la pensée », au point de la démonter, pièce à pièce ou de la reconstruire, de même que tel milieu donné est transposé en situation et dont il est possible de remonter dans ses conditionnements ; un animal ne meut pas les choses (même si il peut découvrir cent astuces diverses), parce qu'il ne les déboîte pas en objet-de-cosncience).

Et donc le principe opératoire de notre structure s'infiltre au travers des signes dans et antérieurement à la réalité, aux réalités une par une. Il faut remarquer que si nous pouvons agir sur telle ou telle chose, ou situation, il nous est très difficile d’obtenir ce que, un temps, on a pu nommer « pensée complexe » (Morin par ex) ; de saisir donc tout un ensemble de processus comme en une fois est très difficile ; et quant à coordonner l’ensemble de tout (de tout ce qui nous est accessible à tel moment) paraît et est hors de portée.

On ne peut pas même se saisir de notre vie dans une globalité quelconque ; mais seulement agir plus ou moins (et avec peine de plus) sur tel comportement.

Il faut revenir sur un point fondamental ; ce que l'on désigne comme arc-de-conscience, ça n'est pas le conscient et encore moins le conscient de la raison ou de la volonté raide, roide. Si il était en notre pouvoir de connaître tout de ceci ou cela on pourrait envisager une décision adéquate toujours et certaine. Mais ça n'est pas à la connaissance ni à la raison que nous nous adressons ; c'est à l'arc de conscience même. C'est pour cela qu'une intentionnalisation n'est pas dans son contenu, mais une articulation qui joint l'horizon et le détail via un système de signes (que ce soit une langue, un langage, les maths par ex, ou une symphonie ou une œuvre de formes et de couleurs) et que si l'on devait déterminer la toute fin de chaque mot, chaque signe, chaque décision, il faudrait aboutir au terme absolu, à la signification totale ; de fil en aiguille nous serons toujours reporté au-delà ; puisqu’il n'existe aucune Idée absolue qui synthétiserait toutes les idées et aucune réalité qui « contiendrait » toutes les réalités (même l’énergie du début de l'univers, si tant est qu'elle existe comme telle ne contient pas les réalités, toutes différentes, qui suivront ; puisque l'énergie a « inventé » pour ainsi dire d'autre sortes d'être, d'étants, ça n'est plus la même identité, l’enjeu consistant justement de transformer l'essence même).

On doute même ici que le monde ait une limite et que cette limite est non pas « au bout » mais au Bord et le Bord du monde est le présent ; la limite du monde est donc le présent, ce sur quoi, la ligne sur laquelle on se tient (et tout le reste de l'univers).

Ainsi la structure est à elle-même sa propre référence (c'est ce que veut dire que « cela, tout, vous revient », que la structure est « tournée » et que ce tour est le présent lui-même ou donc, pour nous, que la décision est toujours-déjà prise mais quelque part, on ne sait pas où, mais c'est là où nous sommes, là où nous existons, et bien que déjà-prise ) ; mais la structure a directement affaire au donné, avec l'horizon, réel. Aussi la décision, la « volonté », n'est pas tant selon le conscient (et l'énoncé défini) que selon la perception ; pour le dire rapidement on décide, selon l'intentionnalité et donc selon l'intention qui vous conduit de ce que l'on va percevoir et de cette perception se déroulera la, les décisions.

Rappelons que le christique est l'initialisation qui vous demande ; que voulez-vous vraiment ? Et évidemment il s'agira du sens, de la signification de la perception qui ordonnera dans une pré-disponibilité ce qu'en général « on attend de la vie », de la situation, de tel ou tel ensemble, de son propre corps, de son aperception a priori et éminemment sensible, puisque c'est, littéralement, la perception qui est en jeu ; les œuvres esthétiques existent à cette fin, vous rendre les clefs de la perception même dans une élévation qui habitue, pour ainsi dire, votre arc de conscience à agir sur elle-même hors d'elle-même ; du sens que l'on donne à la vie dépendront les perceptions ; ce qui à rebours permet que l'on n'ait pas à prévoir chaque situation particulière dont bien sûr nous ne possédons a priori aucune connaissance, mais du sens, de la signification, de l'aperception abstraite oui ; de là qu'est fondamentale l'idée, l'image, le sentiment ou pressentiment, et plus encore l'affect que l'on a de soi …

On dira que l'on ne commande pas cet affect. Est-ce bien certain ? Et si c’était précisément cela même, ce mode opératoire (au sens d’opération d'un corps vivant), qui était en cause ? Que serions-nous si nous étions limités aux affects donnés tels quels, alimentés par la vie, le vécu, le passé, les contraintes, les héritages, etc ? La révolution ne crée aucun affect ? Le christique ou le sujet, cartésien, kantien ? L'existentialité, la toute présence de l'exister tel que « là » ? Heidegger décrit de nouveaux affects, de même Nietzsche, puisque l'un et l'autre créent des fictions ontologiques. Cette implication du corps lui-même dans ce qui lui est, en tant que vivant, le plus étranger, l'arc de conscience intentionnel, est engagé dans ce processus.

Se choisir ça n'est pas élire une image ou un idéal, mais nouer une certaine capacité, un ressort, une aperception, et c'est bien ce que recherche Sartre (par ses biographies particulièrement, Flaubert, Baudelaire, lui-même) et c'est aussi ce que croit découvrir Nietzsche, une espèce d’aperception de soi, qu'il nomme tout à fait dans l'externe, la Volonté (qui n'est donc pas la « volonté » consciente). On connaît également l'ambition spinoziste de délimiter les « vrais affects ».

Que sont les récits ? Se contentent-ils de décrire, très 19éme, la « nature humaine », mais même en ce cas que l'on puisse jeter un regard sur ces sentiments, les transforme. La transformation est toujours intégrale, à chaque fois c'est « un autre-corps » qui bouge. Pareillement la psychanalyse attend un éclaircissement de nos affects, cette fois au sens beaucoup plus précis et singulièrement inventifs ; puisqu’il y eut une avalanche de nouvelles émotions qui n'ont plus même la délimitation de l'émotion mais bien plus techniques, précises, détaillées, étonnantes ou effarantes, de l'enfance aux psychoses en passant par tous les états du moi et du corps investi par l'arc de conscience ; qui dessine donc une ligne de partage que le moi lui-même ne peut pas dessiner puisqu’il est cette ligne, il perçoit en et par cette division il ne peut pas la percevoir et cette ligne traverse le corps, est écrite comme corps, de là qu'elle s'emprunte de la sexuation, puisque le corps comprend, saisit la sexualité si il est déchiré par l'arc de conscience qu'il ne comprend pas.

Mais donc si nous sommes prédéterminés par l'affect qui s'est imposé (selon la psychanalyse) à nous, en nous, cet affect lui-même est un champ intentionnel, le champ de l'autre, comme dit Lacan, ou le champ du grand autre, qui dispose des signifiants, de leur organisation (un signe qu'un autrui m'a envoyé ou que j'ai cru lire, que cela fut réel ou non, ou un nœud de signes du langage ou de mon vécu ) ; l’inconscient est structuré « comme » un langage et non pas en tant qu'il est le langage ; cela veut dire qu'il est, à un moment, la manière que l'on eut de (se) percevoir... sauf qu'il n'existait pas déjà de « soi » ; que le soi est né à ce moment de cette perception accolant un signe à notre être, notre réalité, notre corps. Perçu du dehors. C'est là le secret des secrets du moi, de la psychologie de chacun selon son être-signifié-signifiant(s), parce que c'est un nœud, un sac de nœuds. Et qui plus est impossible à trancher (comme le gordien) à moins de dissoudre toute l’organisation du moi, qui n'existe qu'en mouvement ; le désir faisant office de renouvellement et qui dépérit quand le désir se fige ou se rend la vie impossible.

Contrairement à Freud, ou plus précisément que Freud, Lacan rend impératif le désir ; c'est sa fixation et sa répétition qui anéantit le mouvement, cad coince le moi le dos au mur, le désir est salvateur, vivant et toute l'organisation mentale a pour finalité, au mieux, d'animer le moi de sorte que se préserve l'intentionnalisation). L'objet petit a, inventé par Lacan, est l'objet du désir qui se renouvelle, qui reste encore renouvelable (et non pas figé ou répétitif).

Or si notre désir dépend de l'objet petit a (cad tout objet qui provoque le désir et rend possible que l'on soit encore vivant, que malgré la douleur de la division le corps, vivant, continue de vivre et qu'il « soit encore possible de continuer d'écrire sa propre historie » qui autrement se figerait, névrose et autres obsessions, borderline, etc), alors on peut (très relativement pour la psy) modifier, contourner, biaiser, ruser (son désir) à partir de cet objet a.

Et ce qu'il faut retenir c'est que « l'on est perçu » ; ce qui veut dire que peut-être quelqu'un vous a accolé un signe (un mot, une remarque, une attitude, etc) mais que de manière générale « vous vous êtes perçu de l'extérieur selon tel signe » (on ne peut pas percevoir sans un signe). Aussi ce signe selon autrui est en vérité un signe au lieu de l'autre, du grand autre, du déroulé des signifiants ; signifiants parce qu'ils induisent « des » signifiés en nombre ; si c'était un signifié vous seriez « ceci » ou « cela », mais si c'est un signifiant il ouvre à quantité de signifiants et donc de potentiels signifiés ; si ça ne coince pas trop, auquel cas il faut dénouer les signifiants qui tournent en rond ou pire qui passent dans la perception, mélange de réalité et d’irréalité, cad hallucinations ou déformations ou altération de la réalité.

Et altération de la réalité parce qu'altération du réel ; l'arc de conscience ne parvient pas à se positionner comme horizon ; dont on a dit non pas que l'on percevait l’horizon mais que l'on se percevait à partir de l’horizon, à partir de l'autre.

Et c'est ici qu'il faut laisser intervenir cela même que l'on créé (ou qui nous a été révélé) ; dieu, la pensée universelle (qui décentre), le christique et le sujet, le réel ; qui consistent à imposer du plus grand externe possible et de surmonter le champ donné, celui du signifiant d'autrui, de l'autre (et que ensuite Lacan hésite à nommer le grand autre, à la fois dans le souvenir de dieu et dans une sorte de réinterprétation de dieu, ou les deux). En vérité ce fut celui-là qui fut d'abord créé (ou révélé) ; parce que nos maladies mentales sont toute récentes … elles naissent du moi, et donc il faut qu'existe un moi, qu'il soit reconnu comme tel dans le groupe et c'est seulement alors que ce moi génère des refus, des difficultés, des impossibilités, des inacceptabilités de lui-même, des autres, du corps, du désir, etc ; on a vu que l’éblouissement de l'altérité (par laquelle « nous sommes perçus » de l'extérieur) risque fort d'être un accablement, mais que cette extériorité nous crée comme intentionnalité, représentation ; en brisant le lieu de l'être-là de l'enfant, qui se croit tout-percevant, tout imaginant).

C'est donc dans la rupture de la continuité que se crée l'arc de conscience qui fait retour vers lui-même ; le moi croit qu'il se pense, mais en fait il est pensé en se percevant à partir du Bord (que ce Bord soit l’horizon, autrui, l'autre ce qui veut dire une extériorité, par ex la loi ou la morale ou l'objectivité ou l'irréversibilité du temps ou des événements ou la mort, la perte, etc). Division que le moi toujours veut renouer ; il veut refaire-un, gardant en mémoire son être-enfant, recoller son image et sa vie, etc.

Et donc le moi rechigne et même ne peut pas admettre sa division (qui pourtant l'instancie comme conscience de, plus loin, soi), mais au mieux il faut espérer pour lui qu'il s'y accordera ; il admettra, même de loin voire de très loin, qu'il est-autre, ce qui veut dire qu'il n'est pas mais qu'il existe ; tout le travail de Sartre fut de délimiter cette altérité (rappel ; Sartre pense le je abandonné dans l'extériorité, les choses, le monde, les autres, histoire, le groupe humain tandis que Lacan poursuit la dite division jusqu'au dedans du moi ; le moi est intégralement splitté de haut en bas et ne peut pas saisir cette ligne de division, mais cela importe peu dans la mesure où ça n'est gênant que si l'on est un moi qui veut obtenir la satisfaction, dont « satisfaction » constitue la finalité, de fait en son ordre immédiate, admise telle quelle et sans même en prendre conscience (puisqu’il lui faudrait exister-autre que cette plénitude imaginée ; on en est la proie, c'est le fantasme qui est en lui-même, prétendument, désirable, parce que si il paraissait comme étant construit désirable, on s'en détacherait, on serait déjà autre, le regard partirait d'un point et non se percevrait en tant que cet-objet, c'est le propre de l’objet petit a, qui se substitue constamment de sembler le désir lui-même).

Ce qu »évidemment la philosophie va proposer, ou dieu ou le christique mais aussi le sujet et tout ce qui se développera ensuite, de Spinoza à Lacan, en passant par tout le monde en réalité, c'est que ça n'est pas la satisfaction qui compte ; ça n'a aucun intérêt. Si notre intérêt se matérialisait selon la satisfaction, la concrétisation, ça tomberait dans le monde, ou pour le moi dans la vie (dont il croit visualiser la plus grande plénitude, mais ce sont principalement des images qu'on lui fournit et donc il aime se gorger).

La question est donc ; si ça n'est pas dans le monde, le vécu ou selon le corps (dont on a vu qu'il n'en peut mais), alors où est-ce ?

Nous sommes ce faisant infiniment loin de toute complétude. De même que le je du christique se soutient du seul regard du christ. Et cela est parfaitement ce que Sartre expose ; il n'y a pas de moi (sinon dans le champ de la conscience et pour Lacan pas plus de moi sinon selon la fracture qui brise le corps et pousse le moi ou l'objet dans le faire-semblant, qui seul entretient le désir et donc rend possible le moi, qui n'existe que dans le retour que son objet lui provoque (si il ne sait plus désirer, intentionnaliser un objet, il déprime, parfois sévèrement ; si il le perd étant amoureux, il perd tout, parce qu'il perd le regard lui-même ; etc). Le moi n'est, son être n'est que dans le mouvement, son être est dans son exister ; ou donc dans le regard qui vous crée sinon sujet du moins « je » ; votre baptême.

Il n'y a pas de « moi », ou dit autrement il y a un moi (qui est donc, qui se détermine, qui perçoit et qui s'exprime) il y a un moi dans et par le mouvement de l'arc de conscience (qui lui existe, ex-siste) ; le je qui se situe entre le moi et le sujet (qui renvoie bien-au-delà ou à la racine ou on-ne-sait-pas-où, sur le Bord) est le je du rapport de conscience de (soi), dans lequel rapport le « soi » est le rapport lui-même ; or on dit, avec jésus et avec Sartre (…) que moi est individualisé parce que le je est lui absolument singulier ; il n'existe qu'une conscience à chaque fois, unique, et son moi, sa vie, son vécu, élevés à son existence ; tout l'enjeu étant de porter le moi qui se produit mécaniquement si l'on peut dire (c'est un bricolage, on fait ce qu'on peut avec ce que l'on a), de le porter à l'existence ; de base le tomber-amoureux est une telle élévation, par ex. Le christique, Socrate, dieu, la révolution, une œuvre, celle qui vous sied, etc, ouvrent la réalité, donnée, au réel, structuré.

En somme il s'agit de planter un clou le plus loin possible et de se soutirer à partir de ce point (inutile de dire que le christique arcboute infiniment lointainement le sujet, extirpant le je du moi, et le sujet du je, et le sujet est placé auprès du père, ce qui signifie dans l'intention en avant de tout, dans le commencement qui commence et ne cesse).

Que le je sartrien soit à ce point sous pression (c'est extraordinairement exigeant, l'engagement, de toute manière ça s'éjecte de la normalité, dès La nausée) veut dire qu'il doit- se vouloir (et qu'il y parvienne ou non), mais tandis que le christique, au moins, vous accordez une structure, on a quand même l’impression que le je sartrien est là « pour rien » (c'est ce qu'il dit, de fait). Il est l'extrémité absolue, formelle, de toute cette trajectoire de 20 siècles. Il est arrivé au bout, comme Céline (qui est dix fois plus au bout du bout, par ailleurs). On voit donc que ça se dirige « en avant » et c'est cette avancée dans le vide (en fait une avancée dans le formel pur et brut, en l’occurrence, de la structure) qui est au 20éme (par les trois français, Céline, Sartre, Lacan) explorée. Cela même que le christ a initié.

Rappelons que la structure est telle quelle. Elle existe « en dur », et non pas soumise aux contenus, c'est elle qui produit dans le champ intentionnel, les contenus (et comme elle est structurelle et non pas « subjective » elle se rend capable de n’importe quelle objectivité, perception, connaissance, intuition, émotion, signification, champ d'expression de toute sorte ; rien de tout cela n’apparaîtrait sans le champ intentionnel qui s'ajoute à la perception donnée là, celle de ce vivant donc)L'arc de conscience ne diffère pas selon les contenus, et il les épuise tous. Et il demeure. Et le sujet cartésien est le regard christique comme Sartre est un des bouts du Bout de l'être, ce qui revient à dire que tout cela s'arcboute sur l'exister et le seul unique et instantané présent.

Il est donc arrivé, immédiatement et même instantanément (tout ce qui est structurel relève de l’instantanéité, du pur et brut et unique et unilatéral présent), que sitôt découverte la structure se donne entièrement ; par dieu, l’universel, le christique et le sujet, la révolution et le réel. Ce qui est formel est entier et rond comme un ballon, si l'on peut dire. Nous avons, pour le dire, directement, absolument et intégralement découvert la forme même du réel brut. De toute manière dès que l'arc apparaît dans son propre champ, il se-sait ; ce se-savoir (dont Descartes est le sur-initiateur, après dieu, l'être universel, le christique) n'a pas à entrer en connaissance ; mais son acquisition provoque, en chaîne, quantité d'intentionnalisations à chaque fois et martèle la réalité. Il est le marteau et elle est l'enclume.

C'est la forge du réel que nous avons immanquablement découvert depuis 3000 ans (et cette découverte ne se peut que si elle s'invente, se crée, continue la Création, évidemment ; c'est tout entier le but), ceci sans préjuger de la saisie du dispositif-sujet ; dont on a admis, une fois pour toute, que seul il est susceptible de relever le seul défi qui vaille ; modifier la Possibilité, continuer la perfectionnement universel absolu, puisque seul un tel « sujet », dont on a que le début du commencement de sa capacité, seul un sujet peut modifier sa propre causalité, donc on admet que le réel est cela même qui se-modifie.

Et ce qui s'impose dans le champ de la perception via dieu, l'universel, le christique, le sujet et le réel c'est qu'il existe, dans le champ, non seulement des choses, des signes, autrui ou le langage, mais au moins Un Point qui n'appartient à rien. Et donc le christ est mort ; il est parti. Mais il perçoit. Le sujet, cartésien, est intemporellement suspendu selon sa propre intention. Le je sartrien est déjà mort (Huit-clos) et il (se) voit. On ne peut pas voir autrement qu'en un je, inutile de faire comme si (la science est limitée dans son ordre même, il n'y a pas d’objets infinis, mais délimités). Même si c'est ce je qui se trompe. Mais se trompe-t-il vraiment ? Est-ce que l'on se trompe vraiment ne serait-ce que d'un iota ? On se trompe sans doute comparativement à la science, à propos de tel ou tel objet, mais à propos de la vie prenant une décision irraisonnée, est-ce que l'on se trompe ? Qu'est-ce que l'erreur en ce cas ? Existe-t-elle ?

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