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instants philosophie

Le sentiment réel de l'exister

29 Août 2020, 08:17am

Publié par pascal doyelle

« Le silence des espaces infinis effraie », oui certes, l'univers est gigantesque, et peut-être infini (on ne perçoit pas au-delà de l'horizon accessible, rien ne dit qu'il ne se continue par indéfiniment, ni donc qu'il y en ait d'autres, comme des bulles immenses). Et par ailleurs même infini, il n'est apparemment pas "éternel" ... ce qui change beaucoup. Et nous nous sommes laissés impressionnés par cette réalité sans ordre, sans destination, imposante, s'imposant comme dernière réalité effective, nous clouant sur place, sidérés. Il ne peut rien être d'autre puisque tout est ici.

Et tout le monde, chacun est parfaitement délaissé, abandonné, sans aucun recours et tout paraît glisser imperturbablement dans la dispersion d'une réalité, d'un univers indifférent, froid, qui traînera longtemps sa lente dissolution.

Mais toutes ces réalités déterminées ne sont que finies, limitées, par définition destinées à la dissolution ; ce qui est déterminé est fini et donc disparaît sitôt apparu et ce, au final, sans qu'aucune mémoire n'en demeure.

Face à la réalité massive et énormissime on ne pouvait opposer que l'esprit, soit donc une bien faible détermination, d'une autre sorte sans doute, peut-être, mais déterminée et ainsi promise à la même clôture terminale. Les quelques « idées », en ce cas, que l'on est capable d'agiter, plus ou moins et avec plus ou moins de cohérence, paraissent disproportionnées et ridicules face à ces immensités de déterminations de galaxies, d'étoiles, milliards de milliards. Il devenait incompréhensible de considérer l'esprit comme déterminations, et comme tel noyé dans l’immensité de toutes les déterminations ; il était impossible de définir en quoi pouvait bien consister notre conscience si celle-ci n'était que le faire-valoir, la fonction d'une pensée ou d'une identité personnelle, composé de certaines déterminations, laissée, abandonnée, cette identité, à tout le reste, massif et écrasant.

Mais si cette distinction existe, si nous nous tenons à distance et percevons toutes réalités d'un certain point (et c'est un fait), et donc parce qu'à distance les choses apparaissent et non plus comme paquets de perceptions mais objets, cette opération très étrange de distance augure de distinctions nouvelles, en plus, s'ajoutant ; nous sommes à distance et nous ne réquisitionnons pas l'adn pour lire les réalités ; démultipliant la possibilité de percevoir, distinction donc de chaque arc de conscience, qui ne consiste pas en une détermination, mais ouvre et rend possible quantité de réorganisations mais tout autant sinon plus de champs de perceptions créés.

Champs de perceptions créé de tel ou tel groupe, communauté humaine ou champs de perceptions en capacité individuée et de ce fait ouvrant à la pluralité mais également abordant les réalités même, le réel tel que donné là (l'intention de dieu, la pensée universelle, le regard christique qui vous engendre, le sujet qui se tient face à face, l’œuvre tel un kaléidoscope qui ajoute).

 

Et l'on a signifié cette distance comme rapport. Dès que l'on entre dans ce rapport on ne peut plus en sortir ; puisqu'il est cela même qui ouvre à tout, à tous les regroupements que désigne ce rapport ; c'est parce qu'il est rapport qu'il perçoit quantités de rapports, qui ne sont plus des datas donnés, ce que perçoivent les vivants, mais des tissages et des renouvellements.

Sitôt que l'on y entre c'est que l'on se tient en ce rapport lui-même, tel quel, en tant que rapport, et sans que jamais aucun des contenus de ce rapport ne soit en mesure de remonter dans le rapport lui-même ; le rapport étant formel est, avant tout et après tout, le point absolu, absolument formel, de la réalité et donc il est signifié, signé comme étant le Réel lui-même.

Hegel nous dit que l'universel est le lieu de l'universel, point ; un cercle qui s'augmente en connaissant les étapes de son historicité mais un cercle vide (sinon de dire que « l'esprit est l'esprit » et c'est tout) ; et toutes les idées sont le déroulement temporel de l'universel, lequel est unique et formel ; qui n'a aucun autre contenu que ces contenus-là déroulés historiquement ; pour son moment Hegel conclut, sans insister, qu'il est le point nodal, celui qui rassemble, mais ne résume pas, puisque ce sont les distinctions parcourues qui sont la connaissance.

« Avec Descartes l'esprit devient sujet » (Hegel) ; le se-savoir (de Descartes, purement formel) est devenu connaissance ; on n'insistera jamais sur ceci que Hegel nous sèche, littéralement, il supprime toute connaissance possible, puisque toute connaissance métaphysique est assumée par lui.

Hegel conclut, et ce sans insister ; parce qu'il ne peut pas, peut plus redescendre de la hauteur de vue, à savoir que la connaissance est identique au se-savoir … Que la pensée est égale à la conscience de la pensée. Qu'il n'a pas dépassé Descartes ; qui le premier origine la pensée à un sujet, ou donc en l’occurrence à la volonté, qui seule est identique à dieu et non pas tel ou tel contenu, au point que même les plus élaborées idées pourraient se dessiner autrement si dieu le voulait. Que personne ne peut dépasser Descartes ou le christ ou dieu ou Plotin parce que l'on aboutit au bout, au bout du bout ; c'est de là que l'on Voit, cad que se crée un champ (de se-savoir) intentionnel. Le Un plotinien absorbe et renvoie à toutes les réalités. Le christique vous donnera de percevoir qu'elle fut la véritable Intention de votre vie.

Hegel peut tout re-prendre parce qu'il perçoit dans le formel tous les contenus et les articulations d'une forme (de conscience) qui cible des idées et des systèmes d'idées dans la vue, la finalité de l'être, de l'être universel tel que pensé (phénoménologiquement).

Ou donc, l’universel est dans le sujet. Le sujet est plus-grand que l'universel.

Et cependant Hegel ne peut pas « penser la pensée », ses développements oui mais la structure en laquelle se produit la pensée, non. C'était pourtant ce que ciblait Descartes ; le sujet originel antérieur et dont il fut si ému.

Pour commencer d'avancer dans la structure, celle qui est antérieure à la pensée, il faut remonter dans la forme ; ce que saura initier Husserl  et ce que Sartre durcira, puisque visiblement on ne peut pas même déduire des vérités à partir de l'idéalisme phénoménologique (qui évidemment par contre permet d'inventorier quantité de « domaines », démultipliant la capacité phénoménologique). Et Sartre durcira la dite structure qu'il nommera conscience de soi, ou pour-soi.

Mais cependant il lui est, à Sartre, impossible de penser ce pour-soi ; qu'il op-pose, comme dirait Hegel, à l'en-soi, l'un et l'autre demeurant aussi mystérieux ou bizarres ou étranges et produisant, manifestant l’étrangeté de l'affect absurde, de ce qui fut la déréliction ou l'angoisse.

Mais pour penser le pour-soi, derechef, il faut l'intégrer dans un plan plus vaste, de même que Sartre tente d'intégrer ceux qui le précèdent en réduisant au seul pour-soi (qui annule tout le reste) ; et cette intégration ne pourra tenir que si elle parvient à placer, déplacer le sujet/pour-soi sur son propre plan, à savoir le réel, l'exister pur et brut ; cela même au seuil de quoi nous amenait Sartre ; la bizarrerie, ou l'étrangeté. Ce plan rend possible de percevoir la structure « là où elle est » et là où elle est, elle ex-siste, dixit Sartre,

Or donc nous ne sommes en aucun cas et aucune manière un « esprit », qui consisterait. Et qui consisterait ainsi en choses composées (idées et systèmes, représentations et langages ou ce genre de déterminations), elles-mêmes nécessairement pauvres et promises à la disparition, à l’effacement. Mais composés qui sont générés par et dans un champ, unique et exclusif d'intentionnalisations. Précisons ; à chaque fois unique et exclusif … ce commence de donner une idée du processus « sujet », qui rend possible cette infinie pluralité de structure.

Sauf donc que l'on a admis que la réalité, les réalités ne disposent pas d'une unité forte qui les centraliserait toutes, toutes ces quantités de déterminations étalées, les réalités donc sont elles-mêmes prises dans un mouvement, le présent, qui les déroulent et que ce présent on a dit qu'il n’était autre que l'exister. Ce disant la forme des réalités (l'exister) est l'unité elle-même des réalités ; soit donc non pas une « autre réalité » (dont on ne voit pas ce qu'elle signifierait, ni ce qu'elle viendrait y faire), mais une structure, laquelle se déroule comme et en tant que présent.

On se tient donc toujours à distance de soi, même si l'on désire spontanément être en tant que « soi-même ». Cela ne veut pas dire que le moi-même n'existe pas, mais que son être est déposé dans le mouvement ; on n'existe en fait, dans le fait même d'exister, en tant que regard, intention, intentionnalité ou comme aime le croire le moi, en tant que désir. Mais tout ce qui se tient dans la vue du regard est construit ; on a un corps, et vivant, et l'esprit ou la raison sont des solidifications de telle partie du champ. De même que le moi s'imagine être un-tel et découpe dans la masse perçue la surface de son apparition, et s'assure constamment de son identité (ou de l’identité de ses objets, par lesquels il « croit » en sa propre vie, et que l'on nous conditionne afin de changer continuellement d'objets, qui sont ainsi des procédures d'identité, n'est vraiment pas une bonne orientation de l'existence).

Or donc pourtant nous ne sommes pas, nous existons, en mouvement, et nulle part n'existe l'être ou cette fiction imaginée de « soi ». Ce qui sera tenu de nous-même ne consistera pas du tout en quelque « quelque chose » que ce soit. Mais dans le signe. Le signe est l'ensemble des signes par lesquels nous avons pu orienter notre vie, ou sa transformation en existence ; or tout moi, du fait qu'il naît dans et par un champ intentionnel, est une telle existence et recèle, quelque part, son propre mouvement, ses propres signes dont la consistance n'est nulle part ailleurs qu'en son intention ; celui par lequel ce je est né ; durant peut-être une fulgurance, expérience, évidence, cruauté, désir émotionnel, oublié ou remarqué, marqué doublement, triplement, quadruplement, cette expérience bien à soi que l'on Existe, tel l'évidence de l'ensoïté sartrienne de « la chose ».

Lors d'un laps de temps infiniment court (puisqu'il s'agit d'un rapport) l'arc de conscience est sorti vers le là-du-réel et est revenu, engendrant le je.

Le je naît du contact de l'arc avec le réel tel que là. Une expérience durant ce laps a résolument marqué, signifié ce corps qui s'est perçu soudainement du dehors. Ainsi a pu cesser la centralisation biologique que tout corps vivant, doué de vie, possède de par lui-même et selon lequel centre, laquelle pesanteur un vivant perçoit le monde. Cette fois le vivant est défait et il se perçoit de l'autre côté, du côté de l'horizon ; il a cessé d'être lui-même. Il est devenu le regard du dehors, la forme de rapport qui voit le rapport, et non plus se satisfait de seulement tenir telle chose dans la main. Cette relativisation de tout, cela même qui se dessine par Sartre lorsque le regard d'autrui décentre mon propre regard, que la conscience d'autrui devient la mienne et que je me vois par ces yeux là (honte ou admiration peu importe, mais la honte m'enferme si l’admiration étend ma propre intention, faussement souvent, de sorte que c'est encore un piège, personne n'étant « admirable » à ce point, ni aimable du reste). Et cet autre régime rompu de présentation de la réalité c'est ce que tente de récupérer constamment le moi en ajoutant sans cesse son intention à tout ce que le monde, les autres, les idéologies, les images lui imposent du dehors.

Or il ne s'agit donc pas seulement de ce fait humain d'un regard venu d'ailleurs qui perturbe ou abolit ma propre intention (comme de me prêter une volonté, un désir honteux que je n'ai pas peut-être mais dont l’interprétation d'autrui s'impose violemment à moi)

mais de la structure même de cet être qui est un rapport

et donc structurellement autre que « soi » ; et pour cause il n'a pas de « soi » ; son soi est second puisque sa forme est de structure et vide qui rend possible que dans ce champ se construise un « moi », une identité composée de signes et de perceptions qui se constituent d'un point-autre ce qu'il désigne et en l’occurrence non seulement mais aussi et surtout d'affects, d'émotions, d'investissements. Il est clair que l'on n'est jamais convaincu de rien (intellectuellement) si n'y président pas des affects …

Sans les affects les idées ne sont rien ; parce que ce qui est en jeu, et dans le je, ça n'est pas le système, théorique et sa division en petites parties que l'on nomme les idées,

mais l'activité au monde, dans le vécu et selon le corps et selon ce retour sans cesse battant du regard, de l'intention qui re-vient constamment du donné, du monde, du vécu, d'autrui, du corps, du désir et de l'objet. Et cela qui re-vient sans cesse et se-voit est un arc de cercle, et non une petite partie d'idée ou un petit jugement mais l'aperception de « soi », de cet affect qu'est le « moi-même ». Dont on ne sait si il est globale ou singulier, particulier ou extérieur, intérieur ou eschatologique (tout peut être imaginé).

C'est pour cela que le christique sera si aisément rejeté ; c'est parce qu'il impose une vision externe du corps, de l'affect et établit la vérité (de structure), si haute qu'elle semble tout à fait hors de la réalité, hors des investissements donnés, vivants, humains, psychologiques, désirables, etc. Ou qu'il fut si unanimement accepté, parce qu'il prit en charge la capacité du point-autre, par lequel « on est perçu » et que tout se déroule selon ce point tout à fait externe ; qui peut dire qui Voit ? Puisque l'on perçoit effectivement l’objet mais où est le regard ? Est-ce moi ou mon passé qui perçoit ? Est-ce moi qui désire ou « désire-t-on » à ma place ? Est-ce que j'ai décidé ou cela s'est-il décidé on en sait de où, de qui ? Comprenons que ça n'est pas seulement le bien que je veux et le mal que je fais (Sain Paul), c'est si général que se pose la question ; qui perçoit ?

Sartre remarque que lorsque l'on s'évanouit, c'est afin de fuit imaginairement ou émotionnellement la situation... On prédispose la perception elle-même. Certes Saint Paul dresse la structure sur une planification morale de soi (puisqu'il s'agissait à l'époque de créer des sujets, prenant l'habitude de leur propre volonté, de leur individuel promesse), mais ce qu'il lance est bien autrement étendu et approfondi ; qui perçoit et quoi et comment ? On écrira des romans innombrables et quantités d'esthétiques afin de commencer-de-prévoir ce qui peut être attendu d'une vie, transformant alors toutes les vies données-là, en Existences.

La vérité est ainsi que la structure n'aboutit pas à la satisfaction … alors qu'évidemment l'activité humaine est, elle, encore et toujours harnaché à la supposée plénitude ; ce dont a contrario la société moderne aurait du nous écarter, de ces nécessités, sauf que selon le manifeste-du-Désir, accepté unanimement, la même règle de la « satisfaction » s'est déployée, selon un autre niveau d'enjeux certes, mais un niveau encore et toujours organisé par la satisfaction, d'autant plus libidineux, pour ainsi dire, que débarrassé des nécessités, qui limitées les désirs, l’imagination put s'emparer de toutes les possibilités, publicitaires en quelque sorte ; de sorte que tout moi au lieu de se désincarner (c’eût été un peu beaucoup et peu réaliste) ou plus réellement d'élever son incarnation, c'est enferré dans la dite facilité ; imaginer sa vie, son moi-même. Laquelle vie, étant non pas animale ou seulement vivante mais prise dans le pli de structure, devient in-finie, ce qui veut dire indéfinie, vague, grouillante, dévorante, obsessionnelle, fantasmatique, imaginale ; comme si l'unité que l'on attend pouvait se découvrir et s’éprouver dans le monde, le vécu ou selon le corps et qu'elle soit un état comblé et de plénitude selon le monde, jouissante selon le corps ; ce qui bien sûr totalement impossible (et ne possède pas même le début du sens, mais nous sommes en état d’imagination rêvée).

Il ne s'agit pas de vouloir la désincarnation comme telle, mais de saisir que si l'incarnation équivalait à une « incorporation » et qui paraît nous libérer en tel ou tel désir,

dans les faits cette libération va borner notre horizon ; en ce qu'elle imprime une logique dont les rouages, les mécanismes reviennent au corps et non un point par lequel « un corps apparaît ». Et l'intentionnalité sera pliée par le poids, la pesanteur de la satisfaction attendue.

La vérité est cruelle. On pourra bien certainement réaliser ceci et cela, dans le monde, et, depuis la révolution, dans son propre vécu individuel (qui rend possible que chacun des mois soit possiblement représenté en tant que « lui-même », et non plus appartenant d'abord à un ordre, le tiers-état par ex ou l'homme soumis à l'église, etc).

Mais on ne trouvera pas dans le monde donné la structure initiale. Jamais.

Lorsque le christique énonce que le monde est enténébré, il l'est fondamentalement. Ce mouvement « naturel » (dont on a vu qu'il ne l'était en rien, naturel, mais investit d'une puissance qui se prend comme immédiateté du monde, du vécu ou du corps, alors qu'il ne trouvera sa mesure et donc sa liberté que de s'adresser au-delà, par l'horizon et non pas de quelque chose qui se rencontre sous l'horizon),

ce mouvement a-structurel (qui se nie lui-même en tant que structure, bien qu'il emprunte celle-ci pour s'énormiser et nous faire croire en ces ténèbres, et mouvement qui se présente comme bienfaisant selon le monde)

est une prison extérieure qui absorbe tout l’investissement de structure de conscience ; et l'investissement en conscience, en structure n'est pas en quantité d'effort infini.

On ne peut pas côtoyer des chefs d’œuvres (en quelque domaine que ce soit) quotidiennement et continuellement se tenir en un degré si élevé, parce que l'effort et la réception requiert énormément d'attention et que celle-ci s'use rapidement, demande un entraînement, une éducation, une pratique, une sensibilité, laquelle ne doit pas rechercher d'abord la satisfaction... ça n'est pas de satisfaction dont il est question alors, mais de la soif des distinctions poussées au plus loin, d'une seule virgule ou d'un affect poétique si subtil.

Ça n'est pas même un report, à l'infini, de la satisfaction (une plus grande satisfaction promise en échange d'une satisfaction immédiate). C'est un affect spécifique et un affect prioritaire. Ce que Descartes aimait dénommer sa liberté.

Et c'est cet affect que les œuvres sont chargés de propager ; on n’atteint pas une œuvre sans l'effort requis... (il faut se débarrasser des œuvres selon-et-pour le moi, les produits finalisés afin d'être consommer, sans que le moi ait à s'y efforcer, sans qu'il soit impliqué dans sa propre modification ; le moi, cad la ligne structurelle, psychanalytique, qui a généré le moi n'y sera pas déviée, bifurquée, et le moi ronronnera, il ne demande que cela, répéter son cycle de signes, son endormissement).

Cet affect est pour sa part cela même qui est recherché ; instancier qu'il naisse, qu'il occupe le regard, qu'il remonte comme Intention, qu'il s'élabore en intentionnalités, qu'il surprenne la surface du corps, en tant qu'autre-surface, celle qui supporte les signes (en ceci le christique est la règle même de l'autre corps, cad de toute possibilité, et chacun historiquement le sait, croyant ou non ; le fait majeur structurel est l’historicité même, cad notre naissance en actualité pure et brute, la mort christique est la brutalité même, non par hasard) ; la surface venu d'on ne sait où qui perçoit les œuvres, celle que les œuvres suscitent (la raison d'être des œuvres est de structurer l’attention, l'intention, le regard, la surface du corps, en tant qu'elle échappe à la nécessité de la satisfaction). C'est cette affection, ce que l'on reçoit, qui s'impose via le christique, la pensée, dieu, le sujet, l'historicité, les œuvres (en tous les sens, des éthiques aux esthétiques).

Or il est très difficile de concevoir, ou d'envisager cet affect. Parce que l'on considère, hypothèse qui se donne pour « donnée », que l'affect relève de la « nature humaine » ; qu'il est ressenti, ou non. Mais on a vu que tout ce que nous sommes, naît de et par le champ intentionnel.

Et que si de manière générale on croit que le monde est donné tel quel, là, en vérité on a vu également que le Pli est antérieur ; qu'en vérité donc le véritable affect est précisément celui-là, splitté, déjà splitté, déjà divisé, parce que c'est la scission qui crée ; cet affect, que l'on ne ressent pas dans le monde, le vécu ou le corps donné, est celui que l'on acquiert en plus, en plus dans l'actualité, l’actualisation, la décision intentionnalisatrice, l'inévidence des œuvres, le récit qui soudainement ne ressemble plus, l'image qui est beaucoup plus qu'image, celle-là que l'on doit incorporer envers et contre la pesanteur immédiate, en dehors de la satisfaction immédiate, c'est la non-immédiateté, la médiateté, dirait Hegel, qui est le vrai, et, disons donc, qui est le réel.

Et c'est toujours de ce point de vue là que l'on perçoit, que l'on a toujours perçu. Nous sommes déjà dans le Pli, déjà acquis par la structure transcendante. La structure ne consiste pas, n'a jamais consisté à nier le monde, le donné, le vécu ou le corps mais en l'élévation. De même que l’œuvre élève le regard ou l'esthétique au sens propre. Et donc élève le regard non en proposant seulement le reflet, plus ou moins exact ou plus ou moins embelli du donné, mais en le re-Créant. Il faut comprendre que le Créé et donc le Créer est cela même que l'on opère, constamment. On ajoute, au monde, au vécu, au corps, à soi, à tout champ de perceptions ou d'expressions. Le moindre moi se produit lui-même (lors même qu'il se compose, de bric et de broc, comme tout le monde, comme bricolage, de là que nous n'y sommes pas bien à l'aise, ni avec le sien propre ni avec celui d'autrui). Ce qui paraît, a priori, le plus difficile, créer, est cela même qui a lieu. Ceci est le véritable affect.

Ou donc la plus aisée immédiateté pour le moi est déjà un effort. C'est pour cela qu'il souffre. La règle consiste à ne pas reproduire le même et cela ne vient pas sans l'effort, la distinction et la distinction requiert l'effort. Le tomber-amoureux du moi, sa grande expérience à lui, est un tel effort, dont on connaît qu'il n'est pas si agréable, il se doute, le pauvre. L’orientation de l'effort est ce qui se pré-programme non pas dans la « décision consciente » mais dans la conviction intentionnelle qui prédispose les intentionnalités, celles qui viendront. L’œuvre ne dit pas ceci ou cela doit être, mais prévient de ce qui sera perçu, tôt ou tard, un jour, demain ou dans un an, se gardant selon la réserve qui viendra, la possibilité de la perception (et non la satisfaction qui tombe dans la consommation, l'absorption, la digestion si aisée, si facile, si immédiate).

C'est cette distance interne qui préside à tout l'externe. En fait on ne perçoit vraiment que dans le pli interne qui est tout sauf intérieur (dont s'affublerait alors le moi) ; il s'agit de l'interne de cet externe tout entièrement donné au dehors ; c'est pour cela que l’œuvre n'est possible que dans l’extériorité, ce qui veut dire l'externe, de la perception, et que la philosophie décentre l'attention, et que le christique ou dieu ou l'historicité et la révolution anéantissent l'absorption, celle qui déglutit vers le bas du corps inerte, le corps de décomposition, celui qui tombe dans la dispersion indéfinie du monde, mais aussi du vécu et du corps, dans la digestion du moi, celui qui cherche la satisfaction et que cela soit bien consistant, et qui n'est qu'imaginaire. Le sujet et la structure sont l'inverse de l'imaginaire, du fantasmatique, de l'image que le moi suscite pour désirer « des objets », il s'y efforce, il se force et il épuise le monde et parfois son propre corps (en ceci qu'il n'est pas seulement vivant) afin de remplir la forme qui est-vide, puisqu'elle existe formellement.

L'indéterminé est le réel et c'est sa photographie, forcément au risque de la fixité, qui est tirée ; on lui tire le portrait.

Et le moi, quant à lui, est très tendre, très piteux, très perdu, se délaisse dans la facilité, il saisit ce qu'il peut, au hasard du bricolage qu'il voudrait ennoblir à toute force, tout lui prouve sans cesse qu'il est si peu, si rien, dévoré par ses objets.

Et le je, à l'inverse, veut durement et ne faiblira pas.

 

Ce qui ne se peut pas. Une telle dureté est impossible. Sauf que c'est elle qui Existe.

Le reste est, tout le reste appartient à l'être, mais l'être est cela même qui se dissout, se désintègre, s'atomise, se refroidit et meurt longuement dans la dissolution.

L'exister est ce qui s'utilise afin de remonter, d'élever, par-dessus, et du point de vue qui proposait justement la dispersion, la multiplicité, afin que le créé revienne encore plus à l'acte de Créer, celui qui reconduit et qui remet en jeu, mais d'une puissance plus distincte encore que celle qui fut ; le renouvellement est non pas la perfection, non pas la distinction qui offrit toute cette multiplicité, mais le renouvellement est le sans-cesse-perfectionnement, et qui reviendra en tant que tel, la distinction qui distinguera encore.

Si elle est la structure même du réel, comment pourrait-elle cesser ? Le Pli ne s'arrêtera jamais. Il n'est pas ce qui arrive à quelque chose qui serait en soi et autre, il est ce en quoi arrive les quelques choses, essentiellement mues.

Les figurations que l'on se fait sont prises dans la configuration qui se dresse, l'intégrale transcendante dont les figurations, choses et esprits, sont les tangentes relatives. Ne sentez-vous pas comme il est possible de mouvoir les tangentes de votre vie ?

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